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6 janvier 2019 7 06 /01 /janvier /2019 00:07
Le Milan noir. Raymond Pronier. © Editions Stock. Février 1988. Amiens. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon
Le Milan noir. Raymond Pronier. © Editions Stock. Février 1988. Amiens. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

Le Milan noir. Raymond Pronier. © Editions Stock. Février 1988. Amiens. Juin 2018. © Jean-Louis Crimon

 

Très inspiré de ses années amiénoises et de son passage au Courrier Picard, le roman de Raymond Pronier, journaliste de métier, est un vrai polar, un roman policier. Les lieux de l'action se situent plutôt sur la Côte picarde, mais le siège du journal se trouvant à Amiens, de nombreuses séquences de l'histoire se déroulent dans la capitale picarde. Les deux bistrots qui se font face, tout en haut de la rue de la République, à l'époque, Le Lucullus et Chez Froc, sont des passages obligatoires. Comme les notations sur leurs deux patrons et sur leurs deux publics, deux clientèles très différenciées et très typées. Le quartier Saint-Leu, coeur historique de la ville, est aussi très présent. La place Parmentier tout autant. Forcément, place Parmentier rime avec bateaux à cornet.  

 

Extrait des pages 50 et 51 : 

 

"J'ai rendez-vous ce soir, à minuit, dans l'arrière-salle d'un restaurant de Saint-Leu. J'ai passé la matinée à flâner dans ce quartier, le seul que j'aime dans cette ville. Jeudi est le jour du marché sur l'eau. 

 Les hortillons arrivèrent pour la première fois un matin de mai sur leurs bateaux à cornets. Les hommes portaient pantalon de velours et gilet de satin. Les femmes arboraient longue jupe plissée, chemise à manches, tablier à galons et capeline."

 

Manifestement, ici, page 51, l'auteur du roman ne nous décrit rien d'autre qu'une reconstitution moderne du marché sur l'eau d'antan. On imagine mal en effet les hortillonnes venir à quai vendre leurs légumes en jupe plissée. D'ailleurs, même dans la version "touristique" du marché sur l'eau, pas de jupe plissée pour les hortillonnes et pas davantage de pantalon de velours ou de gilet de satin pour leurs hommes, les hortillons. 

De la même façon, le pluriel à "cornets" semble superflu et surtout incongru, le bateau à cornet, comme chacun sait, n'ayant qu'un seul "cornet".  

 

Mais poursuivons notre lecture, toujours page 51 : 

 

"La coiffe de la semaine était d'un modeste tissu, celui que l'on utilise pour les grands mouchoirs à carreaux. Le dimanche et les jours de fête, la capeline devenait blanche et s'ornait de dentelles.

Cette étrange coiffure cachait le visage des femmes et descendait sur leurs épaules. Elle devait préserver leurs jeunes visages du soleil mais les protégeait surtout du regard des hommes. 

Mon grand-père habita ici pendant quelques mois après la Grande Guerre. Il aimait collectionner les cartes postales et nous passions des après-midi entiers à les regarder. Celles de ce quartier bâti sur l'eau avaient le redoutable honneur de clore chaque représentation. A neuf ans, j'avais acquis la conviction que, sur une de ces cartes, parmi toutes les femmes que l'on apercevait sous leur capeline, l'une d'elles l'avait rendu heureux au cours du printemps 19. Grand-père ne rencontra grand-mère que plusieurs années après et ces deux-là ne me donnèrent jamais l'impression d'un bonheur éclatant. 

 

J'ai passé le début de la matinée place Parmentier au bord du fleuve attendant les bateaux à cornets. Le quai est aménagé pour leur servir de débarcadère. J'ai cru voir des hortillons décharger leurs cageots de fruits et de légumes encore humides. J'ai cru voir des dizaines de longues embarcations à l'avant très relevé se presser en rangs serrés." 

