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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 20:23

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Quai de la Tournelle, cet après-midi, j'ai dans les mains I remember de Joe Brainard. Brainard est l'inspirateur de Perec. C'est Joe Brainard, le premier, qui invente cette conjugaison de souvenirs insolites ou insolents. Joe Brainard, plasticien Américain, né en 1941, dans l'Arkansas, s'installe à New-York, au début des années soixante. Il publie ses premiers I Remember en 1970. Il récidive deux ans plus tard avec I Remember More. Pour publier, en 1973, un troisième recueil, au titre sans ambiguité, More I Remember More.

Quand, en 1978, parait le Je me souviens de Georges Perec, ils sont peu nombreux à souligner que Perec n'est pas le premier à avoir recours à ce procédé littéraire particulier. Cette façon inattendue de convoquer et de conjuguer des souvenirs, façon basée sur la répétition fascinante et lancinante, du I remember. Pourtant Perec a, d'entrée, cité ses sources et acquitté les droits d'auteur :"Le titre, la forme, et dans une certaine mesure, l'esprit de ces textes s'inspirent des I remember de Joe Brainard." 

 

Prenant, un jour des années quatre-vingt, le contre-pied de Perec, je me mis à écrire, non pas des "Je me souviens", trop nostalgiques ou passéistes à mon goût d'alors, mais plutôt, - engagement sublime - des "Je n'oublierai jamais". Recueil de promesses à moi-même, au temps de mes 10 ans. Instants de vie fixés avec des mots, à défaut d'appareil photo.

Récemment, me sont revenus en mémoire quelques uns de mes préférés :

 

Je n'oublierai jamais la chanson du vent dans les feuilles des grands peupliers de la prairie d'en face.

Je n'oubliera jamais les branches des saules pleureurs qui dessinent l'eau de la rivière.

Je n'oublierai jamais ce moment bizarre du soir quand la lumière indique le retour des beaux jours.

Je n'oublierai jamais la douceur de la pluie, les soirs d'été, quand mon père dit : la terre a soif. 

 

J'ai trouvé ça très beau. Les mots. Le principe. Le rythme. Je me suis mis à en écrire de nouveaux. Moins poétiques. Plus politiques.

Je n'oublierai jamais le soir du 10 mai. Le soir du 10 mai 81. Je n'oublierai jamais mon papier écrit à la hâte pour le journal du lendemain. Petit journaliste qui entre dans l'Histoire à l'improviste. Je n'oublierai jamais les mots des deux lignes de la fin. Ces mots que je voulais tendres et follement romantiques.

"Le peuple remonte la rue de la République. Symbolique supplique. Ce soir, on l'a dit, elle n'est plus en "Sens Interdit". Des slogans en forme d'espoir débordent le trottoir. Il fait étrangement doux ce soir."

 

Couché tard, levé tôt, je rêve d'écrire bientôt  : je n'oublierai jamais le soir du 6 mai. Le soir du 6 mai 2012. Pour les uns, soir de blues. Pour la plupart, soir de victoire. Soir d'une nouvelle Histoire. Soir d'un petit grand soir. Histoire de ne pas laisser croire que l'avenir est sans espoir. 

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 16:25

 

Nicolas Sarkozy a affirmé ce matin, à la télévision, avoir "une idée assez précise" du Premier ministre qu'il (se) choisirait s'il était réélu à la Présidence de la République. Le Président-candidat n'a pas exclu -adorable euphémisme- de révéler le nom de ce possible futur Premier ministre entre les deux tours de la présidentielle. Délicatesse extrême.

Interrogé sur la possibilité qu'il puisse s'agir de François Bayrou, candidat du MoDem, Nicolas Sarkozy a répondu, pour une fois, avec une rare sagesse. Un sens de la mesure indéniable. En substance : La question de Monsieur Bayrou, nous verrons après le premier tour. Il faut d'abord voir ce qu'ont dit les Français. Car le choix du Premier ministre ne peut être totalement éloigné de ce qu'auront dit les Français. Ni indifférent à ce qu'auront dit les Français. Pas indifférent au sentiment majoritaire qui aura été exprimé. On doit en tenir compte. Je dois en tenir compte. C'est pourquoi, le nom du Premier ministre je ne le dirai pas avant le premier tour. En aucun cas.

