Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 23:01

 

Une brève du quotidien gratuit Métro. Page 5 de l'édition de ce vendredi 30 mars. Deux premiers mots en faux titre. Séguéla dérape, en caractères gras. Suivent sept petites lignes d'explication : Le publicitaire s'en est pris à Audrey Pulvar dans une émission de radio hier, en la traitant de "salope", avant de s'excuser. Des propos et excuses jugés "pitoyables" par la journaliste.

 

Séguéla, l'inventeur de la "La force tranquille" devenu "la faiblesse sénile" ! Quel gâchis ! Signe avant-coureur : il avait déclaré un beau matin, sur un plateau de télévision, qu'on avait manqué sa vie si, à 50 ans, on n'arborait pas une Rolex au poignet. Question: qui va lui remettre les pendules à l'heure ?

Partager cet article
Repost0
29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 22:39

 

Un jour de la fin février, je me suis dit que ce serait marrant, et sans aucun doute intéressant, d'inviter à venir sur le quai, pour une courte promenade littéraire, chacun des candidats à l'élection présidentielle. On en a parlé  entre nous, au sein du bureau de l'Association des Bouquinistes des Quais de Paris, et mes amis m'ont dit " c'est pas une mauvaise idée", s'empressant d'ajouter, comme à chaque fois "mais c'est toi qui fais la lettre". Je me suis exécuté. Voici, en exclusivité, la lettre adressée aux candidats. On offrira un livre à chacun. Pas la peine de préciser qui aura droit à La Princesse de Clèves et qui aura droit à Oublie pas 36. Voici la lettre :

 

 

 

 

Madame,
Monsieur,



Nous ne sommes pas les derniers des Mohicans, mais nous avons parfois le sentiment d'être les derniers Indiens du paysage urbain. Derniers représentants des métiers de rue, puisque croiser sur le trottoir une marchande de fleurs ou un marchand de châtaignes va devenir très bientôt "mission impossible". On interdit tout. Ou presque. Signe des temps. Signe inquiétant.

Nous nous adressons à vous aujourd'hui pour vous inviter à une petite promenade sur les quais de Seine. Promenade qui, du quai Voltaire ou de Saint-Michel à la Tournelle, en passant par les Grands-Augustins et Montebello, vous donnera un bel aperçu de la vie quotidienne du petit monde des bouquinistes du 21 ème siècle.

Façon, pour vous, de mesurer, sur le terrain, l'importance du "commerce culturel" assuré par les "libraires de plein air" que nous sommes.

Nous savons votre temps précieux et vos obligations nombreuses. Venir à notre rencontre serait, pour nous, une forme de reconnaissance de notre importance dans un moment où le doute touche beaucoup d'entre nous.

Selon vos disponibilités, le début de l'après-midi serait le meilleur moment. Nous ne doutons pas que, sur fond de Notre-Dame, notre rencontre puisse donner lieu à d'aussi belles images que de fructueux échanges. Un peu de détente dans une campagne où la crispation commence à se faire ressentir, ne peut être que profitable à tous.

Faut-il vous rappeler que les Bouquinistes et les Quais de Seine appartiennent au Patrimoine Mondial de l'Humanité, qu'un célèbre habitant de la rue de Bièvre n'a, pendant longtemps, manqué pour rien au monde sa balade quotidienne, de Saint-Michel à la Tournelle, et que le nom moins célèbre "locataire" du Quai Voltaire a su apprécier aussi le chemin des libraires de plein air.

Bienvenue si vous décidez de prendre le temps de venir nous rendre visite.
Bon courage dans vos obligations de campagne, si vous estimez ne pas en avoir le temps.

Veuillez croire, Madame, Monsieur, à nos meilleurs sentiments,


                                               Pour le Bureau de l'Association des Bouquinistes des Quais de Paris,
                                                                 
                                                            
                                                                                                                                  Jean-Louis Crimon

Partager cet article
Repost0
28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 23:48

 

La photo, toujours. La photo, cette passion dévorante. La photo, cette incroyable nécessité de saisir les instants. D'arrêter les instants. Au bout du comptoir. Aux terrasses des cafés. Au bord des bars. Sur le quai de la gare. La photo, cette façon, sans façon, de dire le temps qui passe et qui fait que, nous aussi, nous passons. Qu'un grincheux s'agace, qu'une pétasse se fâche, et l'on lance à vos trousses la police du chemin de fer, la sûreté ferroviaire, qui, sans manière, vous sort du train, vous, le bout en train, vous encercle, vous interpelle comme un grand terroriste, vous qui n'avez jamais terrorisé que le temps qui passe.