 

Ici, je me demande si l'imagination de l'auteur, malgré sa longue pratique du métier de journaliste, ne l'égare pas de façon, certes romanesque, mais objectivement discutable. Je ne pense pas - je suis allé vérifier sur place - que le quai ait été spécialement aménagé pour l'accueil des bateaux des hortillons. C'est au contraire le "cornet" du bateau qui permet d'accéder au quai. C'est le bateau de l'hortillon qui s'est adapté au quai, et pas le quai qui s'est adapté au bateau. D'ailleurs, le romancier note très bien, deux lignes plus loin, "l'avant très relevé " des longues embarcations. Avant très relevé qui permet aussi et d'abord d'accéder aux aires, ces terres cultivables dans les hortillonnages. 

 

Suite de notre lecture, page 52 :

 

"Les souvenirs ont défilé, des souvenirs de carte postale, et j'ai senti l'odeur des gaz d'échappement. Depuis des décennies, les exploitants des hortillon(nage)s, ces petits jardins maraîchers cernés de canaux, ont abandonné leurs bateaux pour les camions et nombre d'entre eux préfèrent "le marché sur l'eau" de la zone industrielle à la traditionnelle place Parmentier."

 

"Saint-Leu, Saint-Leu", longtemps, je me suis promené au bord des canaux psalmodiant ce nom chargé de souvenirs, gravé dans ma mémoire depuis l'enfance. Ici, le fleuve perd de sa vigueur et se divise en d'innombrables ramifications. Des canaux construits par des habitants au fil des siècles ajoutent encore à la confusion de son cours. C'est là, Saint-Leu, quartier de bric et de broc. Venise des pauvres, Bruges des marginaux." 

 

Bien sûr, ces extraits ne sont qu'une infime partie du roman de Raymond Pronier qui ne se déroule pas dans les Hortillonnages, mais sur la côte picarde, entre Saint-Valery et Le Crotoy. Trois pages "hortillonnages" sur un roman de plus de 200 pages. Un roman policier noir, très noir, aussi noir que le Milan dont l'auteur a fait son titre, sans oublier de nous donner, en ouverture, en guise de définition, la fiche d'identité de ce Milvus migrans :

 

Milan noir, rapace diurne de la famille des falconidés, au vol puissant et à la queue fourchue. Ce migrateur apparaît en France au mois de mars et regagne l'Afrique au début de l'automne. Paresseux, lâche et vorace, le milan noir vit de rapines, se nourrit dans les dépôts d'ordures et mange les poissons victimes de la pollution. Son cri est comparable au hennissement d'un cheval. Cette espèce n'a jamais été menacée. 

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Le Milan noir. Raymond Pronier. © Editions Stock. Février 1988. 

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5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 16:37
Amiens. Lisa Balavoine. Librairie Martelle. Mars 2018. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Lisa Balavoine. Librairie Martelle. Mars 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Lisa Balavoine. Librairie Martelle. Mars 2018. © Jean-Louis Crimon

 

D'abord ce fragment...

  

" J'ai huit ans. La barque de mon grand-père glisse le long des hortillonnages. Les rames qu'il manie habilement la font avancer à coups de soubresauts réguliers. Assise à l'avant, je contemple l'étendue devant moi. La surface est recouverte d'une pellicule de lentilles d'eau d'un vert presque phosphorescent. Les branches des saules pleureurs frôlent mes épaules et s'agrippent à mes cheveux. Alors que nous approchons d'un rieu, il me semble que ses deux rives s'écartent pour nous frayer un passage. J'ai l'impression d'être Alice au pays des Merveilles. "

 

 

Pour une entrée en douceur dans l'univers des Hortillonnages, ce fragment du premier livre d'une Amiénoise. Beau souvenir d'enfance. Bel instant sépia de la mémoire. Flash-back côté coeur.

