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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 00:19
Amiens. Librairie du Labyrinthe. 20 Oct. 16. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Librairie du Labyrinthe. 20 Oct. 16. © Jean-Louis Crimon

Cher passager clandestin,

 

Au fond, tu es chanceux, vraiment chanceux. Tu auras eu de la chance comme être humain. Même si dans cette vie tu te sens en permanence passager clandestin. Mais il y a "destin" dans "clandestin". Ce n'est pas pour te déplaire. Destin du clan. Clan du destin. Tu t'en fous. Tu as dû te tromper d'époque. Reste que dans cette époque, tu es chanceux, terriblement chanceux. Dans ta vie de mortel, tu en as rencontré des gens. Des gens fascinants. Des personnes. Des personnages. Des personnalités. Des anonymes ou des célébrités. Ta dernière rencontre vaut son pesant d'humanité. Ce Velibor Čolić est vraiment un être extraordinaire. Il écrit comme il parle. Il parle comme un écrivain. Il a le sens de la formule, ou  plutôt il a la formule du sens. Il saisit une image, il te la tourne, te la retourne, et de l'image, il te sort une idée. Il est comme ça, Velibor. Son regard, ses paroles, ses mots, c'est de l'or. D'avoir croisé sa route, sans aucun doute, ça te change une vie, ça te change ta vie.

Tu n'arrêtes pas depuis deux jours de relire à haute voix des passages entiers de son Manuel d'exil. Un texte fort et dense, tout en finesse et en rudesse. Ecrit au cutter. Tout en ironie féroce et tendre. Velibor Čolić possède ce talent inouï de nous faire rire quand on a envie de pleurer et de nous rendre paisiblement serein quand on a des raisons d'avoir la rage au ventre.

"Je suis assis sur ce banc public à Rennes. Il pleut de l'eau tiède et bénite sur la ville. Je réalise peu à peu que je suis le réfugié. L'homme sans papiers et sans visage, sans présent et sans avenir. L'homme au pas lourd et au corps brisé, la fleur du mal, aussi éthéré et dispersé que du pollen. Je n'ai plus de nom, je ne suis plus ni grand, ni petit,je ne suis plus fils ou frère. Je suis un chien mouillé d'oubli, dans une longue nuit sans aube, une petite cicatrice sur le visage du monde.”

 

Librairie du Labyrinthe, ce jeudi soir d'Octobre, tu n'es pas seul à avoir comme de l'eau dans les yeux et ce n'est pas à cause de la pluie du dehors.

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 23:28
Amiens. 14 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 14 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Cher rêveur impénitent,

 

C'est une journée grise qui n'en finit pas. Tu traverses la ville à grands pas. Soudain, tu trébuches. Bordure de trottoir criminelle. Belle gamelle. Tu te retrouves en enfance. D'un coup, d'un seul, tes 10 ans te reviennent dans la gueule. Tu descends à pied de Saint-Acheul jusqu'à la Gare routière. Prendre l'autocar. Celui de moins le quart. Le manteau de nuages n'est annonciateur que de mauvais présages. Ton carnet de notes n'est pas très bon. Le Petit séminaire, au fond, n'est pas pour toi. Tu rêves beaucoup trop pour être à l'aise dans leur chemin de croix. A la question: pensez-vous avoir la vocation ? tu sais bien que tu as répondu NON, et qu'il ne le fallait pas. Tu entends déjà ta mère et ta grand tante te dire: qu'est-ce qu'on va faire de toi ?

Tu as oublié la sempiternelle ritournelle: Le fils aîné doit être donné à Dieu. Tu n'en crois rien, Dieu, s'il existe, n'a pas besoin de toi. Des curés, y'en a déjà trop comme ça. Toi, dans ta tête, même dans la cour trop petite du Minimat, tu fais le Tour du monde. La cour de récré, trop peu pour toi. Tu t'évades dès que tu peux. Toi, tu es déjà en route pour aller à la rencontre de... L'Oiseau Bleu  . 

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18 octobre 2016 2 18 /10 /octobre /2016 10:39
Helsingör. Danemark. Öresundståg. Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Helsingör. Danemark. Öresundståg. Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher auditeur désemparé,

 

Tu le sais bien, l'époque est terriblement dérisoire et cruelle. Mais à ce point d'écœurement, non, tu ne l'imaginais pas. Tu ne pensais pas ça possible. Avec autant de légèreté, pour ne pas dire de grossièreté, le flashman du petit matin annonce mécaniquement: "Grosse galère pour 12.000 voyageurs du TGV". Titre banal, efficace, pour le présentateur des infos qui se doit d'être sans état d'âme et qui précise: Les voyageurs à destination de Paris, Lyon, Marseille et Montpellier sont arrivés avec quatre heures de retard.

Sans s'étendre sur la cause, la voix de la radio explique: un TGV a percuté une personne dans l'Yonne, lundi, vers 17 heures, ce qui a provoqué des retards pour une vingtaine de rames, Paris-province et province-Paris.