Cette histoire est mon histoire. Croyez-le bien. Mon histoire en gare d'Amiens. L'histoire du train de 17h14. Un train pour Paris que je ne prendrai jamais. La "sûreté SNCF" m'en a empêché. D'une façon plutôt cavalière.  Pour ne pas dire fort discourtoise. Pratiquement manu militari. Amiens, Picardie, Aisne Somme Oise. La raison : quelques photos prises place de la gare, juste avant mon départ, la Tour Perret, en contrepoint. D'autres, prises à l'entrée du hall de la gare. D'autres, enfin, dans l'escalier qui conduit à la voie 8. Celle du train pour Paris. Belles photos de mon ami Martin qui descend prendre le train.  Quel crime ! Quatre balèzes, la matraque à la ceinture, qui m'entourent et me ceinturent. M'interdisent de prendre mon train qui part ... sans moi. Mon ami Martin, déjà dedans, ouvre la porte pour ne pas m'abandonner sur le quai, aux mains d'individus peut-être dangereux. L'un d'eux n'hésite pas et déclare à l'adresse de mon camarade : "On va vous  verbaliser pour entrave à la fermeture des portières avant le départ". Double abus de pouvoir d'une police qui n'en est pas une. Une police nulle et non avenue. Inefficace et malfaisante à la fois. Qui, incapable de régler elle-même l'affaire, -les faits reprochés sont tellement dérisoires- appelle à la rescousse la Police Nationale. Histoire de finaliser l'histoire. L'histoire d'un mercredi soir qui aurait dû être sans histoire.

Entre temps, comme vous avez de la ressource, vous avez appelé la responsable de la Communication de la gare. Elle, elle vous connaît. Sait qui vous êtes. Connaît et reconnaît votre valeur humaine et professionnelle. Vous accorde d'emblée une autorisation de prise de vue dans la gare et sur les quais. Promet de vous la descendre, de suite, voie 8.

Moralité : ce que la sûreté ferroviaire vous inderdit de faire, au contraire, la Communication va tout faire pour vous satisfaire. Aux chemins de fer, tout est affaire de savoir faire.

Vous transmettez l'information aux uniformes, maintenant au moins douze, qui vous entourent fermement. Perplexe, le Chef sans doute, recueille, pour la seconde fois, les renseignements d'usage. Nom, prénom, profession. Tarde à vous rendre votre passeport. Bredouille les mots "main courante, avocat", avant de tourner les talons. Direction escalier roulant. L'escouade vous plante là sur le quai, sans un mot. Sans même un mot d'excuses. Pour cette interpellation abusive. Va falloir aussi, de toute urgence, inscrire la politesse, le respect des droits de la personne humaine, aux programme de formation des agents. La capacité à reconnaître une erreur tout autant. A s'en excuser, promptement.

Pas rancunier pour deux sous,  -pour les deux heures de votre vie perdues à tout jamais, pour le rendez-vous manqué à Paris-, et pour finir sur un sourire, vous lancez comme une bouée de sauvetage en direction de l'escadron plutôt penaud et pas vraiment peinard  :" Messieurs, s'il vous plaît, un instant ! On peut faire une photo ? Oui, ensemble, ce serait... rigolo..."  Les tronches ! Patibulaires ! Manque d'humour, manque d'amour, ça va de pair.

Quelques badauds s'attardent. Tendent l'oreille. Eclats de voix. Eclats de rires. Enorme ! Quand la connnerie prend forme au seul port de l'uniforme. Un souhait de nombreux passagers : que la SNCF cesse de perturber les déplacements des honnêtes gens avec ces escouades de cow-boys d'opérette, jamais-là où ils devraient être.

Pour en finir avec cette lamentable histoire où l'on s'acharne à persécuter un voyageur totalement inoffensif, une ou deux questions à inscrire, désormais, au programme du concours d'examen de recrutement des agents. De police. De malice. De sécurité. De sûreté. Ou d'entretien.  Deux beaux sujets de "Rédaction".

Peut-on vraiment affirmer que l'on porte  "atteinte à la vie privée" sur la voie publique ? C'est la question. Toute la question. Formulable de mille et une façons.  Peut-on parler de vie privée dans les lieux publics ? La liberté de création du photographe est-elle définitivement rendue impossible par la liberté d'un anonyme à ne pas être photographié ? Doit-on demander au moindre passant l'autorisation de prendre une photo, au cas où par inadvertance, il se retrouverait dans le champ, dans le cadre, et donc sur la photo ? Est-il encore possible, aujourd'hui, en France, de faire de la photo ? Librement. De revendiquer ce droit ? Le droit de l'artiste à créer ? A faire une oeuvre ? Ou sommes-nous définitivement dans un pays totalitaire qui, incroyable prétention, donne des leçons de démocratie à la Terre entière ?

