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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 00:01
Arras. 14 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Arras. 14 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher passager du Bus Etouvie,

 

C'est au début des années soixante-dix. L'année de ta Maîtrise de philo. Année universitaire 72-73. 1972-1973. Une phrase écrite en lettres rouges au fond du bus. Le bus que tu prends le matin en sortant de l'usine. Une usine de machines à laver où tu t'es fait embaucher comme O.S. Ouvrier Spécialisé. Testeur en machines à laver. On n'a pas encore inventé le mot "lave-linge".

Selon les jours, la phrase, tu la trouves drôle ou jolie. Marrante. Elle a pour toi un sens très fort. Une très forte portée symbolique, pour parler comme à l'université. Un sens immense. Bien au-delà du sens premier. Dans le bus, dans la société du bus, comme dans la société tout entière. Les conséquences sociales, politiques, ou même philosophiques, de la phrase ne te sont pas apparues d'emblée. En tout cas, pas au premier matin. Pas non plus au cours de la première semaine. Trop fatigué sans doute par cet horaire de nuit: minuit-sept heures. Trop épuisé par le rythme des lessives à faire au Laboratoire Qualité. Le Labo où l'on évalue la résistance des prototypes. Pour mieux établir les garanties. Les machines doivent tourner 24 heures sur 24. Quatre-vingt machines dans le Labo. Trois équipes. En trois-huit.

La phrase, tu l'as très vite apprise par coeur. Elle est devenue tienne. Totalement appropriée. Elle t'a marqué pour la vie entière. Mais elle a eu sur toi un effet contraire. Dans la vie, dans ta vie, tu as toujours eu du mal à t'asseoir. A t'asseoir définitivement. Tu as toujours eu envie d'être debout. De partir. De repartir. Pour voir ailleurs. Voir plus loin. Quand d'autres se sont arrêtés. Se sont "assis". Très vite. Très tôt. Définitivement. Aujourd'hui encore, tu es toujours "debout". Même si, objectivement, tu as désormais l'âge où l'on "s'asseoit". Où l'on a gagné "le droit de s'asseoir". Cette histoire t'amuse encore aujourd'hui. Te fait sourire. Quand tu y penses, tu te dis : A quoi ça tient, une existence ?

La phrase, c'est :

IL EST INTERDIT DE SE TENIR DEBOUT QUAND IL RESTE DES PLACES ASSISES.

Fantastique, non ?

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Published by crimonjournaldubouquiniste
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