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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 18:51

 

C'est au début des années soixante-dix. L'année de ma Maîtrise de philo. 1973, je crois. Une phrase écrite en lettres rouges au fond du bus. Le bus que je prends le matin en sortant de l'usine. Une usine de machines à laver. On n'a pas encore inventé le mot composé "lave-linge".

Selon les jours, la phrase, je la trouve drôle ou jolie. Marrante. Elle a un sens très fort. Une très forte portée symbolique, pour parler comme à l'université. Un sens immense. Bien au-delà du sens premier. Dans le bus, dans la société du bus, comme dans la société tout entière. Les conséquences sociales, politiques, ou même philosophiques, de la phrase ne me sont pas apparues d'emblée. En tout cas, pas au premier matin. Pas non plus au cours de la première semaine. Trop fatigué sans doute par cet horaire de nuit : minuit-sept heures. Trop épuisé par le rythme des lessives à faire au Laboratoire Qualité. Le Labo où l'on teste la résistance des prototypes. Les machines doivent tourner 24 heures sur 24. Quatre-vingt machines dans le Labo.

La phrase, je me la suis très vite apprise par coeur. Je me la suis appropriée. Elle m'a marqué pour la vie entière. Mais elle a eu sur moi un effet contraire. Dans la vie, dans ma vie, j'ai toujours eu du mal à m'asseoir. A m'asseoir définitivement. J'ai toujours eu envie d'être debout. De partir. De repartir. Pour voir ailleurs. Voir plus loin. Quand d'autres se sont arrêtés. Se sont "assis". Très vite. Très tôt. Définitivement. Aujourd'hui encore, je suis toujours "debout". Même si, objectivement, j'ai désormais l'âge où l'on "s'asseoit". Où l'on a gagné "le droit de s'asseoir". Cette histoire m'amuse encore aujourd'hui. Me fait sourire. Quand j'y pense, je me dis : A quoi ça tient, une existence ?

La phrase, c'est :

IL EST INTERDIT DE SE TENIR DEBOUT QUAND IL RESTE DES PLACES ASSISES.

Fabuleux, non ?

 

 

 

 

 

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 16:32

 

Impression étrange que de se relire soi-même. Drôle de sensation. Se relire. Relire le roman que l'on a écrit. Comme s'il était le livre d'un autre. Un autre dont on se sent très proche. Le temps a fait son oeuvre. Le livre a déjà plus de dix ans. Les mots, les phrases, la musique des mots, la musique des phrases, à tout jamais, je sais qu'elles sont miennes. J'y retrouve le goût d'une certaine enfance. Certains passages me surprennent. M'étonnent. Littéralement. Je m'étonne d'avoir écrit ça. Ecrit ça comme ça. D'avoir été capable d'écrire ça. Comme ça. 

 

Extrait, page 145 :

"- Tu vois, ton Albert Camus, tout ce qu'il sait, c'est au football qu'il le doit !

Plutôt surprise, ma mère. Elle ne comprend pas pourquoi mon père la lance soudain sur Camus. Mon père insiste comme s'il reprenait de volée le texte de l'encadré de la dernière page d'un France Football de l'an dernier. Numéro 613. Mardi 17 décembre 1957.

- Regarde moi ça, et lis la phrase, en gros caractères, en haut, à droite de la page.

Ma mère lit à haute voix en respirant bien entre chaque groupe de mots de la phrase : "Ce que je sais de plus sûr... sur la morale et les obligations des hommes... c'est au football que je le dois."

- Alors, reprend mon père, pas si mal, le football, pour faire des hommes ?

- Parfait, répond ma mère, on a chacun son Albert. Toi, Batteux, et moi, Camus. Un prix Nobel de littérature, ça vaut bien un entraîneur de football !"

