Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 17:38

DSCN9714 

© Jean-Louis Crimon                                                                     Paris. Pont de Grenelle. 2012.

 

 

Le sortant, si près de la sortie, persiste et signe. Ne recule devant aucune infamie. Dernière trouvaille : la Fête du Travail. Le 1er mai, le sortant veut fêter le Travail. A sa façon. Célébrer "sa" conception du Travail. Le "vrai Travail". Pas le statut. Le Travail. Le Travail de ceux qui travaillent dur. Pour corriger les dérives de l'assistanat. Un grand rassemblement. Sur le Champ-de-Mars. Champ-de-Mars transformé en Champ-de-Mai.

"Le 1er mai, nous allons organiser la fête du travail, mais la fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, de ceux qui sont exposés, qui souffrent et qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas, on puisse gagner plus que quand on travaille."

Sans doute une critique à peine voilée de ceux qui gagnent de l'argent en dormant et qui, pour ça, font leur lit en... portefeuille. En portefeuille... d'actions. D'actions du CAC 40. Ceux qui travaillent dur... Ceux qui sont exposés... Ceux qui souffrent... Ceux qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas, on puisse gagner plus que quand on travaille...

Le président-candidat veut finir en beauté. Mourir à la tâche. Même si ça fait tache. Il organise "la fête du vrai travail".

Le diviseur poursuit son oeuvre de division. Vouloir une fête des uns contre les autres. Nouveau signe de l'incapacité congénitale à rassembler. Même quand il veut rassembler, quand il pense "rassemblement", il divise. Il divise à nouveau. Il ne peut pas s'empêcher de diviser. Ce "rassemblement" voulu par le sortant, si près de la sortie, sur le Champ-de-Mars est un signe. Un signe de plus. Un signe ultime. Un dernier signe. Ce rassemblement du Champ-de-Mars sera le chant du cygne.

Heureusement, ailleurs, on fêtera les Travailleurs. Les vrais. Les vrais Travailleurs.

Ceux qui donnent du baume au coeur.

Ceux qui pensent que si, sincèrement, on veut que ceux qui travaillent vraiment reçoivent davantage que ceux qui sont au chômage, suffit, mais oui,d'augmenter le salaire des... Travailleurs !

 

Partager cet article
Repost0
22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 22:03

 

Soirée électorale. Premier tour de la présidentielle. Soirée télé, sûr, mais avec une ou deux radios pas loin. Info et Inter. Rituel des questions pour fignoler la mise en scène. Quels enjeux ? Quelles alliances ? Quel taux d'abstentention ? Quelle participation ? Quels seront les deux finalistes ? Autant de points d'interrogation pour meubler l'attente.

Nous sommes à 34 minutes de la révélation des premières estimations. C'est Pujadas sur France 2... Pujadas qui a déjà dit qu'il savait tout ou presque, mais que la loi lui imposait de ne rien dire avant 20 heures, et qu'il respecterait la loi. Dans 23 minutes... Dans dix minutes... Dans deux minutes... Dans 30 secondes... Dans 20 secondes... Les deux ombres sur les murs du Palais Présidentiel vont avoir un visage. Dix secondes....Incroyable suspens ! 

9...8...7...6...5...4...3...2...1...0... Les deux finalistes sont... François Hollande, sur l'ombre de gauche (ça tombe bien ! ) et... Nicolas Sarkozy, sur l'ombre de droite. Normal. Les estimations sont inattendues. Sauf pour les sondeurs. Hollande : 28,40 %. Sarkozy : 25,50 %. Marine Le Pen est donnée à 20 %. Impensable. Mélenchon à 11,70. Déception. Bayrou à 8,50. Cruel. Tiens, les sondeurs ont sous-estimé le Front National et surestimé le Front de Gauche. Autre constat, pas le moindre : pour la première fois sous la cinquième République, un Président sortant n'est pas en tête au premier tour. Au-delà du mésamour, le rejet. Rejet du sortant. Rejet.

 

Cette fois, c'est parti, ça prend tournure. Les choses sont bien faites. La télé, pour ça, c'est formidable. Une soirée électorale, surtout pour une présidentielle, c'est mieux qu'un match de foot. Clasico Hollande/Sarkozy.  C'est chaud. Plus important que PSG-Sochaux. Une soirée électorale à la télévision, c'est mieux qu'en vrai. On est partout en même temps. Dans les QG des candidats. A Tulle. Salle Equinoxe. Rue de Solférino. Place Stalingrad. A la Mutualité, insolite QG UMP. Ou avec Mélenchon, sublime, quand il dit "Je vous appelle à vous retrouver le 6 mai, pour battre Sarkozy, je vous demande de ne pas traîner les pieds, je vous demande de vous mobiliser comme s'il s'agissait de me faire gagner l'élection présidentielle." Manuel Valls souligne : c'est normal, c'est logique, c'est bien ! Je n'en doutais pas un seul instant. Alain Juppé, 20h25, forcément : C'est pas parce qu'on est en tête au premier tour que l'on gagne au second. Alain Juppé, pitoyable et sinistre.

