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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 22:13

 

C'est cette nuit le passage à l'heure d'été. A 2 heures, il sera 3 heures. Une heure de sommeil en moins. Une heure effacée au cadran des montres, des réveils, des horloges et autres pendules. Une heure qui n'existera jamais entre deux et trois, puisqu'à deux, en moins de deux, il sera immédiatement déjà trois. Une manie biannuelle instaurée en 1973-74 et harmonisée, au sein de l'Union Européenne, depuis 1998. Dans tous les pays membres, le passage à l'heure d'été s'effectue le dernier dimanche de mars et le passage à l'heure d'hiver le dernier dimanche d'octobre. Economies d'énergies, nous dit-on, en haut lieu, mais la plupart d'entre nous persiste à n'en rien croire.

 

La pub',qui n'est jamais en reste, a magistralement ponctué la matinée radiophonique de messages incitatifs, non pas au changement d'heure, mais au changement de... montre !

Style : " Ce soir, vous sortez ! vous porterez votre nouveau costume, vous porterez votre nouvelle chemise, vous porterez vos nouvelles chaussures, et même pas de nouvelle montre !" et aussi en début d'après-midi " Cette nuit on change d'heure, mais ce qu'il y a de sûr, c'est que votre montre reste la même !"

Histoire de bien nous faire culpabiliser le fait de ne pas éprouver l'envie d'un changement de montre parce que c'est la nuit du changement d'heure. Mais oui, les publicitaires, on le sait depuis longtemps, ne reculent devant aucun argument fallacieux, pour nous forcer à acheter, souvent très cher, ce dont on n'a pas forcément besoin. J'ai décidé de garder, au moins pour une année encore, ma petite Swatch au  cadran circulaire très lisible avec ses chiffres arabes tout simples. Désolé pour les tenants de l'affichage ostentatoire des signes extérieurs de richesse, mais pour moi, depuis toujours, une montre n'a qu'une seule raison d'être : me donner l'heure.

 

Montre pour montre, montre-moi ta montre ! ça ne vous rappelle rien ? Mais si, bien sûr ! Le 13 février 2009, un célèbre publicitaire, reconverti en agence matrimoniale pour chef d'état célibataire, va faire une déclaration fracassante sur le plateau d'une chaîne de télévision publique. L'homme est l'invité de l'émission "Les 4 vérités". Le journaliste taquine gentiment le publiciste sur le côté blingbling du nouveau Président de la République, son goût pour le luxe ostentatoire. Le journaliste est très direct : Est-ce l'époque qui a changé ou est-ce une erreur de communication ?

 

Pour toute réponse, voulant voler au secours de son nouvel ami, Nico Sarko, le plus naturellement du monde, Jacques Séguéla s'exclame :" Comment reprocher à un homme de 50 ans d'avoir une Rolex ? Si à 50 ans, on n'a pas une Rolex, on a raté sa vie !"

 

C'est ce jour-là que j'ai compris que j'avais raté ma vie ! J'ai pas de Rolex. J'ai jamais eu de Rolex. Pire : je n'ai jamais eu de désir de Rolex. Notez, j'ai pas de Rolex, mais j'ai un ... Solex ! Je sais, ça ne donne pas l'heure, mais il fait très bon ménage avec ma Swatch.

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 21:27

 

ZONES D'OMBRE, c'est le titre de la une du quotidien Libération de ce matin.

ZONES  D'OMBRE, le titre,  est accompagné de 7 questions.

Sept questions qui méritent sans aucun doute d'être posées. Relisons-les :

 

1/ L'enquête a-t-elle démarré assez vite ?

2/ L'identification informatique a-t-elle traîné ?

3/ Ne fallait-il pas saisir d'emblée la justice antiterroriste ?

4/ Pourquoi Merah n'était-il plus surveillé ?

5/ Quel rôle a joué Claude Guéant à Toulouse ?

6/ Pourquoi le premier assaut a-t-il échoué ?

7/ Pourquoi Mohamed Merah a-t-il été abattu ?

 

En pages intérieures, sous le titre générique  "Merah, un drame en questions", les réponses à ces 7 questions, page 2 et page 4 du quotidien, et l'Editorial de Nicolas Demorand, ne me posent aucun problème. C'est bien fait, bien construit, bien écrit. Du bon travail de bons journalistes.