Lisa Balavoine, née en 1974, est une romancière particulière qui publie, chez Lattès, en janvier 2018, "Eparse", un livre inattendu, surprenant, dans sa forme et dans son style. Un très beau texte construit sur une accumulation de fragments faussement dérisoires et souvent malicieux. Quadra, divorcée, trois enfants, mère imparfaite revendiquée, éparpillée, la narratrice fait de sa vie un récit faussement "épars" dans lequel beaucoup se reconnaissent. Au beau milieu de cette multitude d'instants saisis comme des photographies, fixés comme des brèves, captés comme des sons, fredonnés comme les couplets d'une chanson, instants de mots, instants de phrases, ce flash-barque superbe : 

 

" J'ai huit ans. La barque de mon grand-père glisse le long des hortillonnages. Les rames qu'il manie habilement la font avancer à coups de soubresauts réguliers. Assise à l'avant, je contemple l'étendue devant moi. La surface est recouverte d'une pellicule de lentilles d'eau d'un vert presque phosphorescent. Les branches des saules pleureurs frôlent mes épaules et s'agrippent à mes cheveux. Alors que nous approchons d'un rieu, il me semble que ses deux rives s'écartent pour nous frayer un passage. J'ai l'impression d'être Alice au pays des Merveilles. "

 

Les héritages, la transmission, l'amour impossible, toujours à fuir, toujours à conquérir, sont autant d'instants fixés par Lisa Balavoine. Mémoire sépia, mémoire s'épia, certitudes en forme de doutes, rires sous-cape et fou-rires sonores, joies et peines mêlées, fugaces ou durables, sentiments, sensations, tous ces fragments de Lisa/Lison qui sont exactement les nôtres quand nous la lisons. Belle écriture quadri de la quadra, quand la mélancolie se glisse sous les draps.

 

Je ne résiste pas à l'envie de vous lire et de vous relire :

 

J'ai huit ans. La barque de mon grand-père glisse le long des hortillonnages. Les rames qu'il manie habilement la font avancer à coups de soubresauts réguliers. Assise à l'avant, je contemple l'étendue devant moi. La surface est recouverte d'une pellicule de lentilles d'eau d'un vert presque phosphorescent. Les branches des saules pleureurs frôlent mes épaules et s'agrippent à mes cheveux. Alors que nous approchons d'un rieu, il me semble que ses deux rives s'écartent pour nous frayer un passage. J'ai l'impression d'être Alice au pays des Merveilles. "

 

 

Alors, un seul conseil : lisez Lisa, et pas seulement pour ce fragment-là. 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

 

Eparse. Lisa Balavoine. Jean-Claude Lattès Editeur. Paris. Janvier 2018. 

 

 

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4 janvier 2019 5 04 /01 /janvier /2019 14:37
Joseph Bellemère. Amiens. 1928. © Roger Léveillard, Libraire-Editeur – Amiens.
Joseph Bellemère. Amiens. 1928. © Roger Léveillard, Libraire-Editeur – Amiens.

Joseph Bellemère. Amiens. 1928. © Roger Léveillard, Libraire-Editeur – Amiens.

 

C'est un petit ouvrage à la couverture sépia et au titre tout simple : AMIENS. Publié à la fin des années vingt. Mille neuf cent-vingt. Joseph Bellemère, son auteur, avoué de son métier, y avoue surtout un réel talent pour l'écriture et une vraie passion pour le patrimoine picard. Même si, dès l'avant-propos, il relativise et esthétise sa démarche : "Cet opuscule n'est ni un guide, ni un travail d'archéologie. Il faut y voir une description d'Amiens pittoresque, telle qu'elle peut apparaître aux yeux d'un amateur de peinture."

Amateur de peinture, certes, puisque Joseph Bellemère (1887-1929) a publié, vingt ans plus tôt, une étude, présentée par lui comme "étude critique" sur le Musée d'Amiens. Il y vilipende sans retenue et avec une vraie délectation la gestion des collections. Titre de cette Etude critique, publiée en Octobre 1908 : "Le Musée d'Amiens". Extrait de la Conclusion Bellemèrienne : "Pour de rares toiles intéressantes... que de croûtes offertes par des amateurs qui auraient bien dû se garder de tels actes de générosité, et aussi que de dons superflus... alors que l'on aurait dû sévèrement consigner à la porte, et les donateurs et leurs funestes présents." 

