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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 20:43

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 Abbeville-Amiens.

 

 

L'homme s'est arrêté près de la boîte aux livres de cyclisme. On a parlé du Tourmalet, du Peyresourde, de l'Aubisque, de l'Aspin et du temps où sans doute, lui comme moi, on pesait 30 ans et 30 kilos de moins. D'un coup, d'un seul, voulant révéler d'une façon aussi imagée que définitive, le secret de ces coureurs qui montent vers les sommets dans une allégresse faite de souplesse et -presque- de tendresse, comme s'ils caressaient la montagne avant de la basculer d'un coup de rein irrésistible (PHRASE TROP LONGUE !), d'un coup, d'un seul, il a claqué sa formule, comme on plante un démarrage :

F = p x sin α

Il a développé le raisonnement à la manière des profs de maths d'autrefois. Je restitue simplement. Sans la voix. Sans le talent. C'était grandiose. Ecoutez plutôt :

"La force à développer pour monter le Tourmalet est proportionnelle au poids et au sinus de l'angle. Le sinus de l'angle étant le même pour tout le monde, si vous pesez 90 kilos, vous devez développer le double de la force développée par un coureur de 45 kilos ! " CQFD.

Depuis j'ai repris l'entrainement. Mais ça ne vous surprendra pas, j'ai décidé de commencer par le plat.

 

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 23:24

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Ma petite librairie de plein air, 41, quai de la Tournelle. Août 2011.                   © Jean-Louis Crimon    

 

 

Pas une semaine où un passant attachant, une passante touchante, un touriste artiste, ou simplement curieux, ne pose la question rituelle de la naissance de cette tradition : ça remonte à quand ?

Pour répondre, l'ouvrage de Jacques Hillairet "L'île de la Cité"  (Les éditions de Minuit, 1970) est un bon point de départ. Page 88, après un joli passage sur la naissance du Pont Neuf et la création de la Place Dauphine, l'auteur mentionne la présence d'une petite trentaine de "bouquinistes".  Souligne aussi les rapports déjà tendus à l'époque entre ces premiers "libraires de plein air" et les libraires "en dur".

"En 1619, il y avait déjà ici vingt-neuf bouquinistes, que les libraires, jaloux de leur négoce, firent déguerpir en 1650, 1686, et 1742. En 1675, on installa des boutiques sur les demi-lunes situées au-dessus des avant-becs des piles, emplacements où l'on avait envisagé d'ériger sur des piédestaux les statuts des plus illustres rois. Supprimées en 1756, elles furent remplacées, en 1775, par des pavillons en pierre, couverts de voûtes en demi-coupole, oeuvre de Soufflot. Au nombre de vingt, ils furent loués au profit de l'académie de Saint-Luc (peintres et sculpteurs) au prix annuel de 600 livres pour ceux du trottoir Est et de 1200 livres pour ceux du trottoir Ouest, le plus fréquenté. Ces pavillons devenus en 1807 la propriété des Hospices, devaient disparaître lors de la réparation du pont en 1848-1855."

On aimerait en savoir davantage. C'est juste un point de départ. Une piste à creuser.

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 13:02

 

- Le crachin, pouah !

- On se croirait en Bretagne ...

- Un vrai temps de Toussaint  ...

- Le fond de l'air est doux !

- Oui, un temps de Toussaint !

- Non, un temps de "doux seins" !

 

Dialogue du bout du quai. Bouquinistes en partance. Marins improbables. Traversée en solitaire. Tout le monde n'ouvre pas. Le temps ne s'y prête pas. "Pluie du matin passe son chemin". Pas très sûr aujourd'hui. On est bientôt le début de l'après-midi.

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 13:04

 

"Douceur et humiditié. Vents turbulents et fortes pluies au nord de la Seine." Je trouve une beauté tendre aux mots de la météo. Le matin, à la radio, les prévisionnistes ont le talent incroyable de vous parler du temps, du temps qu'il fait ou qu'il va faire, avec des accents de poètes. Ils écrivent avec la voix des poèmes destinés à vivre une heure à peine, une matinée parfois. Sitôt formulés, leurs mots s'en vont dans la tête des gens qui écoutent, plus ou moins distraitement sans doute, puis disparaissent. Un nuage, une averse, et tout s'efface. Un rayon de soleil attendu ou espéré pour l'après-mid, et c'est un nouveau poème en prose qui se pose. Une région où il va pleuvoir ou bien où il a plu, et c'est un poème perdu.

