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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 11:47

 

J'ai un nouveau voisin. Sur les dix mètres de parapet vides depuis mon arrivée, - déjà bientôt un an -, à la droite de mes quatre boîtes, quand je regarde la rue de Pontoise, il a installé hier ses quatre boîtes réglementaires, couleur vert wagon ou vert jardin, c'est selon. Je m'appelle Lucien, mais mon nom d'artiste, c'est Julien, m'a-t-il lancé d'emblée, en me tendant la main. Il a ajouté: t'es pas barbu ? On m'avait dit qu't'étais barbu et qu'tu t'appelais Jean-Claude ! Tout faux, ai-je rétorqué.  J'ai ajouté : sur le quai, tu sais, faut toujours vérifier par soi-même les dires des uns et des autres. Y'a à prendre et à laisser. Enfin, y'a beaucoup à laisser. Pas grand chose à prendre. Mais beaucoup à apprendre. Enfin tu verras par toi-même.

Lucien, enfin Julien, a ensuite déposé un paquet de journaux anciens et de revues, dans sa première boîte et il a refermé. Il est reparti avec sa camionnette de location, en me criant: je n'ouvre vraiment que demain !

 

Dans l'après-midi, un passionné de cinéma m'a demandé des revues de cinéma. Fou de Gina Lollobrigida, il est à la recherche d'articles et de photos de son idole. Du film La belle des belles surtout. Je lui ai trouvé en cinq minutes Le Film complet, n° 513, 19 mai 1955, 30 Fr (de l'époque !) Prix au Canada: 15 cts. En une, une photo de "sa" belle. Gina, comme jamais. A propos du film Le maître de Don Juan. Au dessus du titre Le Film complet, un surtitre "Lecture et Cinéma". En pied, sous la photo de Gina, on peut lire Le maître de Don Juan, avec Errol Flyn et Gina Lollobrigida.

 

-Ah, je ne savais pas qu'elle avait joué avec Errol Flyn !

-Voyez, les bouquinistes, ils ont toujours la pièce insoupçonnée, l'article inattendu ou impensable, la photo introuvable. Vous le prenez ? C'est 5 euros !

- Non ce que je veux, c'est quelque chose sur le film La belle des belles ! et si vous trouvez le film, alors ...

 

L'amoureux de Gina s'en est allé comme ça, me laissant avec ma revue de cinéma aux photos sépias. Du coup, j'ai passé un bon moment avec Gina Lollobrigida.

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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 11:52

 

Midi. Matinée sans histoire. Temps gris sans espoir. Pourtant soleil s'éveille. Mais soleil blafard. A mon côté, une forme étrange. Qui me tend la main. Qui me dit :  

 

- Quel jour de ta vie voudrais-tu être ?

- Aujourd'hui !

 

La forme sourit. Tristement. Je me lève. Un peu surpris. Salue mon banc. La forme me suit. Ensemble on traîne un peu. Quelques pas dans la ville. D'une allure tranquille. Un court instant, un nuage semble troubler notre ménage. A croire que c'est à nouveau la guigne. Mais de nous deux, aucun ne s'indigne, ni ne s'étonne. Très vite on se retrouve. Comme un soir d'automne. Deux amants en balade. D'être deux on se sent moins seul. Elle me sourit quand je fais la gueule. Je lui invente un poème quand elle semble trop sombre. Nous deux, c'est pour la vie. Que ce soit dimanche ou semaine, elle et moi, on se promène. Moi et mon OMBRE  !

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 15:18

 

Les jours de pluie, le bouquiniste... sèche. Il en profite pour préparer de nouveaux livres qui vont renouveler sa devanture. Recoller des dos d'ouvrages en mauvais état. Mettre sous cellophane de nouveaux achats. Lire aussi. Forcément. Ou relire. Mettre un peu d'ordre dans les manuscrits. Lettres d'anonymes ou de gens un temps célèbres. Textes inédits d'auteurs oubliés. Comme ce texte étonnant, non signé, mais daté du 2 avril 1946, avec ce titre "Littérature prolétarienne". Auteur inconnu, non pas. Auteur anonyme, pas davantage, même si aujourd'hui sans doute personne ne se souvient de lui. De son oeuvre, modeste mais réelle.
Lire d'abord, ou relire, "Littérature prolétarienne". Trois feuillets manuscrits à l'encre bleue. Ecrits il y a ... 65 ans ! et d'une incroyable actualité.
 
