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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 21:31

 

Il y a des jours, sur le quai, c'est vraiment zéro. Zéro euro. Que dalle. Même pas dix euros pour casser la dalle. Déprimant. Désespérant. Mon dernier bouquin vendu, ou plutôt à vendre, je l'ai... donné ! Pas un radis, j'vous dis ! Pas un radis rose. Pas un  radis rouge. Pas un radis vert. Au sortir de l'hiver. Du coup, sur le banc, banc public, pas loin de mes boîtes, je relis, mais oui Les Radis bleus. Publié au dé bleu, en 1990. Auteur: Pierre Autin-Grenier. J'adore. Les textes. L'homme. L'écrivain. Le poète. L'auteur de nouvelles. Le chroniqueur. Un type, j'en suis sûr, au bon coeur.

 

Page 9, je partage avec vous, cette manière de dire, cette façon d'écrire. Moi qui blogue, ou qui voudrait bloguer, tous les jours,  je prends ma dose d'humilité. D'amour aussi. Ecoutez plutôt.

 

" Le temps qu'il faut pour faire une phrase ! S'imaginer capable d'en faire une chaque jour... Délire d'orgueil ! Folie de poète, peut-être...

 

"Ou, plus vraisemblablement, attrait du vide; volupté de l'échec pressenti comme certain.

 

"Et qui prendrait avantage ensuite à la découverte de ton rien-du-tout quotidien; à tes sentances raides autant que dérisoires portées d'un coin de chambre, pantoufles aux pieds, sur l'univers entier et ses vertiges ? ! ...

 

"Toute mon enfance se passa à la recherche de ce grand pot de confiture de radis bleus dont, pour m'humilier sans doute, on m'avait fait miroiter l'extrême douceur.

 

"En somme, je continue ma quête."

 

Allez rêver d'écrire après ça ! Allez vous dire que sur le quai, chaque jour, chaque soir, vous serez capable de traduire le temps qui passe. Qui passe au milieu des passants qui, parfois, s'arrêtent. Un temps. Le temps d'un instant. L'instant d'après, tout s'efface. Le temps, lui aussi, céde la place.

 

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 12:36

 

- Vous avez le Voyage ?

- Non, pas de chance, vendu mon seul exemplaire hier ! En plus, une édition très proche de l'originale !

- Je ne l'ai jamais lu, et on n'arrête pas de me dire que c'est le plus grand écrivain du siècle. Faut que je le lise absolument. Avant de mourir ! J'ai bientôt 81 ans. Le 28 septembre prochain !

- Pas l'âge, ni l'heure de mourir ! Aujourd'hui, la radio l'a encore dit hier, tout le monde peut faire centenaire...

- En tout ca, faut qu'je lise ce livre-là...

- Vous savez, en Poche, mon voisin doit l'avoir. Sinon, ma voisine. Pour deux ou trois euros, vous devez pouvoir l'avoir ce Voyage au bout de la nuit ! et pouvoir enfin le lire...

- Lire, j'ai toujours aimé ça. Pourtant, né en 30,  en 1930, en Bretagne, j'ai quitté l'école à 12 ans, pour garder les vaches. Oui, monsieur, garçon de ferme jusqu'à 17 ans ! Pas pu faire d'études, ça m'a manqué. Mais j'me suis cultivé par moi-même.

- Je comprends ça, vous savez, chez moi, il n'y avait qu'un seul livre, le livre de messe, le missel ! J'me suis vengé après !

- J'ai travaillé chez les Jésuites de la rue Franklin. Entre Trocadéro et Passy. J'ai quitté la Bretagne à 17 ans, pour monter à Paris, chercher du travail. Comme beaucoup de Bretons en ce temps-là.

- Les Jésuites ?

- A 21 ans, avant-même qu'il ne l'écrive, j'ai joué et chanté la chanson de Gainsbourg...

- La chanson de Gainsbourg ?

- A la RATP...

- Le poinçonneur des Lilas

- j'fais  des trous, des p'tits trous, et j'ai terminé ma carrière comme conducteur de métro...

- Belle histoire...

 

Il fredonne et mime de la main le travail de la poinçonneuse. Regard clair, plutôt malicieux. Puis reprend la conversation.

