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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 22:55

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© Jean-Louis Crimon                                                                                      Paris. 2012.

 

Relire Claire Etcherelli. D'abord Elise ou la vraie vie. Editions Denoël. 1967. Puis A propos de Clémence. 1971. J'ai toujours été fasciné par l'attaque du premier roman de Claire Etcherelli. Par les cinq ou six premières phrases. Je me suis tout de suite dit que si, un jour, j'étais capable d'écrire, j'aimerais que ce soit comme ça. De cette façon là. Comme on respire. Même si, parfois, on a -dans tous les sens de l'expression- du mal à respirer. Elise ou la vraie vie, ça commence "cut", ça taille dans le réel. C'est direct. Efficace. Sans fioritures. On entre dans le roman comme dans le réel. On entre dans le roman comme dans... la vraie vie.

Je relis pour vous. Pour vous donner envie de relire aussi. Je partage, comme on dit, aujourd'hui, sur les réseaux dits "sociaux".

 

"Surtout ne pas penser. Comme on dit "Surtout ne pas bouger" à un blessé aux membres brisés. Ne pas penser. Repousser les images, toujours les mêmes, celles d'hier, du temps qui ne reviendra plus. Ne pas penser. Ne pas reprendre les dernières phrases de la dernière conversation, les mots que la séparation a rendus définitifs, se dire qu'il fait doux pour la saison, que les gens d'en face rentrent bien tard..."

 

Pas mal, non  ? 1967. Sans doute écrit en 1966. Deux ans avant 1968. Mai 68. Relire, oui. Relire et se mettre à écrire. Se remettre à écrire. Ils ont de la chance, les gens qui n'écrivent pas. Ils ont bien de la chance, les gens qui n'éprouvent pas le besoin d'écrire.

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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 19:46

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© Jean-Louis Crimon     

 

"Si vous ne m'élisez pas, j'arrête la politique !" Tu l'as dit. Tu l'as redit. Incroyable, Nicolas, tu ne peux pas faire ça. Pense à nous. Enfin, pas à moi, d'accord. Mais pense aux autres. Pense aux gens. Aux gens. Pas à l'argent. Tu n'es pas un homme d'argent. Tu l'as dit.  Tu l'as redit. Tu es homme de gens. Tu aimes les gens. Pense à eux. N'abandonne pas au milieu du gué. Les laisse pas tomber. Pour un désamour passager. Tu imagines Mitterrand dire ça. Tu imagines Chirac dire ça. Tu m'imagines, moi, simple citoyen, dire ça. Moi, simple citoyen qui n'ai jamais voté pour toi.

Je sais, depuis le début, on ne joue pas dans la même division. On ne pratique pas le même sport. D'accord. On n'a pas le même ego. On n'est pas égaux. Crois-moi: ça m'est égal. Mais quand même, moi aussi, j'aime qu'on m'aime. Moi aussi, j'ai besoin qu'on m'aime. Un éventuel désamour peut aussi me rendre le coeur lourd. Sois pas balourd. Fais pas ton lourd. Sois plus subtil. En avril, ne te découvre pas d'un fil. Patiente. Prends une position d'attente. Dors quelques nuits sous la tente.

 

Tu m'imagines, moi, déclarer, à l'ensemble du pays, à la France entière, sans rire :


"Si vous ne me lisez pas, j'arrête d'écrire !"

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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 09:46

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 © Jean-Louis Crimon                                                                Rome. 2012. 

 

 

Bled, Bescherelle, Grevisse,  faut-il qu'on en finisse ? Doit-on dire dorénavant, en cette journée mondiale de la femme: Les hommes et les femmes sont belles ? Ou, au risque de passer pour un incroyable machiste doublé d'un fieffé réactionnaire, persister à dire: Les hommes et les femmes sont beaux. Pourquoi pas, tout simplement, dans une réelle volonté d'apaisement et de conciliation grammaticale, s'accorder sur une proposition apaisée : Les femmes sont belles, les hommes sont beaux. Juxtaposition pacifique bienvenue pour donner, à chaque genre, le qualificatif souhaité, avec l'accord qui convient. 

Cela pour nos préoccupations d'hier. Aujourd'hui, heureusement, 8 mars, Journée internationale des femmes, on nous parle de choses plus essentielles et de problèmes autrement importants. Des droits des femmes dans ces pays et ces sociétés où, au propre comme au figuré, les hommes "font la loi".

