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8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 15:47
La Barque sur le Rieu. Gaston Chantrieux. © Imprimerie Moderne. Amiens.
La Barque sur le Rieu. Gaston Chantrieux. © Imprimerie Moderne. Amiens.

La Barque sur le Rieu. Gaston Chantrieux. © Imprimerie Moderne. Amiens.

 

 

Poète et romancier, architecte de son métier, Gaston Chantrieux (1872-1947) est, sans conteste, celui qui, jusqu'à aujourd'hui, a écrit le plus beau roman qui soit sur les hortillons et les hortillonnages. Hasard de mes déambulations parisiennes sur les quais des bouquinistes, j'ai découvert "La Barque sur le Rieu" il y a une bonne vingtaine d'années. Je l'ai lu d'une traite dans un Café de Saint-Michel. Un vrai sentiment d'air pur à sa lecture. Un voyage dans le temps. Dans le temps et dans l'espace. Cet espace si particulier, fait de terre et d'eau. D'oiseaux et de roseaux. De terre et de mystère. Relu quatre ou cinq fois depuis. Merveilleux roman. 

 

Architecte de son métier. Architecte et romancier. Deux professions très différenciées. A première vue sans aucun lien de parenté. A première vue seulement. Le romancier n'est rien d'autre que l'architecte des mots, des images et des idées. Avec une bonne dose d'humanité.

Je maintiens et j'insiste. Gaston Chantrieux a su écrire LE roman des Hortillonnages. Architecte de son métier, mais surtout homme au patronyme prédestiné. S'appeler Chantrieux, c'est être de naissance plutôt très chanceux. Se nommer Chantrieux, c'est avoir la chance de porter un nom comme un destin. Un destin tout tracé. Un nom fait pour enchanter ces marais si particuliers que sont les Hortillonnages.

 

Chantrieux en un seul mot, c'est aussi "Chante... rieux", si on joue la prononciation en deux mots. Chantrieux, heureux homme au destin déjà tracé dans son nom. Chantrieux, celui qui sait faire chanter les rieux. Chantrieux, un nom d'identité qui vous signe un destin, mieux qu'un pseudonyme anonyme. 

Le rieu - pardon d'insister - c'est ce chemin d'eau qu'emprunte les bateaux, c'est ce chemin liquide qui permet d'atteindre la terre ferme. "La Barque sur le Rieu" est la grande oeuvre de Gaston Chantrieux. Le grand roman. Un roman dédié d'ailleurs à un certain Edouard David. Belle dédicace et superbe envoi :

 

" A l'ami Edouard David, le Poète des Hortillonnages, je dédie ce Livre.

 

Petite erreur à ne pas commettre en abordant la lecture de "La Barque sur le Rieu", croire que le livre de Gaston Chantrieux, - où chaque chapitre, c'est vrai, porte un titre différent -, ne soit qu'un recueil de textes disparates ou dissociés. Un recueil de nouvelles. Ne vous méprenez pas. Il s'agit d'un roman. D'un vrai roman. Le roman de la terre et de l'eau mêlées. De la brume et du soleil. Du froid humide et du feu. Le feu de l'amour, bien sûr. Même s'il se prénomme adultère. L'adultère, au fond, un amour entre adultes. L'échappatoire à une vie d'hortillonne sans histoire, le goût du péché sous les pommiers, le désir fou d'être regardée, d'être désirée. Le feu dans la prairie. Et c'est toute une vie qui bascule. 

 

210 pages d'une écriture faussement légère, ponctuée par des titres de chapitres qui sont autant de fausses pistes, pour suivre à la trace les trois personnages principaux de ce roman de l'eau qui frise, parfois, souvent, les risques de l'eau trouble. 

 

Un trio de bavards, chapitre 1. 

Le premier potager de France, chapitre 3.

Marché sur l'eau, chapitre 8.

La Barque sur les Rieux, chapitre 11.

Le secret de la hutte, chapitre 20.

 

Les risques de l'eau trouble, car dans ce roman de l'eau et des rieux, on a vraiment le sentiment que l'hortillonne, qui s'ennuie dans la vie avec son mari l'hortillon, succombe à l'attrait du voyage en eau trouble. Le jeune médecin, séduisant séducteur, va vite la convaincre d'embarquer pour des rives plus charmantes. Le style de Gaston Chantrieux est simple et efficace. Très proche de l'oralité du conteur né qu'il est. L'incipit, la première phrase du roman, est limpide. Elle coule parfaitement. On est déjà entré dans l'histoire. 

 

"Assis sur la berge, dans l'étroit et joli chemin qui serpente vers Camon, et face à la Somme paresseuse, trois hommes devisaient gaiement." 

 

Page 13, au-delà du style charmeur du conteur, Gaston Chantrieux enracine son histoire dans l'univers si particulier des hortillonnages. Un travelling cinématographique digne d'un beau court-métrage  :

 

"Passait alors, la perche haute, un solide gaillard monté sur le grand cornet d'une barque de maraîcher, sorte d'esquif d'une silhouette originale, plate comme une toue et sans gouvernail, que l'aquarelliste fixe si difficilement de son crayon et dont l'avant relevé accoste facilement la rive, pour se trouver de plain-pied avec le niveau des aires."

 

Les aires, c'est à dire, les terres, les terrains où l'hortillon a pied. Mais où, parfois, l'hortillonne perd pied. Dans le roman, bien sûr. Dans la vraie vie, pas si sûr. 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon  

 

 

 

La Barque sur le Rieu. Gaston Chantrieux. © Imprimerie Moderne. Amiens.

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