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10 avril 2021 6 10 /04 /avril /2021 08:57
Contay. Rideau de peupliers vus du cimetière. Mars 2009. © Jean-Louis Crimon

Contay. Rideau de peupliers vus du cimetière. Mars 2009. © Jean-Louis Crimon

 

Cher désespéré lucide,

 

Tu ne sais pas pourquoi ni comment, mais ça te vient comme ça. Sans prévenir. Sans crier gare. Comme une averse de pluie froide. Giboulées noires qui te mélancolisent soudain un avenir que tu te sentais l'envie de voir radieux.

Il y a des matins pas très bien. Des matins qui ont déjà la gueule du soir. Il y a des soirs désespoir. Lassé du culte des apparences qui fascinent tes contemporains. Fatigué des certitudes de ceux qui croient parce que ça les dispense de penser. Ecoeuré par cette information spectacle où les faux savants et les fausses idoles défilent vendre leur camelotte. 

Il y a des jours où tu en as marre de cette sinistre mise en scène du superficiel. Avant, ils croyaient au ciel. Maintenant ils croient au superficiel. Asssez de ces frimeurs, parleurs, hâbleurs, usurpateurs, raseurs perpétuels.

Marre de ceux qui s'assoient dans un métier ou s'y couchent pour la vie entière, parce qu'ils ont vu de la lumière et qu'on les a laissés entrer. Mais qui n'ont ni légitimité ni talent particulier. Qui ont peur du risque, de l'inconnu. Qui n'aiment que ce qu'ils connaissent déjà.

Quand on y pense, on n'a qu'une vie, c'est tellement triste de ne pas aller au bout de tous les possibles.

Il y a des soirs où tu te dis que Socrate a bien fait d'accepter de boire la ciguë. Il y a des jours où tu te dis qu'un jour, vraiment, tu n'auras plus qu'à faire de même.

 

Il y a pire que de n'être pas aimé, c'est de n'être pas compris.

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Première parution :  3 Mars 2016.

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9 avril 2021 5 09 /04 /avril /2021 08:57
Paris. Cimetière du Montparnasse. Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

Paris. Cimetière du Montparnasse. Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Te voilà face à celui que tu admires depuis si longtemps, C'est ton fils qui t'a entraîné dans les allées du Cimetière du Montparnasse. Voulait que tu ailles saluer Baudelaire. Chez nous, c'est banal, les vivants rendent souvent visite aux absents. Les morts ne sont pas vraiment morts tant qu'un vivant les maintient vivants, justement.

Tu te souviens de cette jolie formule, en fait une confidence de Graeme Allwright, le chanteur aux pieds nus, au cours d'une interview: " On meurt deux fois, d'abord quand on passe de vie à trépas, ensuite quand plus personne ne parle de vous, ne vous évoque ou ne vous nomme, ou ne vous rend visite." Tu n'as jamais oublié. Tu pensais et tu penses toujours exactement la même chose.

Te trouver face à la tombe de Baudelaire, cette tombe vue tant de fois, en photographie, dans des livres de poésie ou de littérature, a quelque chose de déconcertant. Tu trouves la tombe petite. Ecrasée par les monuments funéraires d'à côté.

Ce qui te plait, d'emblée, ce sont les traces de lèvres rouges et roses de baisers laissés par des éplorées venues dire leur amour.

Lèvres qui ont embrassé le marbre blanc de la tombe que Charles partage avec ses parents. Lèvres des baisers de femmes qui ne sont pas venues pour le Général Aupick ou pour la veuve Baudelaire. Sont venues pour toi, Charles. Toi qui, à ta mort, a ta vie résumée en... trois lignes. Indigne.

Le Général, qui plus est Sénateur, a droit à 11 lignes dans sa bio de marbre et sa veuve à 8 lignes. Ce qui ne vous laisse pas de marbre.

Ton fils te fait la remarque avant que tu ne l'exprimes à haute voix : le marbrier n'a même pas gravé le mot... poète.

Charles, est-ce que tu nous vois au pied de ta tombe ? est-ce tu es quelque part dans le vaste monde ? est-ce que tu nous entends quand on te parle ?

Charles ne répond pas. Charles n'a pas répondu. Ou tu n'as pas entendu. Tu voulais lui lire le récit du tour  joué, il y a de cela quelques années, par un Bouquiniste malicieux, à une certaine veuve... Aupick.

