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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 20:08

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© Jean-Louis Crimon                                                                          Paris. Quai de Montebello.

 

 

La semaine dernière, en discutant avec Sophie et Frédéric, deux bouquinistes d'expérience, qui plus est deux êtres humains adorables, -denrée rare sur le quai- on évoquait la distance réglementaire, donc réglementée, entre chaque série de quatre boîtes. Je ne sais plus qui a raconté la chose. Naïvement, je pensais que cette habitude tenait davantage de la règle tacite. De la règle non écrite. Sorte de droit implicite. En fait, cette réglementation remonterait au temps de l'occupation. C'est ce qu'a affirmé, catégorique, l'un de mes deux interlocuteurs. L'anecdote m'a intéressé. Mieux : intrigué. J'ai fait quelques recherches. J'ai chez moi depuis une dizaine d'années quelques bons ouvrages sur les bouquinistes. Quelques bons articles aussi.  Paru en 1978, le livre de Louis Lanoizelée "Souvenirs d'un bouquiniste" est une vraie mine. Il fourmille d'informations précieuses en forme d'anecdotes insignifiantes. Par exemple, on y apprend qu'il y a un siècle, le bouquiniste se voulait aussi fleuriste. C'est Lanoizelée qui raconte:

"Un moment, il y eut sur les permissions renouvelées chaque année : "INTERDICTION DE VENDRE DES FLEURS COUPéES". Lanoizelée précise : Des bouquinistes de cette époque avaient essayé de mettre dans leurs boîtes des bouquets de fleurs."

On imagine la réaction du syndicat des fleuristes.   

Pour l'espace réglementaire entre les boîtes, c'est aussi dans le bouquin du bouquiniste Lanoizelée que j'ai trouvé la réponse. N'y voir aucun signe particulier, mais ces infos liées à l'occupation allemande se trouvent pages -ça ne s'invente pas-... 41 et 42. Le mieux est de reproduire l'intégralité du passage. Citation donc. A l'ordre du mérite. Du mérite du bouquiniste en question. C'est Louis Lanoizelée qui écrit:

 

"Voici la copie d'une des nombreuses circulaires envoyées pendant l'occupation.

Direction des Affaires Municipales -                                         Paris le 20 mars 1941. 

 

Monsieur,

 

Mon attention a été attirée, à diverses reprises, sur le mauvais état, les dimensions disparates et les couleurs différentes des boîtes installées sur les parapets des quais de la Seine. Je vous rappelle les conditions générales de votre permission d'exercer, sur timbre, qui vous est délivrée chaque année et je vous prie de vouloir bien vous y conformer.

Entre autres conditions, les dimensions maxima des boîtes sont fixées à deux mètres de longueur, trente centimètres de hauteur côté quai. Les boîtes doivent être tenues dans un parfait état d'entretien et peintes obligatoirement dans un des deux tons dits " vert wagon " ou " gris foncé ". Je vous avise également que la nécessité de ne pas masquer la vue de la Seine aux promeneurs, entraine pour vous l'obligation de laisser libre, entre les concessions un quart de la longueur accordée, en supprimant une boîte sur quatre. Afin de répartir convenablement la disposition des espaces libres, des instructions vous seront communiquées ultérieurement par les soins du service extérieur des concessions sur la voie publique.

Veuillez agréer, M... , l'assurance de ma considération distinguée.

Pour le Directeur des Affaires municipales,

Le Chef de service des Domaines,

                                                                 A. Georgin.

 

Quand la semaine dernière, mes amis m'ont raconté l'histoire, ils ne m'ont pas dit que l'espace laissé libre devait l'être dans le but de ne pas gêner le regard des promeneurs. Pour eux, c'était plutôt pour les opérations de surveillance et de maintien de l'ordre côté occupants. Autrement dit : il fallait pouvoir poster un soldat allemand toutes les trois ou quatre boîtes. J'imagine la scène : des soldats allemands surveillants la Seine. Un côté Seine, un côté rue. En alternance. Jamais trouvé de photos ou de cartes postales de cette époque.

"Bouquiniste durant l'occupation", sujet de recherche intéressant. Superbe sujet de recherche. Incontestablement. Pour river enfin leur clou à ceux qui pensent que "Bouquiniste", ce n'est qu'une... occupation !

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 20:57

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© Jean-Louis Crimon                                                               Paris. Quai de la Tournelle. 

 

 

"Tu te rends compte, je n'étais jamais allé au Louvre de ma vie !" Mon voisin, sur le quai de la Tournelle, a toujours des choses marrantes à me raconter. Le Louvre, la Joconde, la Vénus de Milo, les tableaux de Greuze. Jean-Baptiste Greuze salué par Balzac, comme le premier peintre à faire entrer les gens du peuple dans un tableau. Mais mon voisin ne connait pas Greuze, n'aime pas la Vénus de Milo et ne trouve pas que la Joconde soit vraiment un tableau extraordinaire. M'a même pas dit ce qui lui avait plu dans ce qu'il avait vu au Louvre. M'a juste expliqué : "j'y suis allé début février. Un dimanche. Le premier dimanche de chaque mois, c'est gratuit, alors j'en ai profité." Mon voisin est vraiment un type étonnant. Il a des sorties incroyables. Des sorties, traduisez : des paroles inattendues, des propos incongrus. Parfois même, des commentaires tellement déroutants qu'ils en deviennent loufoques. Un sens de la répartie toujours un peu décalé. Par exemple, il peut vous dire, avec un inimitable sérieux "la pluie, c'est pénible, ça mouillle" ou encore " l'été, c'est chiant, c'est trop chaud" ou mieux "j'aime pas l'hiver, c'est trop froid". J'ai beau lui dire à chaque fois qu'au fond, c'est logique qu'il fasse froid en hiver et chaud en été, et  normal aussi que l'eau, ça mouille, il a un côté Gribouille qui le rend complétement inoxydable à  la logique de la plupart de ses contemporains. Mardi prochain, il veut faire à nouveau une chose qu'il n'a jamais faite jusqu'à présent. Je m'attends à un truc incroyable. J'essaie d'imaginer. Je ne trouve pas. Il s'en amuse. L'air triomphant, il me lance : "Je vais  au Salon !" 