Pas mal du tout. Pas mal du tout comme approche du problème. En cas de réélection. Mais cela suppose de prendre en compte une autre réalité. La réalité de ce que pensent vraiment, aujourd'hui, au fond, les Français. Il semble que les Français aient aujourd'hui, eux aussi, "une idée assez précise". Problème : il s'agit d' une idée assez précise de qui ils ne veulent plus à l'Elysée. Mais il semble bien que cette idée-là, même si c'est aussi une idée assez précise, du côté de ceux qui l'expriment, soit encore un peu floue dans la tête de celui qui risque de ne pas être réélu.

 

Ainsi, pour l'instant, le plus naturellement du monde, Monsieur Sarkozy, après s'être acheté, pour pas très cher, Boutin, Morin, Nihous, sans oublier Borloo, rêve de s'acheter Bayrou. Secret de polichinelle. Au cours de cette même quinzaine du mercato présidentiel, entre les deux tours, le Président-candidat qui a vraiment les crocs, la dalle, annonce renoncer aux fameux crocs du boucher, et envisage de se réconcilier avec Villepin. Dominique de Villepin. L'ex-futur pendu n'a pas encore répondu.

Bayrou, le transfert de l'année. Bayrou, le transfert du quinquennat. Bayrou, le transfert du siècle. Bayrou qui - signe avant-coureur ou pas - n'hésite pas, belle évidence, à flinguer, avec une rare élégance, les coupables de "transhumance" : Azouz Begag et Fadela Amara. Quand on risque de devenir la chèvre du Président, on ne devrait pas avoir recours à la métaphore agricole des pâturages où l'herbe serait plus grasse. On devrait surtout s'interdire de qualifier, implicitement, de "bétail de la plaine" des animaux politiques dont on flattait il n'y a pas si longtemps le courage ou le talent. Allons, Monsieur Bayrou, un peu de tenue, un peu de retenue. Attendez de savoir, si oui ou non, vous allez, vous-même, accepter de traverser la rue. Méfiez-vous du petit Nicolas qui, vous le savez mieux que moi, a plus d'un tour dans son sac. Car, en fait, au risque de vous déplaire, quand à la télévision, de bon matin, le Président-candidat, affirme avoir "une idée assez précise" du Premier ministre qu'il se choisirait s'il était réélu, ça ne veut pas dire ce que tout le monde croit. Pour une bonne et simple raison.

En effet, contrairement à tout ce qui a pu être dit, ou écrit, là ou ici, pardon de vous décevoir, Monsieur Bayrou, si vous rêviez vraiment de Matignon, vous le maquignon, mais le Président-candidat pense, vraiment, à ... Mélenchon.

Mais oui, bien sûr, Mélenchon ! C'est exactement ce que voulait dire le Président-candidat  quand il déclarait :"Le choix du Premier ministre ne peut être totalement éloigné de ce qu'auront dit les Français. Du sentiment majoritaire qui aura été exprimé."

 

Sarkozy à l'Elysée.

Mélenchon à Matignon !

Bien vu, non ?

 

 

 

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 18:47

 

Chirac vote Hollande. Marrant comme nouvelle. Une page entière dans un quotidien du matin. Plusieurs brèves à la radio. Des sujets un peu partout à la mi-journée. Comme si c'était toujours la presse écrite qui doive souffler les bonnes idées à la radio et à la télé. Chirac choisit Hollande. Nouvelle pas si nouvelle. En juin dernier, si ma mémoire est bonne, ça avait déjà été dit. A plusieurs reprises. En Corrèze. Face aux caméras. A l'époque, certains, pas très adroits, ou plutôt vraiment maladroits, avaient laissé entendre que le vieux Chirac n'avait plus ... "toute sa tête". Ou que c'était, -dixit Bernadette- de l'humour corrézien.

Autant parler du rôle des indécis : 26 % des électeurs n'auraient, aujourd'hui, pas encore choisi leur candidat. Un électeur sur quatre ne sait pas encore pour qui il va voter. Voilà une information importante. D'une autre teneur. D'une autre importance. Mais face à ce faux scoop "Chirac vote Hollande", ça ne fait pas le poids. L'info a ses lois. A cinq jours du premier tour, on traite de vraies questions. 

Chirac vote Hollande. Jacques vote François. Chirac vote François Hollande. François en redemande. Rien d'étonnant au fond.

