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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 18:21

 

L'un, dans le Var, à Toulon, s'en va chercher un peu de réconfort. Précieux quand on sent qu'on n'est plus le plus fort. Sarko, il déconne, il en fait des tonnes, lui entonne la Garonne. L'autre, à Toulouse, Place du Capitole, pour une victoire capitale. L'homme de Tulle jamais ne capitule. Ils l'ont cru faible, il est fort. Ils l'ont cru sans envergure, c'est de bon augure : il excelle dans l'effort.

Toulon: To lose. Toulouse : tout bon. La gauche est là, prête à diriger le pays. Qui va s'en plaindre aujourd'hui ?

Pendant ce temps-là, le MoDem ne se trompe pas. Son Président franchit le Rubicon. Non pas comme César, pour renverser la République. Mais comme François Bayrou, pour sauver la République. Il y a du talent à ne pas se tromper d'ennemi. Il y a de la grandeur à ne pas se tromper de combat. Il y a de la grandeur d'âme à se vouloir l'émissaire qui refuse la stratégie du bouc-émissaire. Ne pas succomber à l'obsession de l'immigration. Ne pas stigmatiser  en zoomant, dans son clip de campagne, sur le panneau Douane, écrit en français et en arabe.

François Bayrou  franchit le Rubicon. Il  annonce qu'il votera François Hollande. Un choix personnel. Un choix d'indépendance. Un choix de citoyen. Sans éprouver le besoin de donner la moindre consigne à ses 3 millions 300.000 électeurs: "Chacun s'exprimera en conscience." Le patron du MoDem se borne à justifier son propre choix. Un choix qui n'engage que lui-même, mais tout lui-même.

"La ligne qu'a choisie Nicolas Sarkozy, entre les deux tours, est violente. Elle entre en contradiction avec les valeurs qui sont les nôtres, pas seulement les miennes, pas seulement celles du courant politique que je représente, mais aussi les valeurs du Gaullisme, autant que celles de la droite républicaine et sociale."  

Cette fois, l'homme Bayrou ne parle pas la langue de bois. Rejet clair et net de ce qu'il qualifie de "course-poursuite", derrière le Front National,  pour cueillir, ou recueillir, les voix de l'extrême. Reste donc un seul chemin, une seule voie : le vote pour François Hollande qui, selon François Bayrou, s'est prononcé de manière claire sur la moralisation de la vie publique. En prime et en substance : la crise est devant nous. Nous nous devons de le dire, de ne pas le cacher, et de nous unir, de nous rassembler pour y faire face. Je pense que devant cette crise inéluctable, le pays a besoin d'un projet qui réunira des femmes et des hommes venu d'horizons différents, pour le reconstruire.

Sans surprise, mais sans doute pas sans amertume, le premier ministre, François Fillon, minimise, de façon méprisante, le choix de François Bayrou : c'est l'avis d'un homme seul. François Fillon oublie un peu vite qu'il faut, en pareille circonstance, un réel courage pour être "un homme seul".

François Hollande salue une certaine conception de la République. Celle d'un homme qui place les valeurs avant tout. Ne confond pas le choix entre deux personnes, qui représentent deux conceptions de la République, avec des logiques d'appareils : "C'est un choix d'homme libre, indépendant... qui a pris conscience que le candidat sortant divisait et que je rassemblais, qu'il y avait un risque pour le pays." 

Décision dictée par le dépit personnel, assassinent déjà les aigris du Centre. Boutin et Morin, dans un bateau... deux destins qui tombent à l'eau ! Dire à ses électeurs ... "Moi, à titre personnel, je vote Hollande !", ne leur  parait pas cohérent. Pour les leçons de cohérence, c'est vrai, Boutin et Morin... 

A Toulon, l'un caricature, une dernière fois, les valeurs morales d'une gauche qui, selon lui, a abandonné les quartiers, les usines. Mauvais perdant. Mauvais orateur. Fustige, encore et encore, une gauche qui condamne la réussite sauf quand c'est la sienne. Cette gauche qui déteste l'argent sauf quand c'est le sien. Oublie en chemin qu'il doit d'abord et avant tout convaincre les indécis. Se perd à nouveau dans des attaques aussi séniles que stériles. Réactions primaires de vrai réactionnaire. D'abord : Avec nous, la rue n'a jamais fait la loi dans la République française. Et encore : C'est toujours pareil avec les  socialistes, il font des promesses à tout le monde . Dans les années 80, il a fallu deux ans pour que les socialistes réalisent, aujourd'hui, il leur faudra deux jours. Deux jours d'illusions pour des années de souffrance.

Discours de trop. Paroles inutiles. Mots de mauvais perdant. Le talent, c'est aussi de savoir reconnaître la valeur de l'adversaire. Dérisoire. Désespéré. Désespérant. Au Zénith de Toulon, celui qui n'est plus au  zénith, donne son chant du cygne.

Parfois, il faut savoir se taire. Faute de n'avoir pas su le faire, le sortant se condamne au silence. Par la petite porte, il sort de l'Histoire. Sort de l'Histoire de France. A la bouche, la morgue de celui qui va finir à la morgue. Pensée mortifère qui va finir en cadavre. L'homme du karcher, de la vie chère, peuchère, de sa peau, ce soir, on ne donne pas cher. Symboliquement parlant, s'entend.

A trop pratiquer la surenchère, sûr, un jour, le peuple, on désespère.

 

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 19:27

 

C'est une dramatique comme on les aime. D'abord, elle n'a lieu que tous les cinq ans. Une dramatique comme un match. Un match de catch. Un match de tchatche. Un combat de gladiateurs. Des gladiateurs des temps modernes. Ils ne s'empoignent qu'avec la voix. Un combat de sophistes conviés sur le terrain de la politique. De la philosophie politique. En jeu : l'avenir de Cité. En cause : la Res Publica. Un duel télévisuel. A fleurets pas vraiment mouchetés. Les duellistes, pour ne pas dire les duettistes, sont de grands artistes. Chacun dans son genre. Il y a un bon chanteur de variétés, avec l'expérience de cinq années de tournées, et un nouveau chanteur. Tenant de la chanson à texte. Le chanteur de variétés adore les solos. Il n'y va pas mollo sur les trémolos. Le chanteur à textes ne fait pas d'effets de voix. Il a une bonne voix. De bons textes. Et, parole, module plutôt bien. Bien sûr, il faut aimer la chanson.