-  Au Salon du Livre ! c'est trop tôt ! 

-  Je vais dans un Salon, oui ... mais c'est pas le Salon du Livre !

-  Le Salon des vieux papiers ?

-  Mais non, voyons, c'est passé depuis longtemps !

-  Au Salon, Porte de Versailles ?

-  Oui, je vais au Salon de ... l'Agriculture !

-  Le même jour que François Hollande, tu vas t'amuser !

- Justement, j'vais p't'être le croiser !

- Tu le salueras de ma part et tu lui diras de venir nous voir sur le quai, nous, les derniers Indiens du paysage urbain. Les libraires de plein air. Les derniers marchands de rue.

- Si je le vois, pas sûr de pouvoir lui parler, y'aura un méga service d'ordre !

- Enfin, au cas où, dis-lui qu'avec Notre-Dame, en fond, le quai de la Tournelle ferait de belles images. Qu'il pourrait aussi s'intéresser à nous, les derniers représentants du "commerce culturel" ... 

- T'as qu'à venir avec moi ! Tu lui diras toi-même !

- Chiche !

- Chiche !

 

Au fond, pourquoi pas ? si mardi, pas de quai, allons faire Salon !

Dans le Salon, tout est bon !

 

 

 

 

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 17:54

 

"Il y a environ deux ans, un brave homme qui fut, durant plus d'un demi-siècle, l'humble providence des bibliophiles et des bibliomanes, est mort, à Paris, dans l'isolement et dans la gêne. Au retour d'un voyage, nous avons appris la triste fin de ce pauvre vieillard. Bien peu de personnes, hélas ! ont suivi son modeste convoi; aucun ami des livres ne lui a dit le suprême adieu; aucun journal n'a daigné annoncer,même par une simple ligne, sa disparition de ce monde !

"Qu'il nous soit permis de réparer aujourd'hui cet oubli regrettable. Le père Lécureux nous a donné naguère plus d'une joie; il serait vraiment injuste et ingrat de ne point lui consacrer quelques pages sincères. Et, d'ailleurs, une rapide esquisse de cette originale et honnête figure aura peut-être la bonne fortune d'intéresser un moment nos lecteurs."

 

Ces deux paragraphes sont extraits d'un petit livre qui ne paie pas de mine. Alexandre Piedagnel en est l'auteur. En chiffres romains, sous le nom de l'Editeur, Edouard Rouveyre, est indiqué l'année de publication : MDCCC LXX VIII, ce qui se traduit, si vous lisez couramment les chiffres romains, par ... 1878.

"Un bouquiniste Parisien, Le père Lécureux", c'est le titre complet. Le livre est enrichi d'un frontispice à l'eau-forte, composé et gravé par Maxime Lalanne.

Mais poursuivons la lecture du livre que Piedagnel a consacré à ce célèbre "Bouquiniste Parisien" du 19 ème siècle. L'écriture est datée et en même temps assez moderne. La description du cadre de vie et de travail du père Lécureux est parlante et visuelle à la fois. Curieusement, on prend un réel plaisir à pousser la porte d'un magasin qui a fermé ses portes il y a plus de 130 ans. C'est vivant, alerte et, forcément, émouvant.

 

"Au n° 20 de la rue des Grands-Augustins, tout au fond d'une cour silencieuse, se trouvait le vaste et poudreux magasin du digne bouquiniste. Sans cérémonie et à toute heure du jour, on pouvait pénétrer dans le temple, situé au rez-de-chaussée, en tournant le bouton d'une porte vitrée dont les carreaux étaient constamment couverts d'une vénérable poussière. Une marche à descendre, cinq ou six pas à faire dans une demi-obscurité, et le visiteur apercevait ou plutôt devinait soudain le père Lécureux, assis gravement devant un petit bureau de sapin noirci, placé près d'une fenêtre ayant vue sur une seconde cour, où s'étiolaient de compagnie quelques lilas et un platane, au centre d'une maigre pelouse. Le bureau vermoulu était surchargé de registres écornés et de liasses de papiers jaunis, du milieu desquels émergeait la tête chenue du bonhomme. Dans deux grandes pièces contiguës et peu élevées, l'oeil rencontrait partout de nombreux rayons pliant sous le poids de volumes brochés ou reliés, et ficelés soigneusement par séries, avec de larges étiquettes sur chaque paquet. A terre, près du seuil, des pyramides de bouquins; sous les tables boiteuses, sur les chaises branlantes, encore des livres empilés; dans les encoignures, tapissées de toiles d'araignées, devant les fenêtres aux vitres verdâtres, tout le long des salles lézardées, toujours des livres et des brochures! De la médecine et du droit, de la théologie et de l'algèbre, de la poésie et de l'hisstoire, de l'italien, de l'anglais et du grec, du chinois, du latin et de l'allemand, de la musique et de la géométrie, des romans et des contes bleux, de la philosophie et de la critique, des tragédies et des vaudevilles...