Des voyageurs TGV ont perdu 4 heures. Un désespéré a perdu la vie. Personne n'a dit "Grosse galère pour l'être humain qui s'est suicidé en marchant froidement face à un TGV. Quatre heures de retard pour 12.000 voyageurs, ça, c'est une info, mais un être humain, une personne, un être vivant qui décide de mourir face à un TGV, un suicidé à grande vitesse, non, ça ne mérite pas un mot, ça ne se fait pas, ça ne se dit pas. On se voile la face. On efface. La SNCF a sa superbe formule pour parler de la mort de quelqu'un: Accident de personne ! Comme si la personne n'était... personne.

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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 14:52
Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher épistolier morose,

 

Cette fois, c'est pas peut-être, tu l'as trouvée, ta Boîte aux lettres ! Sur le Boulevard. Le Boulevard Maignan Larivière. Celui qui mène à la rivière. Bon, pas vraiment, arrête la frime, c'est juste pour la rime. La rivière n'est pas si proche. Doit y avoir anguille sous roche. En plus, ce soir, c'est fou ce qu'il flotte. Va déborder, la rivière. Tombe des cordes. En moins de deux, sans pébroc, te voilà vieux chien mouillé. Normal, puisque... It's raining cats and dogs, comme disent les Britishs. Plus élégant que "vache qui pisse". Dans le registre, la langue française est plus riche: il pleut à torrent, il pleut à verse, il pleut à seaux ou encore il tombe des hallebardes.

Ta ville, tu le sais bien, c'est une ville qui a la pluie facile. Souvent, ça passe, d'un coup, d'un seul, la pluie s'efface. Te laissant un ciel tout blanc pour linceul. Mélancolie du soir, pas sûr que ça rime avec espoir.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 23:44
Margny-lès-Compiègne. Médiathèque Jean Moulin.16 Oct.16. © Jean-Louis Crimon

Margny-lès-Compiègne. Médiathèque Jean Moulin.16 Oct.16. © Jean-Louis Crimon

Cher romancier romantique,

 

Tu te demandes toujours à quoi ça tient ? Un regard, un sourire, un ou deux mots échangés ? La lectrice potentielle passe et repasse devant tes deux mètres carrés de nappe blanche. Jette un œil discret aux ouvrages, zoome du regard les titres de tes livres. Au Salon des Voyageurs en partance, il y a du beau monde, mais toi, tu rêves de l'embarquer pour la lecture d'un de tes romans. Elle s'arrête, hésite, se décide, t'empoigne, t'ouvre, te feuillette, soudain te referme et te pose. Puis te reprend, te parcourt. Un haut de page, un début de chapitre, quatrième de couverture. A quoi ça tient la littérature ! Un rien, un mot, une ligne, un paragraphe, qui font écho. 

Soudain, elle lâche: c'est chouette. Sûr, c'est gagné ! De lectrice potentielle, elle se métamorphose en lectrice réelle. Elle... t'achète.

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 10:33
Amiens. Saint-Leu. 15 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Saint-Leu. 15 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Cher inattendu noctambule,

 

La nuit, comme une évidence. La nuit quand elle glisse sous une pluie fine et froide. Tu sautes d'un jour à l'autre, comme on saute dans les flaques, la pluie fait la claque. Tu adores le jeu de hasard des lumières qui dessinent une ville fluide et calme. Dans ta tête, en silence, tu relis Correspondances et tu te dis que la ville  est aussi...

 

un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

 

Ce soir encore et dans le manteau de la nuit, Charles Baudelaire t'aide à noyer ton ennui.

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 23:38
Corbie. Jean Rouaud. 14 Oct. 2016. © Jean-Louis Crimon

Corbie. Jean Rouaud. 14 Oct. 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher petit piéton de l'Histoire,

 

L'intitulé te laisse perplexe. Dire la guerre, ça te semble tellement décalé. Déconnecté. Tu penses à Alep. A la Syrie. Aux guerres de Yougoslavie. Aux guerres africaines. A toutes ces guerres dont on ne parle pas, dont on ne parle plus. Combattre la guerre, oui, ça t'aurait sans doute plu. Combattre la guerre, avec des mots et des idées, avec des arguments. Avec des livres, avec des romans. Avec Barbusse. Avec Dorgelès. Avec Le Feu. Avec Les Croix de bois. Avec Les Champs d'honneur. Avec Jean Rouaud. Avec Jean-Louis Rambour. Avec Théo. Avec Velibor Čolić, le génial déserteur bosniaque.

Dire la guerre quand d'autres l'ont faite ou s'en vont la faire, c'est tellement naïf et dérisoire. Comme si Dire la guerre pouvait être suffisant. Dénoncer la guerre, oui, c'est notre rôle. Non pas seulement énoncer mais dénoncer la guerre. Toutes les guerres. Il n'y a pas de guerre juste, il y a juste des guerres.