 

 Ce matin, à la radio, j'écoute la voix de Samira, 25 ans, manifestante égyptienne, sur la Place Tahrir,  qui se bat contre les forces conservatrices de la société partriarcale de son pays. Une voix parmi des milliers. Des dizaines de milliers. Des centaines de milliers de voix dans le monde. Les femmes arabes ont pris la parole. Pour dire au monde entier et à haute voix : cette fois, ça suffit, vous n'étoufferez  pas nos revendications. Question décisive du statut des femmes. Discrimination. Exclusion. Excision. Pièges à cons ! Codes de la famille, codes civils et lois pénales,  sociétés infernales.

 Huit mars. Huit femmes. Huit femmes signataires de l'Appel pour que "la dignité des femmes et leur égalité avec les hommes ne soient pas une fois de plus sacrifiées au nom de prétendues priorités." Huit mars. Huit femmes. Huit femmes signataires de cet Appel où personne ne doit manquer à l'appel :

 

Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, Tunisienne;

Bochra Belhadj Hmida, avocate, cofondatrice de l'Association tunisienne des femmes démocrates, Tunisienne;

Shahinaz Abdel Salam, blogueuse et activiste, Egyptienne;

Nawal El Saadawi, médecin psychiatre, écrivaine et féministe historique, Egyptienne;

Tahani Rached, réalisatrice, Egyptienne;

Samar Yazbek, romancière, Syrienne;

Azza Kamel Maghur, avocate internationale et membre du Conseil libyen des droits de l'homme, Libyenne;

Wassyla Tamzali, féministe et essayiste, Algérienne.

 

 

Passé le temps exaltant de ces révolutions qui ne sont pas toutes porteuses de lendemains / fleurs de jasmin, le travail ne manque pas. Briser les tabous dans les sociétés arabes. Le premier des tabous: le tabou de la peur. Cesser d'avoir peur. Huit mars. Huit femmes qui n'ont pas peur. Qui n'ont jamais eu peur. Tunisiennes, Egyptiennes, Syrienne, Libyenne, Algérienne et pourquoi pas...Saoudienne, Palestinienne.

 

Place du changement, à Tunis ou au Caire, une même volonté, une même lucidité: ne pas mettre uniquement en avant les droits des femmes. Les femmes ne sont pas "des êtres à part". Ce sont des êtres qui doivent "prendre part". Qui veulent "prendre part". Pour cela, d'abord, sans doute, prendre "leur part". Toute leur part.

 

Paradoxe dérisoire, pendant ce temps-là, en France, on présente comme "révolutionnaire" la suppression de la case "mademoiselle" dans les formulaires administratifs. En oubliant ce temps pas  si lointain où une "dame", quel que soit son âge, ou son statut, ne trouvait pas forcément désagréable, ni déplaisant qu'un homme, courtois, délicat, ou authentiquement galant, s'adresse à elle en disant "mademoiselle"... 

 

Au fond, pour en finir avec  ce "8 mars, Journée internationale des femmes" et en finir avec cette  unique " journée de la femme", (sous-entendu à peine "voilé" : le reste de l'année appartient aux hommes !) , créons, inventons, un tout autre rendez-vous, non pas une fois par an, mais une fois par jour. Une nouvelle fête, autrement révolutionnaire, la fête mondiale de la femme de la journée". Une femme, mise à l'honneur et célébrée, chaque jour de l'année, pour sa singularité et son universalité.

 

"Journée mondiale de la femme", non plus. Assez, suffit, pas davantage, rideau, merci. "Femme de la journée", oui, bienvenue. Non pas "Miss/Monde" mais "Femme/Monde". 365 journées de la femme par an ! 366 les années bissextiles, comme cette année! Pas mal, non, comme idée ? De cette façon, une fois par an, on pourrait inventer, mais oui,  pourquoi pas "la journée de... l'homme" !

 

Pas mal, non ? La journée mondiale de l'homme ! Une fois par an, on lui donnerait la parole et on parlerait de lui, l'homme, ce dominé, cet opprimé de toutes les sociétés enfin devenues matriarcales. Le monde en serait vraiment transformé. Plus de conflits. Plus d'inégalités. Plus d'injustices. Plus de guerres. C'est bien connu, depuis toujours, depuis des millénaires, ce sont les hommes qui déclarent les guerres. Je sais, Renaud, mon frère,  à part ... madame Thatcher. Mais dîtes: était-ce vraiment une femme ?

