En ce temps-là, je suis faguo laoshi, - prononcez laocheu -, professeur de français. Automne 2011. Professeur de conversation française. Nouveau métier où je suis tout à mon aise. Sans jamais avoir candidaté à quoi que ce soit. Ce nouveau rôle social m'est tombé dessus un jour du mois d'août où j'étais sur le quai, bouquiniste devenu. 41 quai de la Tournelle, rive gauche. Un coup de fil inattendu d'une étudiante chinoise que j'avais aidée, côté syntaxe et orthographe, dans la rédaction finale de son mémoire de Maîtrise. Au temps où j'enseignais le journalisme à l'Université de Picardie.
- On cherche un lecteur dans mon Université, j'ai pensé à vous, vous seriez parfait !
- Tu n'es pas sérieuse ! J'ai plus de soixante ans maintenant ! C'est un peu âgé pour la mission !
- C'est vrai, vous êtes vieux, mais vous êtes jeune d'esprit !
La franchise de la réplique fait mouche. J'arrête de faire la fine bouche. On était mi-août. Avoir signé la pétition contre les jeux olympiques de Pékin, dénoncé l'absence de démocratie depuis la répression de Tian An'men, mes trente année de journalisme intransigeant, presse écrite et audio, n'impressionnent guère mon interlocutrice.
- Ma demande de visa sera refusée...
- Faites d'abord la demande, on avisera après...
Contre toute attente, j'ai obtenu mon visa et mon CV traduit en mandarin a beaucoup plu au Doyen de la Faculté des langues étrangères de l'Université du Sichuan. D'un coup, d'un seul, Chengdu devint ma nouvelle ville et ma nouvelle vie.
- Vous commencez le 18 septembre !
© Jean-Louis Crimon
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