 

Cartier-Bresson, Brassaï, Doisneau, au secours ! à l'aide ! à moi ! Ils sont devenus fous ! Imaginez, mes frères, mes confrères : on me demande désormais, à chaque fois où je souhaite arrêter un instant, d'en demander l'autorisation à  la personne qui se trouve, par hasard, dans le champ de l'instant, le champ visuel de l'instant, mais si je le fais, si je m'exécute, si j'obéis à cet ordre stupide, alors il n'y a plus de photo possible. Où est la photo ? Où sera la photo ? Où est l'acte de photographier ? La personne va se figer, la personne va poser et ... il n'y a plus de photo. Plus de photo possible. C'est impensable. L'inattendu, l'insolite, l'humour, la rêverie, le coup d'oeil, le clin d'oeil, faut en faire son deuil.  Tout s'efface. Tout s'enfuit. Le talent qu'il faut pour saisir l'instant n'a plus sa place.

Arrêté pendant plus de deux heures pour avoir voulu arrêter un instant ! Le comble du photographe !

Je pose une dernière question : sommes-nous déjà dans cet univers totalitaire où l'artiste n'a plus qu'une solution ? Au choix : se taire, se résoudre à l'exil, ou... mourir.

Partager cet article
Repost0
27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 10:04

 DSCN0774

© Jean-Louis Crimon                                                                               Paris. Rue de Rennes.

 

 

 

C'est l'histoire d'un photographe qui a pris dans sa vie des milliers de photos. Des dizaines de milliers de photos. Sa quête, il l'a commencée très tôt. Dès sa première année de philo. Mais dans sa tête, c'est dans l'enfance que tout commence. Personne jamais ne voudra le croire : il est cet être rare qui a fait de la photo sans appareil photo. Simplement avec les yeux. Les yeux du coeur. Enfant, il écrit avec des mots les photos qu'il ne peut pas encore prendre. Il s'invente des poèmes qu'il appelle "poèmes photos".

 

" Le vieil homme marchait,

Balançant le bras,

Horloge humaine,

Rythmant le temps des choses."

 

Depuis ses sept ou huit ans, il le sait, il le sent, le temps est le seul problème important. C'est déroutant. Il en faut du temps. Un jour, il a 20 ans. Bac philo en poche. L'université est le plus beau des cadeaux. Le temps d'apprendre. De comprendre. Tout ce temps, au début de la vie, pour trouver un sens à la vie. A sa vie. Philosophie et photographie sont, pour lui, intimement liées. Philosophie de l'instant, photographie de l'instant, c'est tout un. Il veut en faire son objet de recherche. Une superbe "Maîtrise" où il montrerait sa parfaite "maîtrise" des concepts et des images. Le "mémoire" passerait par Kierkegaard, Jankélévitch, certaines pages de Proust, de Camus, Rimbaud, Prévert, et...  Des philosophes et des poètes.

 

Il n'a jamais écrit plus de trois pages. Superbes d'ailleurs. Très joli prologue. Projet original. Ses Maîtres d'alors l'encouragent. Mais il n'a jamais rendu sa "Maîtrise". Il a, aux dires de tous, réussi, très vite, comme d'instinct, à acquérir une parfaite maîtrise de l'image. L'image arrêtée. L'image devenue, comme on disait autrefois, "instantané". Morceaux de temps arrachés au flux destructeur du temps qui passe, et qui fait que, nous les mortels, nous passons. Instants arrachés au temps. Sauvés. Non pas sauvegardés. Sauvés. Transfigurés. Instants durablement inscrits dans la durée. Instants définitivement placés hors du temps. Vraies petites parcelles d'éternité. Un goût d'éternel dans un destin forcément temporel. Irrésistible attrait de l'instant. Irrésistible séduction de l'instant. L'instant décisif. Décisif et dérisoire à la fois. D'emblée, -ses images en témoignent-, il avoue un faible pour "l'instant dérisoire". L'homme est modeste. De naissance comme d'essence. Modeste et très ambitieux à la fois. Ambitieux, pas prétentieux.

 

Ses photos, c'est beaucoup d'humanité et beaucoup de tendresse. Un sourire, parfois. Des larmes souvent. Des cris aussi. Des cris de détresse ou de rage. Ses photos, c'est de l'humanité qui transperce. Qui traverse. La vie comme la rue. La vie comme on traverse la rue.

 

Cri + Image = Crimage . L'homme a enfin trouvé son équation. Sous la forme d'une simple addition. Un "cri" + une "image", ça donne naissance à un "crimage" !

 

Ses photos, pour la première fois, il les montre, il les expose. Pour la première fois, il ose. Il quitte enfin le stade du "négatif" où il aura passé 40 ans de sa vie. De sa vie de photographe. Un photographe qui passe la majeure partie de sa vie au stade du ... négatif . Fabuleux. Exclusif ! Belle trame d'un roman à écrire et qu'il n'écrira peut-être pas. Il est, au fond, de cette race d'écrivains qui écrivent, avec leur vie, les livres qu'ils ne publient jamais. Livre unique, édité à un seul exemplaire. Sans être obligé de chercher à plaire. Ce qui n'est pas pour lui déplaire.