 

 

Franceinter.fr et Lemonde.fr pour signer l'Appel des femmes arabes pour la dignité et l'égalité.

 

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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 17:01

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© Jean-Louis Crimon                                                                Paris. 41, Quai de la Tournelle. 

 

 

L'idée est celle d'un collectif d'associations féministes. A la veille du 8 mars, journée internationale de la femme, s'attaquer au plus célèbre des bastions de la domination masculine: la règle de grammaire qui veut que, dans notre langue, toujours, en cas d'accord, ce soit le masculin qui l'emporte.

Les féministes en question demandent le rétablissement de la règle dite de proximité, datant de 1767, qui exigeait autrefois, à l'époque des rois, d'accorder l'adjectif avec le nom le plus proche ainsi qualifié. En vertu de quoi, il faudrait à nouveau dire:

"Les hommes et les femmes sont belles" et non plus "Les hommes et les femmes sont beaux". Julien, mon voisin sur le quai, chauffeur de taxi dans une autre vie, et qui, soixantaine superbe, porte plutôt beau, s'est exclamé: "Les hommes et les femmes sont belles ! Celle-là, elle est bien belle !"

Chez les bouquinistes, la langue, c'est un peu notre gagne-pain. D'abord, il faut l'avoir bien pendue si l'on veut vendre chaque jour quelques bouquins. La grammaire n'est pas la première de nos préoccupations. L'imparfait du subjonctif, pas davantage. Au nombre de femmes qui exercent dans la corporation, on pourrait concéder que chez nous aussi, comme dans d'autres assemblées, c'est -malheureusement- toujours le masculin qui l'emporte. De là à remettre en cause une règle de grammaire apparemment acquise et partagée par le plus grand nombre, ça, ça étonne et scandalise mon voisin.

Pour le plaisir de la discussion, qui est toujours, avec lui, un vrai bonheur, je me suis amusé à lui faire commenter cet exemple d'accord trouvé sous la plume d'une blogueuse. Mon voisin est réfractaire au monde internet , aux mails et aux blogs, mais il aime assez bien être tenu au courant. Je lui explique donc: tu connais le mot tailleur. Une femme en tailleur, ça te va ? La phrase, Julien ! pas la femme ! L'exemple. Je ne te parle pas d'une femme en tailleur, en particulier. Juste de cet exemple particulier d'une femme en tailleur.

Je poursuis : tu connais le mot "cravate" ? Tu es d'accord avec moi que "tailleur" est du genre masculin, mais que c'est généralement beaucoup mieux porté par le" genre féminin", je veux dire "par une femme" ! Maintenant, "cravate", toujours d'accord avec moi, Julien, est bien du genre féminin. Mais, problème: une cravate est plutôt un attribut masculin. Les hommes portent des cravates. Même si, c'est vrai, certaines femmes, en de rares occasions, s'attribuent parfois, le port de ce que Freud n'a peut-être pas osé qualifier de "symbole phallique". Bon, Julien, imagine donc que ta femme aille au pressing récupérer ta cravate et son tailleur. Que va lui dire la dame du pressing ?

Votre Tailleur et votre cravate sont prêtes ?  Non, la dame du pressing dira " Votre tailleur et votre cravate sont prêts !"

 

Mon voisin Julien s'est juste exclamé: Tout ça, c'est la faute à Richelieu et à son Académie Française ! Adorable Julien. Qui a ajouté -ce en quoi, il n'a pas tort- : tu sais, tout ça, ça dépend comment on parle. Tôt ou tard, c'est l'oral qui l'emporte sur l'écrit. Pas l'inverse

J'ai repensé à ce que m'avait dit un jour, il y a au moins vingt ans, dans un taxi, un ami, professeur de linguistique, alors que je lui faisais part de ma déception d'entendre régulièrement à la radio "un interview" au lieu de "une interview", "un autoroute" au lieu de "une autoroute", et pire encore "cette interview, je l'ai fait" au lieu de "cette interview, je l'ai faite". La phrase de mon ami professeur de linguistique, - je m'en souviens comme si c'était hier-, c'est : le linguiste n'est pas le législateur de la langue,  il est seulement  le greffier de l'usage

 

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 19:20

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© Jean-Louis Crimon                                      Autoportrait avec Verlaine. Paris. 2013.