 

- Vous savez pourquoi le Dr Destouches est devenu Céline ? J'ai mon idée. Je l'ai lu nulle part, mais j'en suis presque sûr.

- Je vous écoute...

- C'est sa grand-mère qui l'a élevé jusqu'à l'âge de 10 ans. Il avait une admiration sans limites pour elle. Elle s'appelait Céline Guilloux. Guilloux, un nom breton. Voilà, monsieur, comment Louis-Ferdinand Destouches est devenu Louis-Ferdinand Céline. En hommage à sa grand-mère !

- Vous pouvez me garder mes boîtes une ou deux minutes, monsieur ?

- Oui, bien sûr ! Mais ne vous absentez pas trop longtemps ! A mon âge, la station debout fatigue vite...

 

Je ne me suis pas trompé. Mon voisin avait bien le Voyage, en Poche. Je reviens vers mon octogénaire Célinien. je lui tends mon petit livre emballé façon bouquiniste.

- Tenez, c'est pour vous !

L'homme n'a aucun mal à défaire l'emballage sommaire. Il sourit en découvrant le livre et son titre.

- Ah ça, monsieur, ça me fait plaisir. Vous êtes un brave homme. Je vous dois combien ?

- Absolument rien ! C'est cadeau. Aujourdhui, pour vous, c'est gratuit.

- Vous êtes un brave homme !

- Foin des politessses ou des convenances, monsieur, vous en êtes un autre. Et depuis bien plus longtemps que moi ! Allez, je vous souhaite une bonne lecture. Et surtout, je suis preneur de vos commentaires ou de vos sentiments. Revenez me voir quand vous voulez.

 

L'homme s'est retourné deux ou trois fois en s'éloignant, pour me saluer de la main. A la manière des paysans d'autrefois. Donnant soudain à cette partie du quai de la Tournelle un air de village. C'est vrai, lui et moi, au fond, pavé ou bitume parisien en plus ou en moins, on a en commun cette enfance de petits campagnards, à la ville par accident, ou par obligation de travail. Que des dizaines d'années de citadin n'effaceront jamais.

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 20:44

 

Vieux papiers, vieux journaux, vieux magazines font partie des petits trésors qui se cachent dans les boîtes des bouquinistes.  Un Magazine Littéraire de septembre 1976, n°116, attire mon attention. La Une est consacrée à Louis-Ferdinand. En titre  "tout  Céline". Un dossier spécial qui va de la page 9 à la page 37. Un article signé Jean-Louis Bory et titré "Un Rabelais de l'ère atomique". Un dossier spécial qui mérite une belle relecture. A commencer par ces morceaux de bravoure ou d'anthologie que sont les "14 lettres de Céline à Robert Denoël", pages 18 à 21.

 

Exemple cette Carte-lettre d'août 1932. Céline habite à Paris, 98, rue Lepic.

 

"Mon vieux,

"De grâce surtout n'ajoutez pas une syllabe au texte (1) sans me prévenir ! Vous foutriez le rythme par terre comme rien - moi seul peut le retrouver où il est - J'ai l'air baveux mais je sais à merveille ce que je veux - Pas une syllabe.

"Faites attention à la couverture aussi - Pas de music Hallisme - Pas de sentimentalisme typographique, du classique.

"Considérez que vous en êtes vous autres à la période romantique de cet ours - moi je l'ai digéré et je suis prêt à le vomir. Vous ne pouvez pas encore le voir vous donc sous l'angle du goût - il faut en être bien rassasié pour cela - C'est mon cas - une couverture assez lourde et discrète. C'est mon avis - Bistre et noir ou gris et gris peut-être et des lettres égales - un peu épaisses. C'est tout - C'est suffisant comme impressionisme.

                                                                                                                                                                       Bien cordialement

A bientôt                                                                                                                                                                               L.D.