 

Plus tard dans la soirée, premières déclarations. Premiers discours.  

Avec François Hollande, la gauche dit "Mes chers concitoyens". Citoyen me va bien. Je me sens bien dans la peau du citoyen. Citoyen de la République. Une République de citoyens. Une République enfin exemplaire. 

Avec Nicolas Sarkozy, la droite dit "Mes chers compatriotes". L'amour de la patrie, je n'ai jamais bien compris ce que ça pouvait signifier. Je ne me sens pas patriote. Toutes ces guerres menées au nom de la patrie et qui ont conduit au tombeau des pans entiers du peuple, quelle que soit la patrie invoquée, m'ont guéri à tout jamais du goût pour la patrie. L'amour de la patrie, idée éculée. Argument dépassé.

 

"Sarkozy joue l'argument de la stature, mais Hollande rassure". Sais plus qui vient de dire ça, mais c'est bien vu. Bien vue aussi la situation d'impasse où se trouve le Président-candidat. "Son problème à Nicolas Sarkozy, c'est comment faire ? L'appel aux classes populaires. A l'identité nationale. Oui, mais attention : danger ! Chaque fois qu'il se portera à droite, Sarkozy, ou  vers l'extrême droite, il va perdre le centre. Il aura beau dire "J'incarne davantage le pays que François Hollande", le rejet est trop grand." Manifestement, les campagnes pour le second tour ne vont pas être les mêmes: Hollande a besoin de ne rien changer, Sarkozy a besoin de tout changer. Deux figures. Deux personnalités. Deux projets.

 

Ici, c'est Pujadas qui pose la question qui fâche :"où sont les réserves de voix de Nicolas Sarkozy, à part les voix du Front National ? " Bonne question. Ce soir, contrairement au souhait du Président-candidat, ce n'est pas François Hollande qui est l'otage du Front de Gauche, c'est Nicolas Sarkozy qui est l'otage de Marine Le Pen. Celui qui, en 2007, avait siphonné les voix du père vient de les rendre à la fille. Avec les intérêts. L'héritière a de quoi être fière. Merci Guéant. Merci Guaino. Honte pour la France entière. Le score de la droite extrême, "une tache sur les valeurs de la France républicaine", Eva Joly n'hésite pas. Qui lui donnerait tort ?  Le" F haine" devient trop fort.

 

Le second tour, davantage que le premier, risque d'être un référendum pour ou contre Nicolas Sarkozy. Je ne sais plus qui a dit ça. C'est assez juste. Un autre aurait pu répondre : "A qui la faute ?" Le rejet, la violence du rejet, n'a d'égale que la violence du mépris affiché pendant des années. Pendant cinq années.

 

Ailleurs, c'est Madelin qui loue la ténacité et la lucidité de François Bayrou. Bayrou qui a tenu à faire campagne sur la rigueur et sur l'effort. Bayrou qui s'évertuait à ne prometttre que "du sang et des larmes". Bayrou qui voit son score de 2007 divisé par deux : 8,80%. Bayrou qui assure qu'il prendra ses responsabilités. Bayrou qui souhaite attendre les réponses des deux finalistes à ses questions avant de se prononcer.

Madelin encore qui expose sa conception d'une présidentielle en six tours : deux tours de l'élection proprement dite, deux tours pour les élections législatives, quatre tours classiques auxquels Madelin ajoute, pas peu fier de sa trouvaille un cinquième tour : vigilance des marchés financiers. Puis un sixième tour : le tour de la vigilance sociale.

 

Ailleurs enfin, c'est Ségolène Royal qui cite François Mitterrand :"quand il y a dynamique de rassemblement, ce ne sont pas des additions, ce sont des multiplications". 

Fin de soirée, les estimations se rapprochent des résultats bientôt définitifs. Presque officiels. Même si l'on se dit que ça peut encore bouger un peu. A la marge. Comme disent ceux qui sont... à la page.

Hollande : 28,80 %. Nicolas Sarkozy : 26,10 %. Marine Le Pen : 18,50%. Jean-Luc Mélenchon : 11,70 %. François Bayrou : 8,80 %.