 

 

Jadis et Naguère. Paris. Léon Vanier, Libraire-Editeur. 19, Quai Saint-Michel, 19. Nouvelle Edition. 1891. Dit comme ça, sûr, ça n'est pas très excitant. Pas très attirant. Sans nom d'auteur, est-ce moins flatteur ? Le recueil se décompose en deux parties. L'auteur l'a voulu ainsi. Cette pièce -on dit comme ça- se trouve dans Jadis. Pages 19, 20 et 21. Elle est dédiée à Charles Morice. Son titre: Art Poétique. La première strophe est la plus connue, si bien chantée par un certain Léo Ferré, qui préfaça, naguère, dans la collection du Livre de Poche, les Poèmes Saturniens. Vous ne pouvez pas ne pas connaître:

 

De la musique avant toute chose,

Et pour cela préfère l'Impair

Plus vague et plus soluble dans l'air,

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

 

Plus loin, redoutable conseil à tout rimailleur débutant. Que je suis toujours et pour longtemps. Variante: Que je suis depuis longtemps et pour toujours. Le conseil en question :

 

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !

Tu feras bien, en train d'énergie,

De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

 

Sans oublier la fin, superbe fin, devenue précepte ou proverbe:

 

Que ton vers soit la bonne aventure

Eparse au vent crispé du matin

Qui va fleurant la menthe et le thym...

Et tout le reste est littérature.

 

Verlaine, bien sûr. Verlaine. Relire Verlaine. Relire Jadis et Naguère. Chaque soir de la semaine. Relire Verlaine. Des comme ça, y'en a plus guère.

 

 

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 14:20

 

Une lettre. Une lettre à mon nom. Une lettre à mon nom et à mon adresse. Un lundi. Je me dis: la semaine commence bien. Des lettres, on n'en reçoit plus guère. Des lettres, je veux dire, de vraies lettres. Avec des mots, des idées, des sentiments. Des lettres humaines, quoi. Des lettres d'humains. De vrais humains.

Les dernières missives reçues provenaient de Bleu ciel, pseudo d'EDF, de SFR et du Syndic de l'immeuble. Autrement dit, des courriers pas très intéressants. Plutôt très intéressés. Quand ceux-là t'écrivent, c'est pour te taper. Y'a que l'argent qui les intéresse. Ton argent. Ton oseille. Ton blé. Ton pognon. Ton fric. On passe sa vie à payer.

 

Cette lettre là, sans savoir vraiment pourquoi, j'ai pensé qu'elle ne serait pas comme les autres. EIle ne comportait pourtant aucun indice particulier. Adresse classique en caractères clavier machine. Enveloppe avec un sigle courant. Connu. Courrier banal. Très impersonnel.

J'ai pris mon temps avant d'ouvrir l'enveloppe. Me suis d'abord refait un café. Le café ponctue assez bien les heures du matin. Sans sucre, le café. Le sucre tue le goût du café. Dans mon fauteuil, près de la fenêtre qui donne sur la Place du marché, bien installé, la tasse de café à portée de main, je me suis -enfin- décidé à ouvrir, très soigneusement, "la" lettre.

Je n'ai pas fait attention aux trois mots à gauche "Projet de vie" et au nom de qui m'écrivait. Sans trop me méfier, je me suis plongé dans la lecture de cette lettre qui allait changer le cours de ma journée, sinon le cours de ma vie.

 

Monsieur,

 

La retraite implique d'appréhender une gestion différente du temps et des activités, une éventuelle redéfinition de l'espace de vie, une reconstruction du réseau relationnel, voire affectif, une nouvelle identité.

 

J'ai relu trois fois, très vite,  le premier paragraphe. Pour bien me l'entrer dans la tête. Bien écrit, mais chargé. Plutôt dense comme contenu. Chaque mot, chaque groupe de mots, méritant, incontestablement, "arrêt sur image".

Appréhender. Gestion différente. Du temps et des activités. Une éventuelle redéfinition. De l'espace de vie. Une reconstruction du réseau relationnel. Voire affectif. Une nouvelle identité. Tout ça en trois lignes. Balèzes, non, ceux qui savent écrire comme ça.

A la quatrième lecture, j'ai commencé à me dire : mais qu'est-ce qu'ils veulent dire ? Qu'est-ce qu'ils sous-entendent ?