"On trouvait tout (ou du moins des échantillons de tout) dans ce capharnaüm, où il semblait, par exemple, terriblement difficile de circuler. De petits sentiers sinueux y étaient ménagés cependant, mais il fallait, pour s'y reconnaître, avoir une certaine habitude du logis.

"Eh bien, ce désordre apparent cachait un ordre parfait. Le père Lécureux, qui, depuis plus de soixante années (il est mort âgé de quatre-vingts ans), vivait au milieu du papier imprimé, possédait une méthode sûre et fort ingénieuse pour s'éviter le moindre embarras. Les diverses éditions d'un même ouvrage étaient réunies chez lui, par ordre de dates, au fur et à mesure de ses découvertes. Il avait disposé, en outre, dans deux boîtes sans couvertures, d'innombrables fiches en carton, - couvertes de chiffres à l'encre noire et à l'encre rouge, de caractères menus, de ratures et de signes hiéroglyphiques, - à l'aide desquelles il savait immédiatement si un auteur quelconque, ancien ou moderne, demandé à l'improviste, dormait dans son obscur magasin, et à quel endroit exact il devait, armé d'une chandelle à la lueur vacillante, aller le réveiller pour satisfaire le caprice d'un client."

 

"Aller réveiller un auteur, ancien ou moderne, pour satisfaire le désir d'un client", quel beau métier ! Quel étrange pouvoir ! Quelle jolie manière, aussi, de saluer ainsi la mémoire et le talent d'un bouquiniste défunt.

 

D'Alexandre Piedagnel, l'auteur de ce "Lécureux, Bouquiniste Parisien", je possède aussi Avril , un très beau recueil de poèmes. Sur l'exemplaire que j'ai entre les mains, édité en 1877, à 774 exemplaires, sont imprimés trois mots en capitales italiques, trois mots qui, chez les bibliophiles, donnent une tout autre valeur à l'ouvrage en question : EXEMPLAIRE DE L'AUTEUR. 

 Au delà de la valeur marchande de cet "exemplaire de l'auteur", je me sens frère de ce Piedagnel. Frère d'écriture. Frère de sa manière de faire vivre le père Lécureux. Au pays des mots, il y a des familles où l'on se sent plus ou moins bien. Dans la famille Piedagnel, je m'y sens bien. On y est bien.

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 16:31

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Il y a des livres dont on a oublié la date et la raison de l'acquisition. Ce livre-là est de ceux-là. Pardon à son auteur qui a bien fait son travail. Pardon à son éditeur qui l'a publié au temps des francs. En plus, c'est une première édition. C'est précisé sur la couverture, juste au-dessus du nom de l'éditeur. Le titre : Ecrivain public, Un vieux métier d'avenir.

L'éditeur : Editions du Puits Fleuri. L'année de parution : 1999. L'auteur : Geneviève Madou.

L'introduction est à la fois informative et touchante. Il y a de l'humanité dès les premières lignes. Une humanité qui, sans doute, n'aurait plus sa place dans les préfaces des guides d'aujourd'hui. Les temps ont changé. Le style des écrits aussi.

Pour le plaisir, partageons, les deux premiers paragraphes de l'Intro.

 

"Vous avez envie de devenir écrivain public et vous vous demandez "comment faire ?" Mais vous êtes-vous demandé "pourquoi" ? Car c'est bien de la réponse à cette deuxième question, que dépend la réponse à la première. Avez-vous un amour immodéré de l'expression écrite, une boulimie de lecture ? C'est déjà bien, mais aimez-vous vos semblables ? Etes-vous toujours disposé à les aider ?

"Dans ma famille, on a toujours eu la propension à rendre service. Dans le respect de cette tradition, j'ai aidé bon nombre de voisins, amis, relations, à remplir les dossiers administratifs, à écrire des réclamations, bref, j'ai pris en charge toutes leurs "corvées de paperasse" ... à ceci près que, pour moi, il ne s'agit pas d'une corvée mais plutôt d'un plaisir, d'un exercice de style, d'une sorte de jeu d'écriture, d'un défi que je relève. Si ma façon d'écrire a changé, au fil du temps, mon goût pour la "chose écrite" est immuable depuis ma plus tendre enfance. J'adore les livres et lorsqu'un ouvrage m'a passionnée, je suis toujours triste de tourner la dernière page, j'ai l'impression de perdre un ami..."

 

Vous souriez, forcément, à la lecture de ces quelques lignes, et à cette forme de tendresse qui passe à travers les mots d'une préface qui doit, malgré tout, donner envie de découvrir les "Réalités de cette profession, les Compétences nécessaires, et les Cadres Juridique et Fiscal", comme précisé en gros caractères sur la couverture de ce Guide de 250 pages. Car l'ouvrage se veut aussi très technique. Dans les dernières pages, un lexique redonne des définitions de termes plutôt utiles à des étudiants en Lettres. Allitération, anaphore, antiphrase, ellipse, hyperbole, litote, métaphore, périphrase, personnification, pléonasme et prétérition, pour ne citer que ceux-là.