 

Ce photographe, bien sûr, c'était moi. C'est moi, puisque je suis toujours vivant. Puisque je continue à photographier. Intensément. Le monde et les gens. Les visages, les silhouettes, les paysages. Avec la même frénésie, la même exigence, le même enthousiasme. Je vais m'inscrire, à la rentrée prochaine, en Master de Philosophie. Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ma vie ne serait pas complétement réussie si je ne rendais pas, avant de tirer ma révérence définitive, mon mémoire de recherche. Mon mémoire de "Maîtrise". Le jour de gloire est arrivé. Le jour de modestie aussi. L'humilité, la vraie compagne du philosophe. Du photographe tout autant.

Le beau mémoire que je n'ai pas su écrire à 23 ans, je peux vraiment le concevoir quarante ans plus tard. Libéré, définitivement, du travail obligatoire, j'ai maintenant le temps. J'ai tout mon temps. Le temps d'écrire sur le temps. Sur l'instant. Photo !

 

373017 240446496036817 459829913 n

 

 

 

CRIMAGES

47 photos à découvrir, du 27 mars au 20 avril 2012,

Galerie Synapse, 22, rue Saint-Leu, 80000 Amiens.

Partager cet article
Repost0
26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 23:35

DSCN5912

© Jean-Louis Crimon                                                                   Chengdu. RPC. Auromne 2011.


 

C'est un petit livre publié par Le Cherche Midi éditeur, en 1991. Petit livre  préfacé par Jean Dutourd. Jean Dutourd, de l'Académie française, indique la première de couverture. Le titre complet est d'ailleurs "Les plus beaux poèmes de la langue française". 128 pages, avec la page des remerciements. Remerciements adressés par avance aux ayants droit des poèmes et des poètes cités.

Pour les plus connus : Louis Aragon, Charles Baudelaire, Joachim du Bellay, Blaise Cendrars, André Chénier, Jean-Baptiste Clément, Pierre Corneille, Marceline Desbordes-Valmore, Philippe Fabre d'Eglantine, Jean de La Fontaine, Paul Fort, Théophile Gautier, José-Maria de Heredia, Victor Hugo, Louise Labé, Alphonse de Lamartine, Charles-Marie Leconte de Lisle, François de Malherbe, Stéphane Mallarmé, Clément Marot, Molière, Alfred de Musset, Gérard de Nerval, Charles d'Orléans, Jean Racine, Henri de Régnier, Arthur Rimbaud, Pierre de Ronsard, Edmond Rostand, Rutebeuf, Paul Verlaine, Alfred de Vigny et François Villon.

Rien à dire sur les choix des deux Jean, Jean Orizet, de l'Académie Mallarmé, et Jean Dutourd, de l'Académie française. Un regret seulement. Un oubli. Un oubli regrettable. Jehan Rictus, alias Gabriel Randon. Jehan Rictus et ses chants de misère ou d'amour, des Soliloques du pauvre au Coeur populaire. Doléances, plaintes et complaintes. Pour moi, aucun doute, Rictus a sa place entre Rutebeuf et Villon.

Partager cet article
Repost0
25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 21:56

 205779 10150144967964726 842514725 6301475 6470052 n-1

© Jean-Louis Crimon                                                            41, Quai de la Tournelle. Paris. 2011.

 

 

L'après-midi avait été assez banale. Dès l'ouverture des boîtes, mon voisin m'avait amusé, mi-sérieux, mi-moqueur, comme à chaque fois, avec sa ritournelle habituelle sur le temps : ah, le printemps, c'est tout de même plus agréable que l'hiver ! A quoi, inexorablement, je réponds : Julien, tu le sais bien, moi, j'aime toutes les saisons !

Mon voisin de rétorquer : L'hiver dernier, ça a été trop dur, vraiment trop froid, l'an prochain, j'préviens la Mairie, j'prends des vacances et je pars au soleil !

 

Vers 16 heures, une belle Italienne lui a marchandé jusqu'à réduire en cendres sa maigre marge un petit bouquin au titre sobre Herculanum, d'Amedeo Maturi. Réduire en cendres la marge de la vente d'Herculanum, c'est bien sûr un peu cruel. Pour arriver à ses fins, la belle Italienne a trouvé un argument incroyable :" Si je n'étais pas passée ici aujourd'hui, vous ne l'auriez jamais vendu ce livre. Avec ce Gide "Retour d'URSS", 30 euros, c'est beaucoup trop" ! Erreur fatale de Julien, il accepte trop vite de négocier. Je le lui ai déjà dit.  On casse le prix, seulement à la fin. Si le client renonce. Ou fait mine de renoncer. A la toute fin. Mais jamais d'emblée.

 

- Je peux vous faire un prix, madame, 25 euros ...

- Vous n'y pensez pas, ça ne les vaut pas ...

- 20 euros, mais je ne gagne rien !

- 15 euros, pas davantage !

- Va pour 15 euros ...

 

La belle Italienne, très fière d'elle, emporte, bien serrés contre sa poitrine, son Gide et son Herculanum. Assez fière d'elle et de son coup. Julien se dit qu'il a tout de même gagné 15 euros.Ce qui n'est pas faux. Ces deux livres, on les lui avait donnés.