 

Dans "Verlaine avant-centre", je n'ai pas employé une seule fois le verbe "tataner". Pourtant, quand on jouait au foot, sur la place du village, ou dans le verger familial, on en filait, et on recevait, des coup de pied. Des coups de tatane. Tatane, c'est le nom de l'Association de Vikash Dhorasso. Un malicieux qui a le football joyeux. Qui entend défendre cette idée d'un foot joyeux et désintéressé. L'Association, dès sa création, en 2005, s'est donnée, en guise d'identité, un superbe manifeste. Ecrit à coups de "Parce que" qui sont autant de réponses à tous les "Pourquoi" qu'on pourrait se poser à propos du foot. Parmi tous les "Parce que" du Manifeste de Tatane, moi, j'adore vraiment :

 

Parce que Garrincha pouvait reculer pour faire durer le plaisir avant de marquer

Parce qu'il est possible de jouer au foot sans penser à son prochain transfert

Parce que la peur de perdre empêche de jouer

Parce que les sports, comme les sociétés, se jugent à la manière dont on traite les perdants

Parce que former un joueur de foot, c'est aussi former un citoyen

Parce que le jeu sauvera peut-être le monde

Parce que rien n'est jamais foutu

Sept "Parce que" que, pour une fois, je fais miens sans éprouver le besoin de dire "pourquoi". Sept "parce que" auxquels j'ajoute, sans réserve, ces deux "tatanes", histoire de faire la paire :

Tatane, non, aimer le football n'est pas grossier

Tatane, oui, on peut penser avec ses pieds


Tiens, à quelques encâblures du jour de la première épreuve du Bac, cette dernère "tatane" me donne une idée. Pour lycéens et lycéennes en mal d'entrainement à la réflexion philosophique, ce sujet très improbable : "Un enfant de la balle peut-il naître avec un ballon dans le ventre ?"

Pas mal, non ? Vais l'envoyer à Laurent Blanc, pour faire plancher ses garnements, lundi prochain, de 8 à 12. Corrigerai personnellement la copie de Ribéry et de Nasri. Ce n'est qu'un début. En deuxième sujet, je leur donnerai la phrase de Camus.

"Ce que je sais de plus sûr, sur la morale et les obligations des hommes, c'est au football que je le dois."

 

 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 22:54

 

On n'imagine pas combien Flaubert a souffert pour mener à bien son Bouvard et Pécuchet. Au mois de mars 1880, Gustave croit enfin toucher au but : il commence le dernier chapitre du premier volume. Mais il meurt, sans l'avoir achevé, le 8 mai 1880. Le second volume devait comprendre le dossier de la bêtise humaine dont fait partie le Dictionnaire des idées reçues

Extrait d'une lettre à George Sand : "Je lis maintenant des livres d'hygiène. Oh ! que c'est comique ! Quel aplomb que celui des médecins ! quel toupet ! quels ânes, pour la plupart ! Je viens de finir la Gaule poétique du sieur Marchangy. Ce bouquin m'a donné des accès de rire." Correspondance, IV, p.195.

Dans une lettre à Mme Roger des Genettes, Correspondance, IV, p.206, Flaubert raconte :" Dans une quinzaine, je m'en retourne vers ma cabane, où je vais me mettre à écrire mes deux copistes. La semaine prochaine, j'irai à Clamart ouvrir des cadavres. Oui ! Madame, voilà jusqu'où m'entraîne l'amour de la littérature."

Dans le courant de l'été 1874, Flaubert écrit à George Sand qu'au court d'un petit voyage en basse Normandie il a découvert "sur un plateau stupide" un endroit propice à loger ses deux bonshommes, "entre la vallée de l'Orne et la vallée d'Auge". Flaubert explique : "J'aurais besoin d'y retourner plusieurs fois. Dès le mois de septembre, je vais donc commencer cette rude besogne. Elle me fait peur et j'en suis d'avance écrasé."

Au mois de juillet de cette même année 1874, Flaubert, pris de syncopes et d'étouffements, est envoyé au Righi, où il ne reste que trois semaines, et dès sa rentrée il écrit à Edmond de Goncourt : "A mon retour ici, j'ai enfin commencé mon roman, lequel va me demander trois ou quatre ans. J'ai cru d'abord que je ne pouvais plus écrire une ligne. Le début a été dur. Mais enfin, j'y suis, ça marche, ou du moins, ça va mieux."

Le 2 décembre 1874, il écrit à George Sand : "Dans un mois, j'espère avoir fini avec l'agriculture et le jardinage, et je ne serai qu'aux deux tiers de mon premier chapitre."