 

Ce qui me gène, en revanche, ce sont les questions qui ne sont pas posées.

 

Manque tout d'abord une première question. Une question qui s'adresse à la profession de journaliste. Une question qui éclaire toutes les autres : la question de la couverture médiatique de l'événement en question. La question du style de la couverture médiatique. La surmédiatisation de l'évènement, aussi extraordinaire soit-il, doit nous interroger sur certains excès et certaines dérives. Informer, oui, d'accord, mais pas n'importe comment. Pas à n'importe quel prix. Ce qui s'est passé ce jeudi 22 mars 2012, en fin de matinée, à Toulouse, me semble poser autant de questions à la profession de journaliste audiovisuel de chaînes d'info en continu qu' aux hommes du RAID.

 

J'ai la faiblesse de penser qu'on ne commente pas une fusillade entre les hommes du RAID et un terroriste retranché comme une action de jeu dans un match de foot ou de rugby. Sauf à faire basculer la réalité de la télé dans la télé-réalité.

Le commentaire, en direct, à chaud, d'une telle fusillade, qui va durer cinq bonnes minutes, devait-il être mis en ondes, mis à l'antenne et diffusé en direct ?

Mettre à l'antenne cet évènement, au moment-même du dénouement, un dénouement pour le moins spectaculaire, n'est-ce pas privilégier l'audience et le spectaculaire, au détriment de la véritable mission d'informer ? N'est-ce pas définitivement sombrer dans l'information-spectacle ?

 

C'est une banale évidence : la présence des journalistes modifie le cours d'un évènement. Le cours de l'évènement. C'est une seconde évidence : les politiques utilisent la présence des journalistes. Le terroriste aussi. Transformé en "ennemi public mondial", par le gigantesque impact médiatique de l'évènement, un évènement dont il est l'unique auteur, le premier metteur en scène, Mohamed Mehra ne s'est-il pas vanté, auprès des policiers, "d'avoir mis seul la France à genoux" ?

Les médias sont-ils conscients d'avoir une réelle part de responsabilité dans la construction du délire de toute puissance de l'individu qui vient de commettre sept meurtres ? Le tueur au scooter ne devait pas être indifférent à tout ce qui pouvait se dire de lui. En pareil cas, le "black out" ne serait-il pas préférable ? Précieux pour permettre aux hommes du RAID ou du GIGN de mener à bien, et en toute tranquillité, en toute efficacité, leur mission ?

 

Rendre compte, oui. Mettre en scène, non. Participer à la mise en scène de l'évènement, non. On parle d'instrumentalisation. Le journaliste doit-il être, volontairement ou pas,  complice de cette instrumentalisation ?

Le ministre de l'intérieur, Claude Guéant, commentant la progression et l'action des hommes du Raid, tout au long des trente-deux heures de siège, est-ce quelque chose de normal ? d'acceptable ? De qui le ministre de l'Intérieur est-il alors le chargé de communication ? Est-ce son rôle ? sa place ? Confusion des genres et des missions regrettable. Inacceptable.

 

Une certitude : les interrogations des journalistes ne seront jamais celles des policiers. Le travail du journaliste n'est pas le travail du policier. Une charte déjà ancienne des droits et devoirs de la profession ne précise-t-elle pas "le journaliste ne confond pas son rôle avec celui du policier" ? Faut-il y ajouter, à un mois de l'élection présidentielle, "le journaliste ne confond pas son rôle avec celui du chargé de communication d'un homme politique en particulier" ?  

 

Une dernière question pour aujourd'hui : un journaliste, ça doit donner à "voir" ou à "comprendre" ? 

 

Questions trop nombreuses. Questions pas vraiment d'actualité. Questions sans réponses.

Pour une bonne et simple raison : questions à peine posées.

Questions qu'il va bien falloir un jour se poser. Le plus tôt sera le mieux.

 

Permettre à un terroriste de mourir en martyr, pour les caméras et les micros du monde entier, n'est pas le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme.

 

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 19:24

 

Sur le quai, il arrive que le bouquiniste accepte de donner des conseils de lecture. Me suis permis, comme ça, d'inciter plusieurs de mes fidèles passants du soir, à lire le suédois Stig Dagerman. Très peu connu. Trop peu connu. Il arrive aussi parfois qu'un passant qui s'attarde, et qui prend plaisir à une petite conversation littéraire devienne, sans le vouloir vraiment, un excellent prescripteur.