Juste à retrouver l'extrait en question.

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Première parution :  14 Février 2016.

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8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 08:57
Amiens. Le Beffroi. 31 Déc. 2015. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Beffroi. 31 Déc. 2015. © Jean-Louis Crimon

 

Je me demande à quand remonte ma dernière lettre reçue. La dernière enveloppe à mon nom et à mon adresse déposée dans ma boîte aux lettres par le facteur de mon quartier. En ces temps SMS, Texto, Twitter, Instagram, Whatsapp ou autre Snapchat, recevoir une lettre, une vraie lettre avec un vrai timbre, une vraie lettre avec une belle adresse manuscrite, une lettre qui ne soit pas missive EDF ou ENGIE, relance de facture impayée ou harponnage commercial, relève du miracle. Comme je ne crois pas aux miracles, j'ai cette fois vraiment décidé de m'écrire à moi-même. Une lettre par jour. La première datée du premier jour de l'année. On y est. J'y suis.

 

Problème : vais-je me dire "Cher vous" ou "Cher toi" ? Vais-je me tutoyer ou pas ? Ou bien dois-je m'écrire simplement comme on écrit à un ami ? Pour lui souhaiter, par exemple, Happy New Year. Même si, comme Gramsci, j'ai une sainte horreur du rituel obligé du Nouvel An. Antonio Gramsci qui écrivait il y a exactement 100 ans : "Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c'est pour moi la nouvelle année. C'est pourquoi je hais ces Nouvel An à échéance fixe qui font de la vie et de l'esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l'exercice à venir."

2016. Nouvelle année. Une année 2000, mais une seize. Seize qui rime avec A 16, l'autoroute pas loin de chez moi, même si je garde une inoxydable préférence pour les chemins de traverse. Seize qui rime avec ascèse, mode de recherche personnelle qui n'est pas pour moi. Même si donner un sens à sa vie passe par un cheminement intérieur et une forme d'exigence morale.

Gramsci encore : "Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour."

 

Cet après-midi du dernier jour de décembre, - va savoir pourquoi ? - j'ai voulu faire un dernier tour de ville. Bien m'en a pris. Moi qui rêvais en silence de grands espaces de mer et d'immenses plages du Nord, levant la tête vers l'horloge du Beffroi, comme pour boire à la renverse quelques secondes d'éternité, me sont tombées soudain dans les yeux d'incroyables vaguelettes de nuages blancs dessinés sur le sable bleu du ciel. Incroyable inversion des sensations. Pur instant d'éternité. Ivresse des yeux à vous chavirer un paquebot Gothique, même baptisé Cathédrale.

En fait, ce qui me fascine et m'obséde depuis toujours, c'est l'instant. Nouvel An ou pas, le temps n'a pas d'importance pour moi, le temps n'existe pas pour moi, ce qui compte, ce qui importe, ce qui l'emporte, c'est l'instant. La saveur de l'instant.

 

Pour le reste, je t'en parlerai une prochaine fois. Dans une autre lettre. Dans ma prochaine lettre.

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Première parution :  1er Janvier 2016.

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7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 08:57
Paris. Grand Palais. 18 Avril 2010. © Jean-Louis Crimon
Paris. Grand Palais. 18 Avril 2010. © Jean-Louis Crimon

Paris. Grand Palais. 18 Avril 2010. © Jean-Louis Crimon

 

Te souviens-tu de ce dimanche d'avril ? C'était il y a dix ans. Paris. Grand Palais. Salon du livre ancien. Edition 2010. Tu t'attardes dans ce petit Temple Rimbaud. Espace minuscule où est exposée, pour la première fois, parmi d'autres documents, une étrange photo sépia, présentée comme la dernière connue de l'homme aux semelles de vent. Une trouvaille extraordinaire. Une photo dénichée en 2008, par deux amis libraires dans une brocante, Alban Caussé et Jacques Desse. Au dos de la photo, une inscription comme une signature en forme de clin d'oeil du destin: Hôtel de l'Univers.