Eva Joly a appelé clairement à voter François Hollande. Poutou et Mélenchon à battre Sarkozy. Hollande sera élu Président de la République, le 6 mai prochain, à 54 % contre 46. Nouveau sondage. Pas le dernier. Disons, le premier de l'entre-deux-tours.   

 

Partager cet article
Repost0
21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 22:58

 

Contraints au silence -loi électorale oblige- les 10 sont aujourd'hui au repos. Pause et balade, au menu de ce samedi 21 avril. Break salutaire. Selon la loi électorale, les candidats à l'élection présidentielle son interdits, depuis vendredi minuit, de "toute action de campagne et de tout acte de propagande". Repos forcé donc, pour chacun des dix. Dans leurs fiefs respectifs ou dans leur lieu de villégiature préféré.  Nicolas Sarkozy, chez lui, à Paris. Jean-Luc Mélenchon aussi. François Hollande à Tulle, dans son canton de Corrèze. François Bayrou, dans son village natal de Bordères, puis à Pau. Philippe Poutou à Bordeaux. Repos aussi pour Nathalie Arthaud. Eva Joly reçoit sa soeur norvégienne. Samedi en famille pour Marine Le Pen. Jacques Cheminade va cheminer, se promener, pour se "changer les idées". Nicolas Dupont-Aignan a prévu de déjeuner avec son équipe de bénévoles.

Moi qui ne suis pas candidat, j'ai décidé d'aller au cinéma. Je veux aller voir un film dont ma radio préférée, ce matin, n'a pas dit que du bien. Je veux me faire mon idée. Mon idée à moi. Parfois, souvent, celui qui se comporte en juge souverain, se trompe. Il exécute, dans le pire sens du terme, une oeuvre qu'il n'a pas su comprendre. Pas su recevoir. Pas su accueillir. Une oeuvre dont il n'a pas su prendre toute la mesure. Le jugement, tout en démesure, est simplement "assassin". Le réalisateur, l'auteur, celui qui a consacré trois ans de sa vie à donner naissance à cette oeuvre, pour lui, essentielle, voit son travail réduit en cendres. Le film, c'est Les Fraises des bois de Dominique Choisy. Les Fraises des bois. Que les censeurs se rassurent, ceci n'est pas un message codé : le film de Choisy n'a rien à voir avec une certaine fraise des bois, malmenée autrefois par quelqu'un qui se prenait pour un éléphant. Comprenne qui pourra. Moi qui ne suis pas candidat, je vais au cinéma. Mais j'ai hâte d'être à demain.

Près de 45 millions d'électeurs inscrits pour le premier tour de cette présidentielle. 85000 bureaux de vote. 36000 communes concernées.

On  vote dès ce samedi à Saint-Pierre et Miquelon, en Guyane, en Guadeloupe, en Martinique, à Saint-Barthélémy, à Saint-Martin et en Polynésie Française. Vont également  voter ce samedi les Français du continent américain. Une mesure déjà en vigueur en 2007, pour éviter qu'avec le décalage horaire, ces "électeurs du bout du monde" ne soient appelés à se prononcer dans le secret de l'isoloir, une fois les résultats... déjà connus en Métropole. 

En revanche, à La Réunion, à Mayotte, à Wallis et Futuna et en Nouvelle Calédonie, ainsi que pour tous les autres Français de l'étranger, le scrutin du premier tour se déroulera dimanche.

Les bureaux de vote ouvriront demain à 8 heures. Première estimation sur la participation à midi.

Sur les dix candidats, je me demande combien seront-ils à s'endormir, cette nuit, en se disant: "En cas d'échec, j'arrête la politique et vous n'entendrez plus parler de moi ! "

Partager cet article
Repost0
20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 20:07

 

Nez dans le guidon, le premier dit  "Confiance et détermination". Adepte tardif de la méthode Coué, il affirme être "sûr d'être premier dimanche soir", avec "une large avance". Le sortant, c'est ainsi, a toujours d'extraordinaires sorties. Le second la joue modeste et réaliste : "Le changement, c'est dès le premier tour". Le troisième donne un conseil, faussement désintéressé : "Choisissez celui qui dit la vérité". Le quatrième martèle depuis le début, au risque de passer pour un être imbu :" Qu'ils s'en aillent tous ! " Il y a des idées et des idéaux. Il y a du beau monde et du moins beau;

Il y a celle qui beugle et vocifère : "C'est à la faute à hallal, c'est la faute à casher"... Il y a... , il y a... , il y a... Il y a... Il y a 10 candidats qui, pour mener campagne, ont battu la campagne, avec des arguments parfois en rase campagne. Il y a celui qui veut relancer la conquête spatiale pour créer des milliers d'emplois. Il y a l'ouvrier du NPA qui, bonne blague, avec ses camarades, squatte symboliquement  l'Hôtel Crillon.