 

Mais retour aux Hortillonnages et au but de nos littéraires voyages. Pages 52 et 53 de son AMIENS, Joseph Bellemère brosse un tableau sensible et très vivant, de ce lieu-clé de la Samarobrive du début de XXe siècle.

 

Lecture :

 

"Il faut voir cet endroit merveilleux, de préférence le matin - de bonne heure autant que possible - le mardi, le jeudi et le samedi. Ces jours-là, il y a, sur la place Parmentier, un marché aux légumes de grande importance et ce marché, unique en France, ajoute une note des plus curieuses au splendide tableau que nous ne pouvons nous lasser de contempler. 

Sous les arbres ou grouillent marchands et acheteurs, s'entassent des pyramides de carottes, de radis, de choux, d'artichauts, de navets, d'oignons, etc... qui mélangent toutes les nuances du vert à toutes les couleurs des fruits et des légumes, à toutes les teintes des vêtements de la foule. Tout autour du marché, jusque sur le pont de la Dodane, jusque dans la rue Bélu même, s'entassent - attelées ou dételées - des voitures à ânes et à chevaux, des baladeuses de revendeurs, des carrioles bâchées, des brouettes, des sacs, des paniers. Et sur l'eau se pressent des quantités de longues et larges barques à fond plat, à l'avant  relevé, qui apportent d'énormes chargements en provenance des "hortillonnages" et que manoeuvre, avec une habileté surprenante, un seul homme ayant pour toute ressource une longue perche ou une sorte de pelle de bois à manche court. Avec l'une ou l'autre, il accomplit de véritables tours d'adresse."

 

Beau papier d'ambiance, dirait-on aujourd'hui. Vrai papier de journaliste localier. Sens du détail avec de beaux arrêts sur image : couleurs, dégradés de vert, attitudes, gestes, tout ce qui constitue l'animation de ce quai Parmentier qui, à l'époque, trois fois par semaine, voit débarquer les bateaux à cornet débordant de fruits et de légumes. 

 

Note précieuse au bas de la page 53, note qui authentifie un fait que beaucoup considèrent aujourd'hui encore comme une rumeur ou une légende : 

 

"Lors des inondations de 1910, un certain nombre de ces bateaux et de ces bateliers, expédiés à Paris et dans sa banlieue, y rendaient de très appréciables services."

 

Problème : il n'est pas facile de trouver des photos ou des cartes postales permettant d'attester le rôle des hortillons picards dans l'aide apportée aux parisiens victimes des inondations de 1910. 

 

Avis de recherche aux collectionneurs... observateurs. 

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Amiens. Joseph Bellemère. Roger Léveillard, Libraire–Editeur. 1928.

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3 janvier 2019 4 03 /01 /janvier /2019 15:45
Prière païenne pour Hortillons sans carillon. CPA n° 316. Amiens. © Lucien Caron. Objectif Lacour-Berthier.
Prière païenne pour Hortillons sans carillon. CPA n° 316. Amiens. © Lucien Caron. Objectif Lacour-Berthier.

Prière païenne pour Hortillons sans carillon. CPA n° 316. Amiens. © Lucien Caron. Objectif Lacour-Berthier.

 

Réminiscence inconsciente ou pas, clin d'oeil involontaire ou vraiment voulu avec un certain Angélus. Dans les mirettes du photographe, quelques miettes de Jean-François Millet.

 

Bien sûr, ils ne prient pas et les femmes ne baissent pas la tête en signe de piété ou de recueillement, l'Angélus ne sonne pas dans le lointain, mais la composition de cette photographie ne me semble pas innocente. Elle est l'expression d'un instant plein, d'un moment de pause, non pas de "pose", comme une offrande à la terre et au ciel, de ceux qui ne croient peut-être pas au ciel, mais qui ont - sûr - les pieds bien sur terre. 

 

Photo comme un vrai tableau d'une prière païenne. Echo indéniable à un certain Angélus. Quand, en plein travail des champs, un couple de paysans, la fourche plantée dans le sol et le panier posé à terre, s'unit pour faire la prière, tandis qu'on devine l'Angélus sonner dans le lointain.  