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 13:46

 

La voix-météo de la radio l'avait annoncé très tôt matin dans son bulletin. "Temps maussade. Moins froid. Mais avec de la pluie". Les livres n'aiment pas la pluie. Les bouquinistes, forcément, non plus. Avec le vent, souvent présent sur les bords de Seine, ça pénètre sur le côté des boîtes. Tous les livres n'étant pas sous cellophane, certains deviennent vulnérables. Il faut "bâcher" et "rebâcher". Souvent.

Parfois, c'est lassant. Agaçant même. Alors, la pluie, le bouquiniste s'en méfie. Peste contre elle. Comme mon voisin Julien. La pluie, simple, - c'est lui qui le dit- il "déteste" ! Notez, tout autant le soleil en été ! Faut le voir alors, à coups de grands gestes désespérés, clamer à qui veut bien l'écouter : "fait chaud ! fait chaud !"

Moi, j'aime bien la pluie. Elle donne une ambiance particulière à la ville. Une couleur aussi. Les gens aussi sont différents. Ils s'arrêtent pour se mette à l'abri, sous vos auvents. Si vous avez des auvents.  C'est comme ça, les auvents ne protègent pas vraiment du vent, mais plus sûrement de la pluie. Comme aujourd'hui. Parfois, sous le auvent, on cause, on parle, on discute. Et on ... vend. Aujourd'hui "Les petites âmes" de Paul Géraldy. Albert Messein Editeur. 1929.

Les ventes sous le auvent sont les plus agréables des ventes. On y échange autre chose que de l'argent. C'est pourquoi j'aime bien la pluie. C'est pourquoi j'aime bien les jours de pluie.

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 21:59

 

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Paris. Matin Martin.

 

 

Il s'appelle Martin. Elle se prénomme Martine. Ils se sont donnés rendez-vous Place Dauphine. Dans une petite brasserie. En face de l'Hôtel Henri IV. Lieu des amours d'André Breton et de Nadja. Chambre treize. Légende ou vérité. Vérité véritable. Véridique.

Je vais relire "Nadja". Je veux savoir. Comprendre. Ensuite, j'irai dormir une nuit, une seule, dans cette chambre qui a changé -peut-être- toute la littérature et tout désir d'écriture.

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 19:00

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© Jean-Louis Crimon                       L'une de mes quatre boîtes, 41, Quai de la Tournelle.  

 

 

Chaque année, Lyne Cohen-Solal préside la réunion annuelle des bouquinistes. Tous ne viennent pas. Tous ne sont pas venus. Les présents étaient "bien présents". L'Adjointe au Maire de Paris, chargée du Commerce, de l'Artisanat, des Professions Indépendantes et des Métiers d'Art, a mis l'accent sur l'attachement de Bertrand Delanoë à la défense et au développement du "Commerce Culturel". Deux médailles de la ville de Paris ont été remises à deux bouquinistes méritants. Deux anciens qui ont vingt et trente ans de quai. Un "designer" est venu présenter quatre prototypes de boîtes du futur. Très "design", forcément. Très "critiquées", forcément. Parce que trop éloignées des problèmes réels du bouquiniste. Des problèmes concrets : la pluie, les intempéries, l'humidité.

Les maquettes sur la moquette, on s'en moque, c'est sur le terrain que les boîtes doivent être testées. C'est le quai qui donnera le verdict. La Mairie le sait bien. Elle a devancé la critique. Les prototypes sont visibles et testables quai de l'Hôtel de Ville. Certains bouquinistes sont allés les voir de près, ces fameuses boîtes du 21 ème siècle, les toucher et les palper. Leur diagnostic est sans concession. Matériau non adapté. Boîtes trop légères. Facilement vandalisables.

Le "designer", André Fontes, a redit, sans sourire, aux bouquinistes sceptiques "plusieurs prototypes de boîtes se trouvent à la disposition de votre curiosité sur le quai de l'Hôtel de Ville". Précisant que les matériaux retenus étaient plus légers, inoxydables et adaptables. Affirmant: l'esprit du "libraire-colporteur" d'autrefois a été retrouvé. Line Cohen-Solal a rappelé aux bouquinistes trop critiques l'idée-force de la démarche "vous offrir ce qui est mieux pour vivre une vie de bouquiniste". 

Un appel aux bouquinistes intéressés a été lancé, pour "éprouver" les prototypes. Le verdict de l'usage sera, tous en sont convaincus, le meilleur des verdicts.

La légereté du couvercle, les problèmes d'étanchéité et de solidité, seront reconsidérés. L'esprit de la démarche : partir de l'existant et l'améliorer. Pas mal en théorie, a commenté mon voisin, mais nous, les bouquinistes, on est, par nature, méfiants.