C'est une dramatique pour la télévision. Vingt millions de télespectateurs. Des millions d'auditeurs. C'est du spectacle. Du grand spectacle. Le spectacle dépend de la qualité des acteurs. De leur sincérité. De leur capacité à transmettre des émotions. Des émotions et des idées. Des idées qui ne laissent pas indifférent. Des idées pas trop abstraites. Des idées... concrètes.

Avant le début du match, leurs équipes ont vérifié l'état du terrain. Transmis leurs observations aux deux concurrents. D'emblée, ils sont tombés d'accord sur au moins deux choses : la hauteur des fauteuils et la température du studio. Pour le reste, respect des règles habituelles : tous les coups sont permis. Les deux gladiateurs le savent, l'acceptent, et ne vont pas s'en priver. L'empereur Audimat décidera de qui doit "périr" dimanche prochain, à 20 heures. Jusque là, ni l'un, ni l'autre, ne doivent se considérer comme vainqueur.

La chose tient de la fiction, mais c'est du réel dont il est question. Tout peut arriver. C'est du direct. Un incident. Une provocation. Un pétage de plombs. Le texte n'est pas complétement écrit. De grandes plages d'improvisation attendent les deux adversaires. Deux adversaires qui n'ont qu'un ennemi : le temps de parole.

Les deux acteurs ne sont pas seuls à table. Ils ont deux journalistes pour les aider à faciliter, à fluidifier, les échanges. Les deux journalistes ne comptent pas les points. Leur rôle d'arbitre n'est pas de cet ordre là. Ils tentent de maîtriser le temps qui s'écoule. Désespérément. Laurence Ferrari élève la voix. David Pujadas invoque la clarté du débat. Manifestement, nos deux confrères courent derrière. Les deux adversaires font le show. Le show, très vite, devient très chaud.

 

On voit tout de suite qui est le patron. On voit "qui parle comme un Président". Qui prend de la hauteur. Qui élève le débat. Qui se situe, au contraire, en "inférieur", devant se justifier ou s'expliquer. Qui s'abaisse dans les bassesses. Faute d'assumer le bilan. Son bilan. C'est pourtant la destinée du sortant de devoir assumer son bilan. Amusant ou déroutant, dans l'écriture du match, les dialogues de ponctuation sont souvent à l'initiative des journalistes.

Florilège :

 

- Votre réponse, Monsieur Hollande, assez courte !

- Allez-y, François Hollande !

- Messieurs, ça fait 50 minutes que nous discutons, est-ce que nous parlons des comptes publics ?

- Alors, la dette et les comptes publics !

- Messieurs, on va essayer d'avancer dans le débat, si vous le voulez bien !

- Alors, réponse de Nicolas Sarkozy sur la dette !

- Messieurs, ça fait une heure que nous débattons...

 

Ce soir, c'est curieux, plus on avance dans le débat, plus il y un Président qui fait de plus en plus "candidat" et un "candidat" qui fait de mieux en mieux Président. Une raison : le sortant s'estt beaucoup trop répandu en déclarations d'avant-match. Déclarations toujours contre-productives. Qui dispersent. Ne facilitent guère la concentration. Révèlent surtout l'angoisse, l'incertitude, le stress, la panique, de celui qui éprouve le besoin de les prononcer :"Je vais le débusquer, le Prince de l'esquive. Je vais l'exploser. Je vais l'atomiser. Je vais le détruire."

 

- Votre réponse, Monsieur Hollande, assez courte !

- Messieurs, on a compris vos divergences, on a dix minutes de retard.

- Il faut qu'on aborde d'autres sujets. Parlons de l'Europe.

- On va vous demander des réponses brèves, parce qu'on a beaucoup de retard et beaucoup de sujets à aborder encore.

- Nicolas Sarkozy termine, ensuite François Hollande, mais très court, s'il vous plaît.

- Ce sera le mot de la fin là-dessus.

 

Le sortant emploie souvent le mot "mensonges", et depuis le début du débat, ça agace François Hollande. D'autant que maintenant, pour compléter le registre, aux accusations de mensonges, Nicolas Sarkozy ajoute la calomnie :

- Vous ajoutez la calomnie au mensonge ! Arrêtez de parler mensonges et calomnie, ou ça traduit une propension assez grande à commettre ce que vous reprochez à d'autres.

Un peu plus loin, le sortant refusant et son bilan, et les conséquences de son bilan :

- Avec vous, c'est très simple, ce n'est jamais de votre faute !

 

L'homme au pouvoir ne veut pas perdre le pouvoir. C'est compréhensible. Les avantages liés au pouvoir, surtout. Le candidat de l'opposition a de bonnes propositions. Stigmatise l'allégement de l'impôt sur la fortune :

 

Vous protégez les plus privilégiés, c'est votre droit. Avec vous et votre bouclier fiscal, le Trésor Public a fait des chèques aux plus fortunés. Ce que je veux moi, c'est que les plus fortunés fassent des chèques au Trésor Public. C'est ce que j'appelle la justice fiscale.

 

Sans prompteur, dialogue impromptu :

François Hollande : Oui, je veux créer 12000 postes de policiers

Nicolas Sarkozy : C'est encore fois le laxisme et la folie dépensière.

François Hollande : Ne confondez pas invalidité et pénibilité.

François Hollande : Allez-y !

Nicolas Sarkozy : Merci de me donner votre autorisation !

François Hollande : J'essaie d'avoir une cohérence dans mes convictions ! 

François Hollande : Monsieur Sarkozy, vous aurez du mal à vous faire passer pour une victime ! 

...

- Messieurs, il est 22 heures 30, il est temps de passer aux sujets de société. A un sujet dont on a pas mal débattu, ces derniers temps : l'immigration.

François Hollande :  Sur le vote des étrangers, je trouve que des personnes qui sont là depuis plusieurs années, qui paient des impôts locaux, doivent pouvoir voter aux élections municipales.

 

François Hollande : Mon devoir, si je deviens le prochain Président de la République, c'est de donner une autre orientation à l'Europe.

François Hollande : Quoiqu'il arrive, vous êtes toujours content.

Nicolas Sarkozy : C'est un mensonge !

François Hollande : quel mensonge ?