Crillon, Crillon, Crions, Crions bien fort : y'en a marre du droit du plus fort !  Il y a, ne l'oublions pas,  l'armada des instituts de mesure de l'opinion qui disent et contredisent à tour de (sondages sous le) bras.

- 29% pour François. 25 et 1/2 % pour Nicolas.

- Non, en fait, tous les deux dans une fourchette, à 26 /27 !  

- Mais aussi le total des gauches à 46 1/2 %, comme en 81, pour Mitterrand.

Il y a la bévue de BVA, les largesses de la SOFRES ou la sauce d'IPSOS. Chacun sa recette. A la fin, c'est l'électeur qui fait ses emplettes.

Il y a les médias qui vont marquer la pause. Pour mieux se préparer à ce qui est tout de même aussi un super-méga-show. La télévision et la radio.  Les chaînes tout info. Parfois tout en faux. La télé et ses invités. Ses experts. Ses commentateurs. La radio qui  affirme, extraordinaire slogan : "L'image ne sert à rien pour comprendre, restez donc chez nous !" Il y a surtout 25 % d'électeurs dont on ne sait pas encore ce qu'ils vont faire. Aller, in extremis, s'isoler un instant dans l'isoloir ou rester à la maison. Pour une bonne et simple raison : ils n'ont pas encore choisi. Pas encore choisi d'aller voter. Un électeur sur quatre qui choisirait l'abstention. Un quart du corps électoral qui choisirait de ne pas prendre part au choix. Inquiétant. Vraiment. Terrifiant même.

Reste que ce soir, à minuit, c'est fini. Fin de la campagne officielle pour le premier tour de la présidentielle. La radio, la télé, se feront muettes. Côté info politique, s'entend. Muettes, sur le sujet. Jusqu'à dimanche soir, 20 heures. Plus de chiffres. Plus de courbes. Plus d'analyses. Plus de commentaires. Des vacances. Pour tout le monde. On va enfin pouvoir parler d'autre chose. De culture. De cinéma. De musique. De chansons. Les 10 candidats pourront décompresser. Les télespectateurs, les auditeurs, pareillement. Deux jours de break.  Mais, très vite, le cirque démocratique reprendra ses droits. Dimanche 22 avril, 20 heures. Dramaturgie déjà écrite. Scénographie rodée. 

Jingle... Ils ne sont plus 10 candidats, mais seulement deux... Dans 20 secondes, leurs visages sur l'écran... Les premières estimations... Chacun viendra, forcément, crier victoire. Surtout les battus. Les huit pour lesquels les carottes sont cuites. En dehors des plateaux, ce sera à tu et à toi. Le temps des alliances reprendra ses droits. On pactisera et on "pactera". Des paroles et des pactes. L'animal politique ne se refait pas. Une seule certitude :

 

Pour connaître le nom de son prochain Roi,

Quinze jours encore, le peuple attendra.

 

Partager cet article
Repost0
19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 20:23

1458429_10152057560809726_1194124652_n.jpg

 

 

 

Quai de la Tournelle, cet après-midi, j'ai dans les mains I remember de Joe Brainard. Brainard est l'inspirateur de Perec. C'est Joe Brainard, le premier, qui invente cette conjugaison de souvenirs insolites ou insolents. Joe Brainard, plasticien Américain, né en 1941, dans l'Arkansas, s'installe à New-York, au début des années soixante. Il publie ses premiers I Remember en 1970. Il récidive deux ans plus tard avec I Remember More. Pour publier, en 1973, un troisième recueil, au titre sans ambiguité, More I Remember More.

Quand, en 1978, parait le Je me souviens de Georges Perec, ils sont peu nombreux à souligner que Perec n'est pas le premier à avoir recours à ce procédé littéraire particulier. Cette façon inattendue de convoquer et de conjuguer des souvenirs, façon basée sur la répétition fascinante et lancinante, du I remember. Pourtant Perec a, d'entrée, cité ses sources et acquitté les droits d'auteur :"Le titre, la forme, et dans une certaine mesure, l'esprit de ces textes s'inspirent des I remember de Joe Brainard." 

 

Prenant, un jour des années quatre-vingt, le contre-pied de Perec, je me mis à écrire, non pas des "Je me souviens", trop nostalgiques ou passéistes à mon goût d'alors, mais plutôt, - engagement sublime - des "Je n'oublierai jamais". Recueil de promesses à moi-même, au temps de mes 10 ans. Instants de vie fixés avec des mots, à défaut d'appareil photo.