                                                                          I

 

"Je vous fais confiance, mes compagnons. Que cesse donc le mépris des autres ! Ils ont ri aux éclats, hier. Aujourd'hui, ils ricanent encore. Mais demain, ô mes compagnons, ils connaîtront la peur. Peur pour leur assiette. Pourquoi donc aurions-nous la prétention d'écrire ? Ne sont-ils pas là, les autres ? Le boulot, la peine de vivre, pour nous; et puis, avec ce qui nous reste de temps, lire les livres des autres. Non, Messieurs-les-autres. Si nous devons travailler, et à ce sujet, rentrez vos ordres, nous voulons aussi clamer notre détresse. Nous voulons davantage nous comprendre - entre gens de même classe.

"Je fais confiance aux charpentiers, aux mineurs, aux manoeuvres, à ceux qui peinent, à ceux qui luttent. Ils ont un coeur d'or, intact, malgré toute la pourriture des régimes successifs.

"Ouvriers, instituteurs, manoeuvres, à vos plumes !"


 

                                                                            II

 

                                                                      Les autres

 

"Vos coucheries ne m'intéressent pas. Vos histoires triturées non plus. J'aime la vie de tous les jours; la vie de travail, le travail dur, celui qui devrait nourrir son homme, la vie de tous les jours, belle parfois, souvent pénible. Tragique même. Et vous autres, que savez-vous de cette tragédie ? Vous demeurez, de par votre condition sociale, loin de nous. Et je vous le dis, lorsqu'un des vôtres s'imagine nous connaître, il se fourre le doigt dans l'oeil. Vous ne voyez que la surface des choses qui nous intéressent. Votre jugement, définitif selon vous, fausse les couleurs. Vous êtes des mathématiciens, mais la vie de tous les jours n'est pas faite seulement de chiffres. Les chiffres, c'est une convention. Le sang, les larmes, c'est autre chose.

"Vous vous êtes crus les maîtres de la pensée. En plus de cela ardents zélateurs d'une société décadente. Que trouvons-nous dans les bibliothèques publiques, chez les libraires, partout ? Vos livres. Vos livres à mensonges. Vos livres "héroïques". Quand vous parlez de nous c'est du bout de votre plume. Vous ne nous laissez que le soin de faire des héros pour-de-vrai. Je vous reconnais là. Toutes les besognes dégoûtantes, c'est bon pour ce chien de peuple. Aux cerveaux comme les vôtres il vous faut le champ des étoiles. Je vous comprends. Vous nous considérez toujours comme des manants. Et les seigneurs n'aimaient pas outre mesure leurs esclaves. Mais vrai, ça devient périlleux pour vous, les ouvriers se mettent à écrire. Poulaille écrit, un ouvrier. Guillaumin écrit, un paysan. Giono écrit, un employé. Merde, qu'allez-vous devenir ? Le peuple que vous dédaignez tant au fond, commence à se souvenir de ceux de ses enfants qui, après le travail, et le dimanche, s'installent sur la table de la cuisine et écrivent avec amour la vie peuple. La conspiration du silence est éventée. Le peuple reconnaît les siens."

                                                                                                                            2 avril 1946

 

 

L'homme qui a écrit ces lignes est né en 1912. Il était facteur de son métier. Facteur, autrement dit, de fait, homme de... lettres.

Son nom ? Jules Mougin, auteur de plusieurs recueils de poésies, chez Gallimard.

 

 

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 14:36

 

Parfois on le croit fermé, distant, comme en retrait. Debout, adossé au parapet, à côté de ses boîtes, le regard dans le lointain, ou assis sur sa chaise pliante, -tellement pliante qu'on en rigolerait presque-, le bouquiniste semble être un être à part. Un marginal. Un être en marge. Comme si dans la pleine page de la vie, il avait choisi pour marge définitive, cette portion de trottoir et ses huit mètres soixante de librairie de plein air. Il parle peu, répond juste aux questions qu'on lui pose. Rares sont ceux avec qui on peut d'emblée lier conversation. Enfin, c'est ce qu'on pense au début, au départ, a priori. On a tort. Si l'on sait s'y prendre, si l'on sait prendre le temps, si l'on sait être patient, on peut gagner, sinon l'amitié, du moins l'estime et la confiance de cet homme, ou de cette femme, qui ont choisi la rue pour exercer leur métier de marchand de livres d'occasion. Ça peut prendre des mois, des années. J'ai longtemps arpenté les quais à la recherche du livre introuvable, parce que vraiment rare dès le départ, ou épuisé et jamais réédité. Longtemps j'ai admiré de loin ces êtres mystérieux, à la fois romantiques et dépassés, complétement "has been" et toujours d'actualité. Bouquiniste, véritable artiste. Vrai paradoxe vivant, venu tout droit du moyen-âge. En traversant simplement le pont de la Tournelle, qui relie l'Île Saint-Louis à la Tour d'Argent, dans la tradition des marchands de parchemins ou des colporteurs des premiers livres imprimés. Les bouquinistes, je les admirais de loin et je me sentais proche d'eux. De leur univers, de leur monde. Un jour j'ai traversé la rue. Depuis tant d'années, je me sentais de la famille. Fallait bien qu'ils m'adoptent. Même si personne ne coopte.