Des citations ponctuent les parties et les chapitres. Celle de LéonTolstoï me semble bien choisie, même si quelque peu éloignée des travaux qui seront confiés à l'Ecrivain Public.

La citation de Tolstoï, c'est : "Il ne faut écrire qu'au moment où chaque fois que tu trempes ta plume dans l'encre, un morceau de ta chair reste dans l'encrier ."

 

Question : que dirait Tolstoï aujourd'hui s'il écrivait ... au clavier ?

 

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 17:45

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Dahan PrésidentDahan Président ! Sur le quai, on commente parfois l'actualité. Entre nous. Hors micros. D'ailleurs pour les micros, pas de problème chez nous. Le seul micro qu'on tolère, c'est le micro-climat. Quand la Seine nous épargne. Nous crédite d'autre chose que de ce vent froid du Nord ou du Nord-Est. Donc, parfois, entre nous, au café du coin, chez Panis, ou ailleurs, on rigole. Enfin, des choses qui font rire. Ou sourire. Ces temps-ci, c'est plutôt difficile. Pas vraiment le coeur à rire avec ce qui se passe dans le monde. Surtout du côté de la Syrie.  A se demander si le "Pays des droits de l'Homme", le nôtre, dont tous se revendiquent, ne devrait pas apprendre à l'ophtalmo de Damas que "DROITS DE L'HOMME" ça peut s' écrire, se dire et se lire aussi "DROITS DE L'HOMS".  Mais lui faudrait de sacrés verres correcteurs à ce dictateur ! Ce sanguinaire. Cet assassin.

 

Dahan Président ! Dahan Président ! C'est notre slogan de la mi-journée. Pas drôle pour tout le monde. Mais on s'amuse comme on peut. On a coutume de dire qu'en France, tout finit par des chansons. Ce midi, ça commence par le rire. Mais le rire est amer. Rire et Chansons, la radio, s'est plantée : elle a viré l'humoriste !

L'Histoire retiendra qu'en 2012, au siècle 21, un  humoriste a été censuré et licencié par la Radio où le "rire enregistré" est l'essentiel du fond de commerce. Au "Pays de la liberté", il y a des limites à ne pas franchir, sinon on est "censuré".

Notez, pour Dahan, faire la "une" du comptoir n'est pas déshonorant. Dahan, pour ceux qui ne le sauraient pas encore, est un excellent imitateur. Ses imitations sont inimitables. Il a, une nouvelle fois, emprunté la voix de Cantona, Eric Cantona, pour piéger un candidat à l'élection présidentielle. Pas n'importe qui. Un personnage politique qualifié régulièrement, dans les médias, de "souverainiste". Nicolas Dupont-Aignan. Faut dire que le canular de l'humoriste Dahan est parfaitement réussi. Très "parlant". Le coup de fil à Dupont-Aignan est remarquablement construit. Bien ficelé. Bien amené. Son "Cantona" est très crédible. Mieux : parfait. Dans la forme comme sur le fond. Le ton et les idées, tout est excellent. Dupont-Aignan n'hésite pas une seconde : il plonge immédiatement. Pour balancer, en confiance, c'est à dire sans aucune méfiance, ces vérités à faire trembler tous les menteurs. Le "souverainiste" se lâche souverainement.

 

Florilège :

 

"Pas confiance en Sarkozy qui est aux mains des patrons du CAC 40 ... qui est une catastrophe ambulante ! Non, je ne serai pas un rabatteur de Sarkozy !"

 

" Hollande, un pansement ? oui, mais le pansement Hollande, c'est mieux que le pansement Sarkozy !"

 

" Bayrou, c'est mieux que Sarkozy, y'a pas photo ! mais il a tendance à jouer perso !"

 

 

Réaction tout à fait logique : très vite, l'intégrale du canular tourne en boucle sur les réseaux dits sociaux. Le buzz !

 

Beau joueur, Dupont-Aignan a déclaré, dans une interview télévisée : "ça m'a choqué qu'on reprenne une conversation privée, mais je ne regrette pas ce que j'ai dit parce que je suis cohérent et  parce que, entre nous, si on reprenait les conversations des autres candidats ..." 

 

La radio Rire et Chansons a expliqué avoir pris la décision de ne pas diffuser le canular parce qu'il "ne respectait pas la ligne éditoriale". Les humoristes désormais soumis à une  " ligne éditoriale" ! Inimaginable. Impensable. Ou plutôt trop ... drôle.

Dahan a simplement commenté : les convictions des gens s'arrêtent là où leurs intérêts commencent ! Sans même éprouver le besoin d'ajouter : et là où ils risquent d'être menacés.

Au comptoir, les commentaires sont dignes de véritables artistes. Certains bouquinistes sont de grands humoristes. Méconnus. Méconnus au point parfois de s'ignorer... eux-mêmes. Le coup du "Cantona", ça se colporte à la ... cantonade !

 

- La prochaine fois, l'a qu'à s'attaquer à l'autre Nicolas ! 

- Ah oui, lequel ?

- L'autre "Dupont" ... ?