 

Les deux amis sont gens cultivés et connaisseurs. L'Hôtel de l'Univers, bien sûr, c'est le nom de l'endroit où a séjourné, à Aden, l'auteur du Bateau ivre. Sans trop d'insistance, pour ne pas intriguer le vendeur, les regards s'attardent sur cette photo au milieu de cartes postales anciennes et de vieux bouquins. Lot de vieux papiers banal au pays des brocantes. Si ce n'est cette mention au dos de cette photo, cette inscription : Hôtel de l'Univers. Les deux amis achètent le lot en se disant: à étudier de près.

 

La photo sépia représente un groupe de personnes assises : six hommes et, je crois, de mémoire, une femme. Très vite, les inventeurs de ce trésor de papier photographique ont une intime conviction: l'homme assis à droite de la photo, le seul dont les yeux fixent l'objectif, c'est... Arthur Rimbaud. Bingo !

Forcément, la présentation de la photo au Salon du livre ancien fait grand bruit. Elle suscite pas mal de doutes et de critiques parmi les spécialistes d'histoire, de littérature ou de photographie.

Les partisans de la thèse «pro-Rimbaud» sont persuadés que cette photo a été prise autour de 1880 à Aden, en présence de Rimbaud. Leurs opposants tiennent cette idée pour impensable et farfelue.

 

Toi, tu écoutes, tu regardes, tu questionnes. L'histoire est trop belle. Mais tu aimes les belles histoires. Tu sais que la chance sourit aux audacieux. En toi-même, tu penses et tu te dis : et si c'était vraiment le poète des Illuminations qui figure sur cette photographie ? Si on essaie d'imaginer les rares portraits que nous connaissons de l'adolescent Rimbaud, on peut reconnaître certains traits, un certain regard, une même expression. Mais l'imagination est forcément galopante quand on pense à l'homme aux semelles de vent.

 

Soudain, tu t'éloignes, tu prends tes distances avec le groupe de visiteurs qui commentent à voix haute la photo, tu viens de voir s'avancer dans l'encadrement de la porte le gardien des lieux. Trois pas en arrière, et tu peux cadrer toute la scène qui vient de s'offrir à toi. Mimétisme fantastique. La mort et la vie dans une même attitude.

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Première parution : 11 Juillet 2020.

 

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6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 08:57
Chengdu. Sichuan. Chine. Octobre 2013. © Baptiste Resse.
Chengdu. Sichuan. Chine. Octobre 2013. © Baptiste Resse.

Chengdu. Sichuan. Chine. Octobre 2013. © Baptiste Resse.

 

Mon cher faguo laoshi,

 

Tu te souviens de cette photo ? Normal Sichuan University. Il fait sur le campus un froid humide à vous glacer les os. C'est le matin. Le dernier matin de ton second voyage à Chengdu. Mercredi 23 Octobre 2013. Tu avais promis, en janvier 2012, à tes étudiants, en les quittant, de revenir avec ton roman. Ecrit et publié. Tu en avais parlé en dehors des cours de cette belle idée d'un roman chinois qui dirait la Chine d'aujourd'hui sans oublier la Chine d'hier. La Chine d'autrefois. Un roman poétique et politique à la fois. Ils ne te croyaient pas capable de mener à bien une idée pareille. Ecrire un poème à la gloire des balayeurs, ça, déjà, ça ne passait pas. Même si tu leur avais expliqué ce que ça pouvait représenter pour toi, fils de jardinier. Ce poème improvisé à la craie, sans un mot, sur le tableau géant de l'amphi des 4 èmes années, c'était un geste révolutionnaire. C'était, Karl et Friedrich te pardonnent, ton Manifeste à toi: " Balayeurs de tous les pays, unissez-vous !"

Ton dernier vers "Le balayeur efface l'automne", avait nécessité un bon quart d'heure d'explication. A la pause, une étudiante était venu te dire, sans sourire: Comment peut-on écrire un aussi beau poème sur un métier aussi minable ? Tu t'étais mordu la langue pour ne pas lui rétorquer: c'est votre pensée, mademoiselle, qui est minable.

Sur le chemin du retour vers la Résidence des Professeurs étrangers, tu t'étais récité pour toi tout seul et pour ton père jardinier mort depuis plus de dix ans déjà, ton petit poème à balayer les préjugés:

 

Dès le début d'Octobre,

D'un geste précis et sobre,

Il entre en scène,

Sans mise en scène,

Ici, là ou ailleurs,

Lui le balayeur.