Juste retour des choses. Juste fidélité, sinon à des engagements, au moins à certaines valeurs. Des valeurs qui, au-delà de la séparation, parfois arbitraire, entre "gauche" et "droite", traversent facilement la rue. La rue principale de la République. Je me souviens d'un vieux Président malade, mais lucide, qui, manifestement, en 1995, dans son coeur, avait voté... Chirac. Chirac le républicain. Chirac, le radical socialiste. 

Pas si fou, le vieux rad soc, à cinq jours du premier tour ! Retour d'ascenseur. A la gauche de son coeur. A jamais vraiment été homme de droite, le Chirac ! Dans la famille, la droite, c'était plutôt Bernadette. La preuve ? Elle est la seule aujourd'hui à afficher publiquement son soutien au roitelet républicain, sauveur d'emplois sur la fin. Sauveur d'emplois. A contre-emploi. Sauveur d'emplois. Surtout du sien.

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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 20:45

 

Entendu, hier, de la bouche de militants UMP, Place de la Concorde : "Si ce sont les socialo-communistes qui l'emportent, si c'est Hollande le Président, la France, ce sera la Grèce !"

Incroyable. Incroyable déclaration. Incroyable affirmation. Bien sûr, l'affirmation a été diffusée comme une information. Pas de remise en cause de l'affirmation. Pas de question de journaliste. Et pour cause. Il ne s'agissait pas d'un travail de journaliste. Il s'agissait d'un "reportage" fabriqué à partir d'éléments fournis par le service de communication de l'UMP. Images et propos recueillis, choisis, par le service de com' du Parti. Question : dans quel pays sommes-nous ? Question : comment accepter de pareilles pratiques ? Question : quelle est cette nouvelle déontologie ? Question : comment s'appelle ce nouveau journalisme ?  Un mot, un seul : propagande. Les chaînes dites d'information, ces chaînes d'info en continu, s'honoreraient à ne pas diffuser ce genre de "reportages bidonnés" ! Qu'ils soient fabriqués au Château de Vincennes ou Place de la Concorde.

"Si ce sont les socialo-communistes qui l'emportent, si c'est Hollande le Président, la France, ce sera la Grèce !" Incrédule. Sidéré devant pareille remarque. Face à pareille manipulation. Face à pareille malhonnêteté intellectuelle. Car enfin, la Grèce d'aujourd'hui, la situation de la Grèce, la faillite oganisée de la Grèce, le salaire minimum divisé par deux, les retraites divisées par trois, que je sache, les "coupables" ne se nomment pas Hollande ou Mélenchon. Pas encore. Soyons lucides, soyons raisonnables, soyons honnêtes : la Grèce d'aujourd'hui, la situation de la Grèce d'aujourd'hui, ce n'est pas le Parti socialiste, ce n'est pas le Front de Gauche, ce n'est pas "la gauche", qui en sont responsables.

Les responsables, les vrais responsables, les fossoyeurs de la Grèce, les falsificateurs, les auteurs de la malhonnêteté intellectuelle, les auteurs de l'assassinat économique et social de la Grèce, moi, je vous le dis, tel quel, ils se nomment ... Sarkozy et Merkel. La BCE et l'Union européenne, pour sinistres parrain et marraine.

Comme aurait pu dire un grand Général : cela eût été sans dire, mais cela va mieux en le ... disant.

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 11:02

 

Durant cinq ans, l'homme a semé la discorde. Aujourd'hui, il invite à la Concorde. Il convoque à la Concorde. Durant cinq ans, l'homme s'est appliqué à semer la discorde. Opposant les uns aux autres. Et les autres, à d'autres autres encore. Ceux de la France d'en bas à ceux de la France d'encore plus bas. Ceux de la France qui se lève tôt à ceux qui feraient d'éternelles grasses matinées. Ceux de la France qui travaille à ceux de la France qui musarde. Qui faignantise. Ceux qui profiteraient du système à ceux qui défendraient, qui alimenteraient, qui feraient prospérer, par leur travail, leur seul travail, le système. Le système du profit. Mais à qui profite vraiment le système du profit ? 

Il a dit et contredit. Il a fait et défait. Sans jamais se poser la question, la seule question qui vaille : où sont vraiment les profiteurs ? Qui sont les vrais profiteurs ?