Nicolas Sarkozy : C'est un mensonge quand vous dîtes que je suis toujours content.

 

Nicolas Sarkozy :  Monsieur Hollande, vous voulez moins de riches, moi, je veux moins de pauvres. 

François Hollande : Avec vous, Monsieur Sarkozy, c'est simple, il y a à la fois plus de pauvres et des riches plus riches !

 

- Ce débat est clos, on passe au nucléaire, Laurence...

- On ne va pas vous laisser les clés, messieurs.
- On passe à la vie publique, messieurs, ça vous intéresse aussi.

- La vie publique et ses règles, quelle présidence pour le quinquennat qui s'annonce ?

...

L'homme au pouvoir ne fait pas de cadeaux. Il s'accroche. Il s'accroche au pouvoir. Il veut vendre chèrement sa peau. L'homme de Tulle ne fait pas dans la dentelle. Le Prince de l'esquive n'esquive rien. Celui qui esquive, au contraire, c'est flagrant, c'est celui qui s'est amusé à qualifier l'autre de ce joli surnom. A la fin, lassé et magnanime, le Prince de l'esquive se montre même bon Prince. D'un regard, sans le moindre mot, il semble concéder : Vous aurez jusqu'au 16 mai pour votre déménagement. Prouvant qu'il n'est pas aussi débutant que l'avait voulu le sortant. Le sortant se fait sortir. Il accuse le coup. Il a joué son va tout. Mais rien ne va. Rien ne va plus. Nicolas Sarkozy semble battu. Nicolas Sarkozy a perdu. Dans le débat, dès le début, c'est François Hollande qui a marqué les buts.

 

Soudain, si proche de la fin du show, est-ce un coup de chaud ? est-ce un slam qu'il improvise ? C'est le moment fort de l'anaphore. Belle envolée pas volée pour le Prince de l'esquive, à la fois humble et grandiose, sublime :

 

Moi, Président de la République,

je ne serai pas le chef de la majorité,

je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l'Elysée,

Moi, Président de la République,

je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur,

Moi, Président le République,

je ne participerai pas à des collectes de fond pour mon propre parti dans un hôtel parisien,

Moi, Président de la République,

je ferai fonctionner la justice de manière indépendante,

Moi, Président de la République,

je n'aurai pas la prétention de nommer les présidents des chaînes publiques,

Moi, Président de la République,

je ferai en sorte que mon comportement soit à chaque instant exemplaire,

Moi, Président de la République,

je constituerai un gouvernement paritaire, autant de femmes que d'hommes,

Moi, Président de la République,
je serai un Président qui ne veut pas être chef de tout et en définive chef de rien,

je respecterai les Français,

la proximité avec les Français

Moi, Président de la République,

j'essaierai d'avoir de la hauteur de vue...

 

En face, Sarko le vieux routier, n'en revient pas. Sa profession de foi, à lui, en devient plate. Même sur ce coup là, c'est Hollande qui fait péter l'audimat.

...

David Pujadas : Nous arrivons au terme de cette émission, nous allons vous demander à chacun d'entre vous une conclusion ... François Hollande, c'est à vous, ensuite ce sera à Nicolas Sarkozy de conclure ...

 

Deux phrases simplement. Prises à la volée. Une pour chacun. Une pour définir chacun. 

François Hollande : Ce que je souhaite, c'est que les Français reprennent confiance.

Nicolas Sarkozy : Je souhaite vous conduire dans les cinq ans qui viennent, dans ce monde difficile.

 

Au final, la finale n'a pas déçu. Ce fut un match tendu. Celui qui voulait "exploser, atomiser, détruire" son adversaire s'est pris à son propre piège. Face à un Hollande souverain, en défense comme en attaque, l'élève Sarkozy a complétement raté son grand oral, mais pour autant,  pas question de lui demander de... redoubler. On l'a assez vu. Assez entendu. On n'en veut plus. On lui souhaite simplement de prendre un peu de vacances, bien méritées, et pourquoi pas de reprendre ce premier projet de 2007... faire une petite retraite au monastère. Pour y purger toutes ses méchancetés, toutes ses mauvaises pensées, toutes ces insultes, toutes ces fautes inutiles et  tous ces ... mensonges.

Celui qui voulait réformer le permis doit d'abord se racheter... une conduite !

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 21:10

 

Défi absurde. Un 1er Mai. Trois rassemblements. Opéra. Trocadéro. Bastille. Prendre dans l'ordre les trois lieux des trois rassemblements. Se dire que dans une vie de citoyen, c'est forcément intéressant d'aller écouter les discours de ceux dont on ne partage pas les idées. Pas les programmes. Avec qui on n'a rien de commun. Ni programme, ni projet. Ni manière d'être, ni façon de vivre. Démarche louable, mais à risque. Les militants, parfois, c'est "limité". Souvent, ça ne supporte pas le différent, celui qui est là, mais qui n'applaudit pas, qui ne vocifère pas, qui ne hurle pas, parfaitement synchro, avec la sono de la voix du micro. En plus, s'il est photographe, s'il prend des photos, sûr, on lui tombe sur le paletot. Son comportement est suspect. On va l'aguerrir ou le forcer à déguerpir.

 

Midi, Opéra. Quand j'arrive, Marine, la fille, a déjà pris le relais du père. Drapeaux bleu-blanc-rouge à bout de bras, la foule joue la houle et se défoule, en scandant les slogans. Le cadre est prestigieux. Le "bleu Marine" profite du bleu du ciel pour écrire, sous l'aile de la Pucelle, une nouvelle page d'Histoire de France. Dans l'ombre, ou qui sait, dans la lumière de Jeanne d'Arc, Marine décoche ses flèches  tous azimuts. En priorité, Sarkozy et Hollande qu'elle vilipende. Annonce très vite son choix :  dimanche prochain, elle votera blanc. La foule applaudit. Hollande,Sarkozy, -le vieux Duclos en sourirait-, c'est blanc bonnet et bonnet blanc. Très classe, ou très stratège, fille Le Pen n'exige pas que les militants et les électeurs du FN fassent tous comme elle : je vous renvoie à votre propre choix, dit-elle.