Récemment, me sont revenus en mémoire quelques uns de mes préférés :

 

Je n'oublierai jamais la chanson du vent dans les feuilles des grands peupliers de la prairie d'en face.

Je n'oubliera jamais les branches des saules pleureurs qui dessinent l'eau de la rivière.

Je n'oublierai jamais ce moment bizarre du soir quand la lumière indique le retour des beaux jours.

Je n'oublierai jamais la douceur de la pluie, les soirs d'été, quand mon père dit : la terre a soif. 

 

J'ai trouvé ça très beau. Les mots. Le principe. Le rythme. Je me suis mis à en écrire de nouveaux. Moins poétiques. Plus politiques.

Je n'oublierai jamais le soir du 10 mai. Le soir du 10 mai 81. Je n'oublierai jamais mon papier écrit à la hâte pour le journal du lendemain. Petit journaliste qui entre dans l'Histoire à l'improviste. Je n'oublierai jamais les mots des deux lignes de la fin. Ces mots que je voulais tendres et follement romantiques.

"Le peuple remonte la rue de la République. Symbolique supplique. Ce soir, on l'a dit, elle n'est plus en "Sens Interdit". Des slogans en forme d'espoir débordent le trottoir. Il fait étrangement doux ce soir."

 

Couché tard, levé tôt, je rêve d'écrire bientôt  : je n'oublierai jamais le soir du 6 mai. Le soir du 6 mai 2012. Pour les uns, soir de blues. Pour la plupart, soir de victoire. Soir d'une nouvelle Histoire. Soir d'un petit grand soir. Histoire de ne pas laisser croire que l'avenir est sans espoir. 

Partager cet article
Repost0
18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 16:25

 

Nicolas Sarkozy a affirmé ce matin, à la télévision, avoir "une idée assez précise" du Premier ministre qu'il (se) choisirait s'il était réélu à la Présidence de la République. Le Président-candidat n'a pas exclu -adorable euphémisme- de révéler le nom de ce possible futur Premier ministre entre les deux tours de la présidentielle. Délicatesse extrême.

Interrogé sur la possibilité qu'il puisse s'agir de François Bayrou, candidat du MoDem, Nicolas Sarkozy a répondu, pour une fois, avec une rare sagesse. Un sens de la mesure indéniable. En substance : La question de Monsieur Bayrou, nous verrons après le premier tour. Il faut d'abord voir ce qu'ont dit les Français. Car le choix du Premier ministre ne peut être totalement éloigné de ce qu'auront dit les Français. Ni indifférent à ce qu'auront dit les Français. Pas indifférent au sentiment majoritaire qui aura été exprimé. On doit en tenir compte. Je dois en tenir compte. C'est pourquoi, le nom du Premier ministre je ne le dirai pas avant le premier tour. En aucun cas.

Pas mal du tout. Pas mal du tout comme approche du problème. En cas de réélection. Mais cela suppose de prendre en compte une autre réalité. La réalité de ce que pensent vraiment, aujourd'hui, au fond, les Français. Il semble que les Français aient aujourd'hui, eux aussi, "une idée assez précise". Problème : il s'agit d' une idée assez précise de qui ils ne veulent plus à l'Elysée. Mais il semble bien que cette idée-là, même si c'est aussi une idée assez précise, du côté de ceux qui l'expriment, soit encore un peu floue dans la tête de celui qui risque de ne pas être réélu.

 

Ainsi, pour l'instant, le plus naturellement du monde, Monsieur Sarkozy, après s'être acheté, pour pas très cher, Boutin, Morin, Nihous, sans oublier Borloo, rêve de s'acheter Bayrou. Secret de polichinelle. Au cours de cette même quinzaine du mercato présidentiel, entre les deux tours, le Président-candidat qui a vraiment les crocs, la dalle, annonce renoncer aux fameux crocs du boucher, et envisage de se réconcilier avec Villepin. Dominique de Villepin. L'ex-futur pendu n'a pas encore répondu.