- Le "Dupont" ... taigneux !

- L'a déjà piégé une fois, je crois !

- Dahan Président ! Dahan Président !

- De la République du Rire, assurément !

- Mieux : Dahan au RPR. Pour mieux les narguer à l'UMP, Dahan au RPR !

- Oui, au RPR, au Rassemblement Pour Rire !

- Si on commence à virer les comiques, alors, faut virer c'ui du Palais ?

- Que oui, et on lui chantera ...

- Cantona, Cantona....

- Quand on a, quand on a ...

- Quand on a que l'amour ...

- A s'offrir en partage ... 

- Arrête, ça fait rire les ouvriers

- Normal, le canular, c'est ...

- C'est quoi ?

- Simple : le canular, c'est l'art du canut !

- Si on commence à virer les comiques, alors ...

- Faut virer c'ui du Palais !

- C'ui du Palais, ben oui, ! C'est bien lui, le plus grand des comiques ! 

- De l'Elysée à ... l'Elysée-Montmartre, tiens, c'est pas mal, non, comme reconversion !

- Va finir intermittent du spectacle, l'agité du JT, c'est tout le mal que je lui souhaite !

 

Comme quoi, y'a de très bons dialoguistes chez les bouquinistes. Des talents qui s'ignorent. Ou qu'on ignore.

La campagne ne fait que commencer. La campagne à la ville, sûr, ça promet.

 

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 14:21

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Monnaie romaine à l'effigie de Tetricus.

 

 

 

Il y a des livres que vous pouvez garder dans vos boîtes pendant des années. Bien en vue, bien visibles, accessibles, -suffit de tendre le bras -, et pourtant ces livres là ne trouvent pas facilement preneur. Ne trouvent pas lecteur. Un beau jour, vous décidez de ne plus les offrir à la vente. Le bouquiniste est aussi lecteur. Un lecteur qui aime les livres. Qui souffre quand un livre reste trop longtemps trop seul. Sans être désiré. Ce livre dont personne n'a voulu, le bouquiniste se dit qu'il est pour lui. Il le retire de l'étalage et, soigneusement, le glisse dans son sac. Le ramène chez lui. Lui fait une petite place dans sa bibliothèque. Ou sur sa table de nuit. Je me suis dit ça la semaine dernière et j'ai commencé, comme çan  à relire Tetricus et Victorina, Mémoires d'un empereur des Gaules. Ouvrage signé Joël Schmidt. Publié en 1987, chez Maren Sell. Un très beau texte. Curieusement arrivé jusqu'à nous.

Dans son avertissement, l'auteur, historien et romancier, nous apprend qu'au milieu des années quatre-vingt, 1980, on construit à Rome un grand immeuble sur le Mont Celius. Dans les travaux de terrassement, les Italiens mettent à jour les vestiges d'un petit palais que des archéologues datent aux alentours des années 276 de notre ère. Grâce à des monnaies d'Aurélien et de Probus. D'autres monnaies sont découvertes. En grand nombre. Elles sont à l'effigie des empereurs des Gaules. Elles ont été frappées sous le règne de Tetricus. Joël Schmidt nous explique : comme on sait, grâce à des chapitres de L'Histoire Auguste rédigés par Trebellius Pollion, que l'ancien empereur des Gaules Tetricus a résidé sur le Mont Celius, il n'y a pas de doute possible sur l'importance de la découverte. Une découverte qui revêt un caractère exceptionnel, lorsque les archéologues ont dans leurs mains, protégés dans des rouleaux de bronze, des papyrus en bon état. Une fois déroulés, selon des méthodes scientifiques éprouvées, les papyrus se révèlent être les Mémoires de l'empereur Tetricus. C'est au cours de son exil à Rome, après 273, et après sa défaite devant l'empereur Aurélien à Châlons-sur-Marne, que Tetricus écrit.

Joël Schmidt nous prévient que le terme de "république" apparaît souvent sous la plume de Tetricus et des historiens de L'Histoire Auguste qui se serviront des mêmes sources que lui. Ce qui prouve que sous l'Empire romain, il était encore d'usage de parler de république (res publica : la chose publique), c'est à dire de tout ce qui évoquait de près ou de loin le fonctionnement des institutions de Rome et de son empire.

Enfin l'auteur rappelle "La traduction en français que nous avons donnée des Mémoires de l'empereur Tetricus s'est voulu la plus proche de son original latin, même si pour mieux nous faire comprendre des lecteurs actuels nous n'avons pas craint d'utiliser des termes ou des expressions modernes, mais le plus rarement possible."

 

Tetricus raconte donc l'histoire de sa vie. Avec lui, on comprend ce qu' a pu être la civilisation gallo-romaine. La coexistence des "nations gauloises" dans la "paix romaine".  Les pages où il parle de Vercingétorix, de son "étrange tactique autour de Bourges quand César en fait le siège", des chrétiens, qu'il se refuse à pourchasser dans son domaine d'Aquitaine, ou de l'origine de sa famille, sont fascinantes.  

Anecdote amusante quand il évoque ses recherches généalogiques "à mes heures d'oisiveté",  à la Bibliothèque impériale de Rome. Le nom Tetricus vient de Tetrix, qui veut dire à la fois "crosse de bois" et "nature rusée". Les pages sur la nuit des Quinquennales, faite de libations, de joutes enflammées et d'excès en tout genre sont joyeuses et réjouisssantes.