Il nous a méprisés. Insultés. Humiliés. Quand il prétendait parler de nous, il ne parlait que de lui. De ses convictions. De ses certitudes. De ses croyances. Comme si nous l'avions vraiment autorisé à parler en notre nom. Comme si nous l'avions vraiment autorisé à parler au nom de la France. La France, ce n'est pas lui. C'est nous. Nous, le peuple. Le peuple de France.

Aujourd'hui, le Roi de la discorde joue la Concorde. Manque pas de culot. Vraiment culotté. Attention, petit Roi Républicain, la patience du peuple a des limites. La patience du peuple a ses limites. N'impressionne plus personne, ton culot. Attention à la réplique des... sans-culottes !

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 12:56

CH'pap 

 

 

M'est arrivé de relire ces jours-ci quelques uns des articles publiés en 1979. Mes premiers papiers. C'était au Courrier Picard.  J'avais été engagé le 1er juillet. Pour deux mois. Ils m'ont gardé trois ans. Devaient être contents de mes deux mois. Deux mois à un rythme soutenu. Pratiquement un papier par jour.

2012 moins 1979 = 33. 1979, j'avais 30 ans. 1979, l'année de mes 30 ans. 30 +33 = 63. 63 ans, l'âge que j'aurai en août prochain. Je n'ai pas vu passer ces 33 années. Dans ma tête, j'ai toujours 30 ans. Dans mon coeur aussi. Dommage que le corps n'ait pas suivi. C'est toujours le corps qui trahit.

C'était ma première critique de théâtre. Je ne savais pas. Je ne savais pas comment pouvait s'écrire une critique de théâtre. J'écrivais à l'intuition. Au feeling. Je n'avais aucune technique. Je n'ai pas fait d'Ecole. D'Ecole de Journalisme. J'ai appris sur le tas. Je venais de quitter le professorat de philosophie pour le journalisme. Le jour où il m'a engagé, un jour de la fin juin, le Rédacteur en chef m'avait juste demandé : vous savez écrire ? J'avais répondu "oui, comme un prof de philo, mais peut-être pas comme un journaliste." Ajoutant " Je ne demande qu'à apprendre".

 

TITRE : Un Godot peut en cacher un autre

SOUS-TITRE : A bord de la péniche-théâtre, on joue la pièce de Samuel Beckett  "En attendant Godot".

 

ACCROCHE : Godot dans la gadoue. Une tranche de vie entre deux rectangles de boue, à vous redonner le goût d'un certain théâtre. Pour ne plus être les éternels asssis. Pour nous lever et nous laver de notre glaise quotidienne et être aussi ces hommes de boue, debout.

 

PAPIER : A bord de cette péniche-théâtre, Farré et ses complices glissent sans fin dans une glaise qui n'est pas feinte. Spectacle qui vous colle littéralement à la tête et à la peau. Spectacle qui éclabousse, pas seulement ce qu'il nous reste de cervelle, mais aussi les involontaires acteurs des premiers rangs, régulièrement aspergés de païennes bénédictions.

En attendant, Godot, on l'attend toujours. Etrange aventure que celle de cette pièce de Samuel Beckett. D'abord, on la boude, ensuite on l'acclame. Paris, Londres, New-York, de 1953 à 1956, vont en faire un "classique. Mais aujourd'hui, le tragique et l'absurde de l'attente de ces deux clochards, mis en scène avec sérieux et dignité pendant très longtemps, est ici, proprement traîné dans la boue. Et c'est pas dommage.

 

INTER-TITRE : Farré effarant

 

La mise en scène de Mireille Larroche est un pavé superbe dans la mare du tragique en redingote. A l'intérieur de cette péniche où les spectateurs se font face, quatre hommes s'enlisent dans un décor où la frontière entre tragique et comique n'a plus place.

Une démystification salutaire où la mise en scène est mise en vie. Car Estragon et Vladimir (Farré et Kopf), sont. Ils sont. Ils ne jouent plus. Ils sont vraiment. Ils pataugent dans ce décor de glaise ou de boue comme dans l'existence : l'homme a difficilement prise. Il glisse, tombe, mais se relève. Comme si ce qui se dérobe sous ses pas pouvait être inlassablement repris. Faut s'accrocher, comme on dit. Dans tous les sens.

