C'est l'histoire d'un écrivain mal en point. Enfin, en mal de point. En manque de ponctuation. Pour lui, classique, c'est plat unique : point et virgule, faut que ça circule. Pas de point-virgule, ça ralentit la circulation. Des mots et des idées. Faut verbaliser. Enfin, façon de parler. Ici, la police s'applique aux lettres. Lettres qui ont du caractère. Soudain, clin d'oeil du destin : juste avant le coin de la rue, il trouve de quoi ponctuer sa fin de phrase. Il s'exclame : génial ! Exactement ce qu'il me fallait, René ! René Fallet !
Sur le trottoir, dans un triangle jaune souligné de rouge, la chose est là, qui lui tend les bras : un point d'exclamation. Il se penche, le prend dans ses bras, le sert très fort contre lui et s'enfuit en courant ! Pas vu, pas pris. Chez lui, il le dépose sur le clavier de sa machine à mots. Le laisse respirer un peu, s'accoutumer à la température ambiante, et l'invite à prendre place dans la page. Parfait. Louis-Ferdinand, sois content. J'en ai sauvé un.
Par rapport au grand Marcel, Marcel Proust, chez Louis-Ferdinand, dans "Mort à crédit" notamment, il y a davantage de signes de ponctuation et une forte présence de points finaux. Les phrases sont plus courtes, presque lapidaires, observe Cecilia Sanchez, orfèvre en ponctuation. Elle note aussi que chez Céline, les dialogues, eux, sont plus animés. En témoigne la forte présence de points d'exclamation et d'interrogation. Même si, tout le monde peut s'accorder... sur ce point, c'est la multitude de points de suspension qui permet d'affirmer que c'est bien face à une page signée Louis-Ferdinnand Céline que le lecteur se trouve.
© Jean-Louis Crimon