 

Il décrit d'étranges arabesques,

Dessine d'invisibles fresques,

Avale des morceaux entiers de trottoir,

Ne se raconte pas d'histoire,

Ne tire aucune gloire,

D'un destin pourtant méritoire.

 

Il balaie du matin au soir,

Sans prendre le temps de s'asseoir,

Vous le regardez sans le voir,

Sa vie est monotone,

A peine si ça vous étonne,

Le balayeur efface... l'automne.

 

Sur la photo, Octobre 2013, tu tiens entre tes mains ton "Du côté de chez Shuang", rêvé et composé en partie au pied de la statue de Confucius. Ce 20 septembre 2011, tu lui adresses la parole, comme ça, comme on se parle à soi-même. Tu lui dis:

- Qu'est-ce que tu en penses, toi, le Grand Sage, de ma présence ici ?

Confucius, bien sûr, ne dit rien. Ne te répond pas. Mais, toi, toi à qui, en dehors des cours, personne ne parle, tu imagines que Confucius te répond. L'idée du roman vient de là. Tu viens de te faire à toi-même le plus beau des cadeaux. Donner un sens à une présence qui n'en a peut-être pas.

Comme tu n'es pas un ingrat, tu reviendras, moins de deux ans plus tard, le livre avec toi. Ton projet est devenu réalité. Tu as tenu promesse. Moment de vérité sublime. Tu lis à Confucius les passages où tu parles de lui, et, surprise, dans le matin glacial, le Maître, mais oui, applaudit.

 

© Jean-Louis Crimon

 

Première parution :  16 Janvier 2016.

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5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 08:57
Rivery. Picardie. 20 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon
Rivery. Picardie. 20 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Rivery. Picardie. 20 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Tu aimerais glisser, paisible, dans tes parcelles de pensées ou d'idées, rêver à l'infini d'une vie qui ne serait que d'eau. Prendre la barque du destin de bon matin. Mais au soir de ton parcours terrestre, tu te dis que tu ferais mieux de préparer ton obole à Charon, pour payer ton passage.

Charon, ou Caron, fils des Ténèbres et de la Nuit, celui qui, moyennant péage, te fait passer sur le Styx, avec les ombres errantes des défunts. Caron, l'acariâtre. On dit le vieillard qui vous prend à bord de son embarcation peu conciliant. Plus l'heure de discuter le prix du dernier voyage vers le séjour des morts.

 

Ton bateau à cornet échoué volontairement sur la parcelle de terre, tu ramasses tes mots et tes idées. Le métier est à l'eau. Le métier s'en va à vau-l'eau. Pour éviter que la mémoire ne se perde, tu rassembles les outils et tu te dis qu'il faut faire un musée, le musée des Hortillonnages. Avant qu'il ne soit trop tard.

On raconte que la Cathédrale d'Amiens aurait été construite, au début du XIIIe siècle, sur un champ d'artichauts donné par les maraîchers des hortillonnages. L'histoire est belle, mais ce n'est qu'une légende.

Ces jardins entourés de canaux ne sont pas des jardins comme les autres jardins, avec leurs allées de graviers ou de cendre, que l'on ratisse pour faire beau, le dimanche matin, avant la messe. Ce sont des jardins où les allées sont des allées d'eau où l'on glisse en bateau. Si tu cultives aussi l'étymologie, sache que le mot Hortillonnages vient d'une jolie lignée. Du nom hortillon, terme picard usité dès le XVe siècle et issu du bas latin hortellus, "petit jardin", diminutif du latin hortus, jardin.

 

N'oublie jamais qu'à Rivery, la rive... rit.  Les canaux en sont la preuve. On les appelle des rieux.

 

 

© Jean-Louis Crimon

 

Première parution :  20 Mars 2016.

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4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 08:57
Pékin. Place Tian' Anmen. 13 Sept. 2014. © Jean-Louis Crimon

Pékin. Place Tian' Anmen. 13 Sept. 2014. © Jean-Louis Crimon

 

Mon vieux camarade,

 

C'était en Septembre 2014, le treize, tu t'en souviens ! Place Tian' anmen. Beijing. Pékin. Toi qui ne te prends pas pour le pékin moyen. Dans ton sac à dos, Du côté de chez Shuang, ton petit roman chinois. Tu tiens absolument à en perdre volontairement quelques exemplaires sur cette Place où en juin 1989, des centaines, des milliers, peut-être même des dizaines de milliers d'étudiants chinois ont été massacrés par les chars et les militaires de l'armée de la République Populaire de Chine. Leur seul tort : vouloir davantage de libertés et davantage de démocratie. Tu avais alors écrit à l'adresse du petit timonier, Deng Xiaoping, un chant de révolte au refrain insolent :

 

"Dis donc, Deng,

T'es dingue ou quoi,

Pourquoi tu tires sur le peuple chinois ?"

