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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 00:01
Paris. Quai de la Tournelle.  2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher... provocateur,

 

Marre, vraiment, de tous ces parleurs, de tous ces phraseurs, ces raseurs, ces moralisateurs, ces donneurs de leçons. Ces gens que t'as élus pour 5 ans en CDD, et qui se comportent comme si tu leur avais d'emblée donné un CDI. 

Loi El Khomery, indispensable réforme du Code de Travail, nécessaire effort de la société tout entière... T'en passes et des meilleures. Tu sais, ces phrases des infiltrés de l'UMP dans le gouvernement soit-disant socialiste: l'idée, c'est de donner davantage de visibilité et de lisibilité aux entreprises, ou mieux, très orwellienne maxime: faciliter les licenciements pour faciliter l'emploi. En plus, tu as l'extrême délicatesse de faire grâce du fameux CICE, tu sais, le Crédit d'Impôt pour la Compétitivité et pour l'Emploi.

Il est où le million d'emplois que le CICE devait créer ?

Alors, franchement, " L'importance historique du projet de réforme du Code du travail, porté par la ministre Myriam El Khomery", ça te laisse... perplexe. Tu penses plutôt comme une majorité de citoyens de ce pays, texte "toxique" pour les salariés.

 

Tu te dis que si Carlos Tavares peut se mettre dans les fouilles plus de 5 millions d'€uros pour une année de travail, (12.500 €uros par jour, samedi, dimanche inclus), toi, tu es une bille, un nul, un moins que rien, une quantité négligeable, une variable d'ajustement. Justement.

 

5 millions 245 mille 284 €uros, tu imagines, un mec qui palpe un salaire annuel comme ça, pour la seule année 2015. 

2 millions 750 mille 936 €uros en 2014.

Bien sûr, c'est si peu, Monsieur Tavares, si on compare vos émoluements aux revenus de Zlatan Ibrahimovic qui, lui, en début d'année, a obtenu une augmentation de salaire de 700.000 €uros par mois.

1 million 500.000 euros, brut mensuel, pour le joueur de foot le mieux payé de la Ligue 1 française.

 

C'est comme ça la vie, au siècle XXI, aux pays des Hommes de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, les grands footballeurs, les grands patrons brassent des millions et le petit peuple les regarde à la télévision. 

 

Agaçant. Enervant. Casse-pieds. Casse-pompes. Insupportable. Quand on s'évertue à te faire croire que c'est la crise, que les petits salaires et les petites retraites ne peuvent pas être augmentés, de 50 ou de 100 €uros, faute de causer un dérapage... fatal.

La fatalité du dérapage fatal, tu rêves, non ? Oui, tu rêves, mais c'est un... cauchemar.

Un vrai cauchemar.

 

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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 00:02
Amiens. 29 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 29 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher doux rêveur,

 

Tu le sais depuis si longtemps, c'est comme un éternel instant. Sur tes sentiments, tu le sais tout autant, pas de méprise, le temps n'a pas prise. Quand tu as le vague à l'âme, quand Amiens la grise corne dans la brume le spleen des traîne-bitume, tu t'en vas voir la Marie Sans Chemise, ta belle promise, aux amours marines. Lointaine cousine, c'est sûr, de la petite Sirène d'Andersen. Parenté certaine.

Des heures entières, tu rêves au pied de son socle de pierre, croyant trouver la mer, là-bas, près du grand paquebot gothique. Même qu'elle en sourit alors, la Marie, de te voir parler tout haut, tout seul, dehors. C'est vrai, tu lui parles souvent, du bout des lèvres, du bout des yeux, du bout des doigts, même si tu ne dois. C'est vrai que t'en pinces pour elle et que, sûr, elle en pince un peu pour toi. Certains soirs, tu aimerais la convaincre de descendre de son socle de pierre, pour avec elle, t'en aller boire un verre ou deux, au comptoir des amoureux. 

Mais son silence dissuade: elle ne succombe à aucune passade. Impassible, éternelle sereine, princesse sans prince charmant, elle te regarde, seul sur ton banc et jamais de son socle ne descend.

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 00:01
Amiens. 29 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 29 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Cher poète de 15 ans,

 

C'est le premier livre que tu te sois acheté. Le Brel de chez Seghers. Le bouquiniste qui te le propose aujourd'hui à 5 euros ne sait pas qu'il ravive la flamme du poète inconnu que tu étais dans la salle d'études des internes du Lycée d'une petite ville de province. Collection Poètes d'aujourd'hui. Numéro 119. Année 1964. Dans ta vie, tu as bien dû en acheter quatre ou cinq exemplaires de ce Seghers-là. Prêtés à chaque fois à des amis, des copains, des camarades, mais jamais rendus. Jamais revus. Poète, le terme ne plaisait pas à Brel. Jacques Brel ne se sentait pas poète. N'aimait pas être qualifié de "poète". Chanteur, oui. Poète, non. Il s'en est expliqué à plusieurs reprises tout au long de son parcours de chanteur. "Le poème est fait pour être lu et relu. Un poème n'a pas besoin d'avoir une musique. Il se suffit à lui-même. Moi je ne peux pas écrire de poèmes, je ne sais pas trouver  la sonorité poétique. J'ai besoin d'une note de musique pour faire sonner les mots."