J'ai découvert, comme ça, il y a peu, un écrivain que je ne connaissais pas. Inès Cagnati. Le livre, un poche de chez Folio, c'est une passante du dimanche qui me l'a prêté. Elle a seulement dit  : vous me le rendrez, c'est le mien ! Je l'ai tellement lu et relu, que j'y tiens. J'ai trouvé ça bien. Adorable remarque. Moi aussi, quand je prête un livre -ça m'arrive souvent sur le quai- j'aime bien qu'on me le ramène. Qu'on me le rapporte. Qu'on me le rende. Je m'appelle commme l'héroïne du livre, a seulement dit ma prescriptrice, en s'éloignant très vite à grands pas.

Le livre est une petite merveille. Trop beau. Trop cruel aussi. M'a rappelé plein de tranches de ma propre enfance. Pas des tranches de pain carré. Pas des tranches de baba au rhum, gâteau du dimanche en famille. Non, des tranches de vie. Une vie où c'était parfois dur de gagner son pain. Pain rassis souvent. Au goût déroutant. Mais aujourd'hui, de ce pain-là, j'en reprendrais bien une tranche.

Dans le roman, en forme de récit, ou dans le récit, en forme de roman, Marie, la petite bâtarde, nous parle de sa mère, Génie la folle. Une fille de bonne famille, rejetée par les siens, et qui s'est faite domestique agricole. De l'auteur de ce petit livre, je ne savais rien. Inès Cagnati a passé son enfance et son adolescence dans un milieu paysan italien du Sud-Ouest de la France. Elle a fait des études de Lettres. A obtenu le Prix Roger Nimier, en 1973, pour son premier livre, Jour de congé. A reçu le Prix des Deux-Magots pour Génie la folle en 1977.

Génie la folle  m'a redonné envie d'écrire. De puiser à nouveau dans les séquences d'une enfance faite de terre et d'eau. De chemins de traverse, de poussière et de vent. De l'odeur particulière de la terre après la pluie. Des larmes qu'on essuie. Mais d''abord, je dois tout lire des livres écrits par Inès Cagnati.

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 22:08

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© Jean-Louis Crimon                                                                                                  Paris. Quai de la Tournelle.

 

 

Depuis que je me suis remis à la photo, j'ai le sentiment d'avoir manqué ma vie. Je me suis, professionnellement parlant,  égaré dans l'univers des mots et des idées. Pendant  40 ans. Le comble, j'y ai pris du plaisir. Beaucoup de plaisir. Les mots, écrits et publiés dans le journal, ou parlés à la radio, étaient ma raison d'être, mon pain quotidien et, soyons lucide, mon gagne-pain. Mon gagne-pain quotidien. C'est la vie, me suis-je dit, un beau jour. J'ai renoncé à la photo. Sans réaliser alors la gravité du renoncement. J'ai trahi mon premier amour. Je me suis trompé de vie.

 

Ma boîte à images, mon boitier, mon 24x36, - selon les années, Mamiya ou Minolta, Praktica ou Leica -, je les ai abondonnés très vite pour mon clavier AZERTY et mon micro Sennheiser. Conséquence : mes négatifs, soigneusement développés et coupés par bandes de six vues, ont dormi, à l'abri de la lumière et de la poussière, pendant trois ou quatre fois dix ans. Aujourd'hui, ils sont intacts. Comme neufs. Commme développés, et séchés, il y a quelques heures à peine. Comme si les images argentiquement supportées, et transportées, à travers le temps, avaient été prises la veille ou l'avant-veille.

De fait, le destin de ces images est  assez extra-ordinaire. Littéralement "en dehors de l'ordinaire". Ce n'est pas aussi courant que des photos prises au début des années 70 ne soient "révélées", au sens photographique du terme, que quarante ans plus tard, dans les années 2010. Façon d'éprouver les instants dans la dure et longue durée du temps. Mes négatifs n'ont pas bougé. Certaines photos, mal fixées, deviennent sépia. J'ai, en n'effectuant aucun tirage sur papier, échappé au sépia. La photo sépia. Mais je n'ai pas échappé à "la photo s'épia". Du Lacan dans le texte. Si Lacan avait été photographe. Le Leica de Lacan, joli titre, non, pour mon prochain roman ? Un photo-roman. Pas un roman-photos. Pas une histoire d'amour un peu mièvre. Non, un photo-roman. Un livre où les photos ponctuent les chapitres. Cadrent le décor. Inventent une autre histoire. Une histoire dans l'histoire. Un photo-roman, tout entier fait d'instants. Instants essentiels et dérisoires à la fois.