Reconstruction du réseau relationnel ? Ils croient que j'ai perdu tous mes potes, tous mes copains, tous mes amis, depuis que je ne vais plus chaque matin au turbin ! Bon, c'est vrai, qu'on se voit moins. Même de moins en moins. Même qu'y en a que je ne vois plus. Je ne sais pas pourquoi. J'aimerais bien les voir, moi. Là, j'ai comme un doute. Sont trop occupés, sans doute !

Voire affectif ? ça veut dire quoi ? Je demande : ça veut dire quoi ? Comment ils savent ? Qu'est-ce qu'ils savent ? Ouais, je vois ce que ça veut dire. Je comprends. Pas faux, là non plus, mais par pudeur, je n'en parle pas.

Reconstruction d'une nouvelle identité ? Là, non, c'est trop ! Faut pas pousser. Faut pas exagérer. Je n'ai pas perdu mon identité en n'exerçant plus mon métier. Dès ma licence de philo, je me suis juré de ne jamais confondre "rôle social" et "identité propre". Ce n'est pas parce qu'on remet en cause mon "rôle social" que ma personne, mon identité, est remise en cause. Je suis ce que je suis, et je serai ce que je suis, même si je cesse d'exercer la fonction que j'exerce. Je ne suis plus journaliste. Je suis bouquiniste. Je suis toujours moi-même. Enfin, je le crois. Je le pense. Jusqu'à preuve du contraire.

 

Deuxième paragraphe :

 

Peut-être souhaitez-vous mener une réflexion sur cette nouvelle période qui s'ouvre à vous, sur ce qu'il est nécessaire de mettre en oeuvre pour vous épanouir et vous réaliser dans une retraite heureuse ?

Là encore, c'est joliment dit. Mais envisager de "s'épanouir"  et de se "réaliser" dans une "retraite heureuse", ça semble très flippant. En tout cas, dit comme ça, moi, ça me fait flipper.

 

La retraite : un projet de vie. Marrant leur intitulé. Gonflé, même. Moi, j'ai le sentiment d'avoir plutôt eu "une vie de projets" ! Notez, dans la vie, j'ai croisé des gens, leur slogan, à eux, c'était plutôt : "La vie : un  projet de Retraite !" Des gens qui ne prennent aucun risque. Qui n'ont pris aucun risque. Livret A et tout à plat, jusqu'à la fin, en parfaite ligne droite. Rien à en dire si leur bonheur, ou leur tranquillité, était à ce prix là.

 

Dernier paragrahe :

 

Votre institution de retraite complémentaire vous invite à participer au séminaire "la retraite : un projet de vie", qui se déroule à l'adresse suivante, rue Chazelles, métro Courcelles.

Les journées commencent à 9 h 00 et se terminent à 17 h 00.

Les prochaines dates du séminaire sont indiquées sur le coupon joint. Il est intégralement gratuit et le repas de midi vous est offert.

Suivent deux lignes encore : demande polie de retour du coupon de présence et formule de politesse. C'est signé Carla. Carla B. Oui, Carla B. J'y cours ! Carla B. ! Oui, j'arrive ! Première session ? Oui, première session ! Carla B, c'est un signe, c'est sûr. Même si Carla B est devenue Carla S. Peut-être que Carla S anime des séminaires sous son identié première de Carla B. Son titre m'impressionne. Au dessus de sa signature est écrit: "La responsable du service projets et nouveaux services de l'Action sociale".

 

Admettons que je dise "oui". Admettons que j'y aille. Qu'est-ce que je vais leur dire ? Que ça ne me concerne pas. Que j'ai réglé le problème depuis longtemps. Que dans ma tête, je "ne suis pas", je "ne serai jamais" RETRAITé " !

Mais qu'est-ce que je vais lui raconter, moi, à la belle Carla B. Que je me suis déclaré comme auto-entrepreneur ? Que je me suis "bouquiniste" reconverti ? Que je tiens mon blog, chaque jour ? Que je me suis remis à la photographie ? Que je prépare une expo. Un livre. Un roman. Un recueil de nouvelles. Que j'ai mille et une idées par jour. Et ... plus assez de jours devant moi, pour les mener à bien .