Contre toute attente, on n'en finira sans doute jamais de l'attendre ce mystérieux Godin... pardon... Godet... je veux dire Godot. Car Godot ne viendra pas ce soir. Même si l'on sait bien que dans le texte même de la pièce de Beckett, Godot ne doit pas venir, on se laisse facilement prendre au piège tendu par ces deux clochards. Si Godot est celui qui ne vient pas et qu'on attend quand même, on se prend à rêver : "Et si Godot venait ?"

C'est peut-être la force de cette musique (de Robert Wood), qui ponctue et rythme le texte, qui cesse alors d'être un texte pour devenir paroles. Et si un jour on chantait Godot ?

 

INTER-TITRE : La conconcondition humaine

 

Théâtre de l'absurde ou absurde du théâtre, où nous sommes ceux qui attendons, ceux qui attendent. "Mais n'anticipons pas", dirait Lucky (Gérard Surugue), dans cette remarquable tirade sur "l'Ek-sistence", "telle qu'elle jaillit des récents travaux publics de... Hors du temps de l'étendue... couronnés par l'Académie d'Anthropopopométrie, de Testu et Conard... Conard... Conard...

Pozzo (Georges Dufose), se prend aussi à attendre : "Moi-même, à votre place, si j'avais rendez-vous avec un Godin... Godet... Godot... j'attendrais qu'il fasse nuit noire pour abandonner..."

Plus tard, quelqu'un viendra pourtant, non, pas Godot mais un enfant (Manuel Bleton trouve là le ton juste), comme une séquence du Petit Prince dans Beckett. Godot ne viendra pas : quelqu'un qui vient, on ne peut plus l'attendre.

Godasse, gadoue, Godot... même les sons s'enlisent -et se lisent - dans cette boue authentique. Eternelle attente de celui qui ne viendra pas. Godot a mis les bouts.

 

                                                                     Jean-Louis Crimon / Le Courrier Picard  (03/04/11/1979)

 

 

PUCE : Deux représentations de cette pièce seront données ce soir et dimanche après-midi, 16 h, à bord de la péniche-spectacle amarrée au port d'amont.

 

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 00:27

© Jean-Louis Crimonovermort


 Ce soir-là, j'ai cru que la faucheuse faisait ses emplettes. La dame en noir a surgi de je ne sais où. Elle s'est mise à marcher droit vers moi. Je l'ai laissée venir sans montrer quoi que ce soit. Elle ne m'a pas vraiment fait peur. J'ai fait mine de regarder ailleurs. Tout en gardant un oeil sur elle. Méfiance légitime. On sait jamais sur qui va tomber la faux ou la faucille. Poursuivant sa route, elle est passée devant moi. Comme si je n'existais pas. Grand bien lui fasse. J'ai cédé la place. La chanson m'est venue en en clin d'oeil. De la mort, sans effort, j'ai fait mon deuil.

 

 

 

              Never mort

 

Mercredi soir, dans ma ruelle,

Je croise, bizarre, la dame en noir,

Rencontre curieuse et cruelle,

Pour un humain broyant du noir... 

 

Quand on la cherche, elle vous appelle,

Quand on la croise, elle vous toise,

Des mourants, y'en a à la pelle,

J'fais pas la taille sous la toise...

 

Mon excuse n'en est pas une,

Pour être allongé à jamais,

La taille importe peu, chacune

Aura sa bonne boîte, mais...

 

Faut-il encore que Dame la mort

Arrive à me convaincre,

Que c'est le jour, pour mon corps,

De rendre l'âme et de vaincre...

 

La peur de ne plus jamais être,

La trouille de faire le grand saut,

La crainte absurde de disparaître,

De succomber au dernier assaut...

 

L'a pas très chaud dans son paletot,

Je lui file une tape dans le dos,

Je lui dis : l'est encore trop tôt,

La mort, t'as vu ma gueule d'ado...

 

C'est comme ça, la vie, faut faire face,

Si t'as vraiment envie d'être en vie,

La mort se barre, la mort s'efface,

De son chemin, forcée, elle dévie...

 

A grands pas, vite, elle se sauve,

Elle aime pas trop qu'on la dérange,

Mais elle vous laisse la vie sauve,

Son métier est parfois bien étrange...

 

Si t'as très envie d'être en vie,

Si ta vie n'est pas assouvie,

Sûr, la mort s'en va voir ailleurs,

Si, pour elle, y'a des jours meilleurs...