 

L'ouvrage que je feuillette, à l'ombre des platanes du quai de la Tournelle, porte en titre Bouvard et Pécuchet, Oeuvre Posthume. C'est une édition de 1923. Le tome Bouvard et Pécuchet fait partie des Oeuvres Complètes de Gustave Flaubert. L'Editeur, Louis Conard, précise : La présente édition définitive des Oeuvres de Gustave Flaubert a été tirée par l'Imprimerie Nationale en vertu d'une autorisation de M. Le Garde des Sceaux en date du 30 janvier 1902. Il a été tiré de cette Edition 50 exemplaires numérotés sur papier de Chine.

Mon exemplaire est en papier ordinaire. En bas de page, cette dernière précision du Libraire-Editeur Louis Conard : Le texte de cette édition est conforme à celui de l'édition originale, Paris, 1881. Alphonse Lemerre, éditeur. Avec addition des notes et du Dictionnaires des idées reçues.

Depuis toujours, dans les livres, je suis curieux des notes en bas de page. Insignifiants messages que l'on vous délivre. Doctes anecdotes. Comme pour mieux aider le lecteur à survivre.

 

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 18:19

 

C'est d'abord une voix. Une voix qui semble familière. Comme la voix d'un proche. La voix de quelqu'un de la famille. Un vieil oncle, sans doute. Conversation de fin d'après-midi. Entretien du soir. Juste avant le point de l'actualité. Presque banal. Un écrivain parle de son journal. Le journaliste qui l'interroge lui demande si le diariste vit sous le rythme de l'inspiration. Le journaliste ne donne pas la définition. Diariste : Auteur d'un journal intime.

J'ai pris l'émission en cours. Comme souvent. J'ai manqué l'annonce du nom de l'invité. Je ne sais pas qui parle, mais ça me parle. Ce que la voix de cet homme me fait entendre me touche. Me concerne. Comme s'il était un autre moi-même.

"Des textes me viennent tout écrits, me sont comme dictés." Je tends l'oreille. Je n'en crois pas mes yeux. Je vois très bien la scène. J'ai souvent ce sentiment aussi. "J'écris beaucoup en marchant. soit dans la rue, soit à la campagne." Insensé que je suis, qui croit qu'on parle de lui, quand c'est un autre qui parle de soi. Un autre soi-même. La campagne ? Un village de l'Ain, au nord-est de Lyon. C'est l'invité qui répond.

Le ryhtme de la marche qui donne naissance au rythme de la pensée. J'ai déjà vécu ça aussi. Ressenti ça. Vraiment. Souvent. Cet homme est un frère. Je me sens très frère de lui. De ce qu'il dit. De sa vie. De sa manière de vivre sa vie.

" La fonction de l'écrivain, c'est de parler pour les silencieux." Fabuleux. Encore mieux :"Je voudrais écrire des poèmes qu'un homme pourrait murmurer à la femme qu'il aime." Cette conception du rôle de l'écrivain me va bien : parler pour ceux qui n'ont pas les mots.

Dernière phrase de l'invité, dans un de ces demi-sourires qui ne se voient qu'à la radio : "Je ne suis pas encore un retraité de l'écriture". L'invité, que le journaliste vient de remercier, maintenant, je sais qui c'est. Charles Juliet. L'auteur de Lambeaux. L'auteur de L'Année de l'éveil. L'auteur de La Lente Montée. Heureux, vraiment, ce soir, de me sentir si proche de cet homme-là. Grâce à la radio. La radio, le média qui irradie. La radio, le média qui rend radieux.

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 21:29

 

Le premier quart d'heure avait un goût de match déjà vu. Quelque chose d'Allemagne-Portugal. Le début de la rencontre était propice à somnoler. Je n'allais pas me priver. J'ai dû m'assoupir. Les commentateurs se sont mis à citer Houellebecq. Houellebecq footballeur, ça me semblait très improbable. Pas à ce niveau. Pas dans l'Euro. Mais dans mon rêve, j'ai tendu l'oreille et je me suis laissé prendre au jeu. Le premier match de la France de Laurent Blanc devenait une version inattendue de Questions pour des champions en crampons.