 

Plus tard, à Julien de me chambrer. Pour une séquence inédite de la vie du quai. C'est d'abord Jacky, le musicien de France Gall et de Gainsbourg, qui accompagne jusqu'à mes boîtes une dame qui tient à la main un ouvrage dont je connais bien la couverture. Titre : Renaud raconté par sa tribu. Livre coécrit avec le frère aîné de Renaud, Thierry Séchan, et publié par l'Archipel en septembre 2006.

 

- Monsieur, c'est un livre que ma fille a acheté, il y a 5 ans !

- Madame,vous voulez une dédicace, bien volontiers, je vais vous la faire ...

- Non, je ne veux pas de dédicace ! Ma fille a 36 ans, maintenant, elle est mariée, elle a des enfants et ...

- Elle peut toujours aimer Renaud...

- Non, elle déménage et elle m'a demandé de lui vendre les livres qui ne l'intéressent plus !

- Vous voulez que j'achète ce "Renaud raconté par sa tribu" ?

- Oui, je veux le vendre !

- Mais, Madame, pas à moi, je vous l'ai dit, j'en suis l'auteur ! Enfin le "coauteur" ! C'est moi, madame, qui l'ai écrit ce livre, avec Thierry Séchan, le frère aîné de Renaud. Thierry Séchan, oui, le frère aîné du chanteur !

- J'en veux 5 euros !

- Madame, neuf, il en valait 18 ! Le livre a bientôt six ans ...

- Justement, vous allez le revendre plus cher, vous !

- Madame, je n'ai gagné que 7 euros, pour l'instant ...

- 4 euros !

- C'est encore trop ! C'est plus de 50 % de ma recette de l'après-midi !

- 3 euros, c'est mon dernier prix !

- 2 cinquante, madame !

- Va pour 2 euros cinquante !

 

Au fond de ma poche, j'ai trouvé sans mal une pièce de 2 euros et une pièce de 50 centimes. Je n'avais que deux pièces dans ma poche. Je les ai mises dans la paume de la main de la dame qui m'a tendu le livre. C'est exactement comme ça que les choses se sont passées. Comme ça que je me suis racheté moi-même. Jusqu'à aujourd'hui, ça ne m'était jamais arrivé. Incroyable sensation. Se racheter soi-même...

 

Les courtiers, les colporteurs, les vieilles dames qui, le dimanche,  veulent se faire un peu d'argent de poche, toutes ces personnes qui déambulent avec des sacs ou des caddies de livres, ne paient,elles, ni taxes, ni impôts. Elles ne se déclarent pas comme auto-entrepreneurs. Elles se baladent simplement sur le quai, le dimanche après-midi, et proposent, aux bouquinistes, des ouvrages, la plupart du temps, sans intérêt.

 

Julien, témoin très amusé de la scène, et du dialogue avec la dame, m'a dit : tu vois, tu trouves que je ne vends pas assez cher, mais moi, au moins, je vends ! Toi, tu achètes ! Le comble : tu t'achètes toi-même ! C'est surréaliste !

 

Il n'a pas tort, Julien. Il n'a pas tort, mon voisin de quai. Se racheter soi-même, c'est limite absurde. Mais, symboliquement, ça n'est pas pour me déplaire. Il y a quelque chose de beau et même d'héroïque à se racheter soi-même.  La vie sur le quai, ce n'est pas ce qu'en croient parfois les passants. Ce métier de bouquiniste, perçu comme "très romantique" par la majorité des promeneurs ou des touristes, avoue, certains jours, des côtés quelque peu attristants. Signe des temps. Signe inquiétant. Pas forcément. Signe que le quai est vivant. Toujours vivant.

Partager cet article
Repost0
24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 22:13

 

C'est cette nuit le passage à l'heure d'été. A 2 heures, il sera 3 heures. Une heure de sommeil en moins. Une heure effacée au cadran des montres, des réveils, des horloges et autres pendules. Une heure qui n'existera jamais entre deux et trois, puisqu'à deux, en moins de deux, il sera immédiatement déjà trois. Une manie biannuelle instaurée en 1973-74 et harmonisée, au sein de l'Union Européenne, depuis 1998. Dans tous les pays membres, le passage à l'heure d'été s'effectue le dernier dimanche de mars et le passage à l'heure d'hiver le dernier dimanche d'octobre. Economies d'énergies, nous dit-on, en haut lieu, mais la plupart d'entre nous persiste à n'en rien croire.

 

La pub',qui n'est jamais en reste, a magistralement ponctué la matinée radiophonique de messages incitatifs, non pas au changement d'heure, mais au changement de... montre !

Style : " Ce soir, vous sortez ! vous porterez votre nouveau costume, vous porterez votre nouvelle chemise, vous porterez vos nouvelles chaussures, et même pas de nouvelle montre !" et aussi en début d'après-midi " Cette nuit on change d'heure, mais ce qu'il y a de sûr, c'est que votre montre reste la même !"