 

A vouloir être au Trocadéro, très tôt, je manque Mélenchon à Denfert-Rochereau. Surtout son déjà célèbre : Il va se prendre une tannée dimanche prochain. Les prises de position du président-candidat sur le "vrai travail" n'ont fait qu'exaspérer davantage encore la colère des syndicats et de tous ceux qui n'ont pas honte d'appartenir au "peuple de gauche". Les slogans, les affiches, les tracts, disent la même exaspération. 

Sarkozy, on va te mettre à la retraite.

Nous aussi, nous sommes de vrais travailleurs.

C'est honteux d'opposer les gens comme ça.

Les faux travailleurs, ce sont les rentiers et les spéculateurs.

Je manque tout ça, mais, sûr, je serai à la Bastille, vers 17 heures.

 

Place du Trocadéro, le petit homme ne se grandit pas. Certes, le talent est là. Toujours là. Le talent est réel. Incontestable. Mais c'est un talent très mal utilisé. Trop exclusivement consacré à des idées fausses. A une vision fausse de l'Histoire. De l'Histoire sociale. De l'Histoire de France. Le petit homme persiste et signe. Fonce et s'enfonce. S'il sait, depuis le 22 avril, qu'une élection se gagne avec la mathématique, il confond toujours addition et soustraction. Son discours, basé sur la division, n'est pas productif. Ne peut pas être productif. Après avoir divisé les travailleurs, classés désormais en deux catégories, les "vrais" et les "faux", il oppose maintenant les drapeaux, les bleu-blanc-rouge aux drapeaux rouges. Il tire à vue. Sur tout ce qui bouge. Force le trait. Dessine une mémoire et une histoire très sélectives. Excelle dans la caricature. Cite les grands hommes, Hugo, Jaurès, Blum, et même Maupassant. Que vient faire Guy de Maupassant au Trocadéro ? Guéant a dû mélanger ses fiches et ses citations. Ou c'est Carla qui l'a embrouillé, en lui lisant une nouvelle, hier soir, pour le déstresser. Enfin, le petit homme cite les Grands Hommes. Des grands hommes, cela dit en passant, qui ne seraient sans doute pas tous très heureux, ni flattés, d'être ici cités. Dans le cadre de cette "vraie fête du travail". Dernière perle : La gauche appauvrit les travailleurs. On croit rêver, mais... c'est un cauchemar.

Après François Fillon, qui avait chauffé la Place, en se montrant déjà très offensif, les 40 minutes de discours du président sortant, devant une marée de drapeaux tricolores, ont des accents souvent déroutants. Déroutante aussi l'adresse aux syndicats : Votre rôle n'est pas de faire de la politique ! Posez le drapeau rouge. Nous ne voulons pas de la Lutte des Classes. Nous ne voulons pas du socialisme. Déterminée ensuite l'adresse aux militants et aux sympathisants : Il reste 3 jours pour convaincre, il reste trois jours gagner. François Hollande dit que je suis le candidat sortant. Il n'est pas encore le candidat entrant.

Fin du rassemblement. Nous sommes 200000, avait lancé le président-candidat avant de commencer son discours. Il a dû gonfler un max, mais il y a vraiment du monde. Du beau monde. Beaucoup de belles familles, familles nombreuses venues en famille, justement, gens très dignes et très déterminés. Avec un rien d'agressivité à l'attention de la presse ou de ce qui pourrait lui ressembler. Exemple de phrase entendue à plusieurs reprises : "On va voir ce que ces pourris de journalistes vont en dire". Et aussi : "ils vont dénigrer forcément". Et enfin : tous des communistes !

 

A Nevers, Hollande salue la mémoire de Bérégovoy, l'ancien ouvrier syndicaliste devenu Premier ministre de François Mitterrand : "Je ne peux pas accepter qu'en France, il puisse y avoir une bataille contre le syndicalisme. Le dénigrement, le mensonge. Face au candidat de la frontière et de la division, François Hollande se veut, encore et toujours, le candidat de l'union. De la réunion. Du rassemblement.

750000 manifestants pour toute la France, 316000 selon la Police. Plus de monde que l'an dernier. Certains commentateurs disent que c'est grâce à la météo. La météo sociale, sans aucun doute.

Pas de manifestation du 1er Mai pour François Hollande, mais un 1er Mai tout en douceur. Plus subtil. Détaché du mouvement social.  Pas dans les pas des travailleurs. Davantage en éclaireur. Déjà dans son rôle de Président.  Prêt à écouter, bien sûr. Toutes les voix.  Aussi les discordantes.

La CFDT, par exemple, refuse toute consigne de vote. François Chérèque insiste, comme en écho républicain aux mots du Trocadéro : Respectons les travailleurs. Ne divisons pas les salariés entre eux.

 

A la Bastille, vers 18 heures, ambiance de vraie fête populaire. Quelque chose de simplement joyeux dans l'air. Des gens qui se parlent. S'embrassent. Se racontent. La vie. La vraie vie. Des vrais gens. Des travailleurs. Des vrais travailleurs. Des vrais chômeurs aussi. La sono de Sud qui monte le son. Mélenchon, Mélenchon ... Brochettes, merguez, frites, oignons... Pas le même rapport au pognon. Près de moi, un ouvrier, un vrai, qui commande un bon casse-dalle. Un double merguez-oignons, 3 euros 50, le bonheur, c'est comme ça aussi, qu'on l'invente... Pour la première fois de la journée, je me sens de la famille... 

Je repense à mon échappée du Trocadéro. Une heure au moins pour me défaire d'une foule très vite hostile. Avenue Georges Mandel. Encore un signe. Mandel, la bio de Sarko. Puis rue de la Pompe. Des gamines en bleu-blanc-rouge m'indiquent la station de métro la plus proche. Je m'engouffre. Ligne 9. Pont de Sèvres. Me laisse tomber sur l'un de ces sièges jaunes si peu confortables. Je m'attarde sur l'allure très digne de mon voisin. Un monsieur d'un certain âge. Son regard me dit quelque chose. Son visage me rappelle quelqu'un. Mais bien sûr...  

Dans le métro, loin du Trocadéro, je croise Yves Guéna. Rue de la Pompe, un peu pompé. A dû déambuler autant que moi. Yves Guéna, Gaulliste de la première heure. Je le salue. L'homme a gardé autour du cou son carton NS 2012, d'Invité d'Honneur à la tribune officielle. Il a l'air épuisé. Deux longues heures debout. A écouter Nicolas Sarkozy. Le soutien au Président sortant est épuisant.