 

Henri Cartier-Bresson, le premier, a dû dire " De tous les moyens d'expression, la photographie est le seul qui fixe un instant précis". A partir de là, HCB a développé sa conception de "l'instant décisif".

Instant décisif ou instant dérisoire. Très vite, inconsciemment d'abord, puis consciemment, je me suis laissé séduire, au contraire, par la beauté éphémère de l'instant dérisoire.

L'instant dérisoire, par opposition à l'instant décisif de HCB, c'est l'instant insignifiant. L'instant d'une beauté insignifiante. Mais qui, pour moi, en devient essentielle. C'est l'importance de l'accessoire. L'utile du futile. L'image de l'instant dérisoire n'est pas indispensable, et c'est pour cela qu'il n'est pas pensable qu'on puisse s'en passer.

Sans partager tout ce qu'il dit de "l'instant décisif", je me sens proche d'un Cartier-Bresson quand il raconte sa quête photographique : "Je marchais toute la journée l'esprit tendu, cherchant dans les rues à prendre sur le vif des photos comme des flagrants délits". Je ne fais rien d'autre dans mes déambulations urbaines. Quand à la situation absurde où je me suis moi-même mis, j'ai trouvé une façon très philosophique de la définir. Une définition exacte de mon état. Pas seulement de mon état d'esprit. Je vous laisse juge :

 

Je suis le seul photographe au monde à avoir passé la majeure partie de sa vie au stade du négatif.

 

Diagnostic en forme de check up psychologique. Jolie perspective. Intéressant développement futur. J'entrevois déjà le divan d'un de mes amis, psychanalyste convaincu et convaincant.

Henri Cartier-Bresson disait encore :" Il faut être sensible au détail". HCB parle aussi d'une sorte de "pressentiment de la vie". D'une nécessité d'anticiper l'évènement. Nécessité d'avoir cette sorte d'intuition, ce sentiment aigu qu'il va se passer quelque chose. De l'entrevoir pour ne pas le manquer. L'entrevoir pour le voir, quand il va se présenter devant nous.

 

Au fond, la leçon que je retiens de Cartier-Bresson, c'est  exactement ça : la photo, il faut la voir, avant de la prendre. La voir, avant de ... l'avoir !

 

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 18:05

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Paul Léautaud.    

 

 

Le Figaro condamné pour diffamation. Pour avoir diffamé Pierre Perret. L'information vient, comme on dit, de tomber. La radio vient de le dire. Le Tribunal a estimé que le chroniqueur du Figaro, Stéphane Denis, n'avait en sa possession aucun élément factuel pour affirmer que les rencontres et les conversations entre Pierre Perret et Paul Léautaud n'étaient que des affabulations. Etonnant d'ailleurs ce combat de quelques journalistes parisiens dans la mise en doute de la parole du chanteur. Je n'ai jamais compris le pourquoi d'un tel acharnement.

Au fond, les chats de Léautaud en savent sans doute davantage. Perret, moi, je le crois. En tout cas, ça me plait de le croire. Et puis, vous voulez que je vous fasse une confidence : c'est Léautaud lui-même qui me l'a confirmé. Oui, je le vois souvent, le soir, déambuler quai de la Tournelle. S'arrête parfois à hauteur de mes boîtes. Comment je le reconnais ? Simple, il a gardé son humour : il pratique, à merveille, l'art de la...  mise  en boîte.

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 22:49

 

Comme prévu, le Conseil Constitutionnel a rendu publique, ce soir, la liste des candidats officiellement en lice pour le premier tour de l'élection présidentielle. Parmi les 10 candidats habilités, pas de surprise, que des candidats "attendus" : Nicolas Sarkozy, président sortant, UMP, François Hollande, Parti socialiste, François Bayrou, MoDem, Jean-Luc Mélenchon, Front de gauche, Eva Joly, Europe Ecologie-Les Verts, Marine Le Pen, Front national, Philippe Poutou, Nouveau Parti anticapitaliste, Nathalie Artaud, Lutte ouvrière, Nicolas Dupont-Aignan, Debout la République, et Jacques Cheminad, l'homme qui n'est d'aucun parti, mais qui se définit comme "Gaulliste". Les 10 ont rempli toutes les conditions pour pouvoir se présenter, en particulier la première de toutes : celle d'avoir réussi à réunir 500 parrainages.