Une année à peine, dimanche ou semaine, le coeur en joie ou l'âme en peine, sous la pluie ou sous le soleil de Paris, je me sens vraiment faire partie de cette curieuse confrérie. De l'intérieur, on comprend mieux les motivations de chacun. Les doutes, les certitudes. Les jours d'ouverture. Ouverture des boîtes et -parfois- allez savoir pourquoi ! fermeture d'esprit. Là aussi, savoir accepter le silence, la distance. Un geste de la main, un sourire, suffisent à se saluer. Sans excès. Sans paroles inutiles ou propos futiles. Cette vie de bouquiniste a ses codes, ses lois, comme un règle non écrite. Un engagement tacite. Une façon d'être ou de ne pas être. Franchement à l'écart d'une société où le différent est très vite suspect. Sur le quai, rien n'est jamais pareil même si souvent, pour les passants, les jours se ressemblent. Pour ceux de la ville, d'un pas tranquille, la balade sur le quai de Montebello ou de la Tournelle, rituel insolite pour rompre avec les habitudes.

A la fin, faut bien écrire le mot "fin". A la fin, ça aide à vivre, le bouquiniste se... livre.

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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 16:49

 

Mon premier livre. Un livre vraiment à moi. Pas un livre emprunté à la bibliothèque scolaire. Ma mère me l'a offert pour mon anniversaire. Mes onze ans, je crois. Le plus beau des cadeaux. Un cadeau vivant. Un cadeau au coeur qui bat à chaque fois qu'on le prend. Jour merveilleux. Inoubliable. Pour la première fois, la première fois de ma vie, j'avais un livre, un vrai livre, un livre à moi. Pas un livre de classe, Pas un manuel scolaire. Un livre, un livre qui raconte une histoire, avec un début, avec une fin, un roman quoi. D'abord ce titre La Cachette au fond des bois. Un titre qui déjà vous emporte, vous embarque, vous entraîne - irrésistiblement- pour ces pays étranges qui n'existent que dans les idées ou les rêves des écrivains. L'auteur s'appelait Olivier Séchan. Séchan. ses chants. Ses champs. J'imaginais l'auteur séchant sa plume entre ses chants et ses champs. Ce jour-là, pour la première fois, j'ai compris le sens, la vraie raison, de ce métier des mots: un écrivain, c'est celui qui inscrit sa vie entre ses chants et ses champs. Il sème à sa façon, et les lecteurs, s'ils le veulent, récoltent les pensées ou les graines de pensées. Un écrivain est un jardinier qui sème des pensées dans la tête des gens. S'appeler Séchan était plus qu'un signe: une prédestination. C'était mieux que Soin pour être infirmière ou médecin. Ou Laflotte pour être cantonnier. Ou Buvard, et finir le foie en éponge.

Claire, l'héroïne de La Cachette au fond des bois, avait donc aussi sa place dans mes "Elles préférées" et je crois bien qu'elle avait ma préférence, même si elle n'avait qu'une existence de papier. Grâce à Monsieur Séchan, je savais tout d'elle, et si elle avait su des chose de moi, je crois qu'elle aussi m'aurait aimé. Aimé d'amour. Peut-être même que, moi aussi, j'aurais eu sa préférence. Un jour, j'ai voulu écrire à Monsieur Séchan pour lui poser la question. Ma mère a dû me dire que ça ne faisait pas. Qu'on ne dérangeait pas les écrivains pour ça. Que sur le livre, il n'y avait pas son adresse. Qu'au mieux, je pouvais bien écrire à Claire, on verrait bien si elle me répondrait. J'ai dû dire: Maman, ne me prends pas pour un idiot, je sais bien qu'une héroïne de roman n'a pas le pouvoir de répondre aux lettres qu'on peut lui écrire. Ma mère a dit oui. Et que c'était d'ailleurs bien dommage.