Je lui demande ce qu'il pense de la situation. Il marque un silence. Se contente de dire : ce n'est pas gagné. Puis, dans un incroyable sourire, me confie : Hollande à L'Elysée, vous savez ce que je dis, moi ?

- Non,monsieur !

- Avec Hollande, la France va devenir un... Pays-Bas !

- Pas mal du tout, très joli, monsieur Guéna ! mais vous savez,  ça ne m'inquiète pas, la France, avec Hollande, un Pays-Bas... désormais moi je suis... Hollandais !

Yves Guéna éclate d'un bon rire de brave homme. Trait d'humour pour trait d'humour. Beau regard d'un beau vieil homme qui aura 90 ans, en juillet prochain. Vrai Gaulliste. Gaulliste de la première heure. Yves Guéna n'a pas 18 ans quand, le lendemain même de l'appel du 18 juin, il décide de rejoindre le Général de Gaulle en Angleterre.

Guéna, soutien de Sarkozy et de la France Forte, Guéna descendu, je crois à ... Muette ! La France Forte qui descend à... Muette.

Signe avant coureur de la silencieuse clameur de dimanche prochain, 20 heures !

 

© Jean-Louis Crimon

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 22:37

 

L'homme est fabuleux. Un vrai marchand de fables. Pas toujours très affable. Surtout si l'on évoque les tours de table. Ne supporte pas d'être dans le collimateur. Traite facilement les autres de menteur. Accuse, sans façon, les autres de mentir. Sans jamais se départir de son incroyable aplomb. Comportement transparent. Limpide. Syndrome de Pinocchio. Le nez s'allonge. La fin de l'immunité présidentielle, ça le ronge. Raison profonde de l'envie de 5 ans de rallonge.  

D'année en année, ça empire. Il ment comme il respire. Quand il parle des autres, quand il croit parler des autres, il parle encore de lui. Toujours de lui. "Ceux qui mentent, ceux qui font des faux, doivent être condamnés par la justice." Ne reculant devant aucune perfidie, il dit, dédit, médit et quand même mendie... un peu d'humanité, que diable, c'est quand même pas si minable.

Faux et usage de faux, publication de fausses nouvelles, c'est l'intitulé de la plainte déposée, aujourd'hui, par lui, le président-candidat, contre Mediapart, après les révélations du site d'information. Révélations troublantes sur le financement de la campagne de 2007. Sur les 50 millions d'euros du colonel Kadhafi, - y'a pas de petit profit-, le parquet ouvre une enquête. Pourtant Mediapart "lit bien" la note des services secrets Libyens. Nicolas Sarkozy, pas dément, une nouvelle fois, le plus naturellement, dément ces accusations. Comme pour d'autres accusations. Comme pour le comptable de Dame Bettencourt, qui trouve le temps long, en prison. C'est un comble : le comptable doit rendre des comptes. Mieux : paie l'addition !

 

Pour faire diversion, l'homme appelle, le 1er mai, à un grand rassemblement dédié au travail, Place du Trocadéro, à Paris. Le 1er ministre en personne s'étonne et s'inquiète du refrain "il n'y a qu'à, il n'y a qu'à, s'en prendre aux syndicats !"  L'homme a perdu la raison. Il prend, semble-t-il, plaisir à monter les Français les uns contre les autres. Dans sa propre famille, c'est l'affolement. On est moins enthousiaste à l'idée d'un "revenez-y".  La droite prépare l'après Sarkozy.

Un grand rassemblement dédié au travail ? Au "vrai travail" ? Une "vraie fête du travail". Quelle folie ! A droite aussi, les langues se délient. En silence, superbe inconscience, il pense "ça, c'est du boulot !" S'autopersuade: Tous au Trocadéro !"

Le Trocadéro. Le troc a des rots. Le troc des voix FN contre un peu plus de haine. Le troc a des rots. Des relents, plutôt. Des relents d'une époque qu'on croyait à jamais révolue. Des relents à vous faire... gerber.

 

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 21:52

 

Dernier dimanche d'avril. Rendez-vous incontournable des chineurs du grand nord. Depuis  des dizaines d'années, Danois, Suédois, Néerlandais, Allemands, Britanniques, ont pris l'habitude de venir à Amiens : Amiens, France, Picardie. Ils ne veulent manquer pour rien au monde le Marché à Réderie. Cette année, moi aussi, je me suis dit que je devais être à Amiens, ce dimanche 29 avril. Marché à Réderie, Marché à Rêverie, comme j'avais joliment titré un de mes premiers reportages, quand -début des années 80- j'officiais au Courrier Picard. Réderie, vieux mot picard, synonyme de "puces", "antiquités", "brocantes". Marché à réderie, version picarde de "vide grenier", "foire à tout".

Cette année, pas de chance, la pluie n'a pas cessé de tomber durant toute la matinée. Pas très motivant pour partir à la recherche de vieux journaux, vieux livres, pochettes de vinyles, 33 ou 45 tours, photos vintages ou petits meubles anciens. Ecritoires en bois précieux. Vaisseliers d'un autre âge. Heureusement, cette fois encore, le dicton du jardinier s'est vérifié : Pluie du matin passe son chemin. Avant midi, un vent assez fort s'est levé pour chasser la plupart des nuages. Le miracle s'est produit. Le gris du ciel a soudain viré au bleu. Le vent a séché les étals. Les "rédeux" ont débâcher. Au moment même où ils hésitaient à débaucher.

Cette année, la grande rue piétonnière, qui va de la gare à la Maison de la Culture, était tout entière vouée aux brocanteurs et aux marchands d'un jour. Je décidai de la remonter tranquille. M'arrêtant ça et là, au gré de l'inspiration du moment. De vieilles cafetières, d'un beau bleu comme on n'en fait plus, et de vieux moulins à café, ont un instant ralenti ma progression. Des livres en vrac, à un ou deux euros pièce, m'ont fait perdre aussi une bonne dizaine de minutes. On croit toujours trouver son bonheur dans ce qui est présenté en vrac. En fait, on perd son temps. Les livres passent de main en main. Un NRF de Daniel Boulanger, un auteur connu et aimé surtout pour son art de la nouvelle, a failli dormir chez moi, ce soir. C'était un recueil de textes courts. Style petits poèmes en prose. J'ai oublié le titre. Je l'ai posé une demi-seconde. Une autre main s'en est emparé. Sans regrets, j'ai repris ma déambulation.