 

 

 1. Voyage au bout de la nuit est alors à la composition. Le volume sera mis en vente le 5 octobre 1932.

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 22:04

 

"Pour moi, la qualité du regard d'un photographe, c'est quand on ressent quelque chose devant la photo !" La dame, petite soixantaine, a dit ça comme ça. Elle avait posé longuement son regard sur les photos qui éclairent mon étal. Dans un premier temps, elle les avait, si l'on peut dire, dévisagées une à une. Puis elle s'était accordée un second passage en revue. Allant d'un  bout à l'autre des huit mètres soixante réglementaires de mes quatre boîtes de bouquiniste, - il y a des photos dans le haut de chaque boîte- elle en était arrivée à cette conclusion sur la qualité du regard. Du coup, on s'est regardés. Elle a souri. Moi aussi. Un dernier regard attendri sur la photo d'un prêtre en soutane (Lourdes, pèlerinage, 1981) et elle est partie en ajoutant : "C'est pour ça que j'aime vos photos. Je reviendrai vous voir. Et puis, j'adore le noir et blanc."

Il y a des jours où le bonheur d'être tient en peu de mots. Question de regard. Sur le monde ou sur les gens.

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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 19:37

 

Le Christ recrucifié, Le miroir égaré, Mon amie Carla, Les coulisses du ciel, Le chemin de la perfection, Quelques adieux, Mémoire d'un paysan, La paresse de Dieu... Il s'est planté devant mes boîtes, et à haute voix, crie les titres sur lesquels son regard se pose. Incroyable séance. Incroyable séquence. Les passants s'étonnent de la puissance vocale de l'homme. On croirait Devos, dit l'un. C'est du Beckett, dit l'autre. Moi, je suis interloqué. Je ne sais comment lui couper le caquet. Je risque: donnez au moins le nom des auteurs... Quelle erreur. Le voilà qu'il enchaîne Nikos Kazantzaki, Françoise Sagan, Stéphane Kiehl, Pierre Boulle, Sainte Thérèse d'Avila, Marie Laberge...

Sur le quai, on se croit parfois au théâtre. Sur scène même, sans l'avoir vraiment voulu. Des passants de hasard sont des acteurs nés. Mais le public ne fait que passer.

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 00:27

 

Une lettre signée Colette de Jouvenel pour plaider la cause de Mes Amis, le roman d'Emmanuel Bove. Lettre autographe signée, sur papier bleu garance, avec pour en-tête une adresse 69, Boulevard Suchet et un téléphone Auteuil 06.27 . Le document est intéressant, même s'il ne comporte pas de date précise: la lettre a vraisemblablement été écrite en 1924.

 

"Chère Madame, avez-vous lu le livre d'Emmanuel Bove, qui court sa chance auprès d'un jury dont vous êtes la plus belle jurée ? Ce livre est intitulée "Mes amis", et je vous défie de le feuilleter sans le lire tout entier.

"Cette misère de Victor Baton, c'est la misère de Bove. Mais seul son talent a le droit de compter. Donnerez-vous votre voix à Mes Amis ?

" Dans tous les cas, vous serez tentée de la lui donner. Je vous remercie quoi qu'il arrive, et je vous demande de me croire bien amicalement à vous.

Colette de Jouvenel

 

Colette défend ici avec un avec zèle certain cet ouvrage d'Emmanuel Bove, publié en 1924 chez Ferenczi. Mais Bove n'eut pas le Goncourt pour autant. Question: comment s'appelait cette Dame dont Colette affirme "vous êtes la plus belle jurée" ? Question subsidiaire : qui eut le Goncourt cette année-là ?

 

BOVE (Emmanuel), écrivain français (Paris, 1898-Paris, 1945)

Fils d'un père russe et d'une mère luxembourgeoise, découvert par Colette, admiré par Rilke, célébré par Beckett pour son "sens du détail touchant". On a pu dire de Bove qu'il  était "le romancier de la défaite et de la misère intérieures, le peintre de la médiocrité à l'état brut". Relire impérativement Mes amis, 1924, Armand, 1927, Bécon-Les-Bruyères, 1927, Le crime d'une nuit, 1927, repris l'année d'après dans Henri Duchemin et ses ombres, 1928, mais aussi La  Coalition, 1928, Petits Contes, 1929, Un homme qui savait, (La Table Ronde, 1985), et enfin Le Piège, 1945 et  1986 (La Table Ronde).