Histoire de bien nous faire culpabiliser le fait de ne pas éprouver l'envie d'un changement de montre parce que c'est la nuit du changement d'heure. Mais oui, les publicitaires, on le sait depuis longtemps, ne reculent devant aucun argument fallacieux, pour nous forcer à acheter, souvent très cher, ce dont on n'a pas forcément besoin. J'ai décidé de garder, au moins pour une année encore, ma petite Swatch au  cadran circulaire très lisible avec ses chiffres arabes tout simples. Désolé pour les tenants de l'affichage ostentatoire des signes extérieurs de richesse, mais pour moi, depuis toujours, une montre n'a qu'une seule raison d'être : me donner l'heure.

 

Montre pour montre, montre-moi ta montre ! ça ne vous rappelle rien ? Mais si, bien sûr ! Le 13 février 2009, un célèbre publicitaire, reconverti en agence matrimoniale pour chef d'état célibataire, va faire une déclaration fracassante sur le plateau d'une chaîne de télévision publique. L'homme est l'invité de l'émission "Les 4 vérités". Le journaliste taquine gentiment le publiciste sur le côté blingbling du nouveau Président de la République, son goût pour le luxe ostentatoire. Le journaliste est très direct : Est-ce l'époque qui a changé ou est-ce une erreur de communication ?

 

Pour toute réponse, voulant voler au secours de son nouvel ami, Nico Sarko, le plus naturellement du monde, Jacques Séguéla s'exclame :" Comment reprocher à un homme de 50 ans d'avoir une Rolex ? Si à 50 ans, on n'a pas une Rolex, on a raté sa vie !"

 

C'est ce jour-là que j'ai compris que j'avais raté ma vie ! J'ai pas de Rolex. J'ai jamais eu de Rolex. Pire : je n'ai jamais eu de désir de Rolex. Notez, j'ai pas de Rolex, mais j'ai un ... Solex ! Je sais, ça ne donne pas l'heure, mais il fait très bon ménage avec ma Swatch.

Partager cet article
Repost0
23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 21:27

 

ZONES D'OMBRE, c'est le titre de la une du quotidien Libération de ce matin.

ZONES  D'OMBRE, le titre,  est accompagné de 7 questions.

Sept questions qui méritent sans aucun doute d'être posées. Relisons-les :

 

1/ L'enquête a-t-elle démarré assez vite ?

2/ L'identification informatique a-t-elle traîné ?

3/ Ne fallait-il pas saisir d'emblée la justice antiterroriste ?

4/ Pourquoi Merah n'était-il plus surveillé ?

5/ Quel rôle a joué Claude Guéant à Toulouse ?

6/ Pourquoi le premier assaut a-t-il échoué ?

7/ Pourquoi Mohamed Merah a-t-il été abattu ?

 

En pages intérieures, sous le titre générique  "Merah, un drame en questions", les réponses à ces 7 questions, page 2 et page 4 du quotidien, et l'Editorial de Nicolas Demorand, ne me posent aucun problème. C'est bien fait, bien construit, bien écrit. Du bon travail de bons journalistes.

 

Ce qui me gène, en revanche, ce sont les questions qui ne sont pas posées.

 

Manque tout d'abord une première question. Une question qui s'adresse à la profession de journaliste. Une question qui éclaire toutes les autres : la question de la couverture médiatique de l'événement en question. La question du style de la couverture médiatique. La surmédiatisation de l'évènement, aussi extraordinaire soit-il, doit nous interroger sur certains excès et certaines dérives. Informer, oui, d'accord, mais pas n'importe comment. Pas à n'importe quel prix. Ce qui s'est passé ce jeudi 22 mars 2012, en fin de matinée, à Toulouse, me semble poser autant de questions à la profession de journaliste audiovisuel de chaînes d'info en continu qu' aux hommes du RAID.

 

J'ai la faiblesse de penser qu'on ne commente pas une fusillade entre les hommes du RAID et un terroriste retranché comme une action de jeu dans un match de foot ou de rugby. Sauf à faire basculer la réalité de la télé dans la télé-réalité.

Le commentaire, en direct, à chaud, d'une telle fusillade, qui va durer cinq bonnes minutes, devait-il être mis en ondes, mis à l'antenne et diffusé en direct ?

Mettre à l'antenne cet évènement, au moment-même du dénouement, un dénouement pour le moins spectaculaire, n'est-ce pas privilégier l'audience et le spectaculaire, au détriment de la véritable mission d'informer ? N'est-ce pas définitivement sombrer dans l'information-spectacle ?

 

C'est une banale évidence : la présence des journalistes modifie le cours d'un évènement. Le cours de l'évènement. C'est une seconde évidence : les politiques utilisent la présence des journalistes. Le terroriste aussi. Transformé en "ennemi public mondial", par le gigantesque impact médiatique de l'évènement, un évènement dont il est l'unique auteur, le premier metteur en scène, Mohamed Mehra ne s'est-il pas vanté, auprès des policiers, "d'avoir mis seul la France à genoux" ?