 

Cette fois, tu viens semer, au propre et au figuré, des mots et des idées, dans la langue de Voltaire et d'Hugo. Dérisoire bookcrossing qui consiste à faire circuler des livres en les libérant dans les endroits de l'espace urbain les plus insolites ou les plus interdits qui soient. Tu as l'espoir qu'un lecteur ou qu'une lectrice te trouve, te lise, et à son tour, te relâche dans la ville. Bookcrossing a donné, en français, "livre voyageur" ou "libérez un livre", ou encore "passe-livre". Passe-livre, ça te plait bien, ça te va bien.

La clé du bookcrossing repose sur l'enregistrement des livres qu'on libère de cette façon, sur un site internet, afin de pouvoir suivre leur parcours. Grâce à un numéro identifiant unique, BCID pour BookCrossing ID, il est possible de garder trace du voyage du livre. Jeu de piste fabuleux.

Rituel que tu ne peux pas respecter à la lettre là où tu te trouves. Qu'importe. Tu veux le faire, tu le feras. Déjà, sur la Grande muraille, la veille, portion de Mutianyu, tu as parsemé ta longue marche - dix bornes au moins - de semailles inédites en RPC.

Soudain, jaillie de je ne sais où, une jeune fille débarque sur la Place, à deux pas de toi, Tee shirt impensable, en tout cas inédit, et sourire incrédule. Tu lui mets ton livre dans les mains et tu lui demandes si tu peux prendre une photo. Une seule. Pied de nez superbe au fourgon de Police stationné juste à quelques pas.

Du côté de chez Shuang, Place Tian' anmen, au coeur de Pékin, 25 ans après les évènements du 4 Juin 89. NOTHING IS IMPOSSIBLE.

 

© Jean-Louis Crimon

 

Première parution :  12 Janvier 2016.

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3 avril 2021 6 03 /04 /avril /2021 08:57
Onzain. La Cisse. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Onzain. La Cisse. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Cher Cissain, ou Cissois, ou Cissien, ou Calcissien,

 

Un cygne noir, deux passants, trois arches...

Un + deux + trois = 6. Six. Cisse. Ça marche. 6 pour la Cisse. Un signe. Même si l'A 6 ne passe pas près de la Cisse.

Un cygne noir glisse sur la Cisse, deux passants passent dans le presque soir. Paisible démarche mais pas un regard pour les trois arches.

La Cisse, improbable abscisse, te lisse une lettre liquide. Tu voudrais lui répondre, mais tes mots s'en vont à vau-l'eau. Le cygne écrit au fil de l'eau.

Le cygne a pris la plume. Pour la tremper dans l'encre noire. Il dessine des mots sombres et des pensées tristes. Tu n'aimes pas les idées noires du cygne noir. Mais tu ne dis rien. Mieux vaut éviter la prise de bec.

 

Va savoir pourquoi, signe ou cygne, c'est toujours toi qui signes. Pourtant tu n'entends rien à la langue des cygnes.

 

© Jean-Louis Crimon

 

Première parution :  12 Juin 2016.

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2 avril 2021 5 02 /04 /avril /2021 08:57
Paris. 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. 2012. © Jean-Louis Crimon

 

Chut ! Ne dis rien ! Le mur fait chut. L'index sur la bouche. La parole est à l'index. La ville a de l'humour, tu sais. Mais la ville a de l'oreille aussi. Les murs n'ont pas seulement la parole, ils ont aussi de grandes oreilles. Parle à voix basse si tu ne veux pas que toute la ville te renvoie ta voix en écho. Au risque de passer pour un grand parano, méfie-toi. Un peu. Un tout petit peu.