 

"Nous vous remercions de confirmer votre participation en nous retournant le coupon." Bon, je verrai ça demain. Gratuit le "séminaire". Repas de midi offert. Tout de même, ça ne se refuse pas. Doit même y avoir des gens sympas. Deux sessions. Une en mars. Une en mai. Bon, ça urge pas. Si je passe pas, fin mars, y'a la session de rattrapage en mai. En mai, c'est connu, fais... ce qu'il te plait.

 

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 12:33

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© Jean-Louis Crimon                                                                                    Rome sous la pluie. 

 

 

" Demain, il faudra profiter du soleil sous un parapluie !"Jolie trouvaille du Monsieur Météo de samedi. Sauf qu'on est déjà demain. Parapluie dans la main. Mais le soleil a pris son dimanche. Moins drôle, le retour de l'hiver, annoncé pour la nuit de dimanche à lundi. Quand on travaille dehors, le temps, le temps qu'il fait, le temps qu'il va faire, c'est important. Je ne  l'avais pas autant mesuré dans mes anciens métiers.  Retour à un temps hivernal donc pour le Nord et le Nord-Est du pays. Il va neiger dans les régions voisines de la Belgique. Une couche de cinq centimètres de neige pour le Nord/Pas-de-Calais et la Picardie. Les Ardennes, la Moselle aussi. Quand ils parlent leurs bulletins, je persite à penser que les prévisionnistes de Météo France sont des poètes. Quand ils prononcent le mot "neige", il y a comme un peu d'enfance, dans leur voix. Au-delà des tracas, des soucis, que cela peut causer aux usagers de la route. Au-delà du travail nocturne jamais facile des déneigeurs.

 

La radio ne donne pas que des nouvelles du temps. Même si les prévisions météo ouvrent et ferment les journaux. Une nouvelle étonnnante a été donnée plusieurs fois depuis ce matin. Une information que les météorologues de la politique internationale vont bientôt requalifier en "risque de refroidissement".

L'Allemagne, si souvent citée en exemple, pour son comportement dans de nombreux domaines, se distingue par une initiative de sa Chancelière. Une bien curieuse initiative. Pour prendre la défense d'une Europe chancelante, la chancelière, selon le magazine Der Spiegel, à  paraître lundi, serait à l'initiative d'une fronde contre le candidat socialiste à l'élection présidentielle française.

La chanchelière allemande, Angela Merkel, le président du conseil italien, Mario Monti, le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, ont décidé de ne pas recevoir M. Hollande, en raison de son intention de renégocier le pacte budgétaire européen s'il était élu. Le premier ministre britannique, David Cameron, se serait joint aux trois premiers.

Pour l'instant, on ne sait pas ce que feront les Pays-Bas.

Les Pays-Bas ? Ne pas recevoir ... Hollande !

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 10:51

 

- Plus de cinq ans que tu n'as rien écrit !

La remarque dépassait l'ordre du constat. Le ton surtout soulignait une certaine déception. Avec, à l'intérieur, comme un soupçon de reproche. J'ai dû répondre : Plus de cinq ans que je n'ai rien... publié ! En décomposant bien les trois syllabes du dernier mot : pu...bli...ié.

Mon éditeur a souri. De ce sourire qu'il a quand il ne me croit pas. J'ai aligné les titres et les genres Femme fatale, nouvelles, Du côté de chez Shuang, roman, Voix en impasse, poèmes, paroles, chansons sans musique, et Crimages, livre de photographies. Cris + Images = Crimages. Mes photos sont des cris. Cris d'amour. Cris d'humour. Cris de joie. Cris de peur. Cris de détresse. Cris de tendresse...

- Tu me montres ça quand ?

- Demain, si tu veux !

 

Mon éditeur s'est fait silencieux. A fait tourner longuement sa cuillère dans la tasse. Rituel matinal du café en terrasse. 

Ensuite on a parlé "photo". Le fait que, ces dernières années, je me sois remis à la photographie, l'intriguait. Mon éditeur pense que les photos ne sont pas compatibles avec les mots.

Il a sans doute raison, mais je ne suis pas d'accord avec lui. Du reste, nous sommes rarement d'accord. En fait, nous sommes d'accord sur l'essentiel, mais nous nous accrochons souvent sur des questions de détails. Enfin, détails, pour lui, pour moi, ce sont des choses fondamentales. Des questions de sons, de musique. Moi, j'écris avec la voix. Flaubert avait bien son "gueuloir". Dans la phrase, dans "ma" phrase, c'est la voix qui crée le rythme, la petite musique de l'auteur. Ecrire, pour moi, dès le départ, c'est d'abord une mise en voix.