Les médias sont-ils conscients d'avoir une réelle part de responsabilité dans la construction du délire de toute puissance de l'individu qui vient de commettre sept meurtres ? Le tueur au scooter ne devait pas être indifférent à tout ce qui pouvait se dire de lui. En pareil cas, le "black out" ne serait-il pas préférable ? Précieux pour permettre aux hommes du RAID ou du GIGN de mener à bien, et en toute tranquillité, en toute efficacité, leur mission ?

 

Rendre compte, oui. Mettre en scène, non. Participer à la mise en scène de l'évènement, non. On parle d'instrumentalisation. Le journaliste doit-il être, volontairement ou pas,  complice de cette instrumentalisation ?

Le ministre de l'intérieur, Claude Guéant, commentant la progression et l'action des hommes du Raid, tout au long des trente-deux heures de siège, est-ce quelque chose de normal ? d'acceptable ? De qui le ministre de l'Intérieur est-il alors le chargé de communication ? Est-ce son rôle ? sa place ? Confusion des genres et des missions regrettable. Inacceptable.

 

Une certitude : les interrogations des journalistes ne seront jamais celles des policiers. Le travail du journaliste n'est pas le travail du policier. Une charte déjà ancienne des droits et devoirs de la profession ne précise-t-elle pas "le journaliste ne confond pas son rôle avec celui du policier" ? Faut-il y ajouter, à un mois de l'élection présidentielle, "le journaliste ne confond pas son rôle avec celui du chargé de communication d'un homme politique en particulier" ?  

 

Une dernière question pour aujourd'hui : un journaliste, ça doit donner à "voir" ou à "comprendre" ? 

 

Questions trop nombreuses. Questions pas vraiment d'actualité. Questions sans réponses.

Pour une bonne et simple raison : questions à peine posées.

Questions qu'il va bien falloir un jour se poser. Le plus tôt sera le mieux.

 

Permettre à un terroriste de mourir en martyr, pour les caméras et les micros du monde entier, n'est pas le meilleur moyen de lutter contre le terrorisme.

 

Partager cet article
Repost0
22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 19:24

 

Sur le quai, il arrive que le bouquiniste accepte de donner des conseils de lecture. Me suis permis, comme ça, d'inciter plusieurs de mes fidèles passants du soir, à lire le suédois Stig Dagerman. Très peu connu. Trop peu connu. Il arrive aussi parfois qu'un passant qui s'attarde, et qui prend plaisir à une petite conversation littéraire devienne, sans le vouloir vraiment, un excellent prescripteur.

J'ai découvert, comme ça, il y a peu, un écrivain que je ne connaissais pas. Inès Cagnati. Le livre, un poche de chez Folio, c'est une passante du dimanche qui me l'a prêté. Elle a seulement dit  : vous me le rendrez, c'est le mien ! Je l'ai tellement lu et relu, que j'y tiens. J'ai trouvé ça bien. Adorable remarque. Moi aussi, quand je prête un livre -ça m'arrive souvent sur le quai- j'aime bien qu'on me le ramène. Qu'on me le rapporte. Qu'on me le rende. Je m'appelle commme l'héroïne du livre, a seulement dit ma prescriptrice, en s'éloignant très vite à grands pas.

Le livre est une petite merveille. Trop beau. Trop cruel aussi. M'a rappelé plein de tranches de ma propre enfance. Pas des tranches de pain carré. Pas des tranches de baba au rhum, gâteau du dimanche en famille. Non, des tranches de vie. Une vie où c'était parfois dur de gagner son pain. Pain rassis souvent. Au goût déroutant. Mais aujourd'hui, de ce pain-là, j'en reprendrais bien une tranche.

Dans le roman, en forme de récit, ou dans le récit, en forme de roman, Marie, la petite bâtarde, nous parle de sa mère, Génie la folle. Une fille de bonne famille, rejetée par les siens, et qui s'est faite domestique agricole. De l'auteur de ce petit livre, je ne savais rien. Inès Cagnati a passé son enfance et son adolescence dans un milieu paysan italien du Sud-Ouest de la France. Elle a fait des études de Lettres. A obtenu le Prix Roger Nimier, en 1973, pour son premier livre, Jour de congé. A reçu le Prix des Deux-Magots pour Génie la folle en 1977.

Génie la folle  m'a redonné envie d'écrire. De puiser à nouveau dans les séquences d'une enfance faite de terre et d'eau. De chemins de traverse, de poussière et de vent. De l'odeur particulière de la terre après la pluie. Des larmes qu'on essuie. Mais d''abord, je dois tout lire des livres écrits par Inès Cagnati.

Partager cet article
Repost0
21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 22:08

DSCN7548

© Jean-Louis Crimon                                                                                                  Paris. Quai de la Tournelle.