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 13:24

 

En 1954 - il y a 57 ans - une bachelière de 19 ans , Françoise Quoirez, publie chez Julliard un petit roman dont le titre est tiré d'un poème de Paul Eluard:

 

"Adieu tristesse

Bonjour tristesse

Tu es inscrite dans les lignes du plafond

Tu es inscrite dans les yeus que j'aime

Tu n'es pas tout à fait la misère

Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent

Par un sourire

Bonjour tristesse

Amour des corps aimables

Puissance de l'amour

Dont l'amabilité surgit

Comme un monstre sans corps

Tête désappointée

Tristesse beau visage."

 

Ce "Bonjour tristesse", emprunté à l'auteur de "La vie immédiate", va immédiatement séduire le petit monde littéraire de l'époque. On salue d'emblée la liberté de ton et la maîtrise du style de cette jeune femme qui a décidé de s'appeler Sagan. Tout en gardant son vrai prénom, Françoise. Cent mille, deux cents mille, deux cents cinquante mille lecteurs découvrent très vite la petite musique typique de Sagan. D'autres livres suivront l'incroyable succès de 1954, Un certain sourire (1956), Dans un mois, dans un an (1957), Aimez-vous Brahms ? (1959), Les merveilleux nuages (1960), avec toujours, en moins de deux cents pages, cette musique douce amère des amours désenchantés, et la jolie ronde superficielle des mêmes personnages: le quadra séduisant, l'étudiant touchant mais maladroit, la jeune fille hardie, qui a sensiblement l'âge de la narratrice, le tout sur fond de voiture de sports, d'étés au soleil du sud, de whisky et de boîtes de nuit, et d'un certain ennui. L'enfant prodige des lettres transpose à peine une vie qui est aussi un peu, beaucoup, passionnément, la sienne. Une aussi belle insouciance appelle forcément un insolent succès. Très vite, c'est fait.

L'envers du décor tutoiera parfois la page des faits divers. L'accident en voiture de sport. L'alcool. La drogue. L'argent gagné une nuit au casino et réinvesti le lendemain matin dans l'achat de cette maison de vacances qu'on a la flemme de quitter. Celle qui met sa vie dans ses romans  se choisit, normal, une vie de roman. Dans  la vraie vie, elle est l'héroïne qui traverse ses livres, d'une ivresse qui n'est pas que poétique ou romantique, mais d'alcool bien réel. Boire la vie à pleine bouche. Mordre la vie à pleine dents. Et en rire, très fort, tant qu'il est temps.

 

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 21:06

 

Il y a des jours comme ça. Des jours où la pluie du matin ne passe pas son chemin. Où ça donne l'impression de vouloir pleuvoir jusqu'au soir. Où les auvents sont d'une utilité dérisoire. Les bourrasques fantasques font tourner la pluie qui arrose le contenu des boîtes. Les livres à l'eau, même sous plastique, ce n'est guère sympathique. Les livres à l'eau, pas de miracle, la recette aussi. On ferme vite. Pour se réfugier au bistrot d'en face. Un temps, les jours de mauvais temps, on refait le monde. Puis, on se quitte, on s'efface. Le bouquiniste est un animal solitaire. Prend parfois plaisir à parler. Plus souvent, grand bonheur à se taire.

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 13:20

 

Le ciel avait vraiment couleur d'orage. Des reflets d'or dans dans les nuages trop blancs, trop gris, trop bleus.  Trop acier aussi. L'orage n'est pas venu. Les clients non plus. A ce qu'on dit, beaucoup avaient choisi de faire le pont. Pas le Pont de la Tournelle. Pas le Pont de l'Evêché. Le pont, le grand pont d'un grand congé de quatre jours. Les quais semblaient déserts. Heureusement, les fidèles étaient là. Pour le plaisir de la balade. Pour le plaisir de la rencontre. Le bonheur des mots simples qu'on échange. Un instant, sur le banc, comme de vieux amis, on devise. De la vie, du temps qui passe, des enfants qui grandissent. Des livres qu'ils aiment. Des auteurs qu'on adorait à leur âge. De cet auteur tombé dans l'oubli. Définitivement. Qui mériterait pourtant d'être relu.