 

Elément commun aux deux images : le clocher qui - point d'exclamation subtil - signe et souligne la ligne d'horizon. Clocher de la Cathédrale d'Amiens pour les hortillons picards. Avec ou sans Angélus du soir. 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

CPA n° 316. Amiens. Types d'Hortillons. © Lucien Caron

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2 janvier 2019 3 02 /01 /janvier /2019 21:31
Florence Altemani. Dans les Hortillonnages. © Ravet-Anceau Editeur. 2014.
Florence Altemani. Dans les Hortillonnages. © Ravet-Anceau Editeur. 2014.

Florence Altemani. Dans les Hortillonnages. © Ravet-Anceau Editeur. 2014.

 

Au premier abord, le titre de ce roman policier n'est pas très attractif. Pas très attirant. Pas très vendeur. "Dans les hortillonnages" n'est pas un titre de polar. Pas un bon titre. A peine une indication de direction. Une indication du lieu où va se dérouler l'action, une indication du cadre de l'histoire que l'auteure va nous proposer. Preuve de la faiblesse du titre, un bandeau rouge, en bas de la couverture, précise lourdement "Canardage à Amiens". Un titre qui a besoin du soutien d'un sous-titre aussi appuyé prouve sa faiblesse. Son manque de force. Son manque de force de persuasion. Pour convaincre le lecteur, ou la lectrice, le bandeau rouge vient à la rescousse. Même si "Canardage" n'est pas du meilleur goût. Le jeu de mots surtout. Car c'est de tout autre chose dont il est question dans ce roman qui dépasse largement le cadre du simple polar. 

 

La qualité de l'écriture, la pertinence des thèmes abordés, pour ne pas dire l'actualité des questions de société, le sens de l'intrigue, les fausses pistes, l'apparente banalité des dialogues, tout, dans ce petit livre de poche, tient de la vraie littérature, parce qu'il s'agit d'abord d'une "vraie écriture". Une écriture vraie, qui sonne juste. Une écriture qui révèle en même temps une parfaite connaissance des lieux de l'intrigue. Que ce soit l'étang de Clermont, lieu du dénouement, le chemin de halage, le pont sous lequel on passe lorsqu'on quitte l'étang Saint-Pierre pour aller vers Rivery, le quai Bélu, le Pont Baraban, Saint-Leu. Même la remontée de la place de la gare jusqu'à la place Gambetta, tout est "vrai". Vrai de vrai. Pourtant c'est dans la fiction que Florence Altemani nous embarque.

 

Lectrice très jeune du Club des Cinq et de Fantômette, Florence Altemani approfondira sa passion pour le monde des énigmes avec Arsène Lupin et Sherlock Holmes. Au cinéma, ses modèles, sinon ses héros, se nomment Jean Marais et Jean-Paul Belmondo. A la télévision, Nestor Burma, alias Guy Marchand. Elle se mettra même au saxo, hommage-clin d'oeil à l'interprète du détective jazzman. 

En Mai 2014, Florence Altemani publie donc son premier roman policier, Dans les Hortillonnages, inspirée, souligne-t-elle, par ses études de Droit, de Victimologie et d'Histoire. Trois domaines dont l'auteure  témoigne d'une réelle maîtrise.

De fait, le résumé de la quatrième de couverture place d'emblée le lecteur, ou la lectrice, devant une série d'événements, apparemment sans liens apparents, quoique...

"Après la disparition suspecte d'une apprentie sapeur-pompier, les canards du Lac Saint-Pierre meurent subitement. Lorsque le corps d'un éminent ornithologue est repêché dans les Hortillonnages, les deux acolytes en sont convaincus : un lien existe entre ces différents éléments qui agitent la capitale picarde."

 

Arrêt page 19 : "La renommée de la ville d'Amiens tenait en partie à sa cathédrale, classée par l'Unesco au patrimoine mondial de l'Humanité, et aux anciens quartiers rénovés qui reposaient à ses pieds, notamment le quartier Saint-Leu, mais aussi à ses jardins entourés d'eau, les hortillonnages. Il s'agissait d'un véritable domaine semi-aquatique qui s'était constitué depuis l'Antiquité romaine dont il avait gardé l'origine de son nom, puisque hortus en latin signifiait "jardin". 