 

 

Depuis que je me suis remis à la photo, j'ai le sentiment d'avoir manqué ma vie. Je me suis, professionnellement parlant,  égaré dans l'univers des mots et des idées. Pendant  40 ans. Le comble, j'y ai pris du plaisir. Beaucoup de plaisir. Les mots, écrits et publiés dans le journal, ou parlés à la radio, étaient ma raison d'être, mon pain quotidien et, soyons lucide, mon gagne-pain. Mon gagne-pain quotidien. C'est la vie, me suis-je dit, un beau jour. J'ai renoncé à la photo. Sans réaliser alors la gravité du renoncement. J'ai trahi mon premier amour. Je me suis trompé de vie.

 

Ma boîte à images, mon boitier, mon 24x36, - selon les années, Mamiya ou Minolta, Praktica ou Leica -, je les ai abondonnés très vite pour mon clavier AZERTY et mon micro Sennheiser. Conséquence : mes négatifs, soigneusement développés et coupés par bandes de six vues, ont dormi, à l'abri de la lumière et de la poussière, pendant trois ou quatre fois dix ans. Aujourd'hui, ils sont intacts. Comme neufs. Commme développés, et séchés, il y a quelques heures à peine. Comme si les images argentiquement supportées, et transportées, à travers le temps, avaient été prises la veille ou l'avant-veille.

De fait, le destin de ces images est  assez extra-ordinaire. Littéralement "en dehors de l'ordinaire". Ce n'est pas aussi courant que des photos prises au début des années 70 ne soient "révélées", au sens photographique du terme, que quarante ans plus tard, dans les années 2010. Façon d'éprouver les instants dans la dure et longue durée du temps. Mes négatifs n'ont pas bougé. Certaines photos, mal fixées, deviennent sépia. J'ai, en n'effectuant aucun tirage sur papier, échappé au sépia. La photo sépia. Mais je n'ai pas échappé à "la photo s'épia". Du Lacan dans le texte. Si Lacan avait été photographe. Le Leica de Lacan, joli titre, non, pour mon prochain roman ? Un photo-roman. Pas un roman-photos. Pas une histoire d'amour un peu mièvre. Non, un photo-roman. Un livre où les photos ponctuent les chapitres. Cadrent le décor. Inventent une autre histoire. Une histoire dans l'histoire. Un photo-roman, tout entier fait d'instants. Instants essentiels et dérisoires à la fois.

 

Henri Cartier-Bresson, le premier, a dû dire " De tous les moyens d'expression, la photographie est le seul qui fixe un instant précis". A partir de là, HCB a développé sa conception de "l'instant décisif".

Instant décisif ou instant dérisoire. Très vite, inconsciemment d'abord, puis consciemment, je me suis laissé séduire, au contraire, par la beauté éphémère de l'instant dérisoire.

L'instant dérisoire, par opposition à l'instant décisif de HCB, c'est l'instant insignifiant. L'instant d'une beauté insignifiante. Mais qui, pour moi, en devient essentielle. C'est l'importance de l'accessoire. L'utile du futile. L'image de l'instant dérisoire n'est pas indispensable, et c'est pour cela qu'il n'est pas pensable qu'on puisse s'en passer.

Sans partager tout ce qu'il dit de "l'instant décisif", je me sens proche d'un Cartier-Bresson quand il raconte sa quête photographique : "Je marchais toute la journée l'esprit tendu, cherchant dans les rues à prendre sur le vif des photos comme des flagrants délits". Je ne fais rien d'autre dans mes déambulations urbaines. Quand à la situation absurde où je me suis moi-même mis, j'ai trouvé une façon très philosophique de la définir. Une définition exacte de mon état. Pas seulement de mon état d'esprit. Je vous laisse juge :

 

Je suis le seul photographe au monde à avoir passé la majeure partie de sa vie au stade du négatif.

 

Diagnostic en forme de check up psychologique. Jolie perspective. Intéressant développement futur. J'entrevois déjà le divan d'un de mes amis, psychanalyste convaincu et convaincant.

Henri Cartier-Bresson disait encore :" Il faut être sensible au détail". HCB parle aussi d'une sorte de "pressentiment de la vie". D'une nécessité d'anticiper l'évènement. Nécessité d'avoir cette sorte d'intuition, ce sentiment aigu qu'il va se passer quelque chose. De l'entrevoir pour ne pas le manquer. L'entrevoir pour le voir, quand il va se présenter devant nous.

 

Au fond, la leçon que je retiens de Cartier-Bresson, c'est  exactement ça : la photo, il faut la voir, avant de la prendre. La voir, avant de ... l'avoir !

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de crimonjournaldubouquiniste
  • : Journal d'un bouquiniste curieux de tout, spécialiste en rien, rêveur éternel et cracheur de mots, à la manière des cracheurs de feu !
  • Contact

Recherche

Liens