Deux absents remarqués, sinon de marque : Corinne Lepage et Dominique de Villepin. Deux absents attendus, et d'ailleurs annoncés comme tels, à la fin de la semaine dernière.

Corinne Lepage, Cap 21, a estimé que l'environnement allait être absent de la campagne. Le comble. Une campagne sans environnement. Sans souci de l'environnement. Dominique de Villepin, lui, a invité les adhérents de sa République solidaire à déterminer la meilleure façon d'être utile à la France.

 

La meilleure façon d'être utile à la France ?

 

La façon Borloo ?

La façon Boutin ?

La façon Morin ?

La façon Nihous ?

La façon Dati, la façon datée.

La façon Rama Yade.

Style "Le vieux monde est derrière toi, cours camarade ..."

 

Trop tôt pour répondre, même si, très vite, l'on devrait savoir.

"Le ralliement ne fait pas partie de mon tempérament", a prévenu le grand solitaire de la République solidaire. Nous verrons bien.

 

En 1965, pour la première élection présidentielle au suffrage universel direct, il y avait 6 candidats. Plus près de nous, en 2002, ils étaient 16. En 2007, ils étaient 12. En 2012, ils seront donc 10. Mais ils auraient dû être douze.

 

Que Dominique de Villepin ne puisse pas être candidat a quelque chose de profondément décevant. C'est attristant. Injuste. L'ancien ministre des Affairesd Etrangères de la France a une voix qui, dans cette campagne 2012, à droite comme à gauche, méritait d'être entendue. Une personnalité, un tempérament utiles, indispensables, au monde politique d'aujourd'hui. Je ne comprends pas les élus, de droite et de gauche, qui n'ont pas voulu apporter leur soutien à la candidature de l'ancien premier ministre de Jacques Chirac. Je ne les comprends pas ou plutôt je les comprends très bien : Dominique de Villepin n'a, je crois, jamais été "élu". Il ne s'est jamais présenté à aucune élection. C'est peut-être ce qu'on lui fait payer aujourd'hui. Manière de lui dire: commence comme tout le monde, par les municipales.  Avant de convoiter l'élection suprême. Celle qui conduit à la fonction suprême.

 

Je n'ai rien oublié des paroles de celui qui a été le 14 février 2003 la "voix de la France" à l'ONU et, sincèrement, je pense qu'il aurait mérité d'avoir toute sa place et tout son temps de parole dans cette campagne pour le premier tour de l'élection présidentielle. Sa République solidaire n'a pas reçu beaucoup de témoignages de "solidarité". Se remettre dans l'oreille les paroles de cet homme-là, n'est pas inutile ce soir. Je vous laisse écouter.

 

"L'usage de la force ne se justifie pas aujourd'hui...

"Il y a une alternative à la guerre : désarmer l'Irak par les inspections...

 

"Un recours prématuré à l'option militaire serait lourd de conséquences...

"Dans ce temple des Nations Unies, nous sommes les gardiens d'un idéal, nous sommes les gardiens d'une conscience...

"La lourde responsabilité et l'immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix...

"C'est un vieux pays, la France, d'un vieux continent comme le mien, l'Europe, qui vous le dit aujourd'hui, qui a connu les guerres, l'occupation, la barbarie, un pays qui n'oublie pas et qui sait tout ce qu'il doit aux combattants de la liberté venus d'Amérique et d'ailleurs..."

 

Ce jour-là, les applaudissements, peu courants, dans le temple onusien, ont salué l'intervention courageuse de Dominique de Villepin. En vain. On sait ce que Colin Powell et George Bush décidèrent: la guerre. Avec les conséquences que l'on sait et que l'on continue de payer aujourd'hui, en Afghanistan et ailleurs.

 

Oui, vraiment, l'honneur de la France de Sarkozy, c'eût été de faciliter, d'encourager et de permettre la candidature de Dominique de Villepin. Je souhaite ne pas être le seul à le penser. Je souhaite ne pas être le seul à le dire.