 

Grossière erreur de raisonnement commise ici par Florence Altemani qui confond causalité et corrélation. Pour une déduction plus qu'aléatoire puisque démentie historiquement. En fait, l'auteure se contente - comme beaucoup, malheureusement -, de recopier les erreurs passées et fait remonter l'origine des hortillonnages à l'Antiquité romaine sous prétexte que le mot "hortillonages" vient tout droit du bas latin "hortus" qui signifie "petit jardin". Que le mot "hortus" ait une origine latine et romaine n'est aucunement la preuve que le site géographique des Hortillonnages ait, lui aussi, une origine latine et romaine. 

Les mots de la langue, certes, traversent les siècles, mais la pratique agricole hortillonne n'est pas romaine pour autant, puisque médiévale. C'est la tourbe qui est le marqueur essentiel. L'extraction de la tourbe. Pas le whisky tourbé. Qui lui, a une autre histoire. 

 

Le travail de recherche de Bruno Bréart - véritable thèse de plus de 500 pages - démontre au contraire que l'aspect légendaire d'Hortillonnages romains ne repose sur aucune réalité tangible. Cela tient de la légende au sens dégradé du terme. Autrement dit, il s'agit d'une erreur, d'une fausse information, de "fake news" avant la lettre que, malheureusement, nombre d'auteurs sans scrupules colportent de siècle et siècle, par paresse, par faiblesse, par manque de rigueur ou de courage, et surtout par le fait peu glorieux de se "recopier les uns les autres", sans qu'on puisse à ce jour savoir vraiment qui le premier a formulé pareille absurdité. Attitude stupide qui risque de finir un de ces jours prochains en une hérésie ubuesque et croquignolesque du style :

 

"Dans sa Guerre des Gaules, Jules César raconte comment il s'en va faire son marché dans les Hortillonnages, pour nourrir ses 15.000 Légionnaires en bivouac à Samarobriva, au cours de l'hiver 54-53."

 

Cela dit, si on accepte de se laisser emporter par la lecture de ce polar sans prétention, on peut prendre un réel plaisir à retrouver, au gré des pages, au gré des lieux, au gré des rieux, qui souvent gardent leur nom de la vie réelle, même si on est dans la fiction.  A part le "pâté de canard en sauce" (page 22) que moi je ne sauce pas mais pourquoi ne pas tester un de ces jours prochains ? -, la plupart des notations sont assez justes et fidèles. Page 30, par exemple, cette observation tout à fait pertinente : "et on donnait le nom de fossé aux petites allées secondaires à vocation purement privée, inaccessibles au public." Les noms des rieux sont aussi très fidèles au réel. Ils déclinent leur véritable identité. 

 

Page 29 : rieu du peuple et rieu de l'abreuvoir

Page 30 : rieu du Grand fossé

Page 31 : rieu du Montplaisir

Page 32 : rieu de la Cauchiette

 

Mais, bien sûr, ce serait dommage de ne lire le roman, polar ou pas, que pour y retrouver traces de la vie et de la ville réelles. Florence Altemani réussit l'exploit de nous maintenir en haleine pendant trois bonnes heures. Avec deux morts et une suicidée. Sans oublier des dizaines de canards morts de mort... naturelle. 

Pour un lecteur comme moi qui rêve d'un roman policier sans cadavre et surtout sans hémoglobine, je vous l'avoue, ce n'est pas le moindre des exploits. 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Florence Altemani. Dans les Hortillonnages. © Ravet-Anceau Editeur. 2014.

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1 janvier 2019 2 01 /01 /janvier /2019 21:27
Amiens. Les Hortillons. Edition des Nouvelles Galeries. © DR

Amiens. Les Hortillons. Edition des Nouvelles Galeries. © DR

Mon point de départ sera simple. Il tient en une seule question. Une simple question : Comment des écrivains, des poètes, des romanciers, se sont emparés des hortillonnages pour inscrire leur oeuvre dans cet espace si particulier, fait de terre et d'eau, de brumes et de brouillards, de canaux appelés "rieux" et de bateaux qu'on dit "à cornet", espace familier et pourtant tellement mystérieux à mes yeux ?