A chaque fois que mon cerveau entendait Houellebecq dans la voix d'Arsène Wenger, l'animateur principal du jeu télévisé, j'avais la réponse. Un vrai sans faute. Vous ne me croyez pas ? Simple, je vous rejoue le match en différé. 

Angleterre-France, pour les Bleus de Blanc ? La possibilité d'une île

La défense centrale des Tricolores ? Plateforme ! En un seul mot, ce soir. Souvent en deux mots dans les matchs de préparation.

L'entrée dans les dix-huit mètres ? Extension du domaine de la lutte.

Le match nul 1-1 avec les Anglais ? Le droit à La poursuite du bonheur !

Je suis sorti de mon rêve juste avant la mi-temps. Un gros plan sur le maillot d'un joueur britannique m'a donné la réponse. C'était écrit, en capitales : WELBECK.

De Welbeck à Houellebecq, crampons ou pas, avouez qu'il n'y a qu'un pas.

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 23:06
Compiègne. Milieu des années 80. © DR.

Compiègne. Milieu des années 80. © DR.

 

"La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore. Cela arrange bien des esthètes que François Villon ait été un voyou."

Relire, relire toujours, relire toujours avec le même plaisir, cette préface de Léo Ferré. Préface qui figure en ouverture de Poète... vos papiers ! Folio n° 926. Edition de 1977. Poète... vos papiers. Première édition parue à la Table Ronde, en 1956. Ferré, né en 1916, a tout juste 40 ans. Léo se préface lui-même. Quelle préface ! Quelle pêche ! Quel punch ! Quelle pugnacité ! La brouille avec Breton y est sans doute pour beaucoup. Breton aurait dit à Ferré que, selon les surréalistes, il n'était pas un poète. 

 

Qui n'a jamais entendu Ferré dire cette préface sur scène ne peut comprendre toute la force et toute la violence de ce texte. Texte-pamphlet. Texte-plaidoyer. Texte-prophétique. Texte-testament.

"Le snobisme scolaire qui consiste à n'employer en poésie que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain. Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse. Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, c'est la poésie qui illustre le mot."

 

J'adore. Je ne m'en lasse pas. C'est d'une modernité rare. D'une actualité éternelle. D'une insolence définitive et salutaire. Plus loin :

"L'alexandrin est un moule à pieds. On n'admet pas qu'il soit mal chaussé, traînant dans la rue des semelles ajourées de musique. La poésie contemporaine qui fait de la prose en le sachant, brandit le spectre de l'alexandrin comme une forme pressurée et intouchable. Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes : ce sont des dactylographes."

 

Et encore, juste pour vous donner l'envie de dévorer cette préface incroyable, cette dédicace à Breton sur le vers et le vers libre :

"Le vers est musique; le vers sans musique est littérature. Le poème en prose, c'est de la prose poétique. Le vers libre n'est plus le vers puisque le propre du vers est de n'être point libre." 

 

Enfin, au cas où vous n'iriez pas jusqu'à la fin :

"Le poète d'aujourd'hui doit être d'une caste, d'un parti ou du Tout-Paris. Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé. Enfin, pour être poète, je veux dire reconnu, il faut "aller à la ligne". Le poète n'a plus rien à dire, il s'est lui-même sabordé depuis qu'il a soumis le vers français aux dictats de l'hermétisme et de l'écriture dite "automatique". L'écriture automatique ne donne pas le talent. Le poète automatique est devenu un cruciverbiste dont le chemin de croix est un damier avec des chicanes et des clôtures : le five o'clock de l'abstraction collective."

Sublime. Léo, sublime. Forcément sublime.

 

© Jean-Louis Crimon

 

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 18:49

 

"Vous ne m'écrivez plus de lettre d'amour tendre..." chantait déjà Julos Beaucarne dans les années soixante-dix. 1970. Aujourd'hui, au siècle des sms et des mails, une lettre, une vraie lettre, une lettre manuscrite avec des mots, de vrais mots, des idées, de vraies idées, et des sentiments, c'est devenu denrée rare. La seule lettre reçue ces dernières semaines est celle de mon syndic. Incroyable prose. Prose prosaïque, mais il y a un hic...