C'est une centaine de mètres plus loin que je l'ai trouvée, "ma réderie". On dit comme ça, toujours, en Picardie. Quand on trouve cette chose qu'on ne cherchait pas vraiment, mais qui vous va comme un gant, au plaisir de l'instant de sa rencontre.

La chose n'était pas vraiment une chose extraordinaire. C'était un livre. Un livre au titre pas très attractif. Georges Mandel, Le moine de la politique.

Le titre me suffisait. Je savais la valeur du document. Dans le contexte actuel surtout. Je n'allais pas manquer pareille occasion. Surtout au prix de l'occasion.

- Combien, monsieur, cet ouvrage ?

- Le prix est indiqué à l'intérieur !

L'ouvrage avait été protégé de la pluie de la matinée par une pochette plastifiée. L'homme sortit le livre de son emballage rudimentaire, l'ouvrit, et déclama, devant sa femme, ébahie : 3 euros !

- 3 euros, pour Monsieur Sarkozy, je ne marchande même pas, monsieur, les voici !

- Ah bon, c'est le Président qui a écrit ça ! Tiens, je ne le savais pas !

S'adressant à son épouse, assise, derrière un invraisemblable étalage, l'homme ajouta "tu t'rends compte, fortiche quand même l'Président, l'écrit aussi des livres !

 

Plus tard, près du Beffroi, de jeunes militants UMP distribuent à tour de bras un petit format bleu blanc rouge. Présentation et maquette très FN. Titre de la première page de ce tract tricolore :  "Le 6 mai, je vote Nicolas Sarkozy". A l'intérieur, dix engagements numérotés de 1 à 10. Premier engagement, en lettres blanches, sur fond bleu : Face aux crises, NIcolas Sarkozy est l'homme de la situation. Sur fond rouge, première contrevérité : François Hollande n'a pas la carrure pour être Président de la République. Affirmation gratuite qui rappelle, en à peine mieux formulé, le célèbre "n'a pas le gabarit" d'une certaine Bernadette Chirac. Deuxième engagement, toujours sur fond bleu : Nicolas Sarkozy veut revaloriser le travail et le pouvoir d'achat. Deuxième contrevérité, toujours sur fond rouge : François Hollande est pour l'assistanat et le matraquage fiscal des classes moyennes.

Je survole les dix engagements, m'attarde à peine sur les dix contrevérités. Gros plan tout de même sur le huitième engagement : Nicolas Sarkozy veut maîtriser l'immigration. Arrêt sur la huitème contrevérité : François Hollande veut augmenter l'immigration en France.

Dixième engagement : Nicolas Sarkozy veut rendre la parole au peuple par le référendum. Dixième contrevérité : François Hollande veut tout faire arbitrer par les syndicats.

Lecture rapide des deux conclusions après cette épreuve des preuves par dix. En lettres blanches, sur fond rouge : Voter François Hollande, c'est le choix d'une France faible qui tombera dans le déclin et perdra son identité. C'est le choix de l'assistanat, de la dette, de l'égalitarisme et du multiculturalisme.

En lettres blanches, sur fond bleu : Voter pour Nicolas Sarkozy, c'est le choix d'une France forte qui conserve la maîtrise de son destin. C'est le choix du travail, du mérite, de la responsabilité et de l'autorité.

 

Deux heures plus tard, assis en terrasse, avec une jolie brune et deux boissons blondes, je sors enfin de mon sac, le livre acheté vers midi. La bio de Mandel. Livre acheté trois euros rue des troix Cailloux. Ce "Georges Mandel" signé par un certain Nicolas Sarkozy. Biographie sous-titrée "Le moine de la politique", publiée chez Grasset, en janvier 1994. La quatrième de couverture est assez éloquente, sinon élogieuse. Je cite : "S'il est une passion à laquelle Georges Mandel sacrifia toute sa vie, c'est bien la politque. Ce fut, pour cet homme illustre et énigmatique, une passion sans partage, dévorante, destructrice. Il y perdit sans doute son existence, mais il y gagna son destin. A l'heure où d'aucuns, ici ou là, croient devoir réduire la part de noblesse et d'abnégation qui s'attache au service de la "chose publique", il n'était peut-être pas inutile de ressusciter, en conséquence, la figure - voire la légende- de ce grand ministre."

La figure et la légende d'un grand ministre. La part de noblesse et d'abnégation qui s'attache au service de la chose publique. Des valeurs auxquelles croyait sans doute le ministre du Budget, et porte-parole du gouvernement, Nicolas Sarkozy. Des valeurs à chercher en vain dans les bassesses contenues dans le tract tricolore diffusé à la mi-journée, par de jeunes militants de l'UMP. 

Après le détour par la quatrième de couverture, j'ouvre enfin le livre. Par le début. Surprise. Surprise étonnante. Incroyable surprise. Incroyable clin d'oeil du destin. Page 3, une superbe dédicace, pleine page. Très bel envoi, d'une assez belle écriture : Pour Virginie M..., l'histoire de Georges Mandel, le moine de la politique, avec ma bien cordiale amitié. C'est  daté et signé, bien sûr, Nicolas Sarkozy, le 3 mars 1994.

La biographie de Mandel, avec un envoi. Envoi de Nicolas Sarkozy. Nico Sarko, tu te rends compte, pour moi, un envoi. Un envoi de toi. Pour toi, dans huit jours, à cause de toutes tes bêtises et de toutes tes inepties, un renvoi. Envoi. Renvoi. C'est la vie. Dans huit jours, tu pourras te remettre à l'écriture d'une biographie. T'as pas de sujet. Pas d'idée de sujet. Judas, tiens, ça t'irait bien. Oui, pourquoi pas une bio de Judas ?

Tu ne vois pas ? Tu ne comprends pas ? Enfin, toi, l'homme qui a tout trahi, ses idées, ses idéaux, ses amis, son ami Chirac, son ami Balladur, son ami Chirac pour Balladur, puis son ami Balladur pour Chirac, son ami Kadhafi, puis, dernier défi, ses promesses de 2007, ses engagements de jeune Président... Cet homme-là, franchement, c'est le meilleur biographe qui soit pour cette mission là : la bio de Judas ! 