 

Dans mon dernier roman, Oublie pas 36, publié en 2006, mon éditeur avait pris la liberté de modifier une de mes phrases. Sans même m'en informer. Je ne m'en suis rendu compte qu'une fois le livre imprimé. Je ne lui en ai jamais parlé, mais ça m'a fortement déplu. La phrase était devenue :

Au loin , la Suède dans une brume bleutée.

Ma phrase à moi, c'était :

Au loin, la Suède, dans une belle brume bleue.

 

Je n'aime pas la sonorité en "tée" du mot "bleutée", ça ponctue bizzarement. Surtout, ça tue la mélodie de la chanson de ma douce et belle allitération "belle brume bleue". Casse aussi la rime avec la phrase qui suit : Je suis à la fois triste et heureux.

 

- Pour la photo, je sais, tu es très sceptique sur la valeur de mes images. Dommage. J'ai reçu la semaine dernière de la part d'un grand photographe, le plus beau des compliments. Après avoir longuement regardé mon travail, il m'a dit : toi, tu écris avec les yeux.

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 20:51

 

"... sans mensonge, il n'y a pas de civilisation. Mentir est pour l'homme le plus noble des arts. Nous remettons tout en question sauf une chose : le mensonge est partout. L'histoire n'est que la transmission de mensonges. La presse n'est qu'une machine à  diffuser le mensonge. Celui qui est doué pour le mensonge est le plus heureux des hommes car savoir mentir, c'est posséder la sagesse. Réfléchissez bien : au cours d'une journée, si on n'avait pas fréquemment recours au mensonge, combien de fois faudrait-il se battre ? Et n'en va-t-il pas de même dans la vie conjugale ? Comment, sans l'aide du mensonge, un homme et une femme pourraient-ils se supporter pendant douze heures ? Nous n'éprouvons aucun remords de conscience quand nous disons des mots doux ou écrivons des lettres d'amour qui ne sont que mensonges. Et pourtant l'amour est une chose sacrée. Le vainqueur devient roi et le vaincu vagabond, c'est un fait admis et la victoire est, pour une bonne part, due au mensonge."

Ces lignes, ces mots, sont les mots de la lettre que reçoit, un beau jour, un homme qui s'est toujours cru parfaitement honnête. Pour cet homme, aucun doute, la lettre est l'oeuvre de ce groupe dont il a entendu parler et qui s'est intitulé "Société des menteurs". Recevoir une telle lettre était une véritable offense. Plus loin dans la lettre, les rédacteurs affirmaient " nous savons que le mensonge est un bien précieux. Nous mentons donc honnêtement et nous pratiquons le mensonge comme un art ". L'avant-dernière phrase de la lettre, juste avant la formule de politesse, était vraiment insupportable, ça disait : "J'ai ouïe dire que vous mentiez souvent et j'espère donc de tout coeur que nous pourrons nous étudier mutuellement pour être plus heureux et apporter notre contribution à la civilisation universelle. Me ferez-vous l'honneur... "

 

"L'homme qui ne mentait jamais" , c'est le titre de la première des quatorze nouvelles de Lao She, traduites du chinois par Claude Payen et publiées, en 2006, chez Picquier Poche. Nouvelles écrites par Lao She dans les années trente. Entre 1934 et 1939, précise, dans sa préface, le traducteur. Nouvelles qui, sans mentir, méritent tout le bien qu'en dit, en quatrième de couverture, le critique du Monde : "On retrouve ici avec joie l'acidité et les paradoxes de cet extraordinaire raconteur d'histoires, cousin chinois de Dickens et de Mark Twain. Petite merveille."

 

De Lao She, il faut lire aussi Gens de Pékin. Gallimard. Folio. 1993.

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 17:09

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Chengdu. République Populaire de Chine. Octobre 2011. 

 

 

La lettre de la Mairie de Paris, donnée en lecture sur mon blog, mardi dernier, a ému, et même indigné, nombre de mes nombreux lecteurs, qui ont cru que le bouquiniste que j'étais devenu avait perdu son emploi. Pour que l'information soit complète, et le dossier clos, -momentanément, peut-être, voici ma lettre, ma réponse à moi, écrite en Chine. Lettre d'un bouquiniste qui refuse de plier l'échine. Qui refuse tout autant les administratives chinoiseries de la ville de Paris.