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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 11:49

 

"Ma mère aimait les mots. Mon père aimait les matches. Je décidai de gagner le match avec les mots." Le projet de Verlaine Avant-Centre, mon premier roman, tient tout entier dans ces trois petites phrases qui peuvent n'en faire qu'une si je renonce, sciemment, à cette nécessité qu'elles soient trois. Trinité familiale fictive dans laquelle le narrateur doit trouver son unité en même temps qu'un sens à une vie qui, peut-être, n'en a pas. Au moment de la dernière relecture des épreuves, l'Editeur a demandé à l'Auteur de "ponctuer avec des virgules" les trois petites phrases. Pour une histoire de respiration. L'Auteur s'est plié au souhait de l'Editeur. Dans le roman, les trois petites phrases n'en forment plus qu'une. Dans l'esprit de l'Auteur, même avec la respiration différente des virgules, elles sont toujours trois. Trois propositions indépendantes et pourtant à tout jamais liées.

L'évidence du lien entre les mots, les matches, et la nécessité de gagner un jour le match avec les mots ne m'est apparue que très tardivement, à un âge adulte, et de façon progressive. La prise de conscience de la richesse d'une enfance pauvre ne peut se faire qu'après avoir rompu avec cette enfance-là. La conscience est souvent diffuse, la prise de conscience parfois brutale. Immédiate. Dans mon cas, elle est tardive. Tardive et progressive. La découverte de la lumière particulière de cette enfance pauvre, semblable à beaucoup d'autres enfances pauvres, ne s'est pas faite en une fois. Cela pour la mise en place des aspects "vécus" que beaucoup aimeraient enfermer dans une démarche strictement autobiographique.

Ne voir dans Verlaine Avant-Centre que le mot-à-mot précis d'une enfance, comme si le roman, aux allures de récit, devait être considéré, non pas comme une oeuvre de fiction, mais plutôt comme la simple transcription d'une existence aux accents romanesques, est une douce et rassurante tentation. Réduire le roman à la seule catégorie du récit d'enfance, un récit extraordinaire d'une enfance extraordinaire, c'est méconnaître d'emblée le travail de création, de déconstruction et de reconstruction du romancier, même s'il travaille sur des sentiments ou des sensations qu'il connaît bien, puisque les ayant, sans doute, lui-même, en partie, éprouvés, enfant. Mais, première erreur du lecteur pressé: prendre au premier degré, et selon la formule, pour argent comptant, ce que l'écrivain raconte, c'est à dire invente. Deux questions tout d'abord, pour bien cerner le problème et l'enjeu. Doit-on aussi rapidement accepter de réduire l'enfance du narrateur à l'enfance de l'écrivain ? Qu'est-ce qui nous permet d'affirmer que ces deux enfances ne sont qu'une seule et même enfance ?

Sur des cahiers de brouillon qu'il baptise "Mes je n'oublierai jamais", le narrateur de Verlaine Avant-Centre consigne des mots, des paroles, des phrases, des idées, des odeurs, des sensations, des sentiments, des bruits, des sons ou des chansons. Cela, c'est le narrateur qui le fait ou qui dit qu'il le fait. C'est l'Auteur qui le lui fait faire. Mais qu'est-ce qui peut faire penser ou faire croire que cela, l'Auteur l'a vraiment fait ? Que l'Auteur, enfant, a réellement, dans son enfanvce réelle, tenu ce genre de cahiers de brouillon de"phrases définitives" ?

Au risque de vous faire sourire, il arrive souvent à l'Auteur de Verlaine Avant-Centre, que je connais bien, et avec qui je m'entretiens de temps en temps, de devoir répondre à l'issue de séances de signature ou de rencontres-débats avec des lecteurs, souvent des lectrices d'ailleurs, à ce genre de questions très touchantes:

 

- Vos cahiers de brouillon, vous les avez gardés ?

- Non ! ils n'ont jamais existé. Ils n'existent que dans l'imagination de l'Auteur du roman.

 

La déception est souvent à la hauteur de l'espérance placée dans la question. L'Auteur s'en veut de ne pas oser mentir. D'autant que les autres commentaires sont plus terribles encore :

 

- Vous avez bien de la chance d'avoir une Tante qui a connu Verlaine !

