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9 janvier 2019 3 09 /01 /janvier /2019 00:19
Isabelle Marsay. Le Fils de Jean-Jacques. © Ginkgo éditeur. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon
Isabelle Marsay. Le Fils de Jean-Jacques. © Ginkgo éditeur. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

Isabelle Marsay. Le Fils de Jean-Jacques. © Ginkgo éditeur. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

Avec son "Fils de Jean-Jacques", sous-titré la Faute à Rousseau, Isabelle Marsay nous embarque dans un parcours Rousseauiste inattendu et vraiment captivant. Mais le plus bel embarquement se situe pour nous, au propre et non plus au figuré, du côté des pages 172, 173 et 174. Quand dans les pas de Baptiste, le fils aîné, le seul que Rousseau aurait pu retrouver, elle évoque les hortillonnages et les hortillons.

 

"Ils prirent le chemin de halage, se dirigèrent vers les hortillonnages, minuscules jardins maraîchers situés sur de petits îlots, entre le ciel et l'eau. Ils parvinrent ainsi à l'endroit où la rivière se ramifie pour alimenter d'étroits canaux ceignant des centaines de parcelles. 

"Deux ans auparavant, Baptiste et Roland avaient rencontré là un hortillon couvert de vase qui raclait le bord des rives avec un grattoir. Comme tous deux l'interrogeaient, le brave homme avait cessé sa besogne en disant: faut toujours gripper ch'fossé, sinon ça finit qu'il y a plein d'herbes et que ch'batieu, y peut plus aller al z'aires... "

 

Ici, forcément, plus d'un hortillon éclaterait de rire. "Un hortillon raclant le bord des rives avec un grattoir", ça n'existe pas. Ou alors nulle part ailleurs que dans la prose de la professeur de français du Paraclet. C'est à la bêche ou à la pelle qu'il faut consolider les bordures des aires. Un sacré travail, même si ça n'en a pas l'air. 

Isabelle Marsay poursuit : " Plusieurs barques glissèrent sous leurs yeux. Assise à l'avant d'une coque au bec relevé - Traduisez : bateau à cornet ! -, une ravissante hortillonne portait une coiffe maintenue par de petites baguettes qui lui faisait un genre de tonnelle et la protégeait du soleil. Sa cargaison était recouverte d'un lit de roseaux fraîchement coupés qui préservaient les légumes qu'elle vendait, le lendemain, sur les étals du marché."

...

" Sur le quai, ils avisèrent un maraîcher qui venait de la rive d'amont et qui sortait de sa barque des paniers pleins de pois, de salades et de raves qu'il déposa au pied du pont. Le fils de ce dernier tenait la perche qu'il plantait à intervalles réguliers dans le rieu pour pousser son embarcation. Moyennant quelques sols, il accepta de mener les deux jeunes gens à travers les parcelles que ses ancêtres avaient eux-mêmes cultivées."

...

" C'est ainsi que Baptiste et Thomas se retrouvèrent sous les frondaisons, entre les roseaux et les lentilles d'eau. La cathédrale, immense bergère de pierre veillant sur son troupeau de masures basses, disparut peu à peu entre les feuillages. Baptiste sentit sur ses épaules, sur ses joues, la caresse des saules et des arbres fruitiers. Il écartait souvent des branches, se penchait, pour éviter d'être blessé ou de freiner la barque qui filait vers l'Île aux Fagots, en admirant les miroitements du soleil et les lambeaux de ciel réfléchis par les eaux."

...

" Bientôt on n'entendit plus qu'un vague clapotis, les tapis de nénuphars et les lentilles d'eau s'écartant sur leur passage comme pour aider les trois jeunes gens à pénétrer dans un autre univers, celui des terres fertiles aux contours mouvants, Baptiste s'attendant à voir surgir des ondines, des elfes, des sylphides, prêts à guider des habitants d'autres rives dans le dédale singulier de leur monde enchanté.

"Alors, fermant les yeux puis se laissant bercer, Baptiste s'imagina vivre parmi ces maraîchers, loin des métiers battants, des bruits de la cité, naviguant d'île en ville, de terres en étangs, s'affairant comme un lutin ou un farfadet en passant constamment de l'eau à la terre, de l'ombre à la lumière. Il se voyait aidant les hortillons à remplir leurs mannes, puis faire un somme, à l'ombre de leur cabane."

 

Bien sûr, le roman écrit et publié par Isabelle Marsay n'a pas pour objectif de nous faire découvrir la vie et le travail des hortillons, mais il est intéressant d'observer comment dans son travail d'écriture, celle qui enseigne les Lettres au Paraclet, intègre dans sa fiction ce parcours dans les hortillonages. 

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Le Fils de Jean -Jacques. Isabelle Marsay. © Ginkgo éditeur. Février 2012.

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