 

Assis sur le banc des vivants,

Je me réjouis d'avoir pris les devants,

C'est pas pour cette fois, Madame,

Qu' tu m'boufferas ma part de macadam ...

 

                                Jean-Louis Crimon    

                               (La Chanson amère)

 

 

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 09:57

 

C'est une chanson qui ne me quitte pas depuis hier matin. Son titre est son refrain. Je ne sais si elle a quelque chose à voir avec vous ou avec votre combat. Je ne le pense pas. Mais pour moi, allez savoir comment, allez savoir pourquoi, elle est un peu de vous. Un peu de Lucie aussi. Cette chanson, elle est si peu, mais elle est tout ça. Je repense à la phrase de Lucie : Le verbe résister doit se conjuguer à tous les temps. Belle phrase. Superbe phrase. Je sais combien elle est, plus que jamais, de notre temps. Dans ma famille aussi, il y avait un résistant. S'appelait peut-être Raymond. A été fusillé par les Allemands.

 

Me reviennent les mots de la chanson.

 

Résiste, prouve que tu existes !

Va, refuse ce monde égoïste !

Résiste, ce monde n'est pas le tien,

Viens, bats-toi, signe et persiste !

 

Le refrain insiste : "Résiste, résiste..."

 

Comme vous, Lucie, Raymond, j'aimerais que l'injonction soit ... irrésistible !

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 11:58

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© Jean-Louis Crimon                                                                      Paris. 41, Quai de la Tournelle.

 

 

Je vous ai déjà parlé de mon voisin Julien. A plusieurs reprises d'ailleurs. C'est vraiment un type étonnant. Qui parle souvent du temps. De la pluie. Du mauvais temps. Un des nouveaux arrivés. Un des derniers bouquinistes nommés. Un type bien. Qui ne se livre pas au premier venu. Plutôt discret. Pas franchement le genre extraverti. Mais gentil. Vraiment gentil. Chauffeur de taxi, pendant une bonne partie de sa vie. S'est passionné pour les rues à ce moment-là. Les noms de rue. Les plans. Les plans des villes. Un type charmant. L'avait même tenté une carrière de chanteur dans les années 70. Il écrivait ses textes et ses musiques. M'a prêté un jour deux cassettes. De lui. De ses chansons. Pas mal du tout. Bonne voix. Belle voix. Un peu Jean Vasca. Pour ceux qui connaissent. Esposito. Vasca. Bertin. Les voix de ce temps-là. Grandes voix. Pas seulement belles voix. C'était au temps ... chanterait Brel aujourd'hui. Si le grand Jacques s'avisait de revenir faire un petit tour sur terre. Au temps de Luc Bérimont.  Au temps de La fine fleur de la chanson française.

Julien aurait bien aimé "faire chanteur". Il avait le talent pour. Incontestablement. De beaux textes. Bien écrits. Une voix. Une vraie voix. Mais ça ne s'est pas fait. Si vous lui demandez pourquoi, il répond simplement : j'ai envoyé mes cassettes à plusieurs maisons de disques, mais on ne m'a jamais répondu. Je ne savais pas comment faire. J'ai laissé tomber. C'est un milieu bizarre, le show-biz. Il peste à peine devant le succès d'un Barbelivien ou d'une Nolwenn Leroy. Se contente -ça se voit- de penser tout bas : La gloire n'a pas voulu de moi.

Si je me trouve devant mes boîtes, Julien est à ma droite. C'est à dire, si je suis face à la rue de Pontoise et si j'essaie de distinguer au loin une partie du Boulevard Saint-Germain, Julien est mon voisin de droite.  Même s'il est plutôt de gauche. A gauche, j'ai une voisine. Plutôt de droite.  Une voisine un peu particulière. Une voisine avec un fichu caractère. Le premier jour où je suis arrivé sur le quai, - il y a bien deux ans, maintenant- droit dans les yeux, elle m'a dit :

- T'as pas l'impression de prendre la place d'un jeune !

Du tac au tac, j'ai répondu :

- Pourquoi ? tu trouves que j'ai déjà ma gueule de vieux !

Depuis ce jour-là, elle ne me parle plus.

 

Le quai, c'est vraiment un milieu plein d'inattendu.