Tu penses à ceux des tiens qui l'ont faite, la guerre. Chaque génération a eu sa guerre. Ton grand-père Adrien, première guerre mondiale, mort gazé du gaz moutarde, ton parrain Gilbert, guerre d'Indochine, revenu fou de la bataille de Diên Biên Phu, ton oncle Jean, guerre d'Algérie, au retour, n'a jamais plus souri, ton père STO en Allemagne, arrêté et embarqué par des gendarmes français... Dans ce chapelet familial des guerres obligatoires, un seul rescapé: toi. Toi qui n'en as faite aucune, toi, qui aimerais comprendre pourquoi les horreurs et les abominations continuent, partout sur la planète, toi, qui te demandes qui écrira un jour... Les Champs d'horreur ? Pour en finir à tout jamais avec toutes les guerres. Pour en finir à tout jamais avec la préhistoire de l'humanité. Pour enfin pouvoir être de vrais humains.

Questionner la guerre, s'interroger sur les véritables causes de la guerre, des guerres, de toutes les guerres, c'est ce qu'il faudrait faire. Ne pas se contenter de dire ou de lire la guerre. Mettre hors d'état de nuire les fauteurs de guerre. A commencer par les industries de l'armement. Domaine où la France... prospère.

Cette soirée de Corbie, Somme, Picardie, l'année du centenaire de la Bataille de la Somme, tu t'en faisais toute une histoire. Tu la rêvais comme un hommage discret et pudique aux morts de toutes les guerres. Hommage discret et pudique, à l'image de Jean Rouaud.

Six personnes sont venues écouter le Prix Goncourt 1990. Six personnes dont deux de la Médiathèque de Corbie. Triste à pleurer. A Corbie, le Goncourt 90, vendu à plus de 600.000 exemplaires, traduit dans des dizaines de pays, n'a pas déplacé plus de six personnes. Ce qui n'étonne personne. Comble du comble, dans cette opération qui n'a pas fait salle comble: c'est le public qui a... déserté ! Oui, parfaitement, l'année du centenaire de la Bataille de la Somme, ici, à Corbie, pas très loin de la ligne de front, impensable affront, c'est le public qui déserte.

Alors Dire la guerre, sans doute, mais si personne n'écoute... à quoi ça sert ?

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 16:16
Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Cher petit passeur d'instants,

 

Triste fin pour une horloge. Elle a passé son temps à la mesure du temps. A donné l'heure plus souvent qu'à son tour. Sans jamais imaginer une seconde qu'il était déjà là le temps de son compte à rebours. Une horloge, même rebaptisée pendule, ça roule pas des mécaniques. Le temps, c'est diabolique.

Le temps finit sa vie à la poubelle. Tu veux dire l' instrument de mesure du temps. L'instrument a fait son temps. Le temps, lui, est toujours vivant. Temps passé, temps vécu, temps perdu, tant pis. Temps présent, temps futur. Temporel, temporaire, temporalité, tempo, tempus, temporis, n'en jette plus ! Avec le temps, dès le départ, tu es battu. Tu aimes la photo pour ça. Ce pouvoir illusoire d'arracher au temps destructeur ces parcelles de vivants... vivant.

Saisir le temps qui passe, le temps qui lasse, le temps qui casse, le temps qui se casse. Saisir en un instant. D'instinct. L'instinct de l'instant.

Pas une minute à perdre. Pas le temps de s'ennuyer. Il y a du pain sur la planche. Avant que ça ne flanche.

Ceux qui pensent tromper le temps se trompent. Rien ne peut arrêter le temps. Le temps s'écoule, le temps s'enfuit. Temps d'hier en aujourd'hui. Demain, c'est sûr, n'est demain qu'au futur. Le temps est un géant anthropophage. Toi, tu le sais, tu le sens, Le temps est un suceur de sang.

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 08:04
Amiens. Octobre 2016 © Jean-Louis Crimon

Amiens. Octobre 2016 © Jean-Louis Crimon

Cher petit romantique,

 

Sous cette couette couleur de suie, tu penses soudain à Baudelaire et à son ciel "bas et lourd comme un couvercle", mais oui, tu sais bien:

 

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits...

 

Tu penses aussi, trouée de bleu de ciel oblige, à cet extrait de lettre à Armand Fraisse:

« Avez-vous observé qu’un morceau de ciel, aperçu par un soupirail, ou entre deux cheminées, deux rochers, ou par une arcade, etc., donnait une idée plus profonde de l’infini que le grand panorama vu du haut d’une montagne ? »

 

Avoir Baudelaire, comme compagnon de route, rue Delpech, un midi d'Octobre, sur le chemin de la Boulangerie, elle est pas belle, ta vie !

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 09:59
Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher infatigable voleur d'instants,

 

A nouveau, tu te dis que la photo suffit. Pas de mots inutiles ou superflus. Surtout pas de paraphrase. L'image seule est roman. A toi de savoir lire. Entre les lignes. Entre les signes. Le reste manque, comme à la fin du TRE de Spinoza, le Traité de la réforme de l'entendement. A bon entendeur...

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