 Celles où il parle de ses amours, Barbara, la belle esclave qui partage un temps sa couche, de Graecica, la tenancière du lupanar le plus élégant de Bordeaux, ou de Victorina, femme d'exception, l'amour de sa vie, sont sublimes de beauté sensuelle et de pudeur inattendue.

De Barbara, achetée au marché aux esclaves,  il écrit : " robuste, la lèvre gourmande, le teint clair, les cheveux blonds et les yeux en amande, elle assurait dans les trois pièces que j'occupais les travaux ménagers les plus divers. Elle partagea ma couche et fut ma première initiatrice aux travaux de Vénus. Plus loin, Tetricus avoue : Barbara fut ma joie pendant plusieurs années et je n'envisageais pas de trouver d'autres femmes, même si mon père et ma mère tentaient de m'arracher à cette volupté qu'ils jugeaient trop domestique et me présentaient des filles de sénateurs ou de riches négociants pour me pousser au mariage. A vingt-cinq ans, je dus m'acquitter de l'impôt sur les célibataires, mais je préférai verser au fisc quelques sesterces plutôt que de m'assagir dans les délices monotones de la vie conjugale." 

Mais Victorina lui fera oublier Barbara. De Victorina, il dit :"  j'ai souvenir de l'avoir regardée se rhabiller après nos joutes enflammées, au coeur de cette nuit des Quinquennales et d'avoir admiré à la lumière d'une torche la plénitude d'un corps admirable aux belles hanches, aux seins encore droits, aux cheveux toujours aussi blonds, et aux yeux immenses et bleus comme nos femmes gauloises de jadis; et je me suis dit, elle est l'envoyée des Dieux, la divinité de notre famille qu'un sculpteur aurait pu à cet instant immobiliser dans des contours de pierre et de marbre."

 

Tetricus, heureux homme. Si de ma vie, j'avais, en ton siècle ou dans le mien, croisé pareille femme, crois-moi bien, moi non plus, je ne serais pas resté ... de marbre.

 

 

 

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 19:12

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© Jean-Louis Crimon                                                  Chengdu. Sichuan. Chine. Automne 2011.

 

 

L'injonction n'est pas nouvelle. En latin déjà, Pline l'Ancien dixit : "Nulla dies sinea linea". Est-ce vraiment, à l'origine, une incitation à noter, à écrire, à transcrire ? A ne pas laisser le jour disparaître sans en traduire avec des signes, avec des lettres, avec des mots, la quintessence ? Joli mot d'ailleurs que ce mot de "quintessence".  Textuellement, la cinquième essence, le cinquième élément : l'éther.

"Pas un jour sans une ligne". Entendu, récemment, la voix de Sagan évoquer la chose à la radio. Dans un demi-sourire. Me suis demandé si, pour elle, la recommandation avait un double sens. Double sens ? Oui, parfaitement.

La cocaïnomane aussi devait parfois se dire : pas un jour sans une ligne.

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 22:27

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© Jean-Louis Crimon                                                                         Paris. Quai de la Tournelle.

 

 

Le titre est à la fois inattendu et attractif. Attirant. Vraiment. Il s'agit d'un petit ouvrage de la collection "Les Essentiels Milan". Date de parution : Janvier 2000. Une soixantaine de pages. Des questions en tête, et en titre, de chaque chapitre. La quatrième de couverture nous apprend que l'auteur, Bertrand Vergely, est agrégé de philosophie. Qu'il enseigne -à l'époque- la philosophie à Orléans et à Paris. C'était il y a douze ans.

Pourquoi me suis-je mis à parcourir les pages de cet étrange petit livre ? Sur le quai, lire est un passe-temps possible. Agréable parfois. Le bouquiniste a de quoi lire. Il ne manque pas d'ouvrages. Mais ce n'est pas mon passe-temps préféré. Le nez plongé dans un livre, le bouquiniste se coupe de la relation aux passants. Il ne croise plus aucun regard. Souvent des promeneurs m'ont fait la remarque : vous, au moins, vous n'êtes pas enfermé dans votre lecture. Certains de vos collègues ne relèvent même pas la tête. On n'ose pas les déranger. On passe notre chemin et on va plus loin.  Sûr que cette attitude du bouquiniste assis sur son pliant, absorbé par sa lecture, a de quoi décourager les acheteurs potentiels. Donc, je ne lis pas souvent sur le quai. Mais cette fois, comme on dit, ça s'y prêtait. C'est le titre de l'ouvrage qui m'a d'abord interpelé. Le petit livre se trouvait dans la première boîte. Il était à portée de main. Il me tendait les bras. Je le sentais solitaitre. Délaissé. Il n'y avait pas un chat à deux cents mètres. Début d'après-midi paisible, début de semaine tranquille. Peu de monde sur le quai. Assis sur le parapet, donc, je feuillette. Tout en jetant un regard de temps en temps à mes boîtes. Au cas où un indélicat n'en profiterait pas pour m'emprunter définitivement un bouquin qui l'intéresse, mais qu'il ne veut pas payer. Le vol est pratique courante sur le quai. C'est agaçant. Je peux donner un livre à quelqu'un qui me dit : "je n'ai pas de quoi payer", mais j'ai horreur qu'on me pique quoi que ce soit. De valeur ou pas. La technique la plus courante, c'est le grand sac en toile entre les jambes, plusieurs ouvrages en mains, coup d'oeil furtif à droite et à gauche, et on laisse tomber l'ouvrage choisi dans le sac entrouvert. Elémentaire. Je l'ai vu faire à plusieurs reprises. Parfois par des gens très bien qui n'avaient manifestement aucun souci d'argent. C'est déroutant. C'est dégoûtant. Problème: il faut les prendre sur le fait. Sinon la main, du moins le livre, dans le sac. J'ai quelques succès à mon actif dans le domaine. Parfois je laisse faire. Je laisse filer. Le dérisoire petit bonheur du voleur ne mérite pas que je lui cours après.