Bayrou, le transfert de l'année. Bayrou, le transfert du quinquennat. Bayrou, le transfert du siècle. Bayrou qui - signe avant-coureur ou pas - n'hésite pas, belle évidence, à flinguer, avec une rare élégance, les coupables de "transhumance" : Azouz Begag et Fadela Amara. Quand on risque de devenir la chèvre du Président, on ne devrait pas avoir recours à la métaphore agricole des pâturages où l'herbe serait plus grasse. On devrait surtout s'interdire de qualifier, implicitement, de "bétail de la plaine" des animaux politiques dont on flattait il n'y a pas si longtemps le courage ou le talent. Allons, Monsieur Bayrou, un peu de tenue, un peu de retenue. Attendez de savoir, si oui ou non, vous allez, vous-même, accepter de traverser la rue. Méfiez-vous du petit Nicolas qui, vous le savez mieux que moi, a plus d'un tour dans son sac. Car, en fait, au risque de vous déplaire, quand à la télévision, de bon matin, le Président-candidat, affirme avoir "une idée assez précise" du Premier ministre qu'il se choisirait s'il était réélu, ça ne veut pas dire ce que tout le monde croit. Pour une bonne et simple raison.

En effet, contrairement à tout ce qui a pu être dit, ou écrit, là ou ici, pardon de vous décevoir, Monsieur Bayrou, si vous rêviez vraiment de Matignon, vous le maquignon, mais le Président-candidat pense, vraiment, à ... Mélenchon.

Mais oui, bien sûr, Mélenchon ! C'est exactement ce que voulait dire le Président-candidat  quand il déclarait :"Le choix du Premier ministre ne peut être totalement éloigné de ce qu'auront dit les Français. Du sentiment majoritaire qui aura été exprimé."

 

Sarkozy à l'Elysée.

Mélenchon à Matignon !

Bien vu, non ?

 

 

 

Partager cet article
Repost0
17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 18:47

 

Chirac vote Hollande. Marrant comme nouvelle. Une page entière dans un quotidien du matin. Plusieurs brèves à la radio. Des sujets un peu partout à la mi-journée. Comme si c'était toujours la presse écrite qui doive souffler les bonnes idées à la radio et à la télé. Chirac choisit Hollande. Nouvelle pas si nouvelle. En juin dernier, si ma mémoire est bonne, ça avait déjà été dit. A plusieurs reprises. En Corrèze. Face aux caméras. A l'époque, certains, pas très adroits, ou plutôt vraiment maladroits, avaient laissé entendre que le vieux Chirac n'avait plus ... "toute sa tête". Ou que c'était, -dixit Bernadette- de l'humour corrézien.

Autant parler du rôle des indécis : 26 % des électeurs n'auraient, aujourd'hui, pas encore choisi leur candidat. Un électeur sur quatre ne sait pas encore pour qui il va voter. Voilà une information importante. D'une autre teneur. D'une autre importance. Mais face à ce faux scoop "Chirac vote Hollande", ça ne fait pas le poids. L'info a ses lois. A cinq jours du premier tour, on traite de vraies questions. 

Chirac vote Hollande. Jacques vote François. Chirac vote François Hollande. François en redemande. Rien d'étonnant au fond.

Juste retour des choses. Juste fidélité, sinon à des engagements, au moins à certaines valeurs. Des valeurs qui, au-delà de la séparation, parfois arbitraire, entre "gauche" et "droite", traversent facilement la rue. La rue principale de la République. Je me souviens d'un vieux Président malade, mais lucide, qui, manifestement, en 1995, dans son coeur, avait voté... Chirac. Chirac le républicain. Chirac, le radical socialiste. 

Pas si fou, le vieux rad soc, à cinq jours du premier tour ! Retour d'ascenseur. A la gauche de son coeur. A jamais vraiment été homme de droite, le Chirac ! Dans la famille, la droite, c'était plutôt Bernadette. La preuve ? Elle est la seule aujourd'hui à afficher publiquement son soutien au roitelet républicain, sauveur d'emplois sur la fin. Sauveur d'emplois. A contre-emploi. Sauveur d'emplois. Surtout du sien.

Partager cet article
Repost0
16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 20:45

 

Entendu, hier, de la bouche de militants UMP, Place de la Concorde : "Si ce sont les socialo-communistes qui l'emportent, si c'est Hollande le Président, la France, ce sera la Grèce !"

Incroyable. Incroyable déclaration. Incroyable affirmation. Bien sûr, l'affirmation a été diffusée comme une information. Pas de remise en cause de l'affirmation. Pas de question de journaliste. Et pour cause. Il ne s'agissait pas d'un travail de journaliste. Il s'agissait d'un "reportage" fabriqué à partir d'éléments fournis par le service de communication de l'UMP. Images et propos recueillis, choisis, par le service de com' du Parti. Question : dans quel pays sommes-nous ? Question : comment accepter de pareilles pratiques ? Question : quelle est cette nouvelle déontologie ? Question : comment s'appelle ce nouveau journalisme ?  Un mot, un seul : propagande. Les chaînes dites d'information, ces chaînes d'info en continu, s'honoreraient à ne pas diffuser ce genre de "reportages bidonnés" ! Qu'ils soient fabriqués au Château de Vincennes ou Place de la Concorde.