- Mais ce n'est pas vrai, c'est seulement vrai dans le roman. C'est une invention du narrateur qui croit, dur comme fer, que la Laure de la dédicace du Sonnet de Jadis et Naguère, c'est sa Laure à lui, alors qu'il s'agit de la Laure de... Pétrarque ! Laure de Noves. 

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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 17:12

 

Débarquant par hasard sur le quai du vieux monde, je suis le passant de l'antépénultième seconde...

C'est tout pour aujourd'hui. Comprenne qui pourra. Comprenne qui voudra. 

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 15:41

 

C'est une idée de Frédéric Lefort, le Trésorier de l'Association. Un Trésorier qui est un trésor d'imagination. Une idée par jour. Quand ce n'est pas une idée à la minute. Dernière idée en date : un journal. Créer un journal où chacun, enfin chacun qui le voudrait bien, pourrait parler de ce qu'il aime, de ce qu'il vend, de sa ou de ses spécialités. De ses passions ou de ses déceptions. De ses enthousiasmes. De ses coups de coeur. De ses petits bonheurs. Ou même de ses galères. 

Autrefois existait un petit format très bien fait, bien écrit, et joliment mis en pages, qui s'appelait "Le Parapet". Faute de moyens ou faute de volontés, Le Parapet a coulé. Le Parapet est tombé à l'eau. Sans refaire Le Parapet, l'idée serait de publier, d'abord tous les trois mois, un canard, le canard des bouquinistes. La Gazette du quai, Le journal des Bouquinistes, L'Echo du quai, sont, pour l'instant, les trois titres le plus souvent proposés. Quand au contenu, tout est possible: photos, dessins, caricatures, interviews, portraits, anecdotes, échos, brèves de brocantes, une séquence "Temps passé/Temps présent", avec illustration ou photo d'un endroit du quai il y a 50 ans, 100 ans, 150 ans... Rubrique inépuisable. Contenu du journal non limitatif, bien sûr. Toute idée nouvelle bienvenue. Forcément. Avis aux amateurs.

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 21:56

 

Elles sont arrivées sans crier gare. Se sont scotchées devant mes vieux journaux. Mes vieux journaux étendus avec des pinces à linge sur un fil, dans le haut de mes boîtes, sous les auvents. Un  fil à linge où sèche la presse du temps passé. Pélerin des années 30, Journal du Dimanche de l'année 1863, exemplaires du Voleur des années 80. 1880. Elles semblaient fascinées. Je les ai laissées de longues minutes savourer leur passion. Puis, n'y pouvant plus, j'ai risqué une question: pourquoi cet intérêt manifeste ? La première a dit: je suis étudiante  à la Sorbonne. En Lettres Médias Com' . J'aimerais un jour être journaliste. Voir, en vrai, ces vieux journaux, dont on nous parle en cours, c'est fascinant.

La seconde a ajouté: moi, non, je n'envisage pas ce métier. Je veux être kiné, mais j'adore l'odeur et la texture du vieux papier. Elle fait mine de respirer l'odeur avec le nez. Touche un livre imaginaire avec le bout des doigts. Puis ajoute: Chez mes parents, quand j'ouvrais un livre ancien, c'était d'abord pour le sentir, le respirer, avant de le lire.

Filles merveilleuses, toutes deux originaires de Charleville. La ville de Jean-Arthur. Forcément, on a parlé de Rimbaud. De sa maison. Sa maison devenue Musée. De sa tombe, au cimetière. De ce célèbre On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans et de ce poème où Arthur raille les notaires ou les banquiers. C'était drôle. Les deux amies riaient à gorge déployée. Puis vint l'aveu. En forme d'incroyable regret. Nous, au Collège ou au Lycée, ce n'est pas Rimbaud que les profs nous faisaient étudier, c'est Baudelaire.

Les Fleurs du Mal, c'est vrai, ce n'est pas mal non plus, mais passer à côté de la maison de la famille Rimbe et d'une balade dans cette Charleville où ont dû déambuler, certains soirs de désespoir, Jean-Arthur et sa gloire future, c'est dommage. C'est à pied que parfois se redécouvre la littérature.

Mettre ses pas dans les pas de celui qui un jour a écrit La Lettre du Voyant, moi, je ne m'en priverai pas...

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