 

Revenons à ma lecture et à mes titres de chapitres. Sommes-nous les otages du destin ? Faut-il fuir tout conflit ? La souffrance grandit-elle l'homme ? Est-il vain de penser à la mort ? La solitude est-elle le malheur de notre condition ? Plus léger, si vous préférez, mais tout aussi sérieux : Peut-il y avoir de l'amitié entre un homme et une femme ? Et enfin, pour finir sur un sourire : L'humour est-il forcément déplacé ?

L'auteur, Bertrand Vergely, nous dit, dans un beau mouvement dialectique dont les philosophes ont le secret : La vie est grave mais elle est aussi légère. A trop voir le côté grave de la vie, on finit par oublier sa beauté. A ne voir que sa beauté, on finit par oublier sa gravité. La philosophie nous enseigne à ne rien négliger de ce qui est grave comme de ce qui est léger.

Petit Précis de Philosophie Grave et Légère, c'est le titre du petit ouvrage en question. Je vous le conseille. Tiens, il est comme neuf, mais je vous le laisse à cinq euros. C'est une bonne occasion. Une occasion de vous mettre en douceur à la Philo. La Philosophie, croyez-moi, ça n'a pas de prix.

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 18:50

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© Jean-Louis Crimon                                             Paris. 41, Quai de la Tournellle.

 

 

 

Curieux moment en début d'après-midi, un homme était à la recherche d'un autre homme. Un homme qui a habité le quartier autrefois et qui voulait retrouver l'endroit où officiait, il y a quelques années déjà, un bouquiniste chez qui il avait acheté de nombreux livres. Un bouquiniste qui avait la particularité d'avoir été, dans une autre vie, chanteur. "Il a une très bonne voix. Il est  plutôt grand. Il a écrit des centaines de chansonsDe mémoire, ça ne doit pas être très loin de votre emplacement. Son prénom, si je ne me trompe pas, ce doit être  Bernard". Détails précis. Identification immédiate. Localisation de même. Beau sourire sur le visage de l'homme en quête de son ami d'antan.

Le Grand Bernard, comme on l'appelle affectueusement sur le quai, facile à reconnaître. Là-bas, presque à hauteur de La Tour d'Argent. Juste à côté des boîtes du P'tit Bernard, le spécialiste des polars. Grand connaisseur de San-Antonio. Ne lui vendez  jamais rien, vous êtes sûr de vous faire avoir. Chez les bouquinistes, c'est comme ça, il y a des margoulins et il y a des artistes. Des gens de talent vraiment.  Pas seulement des marchands. Plus ou moins honnêtes. Plus ou moins scrupuleux. L'un de mes autres mes voisins, sur le quai, en remontant vers Montebello, n'est pas seulement celui qui a trouvé le thème de "Requiem pour un con", pour un certain Serge Gainsbourg, qu'il accompagnait à l'époque, c'est aussi un peintre de talent. Un peintre qui n'a jamais exposé. Mais qui le ferait bien maintenant. "J'ai fait  La Grande Chaumière, à Montparnasse". Jacky raconte avec des étoiles de grand môme dans les yeux : "J'avais 14 ans. Les modèles posaient nus. A 14 ans, voir des femmes nues, tu imagines" ! Aujourd'hui, dans la vie de Jacky, la peinture a pris la place de la musique. Il s'en étonne lui-même. Avoue, avec un rien d'admiration pour ses insomnies créatrices : "Je me réveille la nuit et je me mets à peindre".

 

Plus tard, juste avant l'arrivée de la lumière du soir, c'est le passage des colporteurs. Ils approvisionnent les bouquinistes. Rive droite comme rive gauche. Beaucoup de Poches, dans leurs poches. Enfin dans leurs sacs. Des grands sacs. Genre sacs de sport où la littérature transpire par tous les pores. Caddies même parfois pour les plus astucieux. Moins lourds à porter les livres, si tu les roules. Eric et Georges. Georges a toujours des trouvailles intéressantes. Et souvent des 45 Tours des années soixante. Eric connait bien son affaire. Il sait y faire. Petits prix pour les uns. Bons prix pour les autres. Livres en allemand pour Michel, celui qui s'est spécialisé en langues étrangères. Chez Michel, vous ne trouverez jamais  un livre  en français, il a choisi, depuis longtemps, d'offrir aux promeneurs, aux passants, aux fouineurs, aux chercheurs, aux amateurs, tout ce que ses collègues n'offriront jamais: des livres en italien, en espagnol, en allemand, en anglais, en suèdois, en russe, et même en mandarin.