Pas facile à gérer, aurait pu ajouter un représentant de la Mairie.

Les points de l'ordre du jour épuisés, l'Assemblée Générale a pris fin. Cette fois, contrairement à l'an dernier, sans le traditionnel verre de l'amitié. Allez savoir pourquoi ! C'est comme ça.

Les années se suivent et ne se ressemblent pas.

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 21:17

 

Froid sec. Ciel bleu. Soleil d'hiver. Mais dans le coeur, bizarre, une douce mélancolie d'automne. Décalage horaire encore. Verlaine, forcément.

 

"Ecoutez la chanson bien douce

Qui ne pleure que pour vous plaire

Elle est discrète, elle est légère :

Un frisson d'eau sur de la mousse"

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 20:41

 

Un jour, c'est le jour. Le jour du retour. Le jour des retrouvailles. Retrouvailles avec le quai. Le quai me manquait. Lui ai-je manqué, moi, au quai ? est-il heureux de me retrouver, lui, le quai ? Heureux, Julien, mon voisin de quai ? Heureux, Thierry, mon "ouvre-boîte" ? Heureux, le ciel très bleu de ce dimanche très froid ?

Sur le quai des bouquinistes de la rive gauche, rien n'a changé. Tout est en place. En ordre. Fascinant, ce côté immuable du quai. Rassurant. Inquiètant aussi. Le quai de laTournelle sera toujours le quai de la Tournelle.

Quatre mois d'absence. Une parenthèse. Une fugue. Une échappée. L'échappée belle. La belle échappée. Pédalé seul en tête pendant 120 jours. Rattrappé in extremis juste avant la ligne d'arrivée. Par un petit peloton parti en contre. "Le Quotidien", imprimé en grosses lettres, sur le maillot des poursuivants. Je ne faisais pas le poids. Même si j'avais une belle avance. Ils étaient plus forts que moi.

La Chine, elle, me manquera. La Chine, peut-être pas vraiment. Mes étudiants chinois, surtout. Leur soif d'apprendre. Leur appétit de savoir. Leur envie de vivre. La Chine, une parenthèse qui se termine par un point d'exclamation !

 

Peu de promeneurs sur le quai. Peu de passants. Forcément, peu d'acheteurs. Un  "Actes Sud", août 2000, 1ère édition, n'a pas trouvé preneur. Pourtant, à plusieurs reprises, des mains déterminées l'ont pris en mains. L'ont ouvert. Feuilleté. Parcouru. Puis reposé. Remis en place. Laissé sur place. Son titre : L'Origine du monde. Auteur : Rezvani. Rezvani, le peintre. Rezvani, le romancier. Rezvani, l'auteur des Années-lumière, l'auteur des Années Lula, l'auteur de poèmes, l'auteur de chansons. Pas "preneur", Rezvani. M'a fait de la peine. Le livre, je l'ai mis dans mon sac. Dormira pas sur le quai ce soir. Vais le relire. Le garder avec moi quelque temps. Un livre, pour le bouquiniste, c'est comme un ami. Si un ami se sent un peu seul, on ne le laisse pas seul. On ne le laisse pas à la porte. On lui ouvre sa porte. On l'invite à l'intérieur. "Allez, entre Rezvani, reste pas dehors, avec ce froid, tu vas prendre froid."

Rezvani, au chaud, ce soir. Bien fait de rentrer de Chengdu. Non, pas dans le même avion que le couple de Pandas prêté à la France.

Les Pandas, ces gros ours noir et blanc que la Chine appelle "Trésor National".

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 22:43
Paris. 41, Quai de la Tournelle. Mai 2010. Mai 2013. © DR

Paris. 41, Quai de la Tournelle. Mai 2010. Mai 2013. © DR

 

Sur le quai, un temps, il se rêve marque-page. Signet dérisoire dans le roman du temps qui passe. Décalé perpétuel. Sentinelle d'une armée de déserteurs. Marque-page. Signe insignifiant. Essentiel pourtant. Pour être toujours à la page. Marqueur de l'instant qui trépasse. Pêcheur à la ligne. Souvent bredouille. Ecrivain qui n'écrit plus. Prof, il dit : les mots sont des hameçons. Elève, il n'arrive pas à apprendre ses leçons. Chaque année, il se dit : ça passe, ou ça casse. Cocasse. Enfant, sa pâtisserie préférée : le mille-feuille. Marque-page. Pour marquer la page. Ou pour imprimer sa marque.

Le bouquiniste tourne la page.

 

© Jean-Louis Crimon

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