Cher mortel qui se croyait éternel,
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Tu l'aimes ce cimetière ! Ton cimetière. Le cimetière de Contay. Somme. Picardie. Au milieu des prés et des champs. Cimetière paisible et champêtre. Joyeux. Même si ça peut surprendre un tel qualificatif pour un tel lieu. Avec ses faux airs de cimetière scandinave. Cimetière catholique aux accents protestants. Parfois, tu te promènes entre les tombes. Tu t'attardes pour dire un mot ou deux à ceux que tu as bien connus, de leur vivant. Cette fois, tu t'allonges dans l'herbe, en position de gisant. Vrai gisant de Cathédrale. Ta Cathédrale à toi, fils de jardinier, c'est la nature. Plein ciel. Voûte céleste immense. Géantes ogives de nuages et contreforts de peupliers. Dalles de gazon. Tu te prépares à l'odeur de la terre qui va t'accueillir. Humer l'humus. Tu rêves de te dissoudre, de te fondre, dans cette terre nourricière qui t'a vu naître.
Tout en haut de la côte de Franvillers, le cimetière domine le village. Façon de dire aux vivants d'en bas: Pas trop de conneries, les p'tits gars, on vous a à l'œil. Aujourd'hui, tu te dis que tu as trouvé ta place. Près de la haie qui borde le chemin qui va vers la Butresse. La source du village. Un bon endroit, ma foi. En lisière, en bordure, le meilleur endroit, pour celui qui n'a pas... la foi.