"Si ce sont les socialo-communistes qui l'emportent, si c'est Hollande le Président, la France, ce sera la Grèce !" Incrédule. Sidéré devant pareille remarque. Face à pareille manipulation. Face à pareille malhonnêteté intellectuelle. Car enfin, la Grèce d'aujourd'hui, la situation de la Grèce, la faillite oganisée de la Grèce, le salaire minimum divisé par deux, les retraites divisées par trois, que je sache, les "coupables" ne se nomment pas Hollande ou Mélenchon. Pas encore. Soyons lucides, soyons raisonnables, soyons honnêtes : la Grèce d'aujourd'hui, la situation de la Grèce d'aujourd'hui, ce n'est pas le Parti socialiste, ce n'est pas le Front de Gauche, ce n'est pas "la gauche", qui en sont responsables.

Les responsables, les vrais responsables, les fossoyeurs de la Grèce, les falsificateurs, les auteurs de la malhonnêteté intellectuelle, les auteurs de l'assassinat économique et social de la Grèce, moi, je vous le dis, tel quel, ils se nomment ... Sarkozy et Merkel. La BCE et l'Union européenne, pour sinistres parrain et marraine.

Comme aurait pu dire un grand Général : cela eût été sans dire, mais cela va mieux en le ... disant.

Partager cet article
Repost0
15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 11:02

 

Durant cinq ans, l'homme a semé la discorde. Aujourd'hui, il invite à la Concorde. Il convoque à la Concorde. Durant cinq ans, l'homme s'est appliqué à semer la discorde. Opposant les uns aux autres. Et les autres, à d'autres autres encore. Ceux de la France d'en bas à ceux de la France d'encore plus bas. Ceux de la France qui se lève tôt à ceux qui feraient d'éternelles grasses matinées. Ceux de la France qui travaille à ceux de la France qui musarde. Qui faignantise. Ceux qui profiteraient du système à ceux qui défendraient, qui alimenteraient, qui feraient prospérer, par leur travail, leur seul travail, le système. Le système du profit. Mais à qui profite vraiment le système du profit ? 

Il a dit et contredit. Il a fait et défait. Sans jamais se poser la question, la seule question qui vaille : où sont vraiment les profiteurs ? Qui sont les vrais profiteurs ?

Il nous a méprisés. Insultés. Humiliés. Quand il prétendait parler de nous, il ne parlait que de lui. De ses convictions. De ses certitudes. De ses croyances. Comme si nous l'avions vraiment autorisé à parler en notre nom. Comme si nous l'avions vraiment autorisé à parler au nom de la France. La France, ce n'est pas lui. C'est nous. Nous, le peuple. Le peuple de France.

Aujourd'hui, le Roi de la discorde joue la Concorde. Manque pas de culot. Vraiment culotté. Attention, petit Roi Républicain, la patience du peuple a des limites. La patience du peuple a ses limites. N'impressionne plus personne, ton culot. Attention à la réplique des... sans-culottes !

Partager cet article
Repost0
14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 12:56

CH'pap 

 

 

M'est arrivé de relire ces jours-ci quelques uns des articles publiés en 1979. Mes premiers papiers. C'était au Courrier Picard.  J'avais été engagé le 1er juillet. Pour deux mois. Ils m'ont gardé trois ans. Devaient être contents de mes deux mois. Deux mois à un rythme soutenu. Pratiquement un papier par jour.

2012 moins 1979 = 33. 1979, j'avais 30 ans. 1979, l'année de mes 30 ans. 30 +33 = 63. 63 ans, l'âge que j'aurai en août prochain. Je n'ai pas vu passer ces 33 années. Dans ma tête, j'ai toujours 30 ans. Dans mon coeur aussi. Dommage que le corps n'ait pas suivi. C'est toujours le corps qui trahit.

C'était ma première critique de théâtre. Je ne savais pas. Je ne savais pas comment pouvait s'écrire une critique de théâtre. J'écrivais à l'intuition. Au feeling. Je n'avais aucune technique. Je n'ai pas fait d'Ecole. D'Ecole de Journalisme. J'ai appris sur le tas. Je venais de quitter le professorat de philosophie pour le journalisme. Le jour où il m'a engagé, un jour de la fin juin, le Rédacteur en chef m'avait juste demandé : vous savez écrire ? J'avais répondu "oui, comme un prof de philo, mais peut-être pas comme un journaliste." Ajoutant " Je ne demande qu'à apprendre".