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 18:53

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© Jean-Louis Crimon                                                                          Inverness. Ecosse. 1978.

 

 

 

"Présidentielle 2012J  moins 12". Leitmotiv classique, presque cliché. La radio en use, en abuse et s'en amuse. La télé n'est pas en reste. La presse écrite va bientôt afficher en "une" le décompte. Le décompte qui mène au dimanche 22 avril. Timing qui veut mettre, chaque jour, davantage de pression. Sur les candidats. Sur les électeurs. Surtout sur ceux qui n'ont pas encore vraiment choisi. On nous dit d'ailleurs parfois, -même si les sondeurs et les instituts de mesure de l'opinion sont plutôt discrets sur la chose-, que 25 à 30 % des électeurs - facile un sur quatre- ne savent pas encore pour qui ils vont voter. Tout simplement : n'ont pas encore décidé. Inquiétant. Serait temps d'y penser. Histoire de ne pas faire ça à la dernière minute. Dans la file qui conduit à l'isoloir. Voire même, dans l'isoloir.

 

Depuis janvier, ont été publiés environ 200 ouvrages consacrés à ce rendez-vous désormais quinquennal. Un peu tôt pour les trouver déjà chez les bouquinistes. Quoi que, en cherchant bien, la chose ne soit pas complétement impossible. Biographies, Essais, Plaidoyers, Témoignages ou ouvrages humoristiques, tout est à lire. Si vous aimez le genre. Le livre politique. Histoire d'en savoir un peu plus, avant de sacrifier au rituel démocratique du bulletin dans l'urne. Si ça vous dit. D'ici samedi. Pas samedi prochain, 14 avril. Samedi 21. Samedi 21 avril. Veille du 22. Histoire de vous mettre en appétit, en cadeau de bienvenue, ce petit texte composé avec les titres des ouvrages en question.

 

Le peuple en a assez de ce Président impétueux. Le peuple s'est lassé et désespère de lui voir faire une vraie métamorphose. Les candidats à l'emploi ne manquent pas. Il y a même un ouvrier, même si un ouvrier, c'est là pour fermer sa gueule. Tous, à leur manière, ils voudraient une France solidaire. Il faut Changer de destin. Il faut le faire Sans tricher. Pour que vive la France. L'heure est grave. Sinon ce sera vraiment Etat d'urgence. Pour l'instant, c'est juste un Printemps français. Avec une clé, une nouvelle clé et un itinéraire secret.

 

L'impétueux, sous-titré Tourments, tourmentes, crises et tempêtes. Catherine Nay. Grasset.

La métamorphose de Sarkozy. Bruno Dive. Editions Jacob-Duvernet.

François Hollande, itinéraire secret. Serge Raffy. Fayard.

2012, Etat d'urgence. François Bayrou. Plon.

La France solidaire. François Bayrou. Plon.

Le printemps Français. Nicolas Dupont-Aignan. Rocher.

Changer de destin. François Hollande. Robert Laffont.

Sans tricher. Eva Joly. Les Arènes.

Qu'ils s'en aillent tous. Jean-Luc Mélenchon. Flammarion. 

Pour que vive la France. Marine Le Pen. Grancher.

Un ouvrier, c'est là pour fermer sa gueule. Philippe Poutou. Textuel.

 

Onze ouvrages pour les idées, les projets, les personnes, les personnages ou les personnalités. En prime : deux livres plus abordables ou plus drôles. Davantage pour rire ou sourire. C'est fortement conseillé en ces temps de crispation.

 

Présidents, poil aux dents, 150 ans de caricatures présidentielles. Guillaume Doizy et Didier Porte. Flammarion.

Les Présidents de la République pour les nuls. Arnaud Folch, Guillaume Perrault. First Editions. 

 

Sinon, pour finir sur un bon mot, sachez que le Président-sortant a lui aussi inventé un mot nouveau. La "méprisance". Jolie création. D'autant plus qu'elle ne semble pas volontaire. Mauvais signe. Depuis 2007, le candidat qui invente, durant la campagne, un nouveau mot, perd le jour de la finale. Vous ne me croyez pas. Demandez à la créatrice de la "bravitude".  Néologisme fatal. Méprisance et bravitude. Bravitude et méprisance. Avec ou sans ressemblance.  Avec ou sans... semblable conséquence.

 

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