 

 

 

 

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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 22:38

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© Jean-Louis Crimon                                                            Paris. Quai de la Tournelle. 2012.

 

 

Il pleuvait des cordes cet après-midi là. L'homme est venu se mettre à l'abri sous mes auvents. Côte à côte, on a regardé la pluie tomber. La scène avait quelque chose d'insolite. On tournait le dos aux livres. Pour une fois, ça pleuvait dans le bon sens et le vent épargnait les boîtes. Les conversations des gens qui regardent tomber la pluie sont souvent banales. Pour ne pas dire affligeantes. Forcément, les premiers mots parlent du ciel tout en eau. Selon les individus, c'est souvent l'occasion de jeux de mots. De plaisanteries. Plus ou moins drôles. Pas cette fois. L'homme avait un beau regard. Une belle intensité dans le regard. Il s'est exclamé :

- Moi, monsieur, quand j'ai un coup de blues, je relis Zarathoustra. Le Zarathoustra de Nietzsche. Vous savez, le lion, l'enfant, le surhomme...

- Oui, Also sprach Zarathoustra. Ainsi parlait Zarathoustra. Un livre comme un poème. Un poème philosophique. Un prologue et quatre parties. Une quatrième partie que Friedrich Nietzsche dût publier, je crois, en 1885, à compte d'auteur, devant le peu de succès des trois premières. Les quatre parties du Zarathoustra de Nietzsche furent publiées ensemble pour la première fois, en 1892.

- J'aime beaucoup Nietzsche, vous savez. Je ne sais plus vraiment à quelque âge je l'ai lu pour la première fois. Aujourd'hui, la cinquantaine bien entamée, je veux tout relire de lui. En ce moment, par exemple, j'ai recommencé Au-delà du Bien et du Mal.

- Ce n'est pas l'un des plus faciles...

- Enfant, déjà, je savais quelque chose de cet ordre-là. Je me suis dit très tôt : je ne peux pas faire autre chose que d'aller vers ma destinée. J'ai eu la chance de comprendre ça : je ne veux pas être ce que je ne dois pas être.

 

Brusquement, la pluie s'est arrêtée. Le ciel, lassé sans doute de nous avoir déversé un trop plein d'averses, virait à l'éclaircie. L'homme m'a salué. On s'est souri. Il est parti. Comme il était arrivé. M'a juste donné l'envie, à moi aussi, de me replonger dans Zarathoustra. Ainsi parlait Zarathoustra.

 

Nietzsche, lui-même, n'avait-il pas dit de son Zarathoustra : Ein Buch für alle und keine. Un livre pour tous et pour personne.

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 13:20

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© Jean-Louis Crimon    

 

 

Tout le monde a en mémoire ces images de Bayrou giflant un gamin qui lui faisait les poches. C'était en 2007. Il y a cinq ans. Eh bien, la même mésaventure vient d'arriver à Mme Le Pen. Elle a raconté la scène ce matin à la radio. Chez mes amis de France Info. Vous ne me croyez pas. Réécoutez le Podcast, comme on dit aujourd'hui. Bon, d'accord, l'histoire n'est pas tout à fait la même, mais quand même, ça ressemble ! Problème : le gamin a passé l'âge des gamineries. Quinquagénaire bien mûr, au point d'être bientôt sexagénaire, le sale gosse est un récidiviste. Sûr, lui, a jamais reçu sa première baffe quand il aurait fallu. A jamais appris les bonnes manières. Se comporte en permanence comme un vrai mal élevé ! Pris en flagrant délit, classique, il nie. Cette fois-ci, comme pour toutes les autres fois. Comme à chaque fois. Mais cette fois, même dans sa propre famille, on en a assez. Assez de cette manie de cleptomanie politique. Faire ses emplettes dans le programme des autres. Piquer des slogans, des mots, des idées, des grands hommes, Blum, Jaurès, Guy Môquet, et maintenant des voix. Les voix de la droite extrême. Le vice poussé à l'extrême. En 5 ans, l'aura vraiment tout piqué ! Cette fois, s'est fait piquer. Coincer. Identifier. Démasquer. Ses tuteurs, ses parrains, ses oncles, ses tantes, ses proches, en ont plus que marre de cette habitude de faire les poches, ils le lâchent ou vont le lâcher.

Dame Le Pen l'a prévenu : me faire les poches, à moi, comme ça, devant tout le monde, c'est un monde ! Tout le monde te voit en train de nous piquer nos voix. T'inquiète, ta baffe, elle, au moins, tu l'as pas volée. Tu vas l'avoir. Le 6 mai au soir ! Oui, le soir du 6 mai. Cette fois, c'est pas demain ou jamais. C'est comme si c'était déjà fait.

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 20:57

 

Le vieux qui lisait des romans d'amour, c'est le premier roman de Luis Sepùlveda. J'en ai toujours deux ou trois exemplaires dans mes boîtes. En Poche.  C'est un titre toujours très demandé sur le quai. Traduit en trente-cinq langues, c'est ce roman qui lui a valu une renommée mondiale. Ce soir, à la radio, Luis Sepùlveda évoquait sa conception de l'écriture. Sa façon de travailler. Sa manière de concevoir son rapport aux histoires contenues dans les livres. Je restitue de mémoire : "Je sais que les histoires sont là, tapies dans l'ombre, et qu'elles attendent le passage d'un écrivain qui va les raconter". J'ai trouvé ça beau, très beau. Les mots qui ont suivi encore davantage : "Ce sont les histoires qui choisissent celui qui va les raconter..."

A ce moment-là, à cet instant précis, j'ai compris, vraiment, pourquoi, depuis toujours, avant même que je sache écrire, je savais que je me devais d'être... écrivain.