 

TITRE : Un Godot peut en cacher un autre

SOUS-TITRE : A bord de la péniche-théâtre, on joue la pièce de Samuel Beckett  "En attendant Godot".

 

ACCROCHE : Godot dans la gadoue. Une tranche de vie entre deux rectangles de boue, à vous redonner le goût d'un certain théâtre. Pour ne plus être les éternels asssis. Pour nous lever et nous laver de notre glaise quotidienne et être aussi ces hommes de boue, debout.

 

PAPIER : A bord de cette péniche-théâtre, Farré et ses complices glissent sans fin dans une glaise qui n'est pas feinte. Spectacle qui vous colle littéralement à la tête et à la peau. Spectacle qui éclabousse, pas seulement ce qu'il nous reste de cervelle, mais aussi les involontaires acteurs des premiers rangs, régulièrement aspergés de païennes bénédictions.

En attendant, Godot, on l'attend toujours. Etrange aventure que celle de cette pièce de Samuel Beckett. D'abord, on la boude, ensuite on l'acclame. Paris, Londres, New-York, de 1953 à 1956, vont en faire un "classique. Mais aujourd'hui, le tragique et l'absurde de l'attente de ces deux clochards, mis en scène avec sérieux et dignité pendant très longtemps, est ici, proprement traîné dans la boue. Et c'est pas dommage.

 

INTER-TITRE : Farré effarant

 

La mise en scène de Mireille Larroche est un pavé superbe dans la mare du tragique en redingote. A l'intérieur de cette péniche où les spectateurs se font face, quatre hommes s'enlisent dans un décor où la frontière entre tragique et comique n'a plus place.

Une démystification salutaire où la mise en scène est mise en vie. Car Estragon et Vladimir (Farré et Kopf), sont. Ils sont. Ils ne jouent plus. Ils sont vraiment. Ils pataugent dans ce décor de glaise ou de boue comme dans l'existence : l'homme a difficilement prise. Il glisse, tombe, mais se relève. Comme si ce qui se dérobe sous ses pas pouvait être inlassablement repris. Faut s'accrocher, comme on dit. Dans tous les sens.

Contre toute attente, on n'en finira sans doute jamais de l'attendre ce mystérieux Godin... pardon... Godet... je veux dire Godot. Car Godot ne viendra pas ce soir. Même si l'on sait bien que dans le texte même de la pièce de Beckett, Godot ne doit pas venir, on se laisse facilement prendre au piège tendu par ces deux clochards. Si Godot est celui qui ne vient pas et qu'on attend quand même, on se prend à rêver : "Et si Godot venait ?"

C'est peut-être la force de cette musique (de Robert Wood), qui ponctue et rythme le texte, qui cesse alors d'être un texte pour devenir paroles. Et si un jour on chantait Godot ?

 

INTER-TITRE : La conconcondition humaine

 

Théâtre de l'absurde ou absurde du théâtre, où nous sommes ceux qui attendons, ceux qui attendent. "Mais n'anticipons pas", dirait Lucky (Gérard Surugue), dans cette remarquable tirade sur "l'Ek-sistence", "telle qu'elle jaillit des récents travaux publics de... Hors du temps de l'étendue... couronnés par l'Académie d'Anthropopopométrie, de Testu et Conard... Conard... Conard...

Pozzo (Georges Dufose), se prend aussi à attendre : "Moi-même, à votre place, si j'avais rendez-vous avec un Godin... Godet... Godot... j'attendrais qu'il fasse nuit noire pour abandonner..."

Plus tard, quelqu'un viendra pourtant, non, pas Godot mais un enfant (Manuel Bleton trouve là le ton juste), comme une séquence du Petit Prince dans Beckett. Godot ne viendra pas : quelqu'un qui vient, on ne peut plus l'attendre.

Godasse, gadoue, Godot... même les sons s'enlisent -et se lisent - dans cette boue authentique. Eternelle attente de celui qui ne viendra pas. Godot a mis les bouts.

 

                                                                     Jean-Louis Crimon / Le Courrier Picard  (03/04/11/1979)

 

 

PUCE : Deux représentations de cette pièce seront données ce soir et dimanche après-midi, 16 h, à bord de la péniche-spectacle amarrée au port d'amont.

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de crimonjournaldubouquiniste
  • : Journal d'un bouquiniste curieux de tout, spécialiste en rien, rêveur éternel et cracheur de mots, à la manière des cracheurs de feu !
  • Contact

Recherche

Liens