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7 mars 2026 6 07 /03 /mars /2026 07:07
Paris. Quai de la Tournelle. Juillet 2011. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. Juillet 2011. © Jean-Louis Crimon

Elles sont arrivées sans crier gare. Se sont scotchées devant mes vieux journaux suspendus avec des pinces à linge sur un fil, dans le haut de mes boîtes, bien à l'abri des auvents. Un fil à linge où n’en finit pas de sécher l’encre de la presse du temps passé.

Pèlerin des années 30, Journal du Dimanche de l’année 1863, exemplaires du Voleur des années 80, 1880. Elles semblaient fascinées. Je les ai laissées de longues minutes savourer leur passion. Puis, n’y tenant plus, j’ai risqué une question : pourquoi cet intérêt manifeste ?

La première a dit : Je suis étudiante à la Sorbonne, en Lettres Média Com’. J’aimerais un jour être journaliste. Voir, en vrai, ces vieux journaux dont on nous parle en cours, c’est fascinant. La seconde a ajouté : Moi, non, je veux être kiné, mais j’adore l’odeur et la texture du vieux papier. Elle fait mine de respirer l’odeur en approchant le journal tout près de son nez. Touche un livre imaginaire avec le bout des doigts. Puis ajoute : Chez mes parents, quand j’ouvrais un livre ancien, c’était d’abord pour le sentir, le respirer, avant de commencer à le lire.

Filles merveilleuses, toutes deux originaires de Charleville. La ville de Jean-Arthur. Forcément, on a parlé de lui. De Rimbaud. De sa maison. Sa maison devenue musée. De sa tombe au cimetière. Où je suis allé le saluer il y a quelques années. On a bien sûr aussi évoqué ce célèbre "On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans" et ce poème où Rimbaud raille les notaires ou les banquiers. C’était drôle. Les deux amies riaient à gorge déployée. Puis vint l’aveu. En forme d’incroyable regret : nous, au Collège ou au Lycée, ce n’est pas Rimbaud que les profs nous faisaient étudier, c’était Baudelaire.

Les Fleurs du Mal, pas si mal, mais passer à côté de la maison de la famille Rimbe et d’une balade dans cette Charleville où ont dû déambuler souvent, les soirs de désespoir, Jean-Arthur et sa gloire future, c’est fou, c’est incompréhensible et impardonnable. 

C’est à pied, en marchant, que se découvre la poésie d’Arthur. Mettre ses pas dans les pas de celui qui a stigmatisé Les Assis, j’aurais trouvé ça élégant.

                                               

© Jean-Louis Crimon

(Dimanche 3  juillet 2011)

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