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 22:19

 

Je dois vous faire un aveu. J'ai séché le quai cet après-midi. J'avais trop envie d'aller à la Bastille. Trop envie de vivre ce moment historique au milieu de cette foule qui rêve de changement. D'alternance. De renouveau. D'une autre façon de faire de la politique. D'une autre République. Je ne pouvais pas manquer ça. Pour rien au monde. Je dois vous faire un second aveu : je ne suis pas allé à la Bastille.

M'est arrivé une histoire incroyable. En chemin, j'ai rencontré une équipe de reporters très particulière. Dans ma vie de journaliste, il m'est arrivé souvent d'être "Envoyé Spécial". D'être ce journaliste "envoyé spécialement", par la Rédaction qui l'emploie, pour couvrir un évènement. Les journalistes que j'ai rencontrés ce matin, sur le chemin de Nation à Bastille avaient perdu  l'un des leurs. Ils m'ont demandé de le remplacer au pied levé. Je connaissais l'un d'entr'eux depuis longtemps. On avait couvert les derniers meetings de la campagne de Mitterrand ensemble. Il y a plus de trente ans. Trente et un ans exactement. Leur voiture de reportage était garée dans une rue latérale. C'est du moins ce qu'ils m'ont dit. On a marché dix bonnes minutes. Il y avait un monde fou sur les trottoirs. La voiture avait un aspect pour le moins curieux. Elle avait une hélice sur le toit. Comme une hélice d'hélicoptère. Je ne leur ai pas caché mon étonnement. Ils m'ont dit que c'était désormais comme ça. En cas d'embouteillage, on décollait à la verticale, exactement comme avec un hélico, et on se reposait plus loin, quand la circulation était à nouveau possible. Le seul problème de la voiture-hélico, m'a dit celui que je connaissais, est sa vitesse. Dans les airs, elle peut dépasser la vitesse du son. On peut facilement franchir le mur du son. Avec la détonation d'usage, quand on franchit le "mur du son", détonnation qui étonne toujours, ou agace,  les gens du sol. En fait, la règle était de ne pas se laisser piéger par cette vitesse facile à atteindre. Mon ancien confrère m'a raconté que leur Rédaction avait perdu, comme ça, plusieurs équipes de reportage qui s'étaient égarées au-delà du temps.  Qui n'avaient jamais pu revenir en arrière. Jamais pu retrouver le temps réel. Les équipes avaient disparu dans des temps futurs où il était très improbable de pouvoir un jour les rejoindre. Pratiquement impossible de pouvoir les retrouver vivants. A l'heure qu'il est, m'a seulement confié, mon ex camarade de reportage, ils ont dû être satellisés depuis longtemps. Dans les Rédactions, tu le sais bien, on tourne parfois en rond, mais ça finit toujours par s'arrêter, eh bien, eux, ils tournent en rond et ils n'ont pas fini de tourner en rond. Ils ne s'arrêteront jamais.

Devant mon grand étonnement, pour ne pas dire ma sidération, mon ancien collègue m'a dit : on a le temps, Mélenchon ne parle que vers 17 heures, d'après les prév', on va te faire une démo. J'ai dit "non, ce n'est pas la peine, je te crois". Mais c'était déjà trop tard. La voiture de reportage s'envolait à la verticale. Pour où ? Je n'en savais rien. Pour quoi ? Je ne le savais pas non plus. Un voyage dans le temps. Une avancée dans le futur. Un reportage dans un temps qui n'existe pas encore.

Vous n'allez pas me croire, mais c'est comme ça qu'il m'a été donné de voir toutes les "unes" des quotidiens du 23 avril 2012. Je sais, vous pensez  que cela est impossible. Je le pensais aussi avant cette bien étrange mésaventure. Eh bien, croyez-moi ou pas, tous les journaux du lendemain du premier tour de l'élection présidentielle titraient sur le deuxième tour, avec les mêmes mots, les mêmes expressions : Hollande et Mélenchon en finale, pour Le Monde. Une finale de rêve, Hollande et Mélenchon, pour Libération. La finale impensable, Hollande-Mélenchon, pour Le Figaro.