"Mesdames, Messieurs,

Faisant suite à l'assemblée générale du 24/05/2012, nous vous demandons de faire en sorte que les placards des vides ordures soient débarrassés de tout ce qui les encombre sur chaque palier.

Aussi, nous vous remercions de faire le nécessaire ou de le demander à votre locataire si vous êtes propriétaire bailleur.

Nous vous prions d'agréer, Mesdames, Messieurs, l'expression de nos sentiments distingués."

Rien à dire, n'est-ce pas ? Mise à part la double faute d'orthographe à "vides ordures" qui doit s'écrire, je crois, "vide-ordures". Un vide-ordures est fait pour vider les ordures. Pas les coutumes orthographiques. Vide-ordures : dans un immeuble, conduit vertical dans lequel on peut jeter les ordures par une trappe ménagée à chaque étage. Vide-ordures, nom masculin, invariable. Nous vivons des temps incroyables. Une époque formidable. Mais mon syndic est un vieux sadique qui malmène la copropriété de... l'orthographe !  

 

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 18:42

 

Carton rouge pour Sokratis ! Carton rouge pour Socrate ! Non, ce n'est pas possible. C'est impensable. Deuxième carton jaune pour une faute inexistante. Une faute imaginaire. Deux jaunes, en langage football, c'est connu, font un rouge. Rouge synonyme d'exclusion. Les Grecs à dix. Par Torosidis ? Par Salpingidis ? Non, par Papastathopoulos. Sokratis Papastathopoulos. Le comble : sanction infligée par un arbitre espagnol. L'Espagne qui donne un carton rouge à la Grèce. On croit rêver ! Non, on ne rêve pas. C'est un cauchemar. Vraiment, la Grèce est la mal aimée de l'Europe. L'Europe du football est aussi cruelle que celle des banquiers. A peine ouvert, l''Euro s'acharne sur la Grèce. L'Euro commence mal. Même sur la planète du ballon rond, ça ne tourne décidément pas très rond.

J'éteins la télé. J'arrête le match. Si l'Euro 2012 commence comme ça, vraiment, ça ne m'intéresse pas. T'en fais pas, Papastathopoulos, on va regarder... Roland-Garros. 

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 19:16

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© Jean-Louis Crimon                                                             Scène Champêtre. Emmanuel Bellini.

 

 

 

 

"Victor Hugo a fréquenté le Mont de Piété au 19ème siècle". Quand j'ai lu ça sur le nouveau prospectus du Crédit Municipal de Paris, ça m'a fait sourire. Entrer dans la famille de Victor Hugo, même de cette façon, j'ai trouvé ça pas mal. Hugo, je le sais, est plus célèbre que moi. Depuis toujours et pour bien longtemps encore. Comme écrivain, y'a pas photo ! Le génie, le talent, c'est lui, moi, je suis un... misérable !

Mais bon, qu'il ait emprunté, lui, le même chemin que moi, pour gager quelque objet de valeur, et emprunter un peu d'argent, en des temps, pour lui, difficiles, ça m'a donné comme un peu de baume au coeur. Je ne sais si, dans cet emprunt, il a laissé son empreinte, mais je me plais à le penser. J'ai mis mes pas dans ses pas et de nous deux, lui, est le seul qui ne le sait pas.

Je suis arrivé au 55 de la rue des Francs-Bourgeois parmi de plus bourgeois que moi. De plus riches, vraiment. De plus désargentés aussi. Tout est relatif. J'ai reçu le semaine dernière une lettre de "Ma Tante". Puisque qu'il faut bien l'appeler comme ça, "Ma Tante" ! La lettre, datée du 29 mai 2012, disait :

"Monsieur, Nous vous informons que votre contrat de Prêt Sur Gage n°11028965X du 20 juin 2011 va arriver à échéance le 20 juin 2012, date à laquelle vous pourrez régulariser votre compte, soit par un dégagement en réglant à nos guichets la somme de 156 euros, en prenant soin de présenter obligatoirement votre pièce d'identité ainsi que l'original de votre contrat et la présente lettre, par chèque de banque établi au nom de l'Agent Comptable du Crédit Municipal de Paris ou par carte bancaire ou en numéraire, si la somme due est inférieure à 3000 euros, soit par un renouvellement en réglant la somme de 6 euros"

Le dernier paragraphe de la lettre de "Ma Tante" se terminait par :

"Nous vous rappelons l'importane du respect de la date d'échéance car, conformément aux textes qui régissent le PRÊT SUR GAGES, les objets gagés correspondant à un contrat de prêt échu et impayé sont vendus aux enchères publiques."