 

 

 

Chengdu, 4 novembre 2011

 

Monsieur le Directeur,

 

On ne se connaît pas. Je n'ai pas l'honneur de vous connaître. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Vous m'annoncez donc, par lettre recommandée, ma mise à mort prochaine.

Raffinement suprême, perversité inouïe, vous demandez au "condamné à la machine à Guillotin administrative" d'actionner lui-même la lame. Vous rêvez ?

 

A moi Voltaire, à moi Hugo, à moi Jaurès ! Mais dans quel pays sommes-nous ? Dans quelle tyrannie vivons-nous ? Quel est ce système, bien volontiers donneur de leçons de droits de l'Homme au monde entier, qui traite avec autant de mépris et de désinvolture les plus fragiles de ses administrés ?

J'avoue que je ne comprends pas. Avant mon départ pour la Chine -vous le reconnaissez d'ailleurs- je vous ai informé, par courriel, de la raison et de la durée de mon absence. Je vous ai communiqué le nom et les coordonnées de mon "ouvre-boîte" qui s'est engagé à assurer l'intérim.

 

Du 18 septembre 2011 au 18 janvier 2012, que vous le vouliez ou non, je suis professeur de français à l'Université du Sichuan, à Chengdu, République Populaire de Chine. Une mission d'enseignement ne se refuse pas. Limitée dans le temps, elle ne remet pas foncièrement en cause mon choix d'être bouquiniste et ma volonté de le demeurer.
Je vous confirme donc ma ferme intention de reprendre mon activité de bouquiniste, quai de la Tournelle, dès le 20 janvier 2012. Vos menaces d'enlèvement de mes boîtes, en mon absence, par des moyens qui signifient tout simplement la destruction de mon outil de travail, n'entament en rien ma détermination.

 

Je transmets dès aujourd'hui à mon Avocat l'ensemble de nos échanges de courriels et de courriers depuis décembre 2010, les persécutions administratives dont je suis l'objet ne datant pas d'hier ou d'avant-hier, pas davantage du 18 septembre dernier, date de mon départ pour la Chine.

 

Compte-tenu de l'impasse où vous voulez me conduire, je vous informe que je serai à Paris les 14 et 15 novembre prochains. Je vous demande un rendez-vous pour clarifier ma situation. L'entretien préalable avant "remerciement", pour ne pas dire "licenciement", étant, je l'espère, toujours un droit du travailleur, auto-entrepreneur ou pas.

 

Pour mûrir votre réflexion, sinon votre décision, je me permets de vous conseiller, Monsieur le Directeur, la lecture de quelques unes des 130 et quelques chroniques écrites, au fil des jours, du 41, quai de la Tournelle, sur mon blog "crimonjournaldubouquiniste". Vous comprendrez peut-être alors à quelle espèce d'être humain j'appartiens et vous aurez la possibilité de vous interroger sur les véritables raisons de cet acharnement à vouloir me faire quitter le quai.

 

Je vous salue, Monsieur le Directeur, et vous souhaite une bonne journée. 13 heures ici, à Chengdu, République Populaire de Chine, et 6 heures du matin à Paris, France, patrie des droits de l'Homme et du Citoyen.

 

                                                                                                                 Jean-Louis Crimon

 

PS/ La violence de la méthode et des moyens envisagés, pour me contraindre à renoncer à mon emplacement de bouquiniste, m'incite à porter moi-même, lors de mon séjour parisien, copie de cette lettre à M. Bertrand Delanoë, Maire de Paris, rencontré à plusieurs reprises, lorsque j'étais journaliste à France Culture ou à France Inter. Mes malheurs de bouquiniste débutant l'intéresseront, je pense, au plus haut point.

 

...

 

Ma lettre numérique a bien été receptionnée et lue, mais je n'ai reçu en retour aucun mail pour me proposer, conformément à ma demande, un rendez-vous avec le Directeur concerné. Ma lettre au maire de Paris n'a pas eu plus de succès. Elle est restée également sans réponse. Peu importe.  Depuis le 15 janvier, je suis de retour sur le quai. J'ai repris l'écriture quotidienne de mon blog. Je suis toujours bouquiniste. Coïncidence ou pas, le Directeur du sous-service, qui avait signé la lettre "assassine" a été muté dans une autre Direction. Au service... Propreté.

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