 

Vous ne me croyez pas. Libre à vous. Vous trouvez mon récit abracadabrant. Mes explications abracadabrantesques. Pourtant, de mes trois affirmations, deux déjà sont vraies. Vraies et vérifiables. Je n'étais pas sur le quai de la Tournelle cet après-midi. Je n'étais pas davantage Place de la Bastille. Si vous voulez que mon histoire soit vraie, complétement vraie, absolument vraie, vous savez ce qu'il vous reste à faire. Vous savez ce que vous devez faire le 22 avril. N'hésitez pas. N'hésitez plus. Elles sont belles, vous savez, ces "unes" des quotidiens du lundi 23 avril 2012. Vraiment superbes. Si vous voulez les voir comme je les ai vues, n'hésitez plus.

Votez pour les deux le vingt-deux. Partagez-vous la tâche en famille, entr'amis. Entre camarades. Faites bien le travail.

 

Le 6 mai prochain, une finale Mélenchon-Hollande, ça, ça aurait de l'allure.

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 23:17

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© Jean-Louis Crimon                                                                         Pékin. 23 Octobre 2013.

 

 

Je ne sais plus comment ce petit Folio est arrivé dans mes boîtes. C'est drôle ou ça ne l'est pas. C'est comme ça. J'adore Perec. J'adore Les Choses. J'adore W ou le Souvenir d'Enfance. J'adore Je me souviens. J'aime beaucoup Penser/Classer  et, je vous l'avoue, j'aime par dessus tout Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour. L'exemplaire que j'ai dans les mains n'est pas la première édition parue en 1966, chez Denoël, dans la collection Les Lettres nouvelles, dirigée par Maurice Nadeau. Ce n'est pas une édition originale. C'est une simple édition en Poche. Avec une valeur particulière pour le lecteur que je suis. La raison en est simple: il est truffé d'annotations au crayon qui me ravissent. D'une belle écriture très féminine. Une prof de français sans doute. Sans aucun doute. A moins que ce ne soit le livre de travail d'une étudiante en Faculté de Lettres.

 

Voici quelques exemples d'annotations :

 

page 17 : le mot "pantois" est souligné et  traduit, en  "stupéfait".

page 21 : ... je profite de l'occasion pour l'assurer de mon indéfectible amitié ... Le mot "indéfectible" est doublement souligné, au crayon et au feutre orange. "Indéfectible" est défini en sept mots :  "qui ne peut être pris en défaut".

page 29 :  ... à peine la douce Aurore aux doigts boudinés... Deux définitions du mot "boudiné", notées soigneusement au crayon, dans le haut de la page:  1/ en forme de boudin  2/ serré dans des vêtements trop étroits.

page 30 : le mot éculé noté en bas de page, avec deux sens du mot précisés. Premier sens : dont le talon est usé. Deuxième sens : usé à force d'avoir servi. ex: une plaisanterie éculée.

page 33 : ... elle le mettra au vert pendant quelque temps... Dans le haut de la page, notation au crayon, toujours très appliquée : Se mettre au vert = se reposer à la campagne.

 

Un vrai travail d'approche du texte. Un texte où la digression est le moteur de la progression. Un vrai travail sur les mots et les tournures. Un texte pas toujours facile aux entournures.

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 18:43

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© Jean-Louis Crimon                                                      Paris. Quai de la Tournelle. 2012.

 

 

Mon voisin sur le quai est un type étonnant. Parfois un peu déconnant. Il a le don d'énoncer des évidences. J'en connais que ça agace, moi, ça m'amuse. Je ne reviens pas sur sa célèbre trilogie : L'hiver, j'aime pas, c'est froid, La pluie, pénible, ça mouille, L'été, c'est chiant, c'est trop chaud . Sa dernière sortie portait sur les amis. Les copains, les potes, Dans la vie, pour lui, il y a deux sortes d'amis: les intéressants et les intéressés. La leçon tient, comme à chaque fois, en quelques répliques :

- Il y en a que tu crois pour toujours dans la première catégorie, jusqu'au jour où tu les découvres faire partie, depuis pas mal de temps, de la seconde.

- Intéressant, mon ami !

- Désintéressé, surtout !

- Qu'un ami véritable est une douce chose !

- Tu plaisantes ?

- Non, c'est  La Fontaine !

- Méfie-toi, mon ami ! Tu es entouré de gens pas très intéressants ...

- Tu veux dire quoi, au juste ?

- A toi de voir, fais gaffe !

- Gaffe à quoi ?

- Aux amis style "un ami qui vous veut du bien" ?