 

L'homme qui m'avait demandé l'endroit où travaillait le Grand Bernard est repassé me voir. Il était visiblement heureux et  un peu ému d'avoir retrouvé celui qu'il cherchait. On a reparlé chanson. Une de ses passions. Confidence en forme de cadeau, juste avant de s'effacer :  "vous savez, dans  ma vie, j'ai rencontré Brel plusieurs fois.  La première fois, j'étais professeur dans un lycée, à Meknès, au Maroc. Le Proviseur avait invité Brel à rencontrer les élèves. Brel avait joué le jeu. Il leur avait dit "on rêve jusqu'à 15 ans, après on réalise ses rêves". Jacques Brel, un type extraordinaire. Je suis allé le voir dans l'Homme de la Mancha. Je suis même allé le voir aux Marquises. Comme lui, je pilote. On avait le même avion".

 

Le Grand Jacques. Le Grand Bernard. On a les fréquentations et les amitiés qu'on mérite, monsieur. N'en dîtes pas davantage, vous allez faire des envieux.

 

A part ça, on ne m'a rien acheté. Autrement dit,  je n'ai rien vendu. Passé quatre heures sur le quai. Pour rien. Non pas. Ce soir, je me sens riche des mots des conversations tenues. Juste avant la fermeture, un homme cherchait "La Contrebasse" de Süskind. Pour sa fille lycéenne. Qui l'accompagnait. Discrètement. Légèrement en retrait. De Süskind,  j'avais "Le Parfum", mais l'homme voulait La Contrebasse.  A défaut de contrebasse, je lui ai proposé La Cythare nue de Shan Sha, la plus française des romancières chinoises. Shan Sha, superbe pseudonyme qui peut se traduire par "Bruissement de vent dans la montagne". Shan Sha, Goncourt des lycéens 2001 pour La Joueuse de go.

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 17:43

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© Jean-Louis Crimon                                                                           Paris. Avenue de Ségur.

 

 

Sur le quai, on en entend de toutes les couleurs. Surtout ces derniers temps, d'aillleurs. La campagne à la ville, c'est inattendu. La campagne pour la Présidentielle, s'entend. Dans deux mois, c'est vrai, nous y serons presque. La campagne vue du quai, je m'étais dit que ça devait être un point de vue intéressant. Les gens qui aiment les livres, ça se livre facilement. Mais je ne pensais pas entendre ce que j'entends. On en entend de toutes les couleurs. Des vertes et des pas mûres. Parfois des mûres, bien mûres. Parfois même un peu trop mûres. Des blettes. Des blettes, pas vraiment des ablettes. Des blettes à  ne pas mettre dans toutes les tablettes. Des franchement avariées. Qui ne varient pas. Toujours dans le même registre. Plutôt du côté de l'extrême. Quand les nantis jouent les antis, ça n'est jamais très gentil.

 

Pas le physique de l'emploi. Ce genre de phrases a le don de me mettre hors de moi. D'abord, ce n'est pas un emploi. Pas un métier. Et puis, on en a connu, des qui "physiquement, ça l'faisait pas trop" et qui très vite sont parfaitement entrés dans le costume. Aujourd'hui, on les cite en exemple. On oublie simplement tout le mal qu'on a pu dire d'eux quand ils n'étaient que candidats.

Il a pas le physique ! Franchement, ça me scie, ça m'énerve, ça m'agace, ça me gonfle. Comme s'il  fallait juste avoir une gueule, une tronche, être bien gaulé, bien foutu, bien bâti. Sans oublier ceux qui se gaussent à la Laurent Gérra de "Porcinet sudoripare ". Le sortant -même si ça n'a pas transpiré- transpire aussi.

 

Les gens qui jugent les gens sur leur physique sont de pauvres gens. De tristes sires, même en parlant du futur monarque républicain.

Imaginons qu'on juge en littérature les écrivains et les poètes sur leur physique. Sur leur look. Leur gueule.  C'est vrai que dans une époque où l'image est reine, omniprésente, les visages des auteurs sont souvent "tête de gondole" et vendent mieux un roman qu'un simple titre sur une simple couv' ! Mais si on pense au passé. Aux auteurs du passé.


- Socrate, il avait le physique ?

- Balzac, il avait le physique ?

- Baudelaire, il avait le physique ?

- Verlaine, il avait le physique ?

- Oui, mais Rimbaud, il était beau !

- C'est vrai, Rimbaud, il était beau, mais ça se saurait si Sarko, c'était le Rimbaud de la politique ! Vous l'imaginez déclamant devant les militants UMP médusés :

 

   Je remontais des "foules" impassibles, des  "rouges" criards les avaient pris pour cibles !

 

Pas le physique. Franchement, ça m'exaspère. Envie soudain d'être vulgaire. Très vulgaire. Style dialogue à la Audiard ou à la Prévert :

Et toi, ta gueule, tu l'as vu ta gueule ! Elle a le physique de quoi, ta gueule ?

 

Plutôt que de parler du physique, parlons du niveau. Pas le niveau. Il a pas l'niveau. Ils n'ont pas le niveau. On n'a pas le niveau quand on emploie des arguments au ras du... caniveau.

 

Pas le physique de l'emploi ? N'importe quoi ! Les gens qui jugent les gens sur leur physique, vraiment, je ne supporte pas. Simple : c'est ... physique !

 

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