La formule de politesse était classique :

"Nous vous prions de croire, Monsieur, à l'assurance de notre considération distinguée."

 

J'ai attendu huit jours et je suis allé chez "Ma Tante" reprendre possession de mon bien. De mon Bellini. Leur laisser, que nenni. J'ai payé la somme demandée. 156 euros. Bellini dort ce soir chez moi. C'est beaucoup mieux comme ça. Cette Scène Champêtre est faite pour moi.

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

 

A relire, si ça vous dit, ma chronique du 20 Juin 2011. Celle du jour où je suis allé confier "mon Bellini" à "Ma Tante"... 

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 16:40

 

Une ville de province que je connais bien. Un Café Brasserie près de la gare. La porte qu'on pousse par hasard. Le 11h50 manqué de peu. Mais manqué quand même. Le prochain, affiché à trente. Midi trente. Une demi-heure à perdre. Le temps d'un café. Ou deux. Bien m'en a pris. Le lieu en valait deux.

Je n'ai pas remarqué tout de suite la chose. De fait, je lui tournais le dos. Je me suis installé face à la vitre qui donne sur la place et sa verrière tubulaire. Verrière que les gens d'ici vivent davantage comme une verrue. Oui, davantage verrue que verrière, n'en déplaise à cet architecte italien dont on a déjà oublié le nom. C'est en me levant pour aller vers le comptoir commander un second café que j'ai aperçu la chose. Une mini bibliothèque installée, "comme à la maison", au dessus d'un radiateur. Des livres qui, assurément, témoignent d'une certaine culture. D'une vraie curiosité d'esprit. D'un vrai savoir-être. Au delà du paraître, très en vogue dans cette époque en toc.

Quelques auteurs et quelques titres, "chopés" au vol, comme un demi qu'on fait glisser sur le comptoir et qui s'arrête pile, net, devant celui qui l'a commandé : Trop loin, Updike. La fin d'un primitif, Chester Himes. La Cousine Bette, Balzac. Le mythe de l'Eternel retour, Mircea Eliade. Les confessions des Rousseau modernes, Marie-Laure de Shazer. Vers la paix perpétuelle. Que signifie s'orienter dans la pensée ? qu'est-ce que les lumières ? Kant

Modestie incroyable du patron des lieux, devant mon admiration étonnée ou mon étonnement admiratif : On dira que c'est des livres qui m'intéressent moi. Comme un petit bout de ma bibliothèque que je garde sous la main. Ou sous les yeux.

Le patron poursuit son explication : au début, je mettais quelques livres sur chaque table et des BD, mais c'était surtout les BD qui étaient lues. J'ai regroupé les livres, vraiment livres, à cet endroit. Biblio improvisée, juste au-dessus du radiateur.

Moi, pour causer :

- On ne vous en emprunte pas ? J'veux dire, "pour toujours" ! 

- Non, vous savez, les gens sont honnêtes...

- Oui, mais juste pour le plaisir d'emprunter, de "piquer"...

- Vous voulez dire : des qui pourraient payer, mais qui piquent pour le plaisir...

- Oui, des piqueurs, des chapardeurs, des voleurs, quoi !

- Mais eux, monsieur, ce ne sont pas des voleurs, ce sont des "cleptomanes"... Vous savez, même chez les voleurs, il y a des classes sociales... Des privilèges et des privilégiés... des qui s'inventent un vocabulaire pour faire passer ça pour une "maladie"...

Sourires amusés. Sourires partagés.

L'homme a de l'humour. Une réelle culture. Une infinie douceur dans la voix. Une vraie tendresse pour le genre humain. En fait, qualité rare sous nos climats : un vrai savoir-vivre. Je reviendrai souvent, je crois. Mieux : je vais souvent manquer mon train de onze heures cinquante.

Question : ça vous tente ?

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