- Sous couvert de l'anonymat, n'est-ce pas !

- Les jeunes gens m'ont jusqu'à présent paru être plus intéressés qu'intéressants, plus occupés d'eux que de nous.

- Balzac !

- Bravo, mon ami !

- Tu vois, vrais amis ou pas, nous sommes de fins lettrés !

 

 

Mon voisin sur le quai est un type intéressant. Je suis peut-être le seul à le penser. En tout cas, souvent, par sa conversation, je suis ... intéressé.

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 13:56

 

Des métallos un peu poètes,

Voulaient, ce matin,  c'est bête,

Chanter la chanson d'Apollinaire

Ils avaient l'air bien débonnaire,

S'étaient levés bien de bonne heure,

Avaient gardé leur bonne humeur ...

 

Mal leur en prit, ça ne se fait pas,

D'aller frapper chez le candidat,

Pour fumer le calumet de la paix

Avec les sbires de l'UMP

Pas là, le Président-candidat,

On ne le rencontre pas comme ça ... 

 

Le pleutre fait des façons,

L'a pas grand chose dans le caleçon

Il leur a dit Venez lundi 

J'peux pas vous voir aujourd'hui

A l'Elysée, au château, ça sera plus rigolo, 

Le grand homme joue sur les deux tableaux

 

Devant le QG de campagne,

Veut pas de gars de la campagne,

A deux cents mètres, sans dire un mot,

Sur les deux cents métallos,

Les CRS balancent leurs lacrymos,

Plutôt fiers d'eux, les forts en castagne ...

 

Un peu vachement fumasses,

Dans la fumée, c'est dégueulasse,

Les métallos s'en allèrent

Saluer la demoiselle de fer

Son corps tout en acier ... Lorrain

L'en a fallu des tours de reins ...  

 

Ils chialent, mais c'est de rage,

Camarades, faut refuser l'outrage ,

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Ta promesse ancienne, mon p'tit Sarko, 

Faut bien que tu t'en souviennes

Ta promesse ancienne, elle est à l'eau ...

 

Jamais, mon p'tit gars, on oubliera

Qu'si on est dans d'beaux draps,

C'est vachement à cause de toi,

Toi, ça te met p't'être en joie,

Nous, on est toujours à la peine,

Faut bien  que tu t'en souviennes ...

 

De Gandrange à Florange,

On peut pas dire que ça t'arrange,

Le Patron n'est pas un ange,

Et nous, ça nous démange

Que le taulier soit entaulé

On lui apportera des oranges ...

 

Vienne le 6 mai, c'est demain ou jamais,

Là, sûr, tu comprendras, oui mais ...

A s'demander si tu peux comprendre

Qu' t'auras des comptes à rendre,

On n'est pas des voyous, c'est toi le voyou ,

Toi le mec sans gêne, qui nous lacrymogène ...

 

Demain, tu sais, quoi que tu fasses, 

Que tu perdes ou non la face,

Nous serons toujours face à face

Toi, tu  joues la vie connasse,

Tu es décidément trop petit,

L'Histoire te dépasse ...

 

La droite et Nico enfin niqués,

Tu sais, ça va pas nous manquer, 

Que notre emploi demeure 

On ment si on meurt,

Sous le pont Mirabeau

Le printemps sera beau ... 

 

15 mars, fin de la trève hivernale

Un CDD de 5 ans pas renouvelé,

5 ans d'impayés de loyers

Tu vas devoir faire ton sac

Sinon, on prévient la BAC,

C'est une sacrée claque ... 

 

Exit, métallos d'Arcelor

Foin d'harceleur, la colère est d'or,

Et  d'acier, votre moral,

En barres, de chez Mittal, 

Qu'il pleuve ou qu'il vente, 

Guillaume dixit, l'Espérance est violente ...

 
 
Vienne la nuit, sonne l'heure,

Les jours s'en vont, l'espoir se meurt,

Passent les jours, passent les semaines

Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit, sonne l'heure,

Les métallos sont là, la Lorraine demeure.

 

 

Guillaume, sous le Pont Mirabeau,

Le pays de la mirabelle,

Chante avec nous de plus belle,

La joie de garder nos boulots,

Pour l'avenir des métallos,

Le futur se... met à l'eau.

 

 

     Guillaume Apollinaire/Jean-Louis Crimon

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