Vers sept heures du soir, on se décide à fermer les coffres verts de la librairie de plein air. On a vendu quatre ou cinq livres et on s'en contente. Raison de ce bonheur certain: les livres sont entre de bonnes mains. On salue les voisins. On vérifie deux fois la position des cadenas. Puis chacun rentre chez soi. L'air est lourd. Curieusement, le coeur aussi. Il y a des jours comme ça.

Plus tard, beaucoup plus tard, vers minuit, l'orage, enfin. Libérateur. Avec sa pluie torrentielle. Des tonnes d'eau tombées du ciel. Des gerbes liquides jaillissant des roues des voitures. Soudain, un éclair immense dessine au ciel une étrange fracture.

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4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 08:30

 

Sur mon exemplaire de Pain de soldat (1914-1917), roman publié en avril 1937 chez Bernard Grasset, Henry Poulaille a écrit de sa main : "il n'est pire pain que celui de soldat". Comprenne qui voudra. L'exergue de ce roman est suffisamment éloquent. Le relire souvent :

 

A la mémoire de mon oncle, Henri Spiller, "forte tête", tué.

A Roger Weil, mon frère de trou et à mes camarades du 5e chasseur.
A mon ami d'enfance Robert Laurent et à tous ceux qui ont fait la guerre sans avoir rien à défendre et pour rien.

A Pierre Monatte et à travers lui aux quelques rares hommes qui pendant la guerre furent contre la guerre.
Et aussi à Romain Rolland, qui était alors "au-dessus de la Mêlée".

 

De Poulaille, qui fut un temps bouquiniste, il faut tout relire. Dans l'ordre ou le désordre. Ils étaient quatre, Ames neuves, L'enfantement de la Paix, Charles Chaplin, Le Train fou, Le Pain quotidien et Les Damnés de la Terre. Ne pas oublier pour autant Il était une fois..., curieusement sous-titré Livre de lecture pour les enfants qui ne veulent pas apprendre à lire.

 

Pain de soldat se compose de deux tomes. Tome I : Pain de soldat. Première partie : Le Pain blanc en premier, qui comprend L'arrière civil à Paris, (fin juillet 1914 à début août 1916), L'Arrière militaire, (Août 1916 à mai 1917), L'Arrière militaire, en deux parties, La caserne et Le centre d'instruction. La deuxième partie du Pain de soldat porte en titre La mort au jour le jour. Cette deuxième partie traite du Front et du Chemin des Dames. Entre parenthèses, Poulaille précise Les Mutineries, puis indique De Craonne à Malmaison. Mai 1917 à fin octobre 1917.

Tome II de Pain de soldat : Les rescapés. Trois parties et un épilogue au titre sans équivoque: Les Lauriers sont coupés et cette précision, si besoin était, La rentrée dans la vie, Juin-Juillet 1919. Titres des trois parties des Rescapés : Première partie Les Rescapés, Ambulances et hôpitaux (fin octobre 1917 à février 1918), deuxième partie : Les"Hors La Gloire", L'Arrière du front, L'Alsace reconquise, (Mars 1918 à début 1919, Troisième partie : L'enfantement de la Paix, La démobilisation, La recherche du travail, Les déboires des "vainqueurs", (début 1919 à fin mai 1919).

 

Pain de soldat est une véritable fresque de la première guerre mondiale, celle de 14-18, celle qui devait être la "der des der", par la volonté première et dernière de ceux qui l'avaient faite. Mon exemplaire de Pain de soldat / Les Rescapés  a été Achevé d'impimer Le 29 Octobre 1938 par l'Imprimerie Floch à Mayenne (France). Octobre 38, septembre 39. Moins d'un an après, on remettait ça et tout le monde comprenait que 14-18 ne serait jamais la "der des der".

 

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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 18:17

 

Il fait beau. Beau ciel bleu. Les quais retrouvent leurs teintes multicolores. Piétons patchwork qui, inlassablement, jouent aux impressionnistes. Donnent des couleurs insolites, ou insolentes, à cette toile de bitume qui s'enrhume. La poussière, poussée par le vent fort, qui souffle sans cesse, provoque des éternuements et des toux violentes chez les plus sensibles. Quintes incroyables et yeux qui larmoient. A se dire -absurde- "vivement qu'il pleuve"...

Cette année, les platanes n'en finissent pas de m'escagacer les bronches. L'an dernier, j'avais beaucoup mieux résisté. Vent, poussière, pollens, le lot quotidien du libraire de plein air que la saison n'incite guère à respirer à... pleins poumons.

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