Espace où l'hortillon, être mythologique, emprunte des chemins d'eau pour rejoindre sa terre, là où il va tracer des lignes, semer des routes, enfouir des graines endormies pour faire pousser des plants bien vivants, et de ce rituel, chaque année, faire sortir de son sommeil hivernal la nature hibernante, scruter le ciel et la forme des nuages, prévoir l'arrivée de la pluie, réviser la géométrie des parcelles, rectangulaires ou isocèles, réaffermir les berges, à la bêche ou à la pelle, se lever tôt, se coucher tard. Défi perpétuel pour être à la terre toujours fidèle. Au jour qui se lève, ne jamais manquer à l'appel. Chaque lendemain, remettre ça de plus belle. 

Pastelliste du tchernoziom picard, l'hortillon est le jardinier qui glisse sur l'eau, le marin qui arpente la terre, qui jette ses filets pour décourager les étourneaux,  protéger les jeunes pousses, marin d'eau douce, marin au pied ferme, rêveur réaliste, bêcheur artiste. Peintre de l'art comptant pour rien. Gondolier superbe qui sait si bien tutoyer la mauvaise herbe. 

L'hortillon, à tout jamais gardien du pays des potagers aquatiques. Être de terre et d'eau qui porte son fardeau sur son dos. Qui manie la bêche et le bateau. 

Je n'ai pas assez de mots pour dire combien ils sont beaux, ces hortillons qui hortillonnent le pays des hortillonnages. Bateliers bateleurs. Beaux parleurs. Leurs voix sont porte-voix. Pour mieux se donner du baume au coeur. Dans ce land'art patchwork permanent. N'en déplaise aux urbains, les vrais artistes sont au turbin. Du matin au soir. Du soir au matin. Laissez les mannes aux manants.

 

La perche qui lui sert de rame, le gondolier du rieu la maîtrise et la manie avec une belle élégance. Sur l'eau, l'hortillon donne l'impression qu'il danse. Dans les romans dont je vais vous parler tout au long de ces premières semaines de janvier, selon le talent ou la sensibilité de l'auteur, je puis vous assurer que je les vois danser, les Hortillons. Danser vraiment. Danser la danse des humbles que le sourire en coin du soleil du matin, amuse ou étonne. Autant que la lumière dorée des soirs d'automne. C'est que, de saison en saison, la vie de l'hortillon qui hortillonne n'est jamais monotone. Même si le prix à payer est souvent souffrance. Mal de dos, mal de reins, mais coeur d'airain.

Vers cette terre qui lui donna la tourbe, sera dit que toute sa vie il se courbe.

 

© Jean-Louis Crimon

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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 06:57
Amiens. Boulevard de Belfort. 30 Déc. 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Boulevard de Belfort. 30 Déc. 2018. © Jean-Louis Crimon

 

Piste cyclable ? Miracle ! Non ! Juste la voie rapide du BHNS, le Bus à Haut Niveau de Service. Dangereux de croire que c'est possible d'y pédaler tranquille. Dangereux et vraiment déconseillé. Carrément... INTERDIT. 

 

© Jean-Louis Crimon

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30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 07:57
Amiens. Rue du Général Leclerc. 29 Déc. 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue du Général Leclerc. 29 Déc. 2018. © Jean-Louis Crimon

 

 

© Jean-Louis Crimon

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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 08:07
Amiens. Rue Lamarck. 20 Déc. 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue Lamarck. 20 Déc. 2018. © Jean-Louis Crimon

 

© Jean-Louis Crimon

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28 décembre 2018 5 28 /12 /décembre /2018 08:47
Amiens. Déc. 2018. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Déc. 2018. © Jean-Louis Crimon

No comment.

 

© Jean-Louis Crimon

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