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 11:18

 

Il dit tout et le contraire de tout. Parle à tort et à travers. Il flatte. Il floute. Il pose. Il oppose. Il vise. Il divise. Il s'agite. Il cogite. Part dans tous les sens. Décide à contresens. Il perd. Il vitupère. Il fonce. Il défonce. Posture. Imposture. Il gueule. Il engueule. A du mal à lutter contre sa nature. Prétend tracer la route mais, à tout moment, déroute. Sans arrêt, les autres, moque et raille, mais c'est lui qui déraille. Infernal animal. Dit que tout est bien quand tout va mal. Enragé, sans doute. Dérangé, pas de doute. Fêlé. AbsoluMENT. VraiMENT déMENT. Individu dangereux. Au fond, très malheureux. Parti de pas bien haut. Tombé bien bas. Crache sur tout ce qu'il ne connait pas. Méprise la France d'en bas. Fait désormais la cour, na ! à ceux qui n'étaient pas en cour, au début du quinquennat. Adopte. Coopte. Adapte. Capte. Reprend les mots, les idées, les thèmes. Le thème et l'anathème. Le vote des étrangers, oui, ça va nous déranger. L'immigration, oui, ça va, on a notre ration. Oui, c'est ça, c'est la normale de préférer la préférence nationale. Gouverner, c'est faire face. Prendre les problèmes de Front. Au risque de perdre la face. Non, pas d'allégence. Dans un visage, le Front, c'est signe d'intelligence. Au supermarché des idées toutes faites, pas de problème, j'achète, au jugé, un paquet de préjugés. Pour emballer le tout, surtout le bagout. La réthorique. La dialectique. Les tics. La tactique. UMP+FN+MoDEM = ( t'as vu la dém' !) 5 ans de rab, gagnés sur la peau des arabes ! Oui, Marine, t'es pas toute seule ! Tant pis si ça me péte à la gueule ! Thèses et foutaises, encore un effort, c'est pas des fadaises, et à nouveau, je les baise ! Qui veut la fin, veut les moyens. Nouveau discours. FausseMENT banal. Il n'y a pas d'accord avec le Front National. Si je suis élu, il n'y aura pas, -je meurs si je mens-, de ministres du Front au gouverneMENT. Mais, bien sûr, bienvenue, -normal, c'est le moMENT-, à toutes les voix du Front National.

Superbe raisonneMENT. Le diable en mouveMENT. Pousse l'analyse à l'extrême. Se veut même le psy de la souffrance. La souffrance de la sous-France. Ceux qui haïssent, en fait, disent qu'ils aiment. En tout cas, moi, je les aime et je les comprends. L'amour, j'ai ça dans le sangLes voix du FN, j'peux pas gagner sans. Pensée politique approximative. Le " bleu Marine" pour seul leitmotiv. S'en fout, s'en tape, fait juste de la retape. Attention quand même, sans vous faire affront,  dans les dix-huit mètres, dans la surface de réparation, à trop jouer avec le Front, c'est bête, on perd ... la tête !

Se croit maître de l'univers. Fait tout de travers. S'exprime dans une prose très prosaïque, mais prétend que ce sont des vers. Fait l'éloge du "travail". Du "vrai travail". Du "vrai Français". Mais tout sonne faux. Il a tout faux. Il MENT tout le temps. Surtout quand il dit qu'il dit vrai. Mais il dit vrai quand il MENT. VraiMENT. Il MENT éperduMENT. TotaleMENT. Un jour, pour un gigantesque marché mondial ouvert. Dans le rôle pas très drôle du plus libéral des libéraux. Le lendemain, se veut le héraut qui se glisse dans la peau de celui qui a peur et qui plaide pour fermer les frontières. Se prétend alors super garde-barrière.

Il bluffe. Il agace. Il menace. Viens te battre. Viens débattre. Sinon, c'est qu' t'as peur. Sinon, c'est qu' t'es lâche ! Débattre ? C'est toi qui va en rabattre. Débattre ?

 

Dis-donc, Président, t'as eu cinq ans pour débattre. Pour débattre avec nous ! Débattre avec ton peuple.

Le Traité Européen ?

La réforme des retraites ?

Le retour dans l'OTAN ?

Le pouvoir d'achat ?

Le salaire d'en bas de la France d'en bas ?

Le bouclier fiscal ?

A chaque fois, tu es passé en force. Sans jamais vouloir débattre. Sans écouter. Sans entendre. En disant de nous pis que pendre. Cette fois, Sarkozy, ça suffit. Casse toi ! Casse toi... Disparais. Fais-toi oublier.

Prends des vacances ! Des vacances définitives. On t'a assez vu. Y'en a marre. De tes façons. De ta manière. On en a assez. On en a soupé. On veut un "vrai" Président. Pour une "vraie" République. Dans une "vraie" démocratie. Compris ? Pour toi, c'est fini. Bien fini. Ton CDD prend fin le 6 mai, à 20 heures. Ou même à 18h30, si tu écoutes la RTB, ce soir-là. Dimanche 6 mai 2012 : fin de ton Contrat à Durée Déterminée. Même si on te laisse jusqu'au 16 pour faire tes cartons, ranger tes affaires. Faire tes bagages. Faire place nette. Pour une présidence honnête. Avec un "vrai" Président de la République. Pas un illusionniste. Pas un prestigiditateur. Pas un super bluffeur qui vous la fait tout à l'esbrouffe  et qui, mauvais joueur, se plaint quand le peuple fait son barouf.

Un conseil, mon garçon : applique-toi à toi-même tes propres convictions. Persuade-toi de tes propres certitudes. Choisis-toi un "vrai" travail. La politique, tu le sais bien, ce n'est pas un métier. Un "vrai" travail. Deviens un "vrai" travailleur. Avec un "vrai" salaire". Le travail, le "vrai travail", tu ne sais pas ce que c'est. Le "vrai salaire", pas davantage. Oui, voilà ce qu'il te faut : un "vrai travail" et un "vrai salaire". Apprends le métier d'ouvrier. Après, longtemps après, tu reviendras nous voir et alors, sans doute, tu pourras... causer.

 

A bon entendeur, salut ! 

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 18:47

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© Juliette Crimon   

 

 

Mon père, jardinier, bon bêcheur, n'était pas "bêcheur". Pourtant, les compliments, il en recevait... à la pelle. Sa vie, il l'a tracée au cordeau. Il pensait : "Au jardin, comme dans la vie, on récolte ce qu'on sème".

Au soir du premier tour de la présidentielle de 1981, je m'en souviens comme si c'était hier, mon jardinier de père m'avait dit, rare confidence politique : "J'ai voté pour les arbres, les hommes m'ont trop déçu."

Sûr, aujourd'hui, s'il était là, à voir le sortant être prêt à tout pour séduire les électeurs du parti de l'extrême, le jardinier n'hésiterait pas : 

A trop vouloir ratisser large, on finit par se prendre un... râteau.

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