On t'a déjà dit que pour "s'écrire à soi-même" fallait être un bon schizo, alors parano, pourquoi pas ? Tu as beau faire, tu as beau dire, rares sont ceux qui sont sensibles à ton dédoublement de personnalité. Dédoublement volontaire et assumé. Pour un journal intime tutoyé. Cette lettre quotidienne à "toi-même" n'est qu'un prétexte: dans le "tu" que tu t'adresses, il y a toutes les lectrices et tous les lecteurs possibles. Même en s'écrivant "à soi", c'est l'autre, ce sont les autres que l'on cherche.

Au fond, tu es un graphomane d'un genre particulier, un graphomane qui voudrait trouver du sens même dans les propos les plus insensés. Irrésistible envie d'écrire, seule façon d'apaiser ce curieux désir d'éternité.

 

© Jean-Louis Crimon

 

Première parution :  31 Janvier 2016.

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1 avril 2021 4 01 /04 /avril /2021 08:57
Paris. France Culture. Journal de 22 heures. Saison 2008 / 2009. © DR

Paris. France Culture. Journal de 22 heures. Saison 2008 / 2009. © DR

 

 

Au départ, je suis professeur de philosophie. Maître Auxiliaire. A cette époque - (1977-1978) - à la fin de chaque cours, je lance à mes élèves cette fausse boutade, vrai principe de vie : " Entre Être et Avoir, ne vous trompez jamais d'auxiliaire, et vous pouvez me croire, moi qui suis Maître Auxiliaire ! Le 1er Juillet 1979, je deviens journaliste. Georges-Louis Collet, le Rédacteur-en-Chef historique du Courrier Picard, m'accueille dans son bureau de la rue Alphonse Paillat, et me met d'emblée à l'aise : "Paraît que vous savez écrire, montrez-nous ce que vous savez faire et surtout sentez-vous libre ! Je vous engage pour les deux mois d'été." Deux mois extraordinaires qui décidèrent de ma nouvelle vie. Deux mois qui durèrent près de quatre ans. Mille et un papiers sur mille et un sujets. L'apprentissage au quotidien, dans tous les sens du terme, du fascinant métier d'écrivain de reportages ou de chroniques. Ensuite, ce sera la radio, Radio France Picardie - un micro pour écrire avec la voix - puis France Inter et Copenhague, ESP au Danemark, Envoyé Spécial Permanent, pour tutoyer pendant trois ans les pays scandinaves et les pays baltes, et la Russie aussi, via Saint-Pétersbourg. Puis retour en Picardie pour diriger cette Radio qui m'avait, dix ans plus tôt, accueilli comme pigiste. Enfin, France Culture, où je boucle cette année 2009 l'aventure commencée en 79, en présentant, chaque soir à 22 heures, du lundi au vendredi, le journal de la nuit. 

 

De ce périple de 30 ans au pays des Médias, je garde deux ou trois certitudes et une foultitude de questions. Pour faire court - la règle du métier - je me borne ici aux certitudes :

 

Un : je confesse un faible définitif pour un journalisme qui dérange, qui prend l'actualité à contre-pied, qui rebondit, qui choisit et qui sait dire non aux sirènes de la Com', la Communication, souvent brouilleuse et embrouilleuse de pistes.

Deux : je suis pour un journaliste à la fois observateur, interprète et narrateur de la réalité. Sans jamais oublier cette réalité première : les faits sont têtus et ne se soumettent qu'à la question.

Trois : pas de pertinence sans impertinence, regard critique oblige. Avant de vous tirer ma révérence, je suis - définitivement - pour un journalisme irrévérencieux.

 

Quant à la recherche de la vérité, la quête et l'enquête, choisir là encore les chemins humains : non pas "couvrir" mais "découvrir", non pas "assurer la couverture", mais prendre le parti de "la découverte". Enfin, pour la sacro-sainte objectivité, ne jamais oublier que nous sommes tous des sujets, et que nous ne produisons rien d'autre que du "subjectif".

Moralité : cette objectivité journalistique que certains voudraient nous imposer est un leurre, une illusion. La vérité de la Presse ne sera jamais une vérité scientifique, d'ailleurs toute relative elle aussi, mais une vérité humaine, c'est à dire toujours imparfaite et toujours à parfaire. 

Résolument, je persiste et je signe : je suis à tout jamais pour l'imparfait du subjectif. 

 

© Jean-Louis Crimon

Carte de presse n° 45785. 

Testament journalistique. Juin 2009.

 

Première parution :  30 Mai 2018.

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