Brassens et Ferré pourtant mettront en musique les poètes. Villon, Paul Fort, Musset, pour le premier, Baudelaire, Verlaine et Rimbaud pour le second. Aragon aussi. En 1973, dans la "radioscopie" qu'un autre "grand Jacques", Jacques Chancel, lui consacre, Brel accepte de reconnaitre que sur les 440 chansons qu'il a alors écrites, il y en a peut-être trois qui peuvent être lues. En particulier Le Plat Pays. Davantage un poème qu'une chanson, concédera Brel au grand Chancel.

De Brel, tu gardes toujours en mémoire, et surtout au fond du coeur, cette incroyable définition du lyrisme, lue dans une interview d'un hebdo dont tu as oublié le nom : "Le lyrisme, c'est chanter tellement fort que si les gens voient pas vot' coeur, ils voient vos dents !"

Poète ou pas, tu t'es alors dit: ce type est épatant.

 

Ce que tu ne dis pas, - ce que tu n'as jamais dit - c'est que Brel, Jacques Brel, un jour, est venu chanter à une cinquantaine de kilomètres de la petite ville où tu étais lycéen. Un déplacement en autocar était organisé pour aller au spectacle, comme on disait alors. Prix du concert, déplacement compris: 5 francs. Un billet de 5 francs. Le 5 francs Victor Hugo. Seul problème: tu n'avais pas l'argent. Tu n'avais pas d'argent. Tu as été l'un des rares à rester à l'Internat, ce soir-là. Tu n'as même pas eu l'idée d'emprunter ces foutus 5 francs à un camarade plus fortuné, à un pion ou à un prof. Tu n'es pas allé écouter chanter Brel.

Le regret de toute une vie.  

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 00:01
Amiens. 25 Février 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 25 Février 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Cher heureux hasard,

 

Soudain Magritte s'invite. Image fugace née d'un ciel qui hésite à passer un pacte entre le beau bleu intact et le blanc des nuages aux rondeurs féminines. Pour toi, pour toi seul, un Magritte dans la vitrine.

Bien sûr, comme tout le monde, tu connais la célèbre formule: "Ceci n'est pas une pipe". Mais au fond, de Magritte, tu sais peu de choses. Juste que l'homme a développé une réflexion originale sur le rapport entre l'objet, son identification, et sa représentation. L'intention de Magritte, que tu aurais bien aimé rencontrer, est de montrer que, même peinte de la manière la plus réaliste qui soit, une pipe représentée dans un tableau n'est pas une pipe. Elle ne reste qu'une image de pipe qu'on ne peut ni bourrer, ni fumer, comme on le ferait avec une vraie pipe. Selon les propres mots du peintre.

 

Oui, vraiment, tu aurais adoré parler avec cet homme-là qui se passionnait pour La Trahison des images.

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 00:01
Amiens. Le grand déballage. Octobre 2015. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le grand déballage. Octobre 2015. © Jean-Louis Crimon

Mon vieux... rédeux,

 

Dernier dimanche de Mars. Marcelcave ou Corbie. La Hotoie lundi. Rurale ou urbaine. Calvaire ou aubaine. Tu pries le Dieu Météo pour que le soleil revienne. C'est le retour des réderies. Réderies/rêveries pour toi qui ne t'intéresses aux choses que pour leur puissance évocatrice, affective ou sentimentale.

Réderie, vieux mot de la langue picarde, tout à la fois vieillerie et vide-grenier. Tout à la fois la chose, l'objet du passé, et le lieu où le commerce de ces objets inanimés se déroule.

Le rédeux est un passionné qui court la campagne ou la ville à la recherche de sa réderie. Si la chance lui sourit, il est le plus heureux des rédeux. Le rédeux a souvent le tempérament du collectionneur. Boîtes à sel, plumiers, encriers, sont, selon les années, les saisons, les réderies les plus recherchées.

 

Au sens figuré, tu le sais, on peut parler de réderie ed'cervelle, "jus de crâne" particulier qui bordure le délire ou la folie. Ces extravagances proches des songes insensés. Preuve à nouveau de la parenté première, sans doute étymologique, entre "réderie" et "rêverie".

 

Toi, tu es rédeux dans l'âme. Des objets comme des idées. Plus ça va, d'ailleurs, plus les idées sont tes objets préférés.

 

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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 00:01
Amiens. France 3 Picardie. 26 Mars 2016. Capture d'écran © Jean-Louis Crimon

Amiens. France 3 Picardie. 26 Mars 2016. Capture d'écran © Jean-Louis Crimon

 

Cher Picard... de coeur et de corps, toujours et encore !

 

Tu le sais bien, devant France 3 Picardie, à cette heure-là, on ne peut pas dire que ça t'arrive très souvent. Cette fois, c'est différent, Jacques Darras est l'un des invités de Voix libre. La bien nommée parmi les émissions de libre parole, même si, souvent, tu te dis que tout cela n'est que vocalises sur vocalises, et que les paroles s'envolent, et qu'il vaut mieux des mots, des mots écrits, imprimés, publiés, pour que tu les lises et les relises. A volonté.

Passons, il est question de ces Hauts-de-France et, pour être en harmonie avec le sujet, on espère un débat qui prenne de... l'altitude. Hauts-de-France, nouvelle appellation non contrôlée du NPDCP, Nord Pas de Calais Picardie. Dénomination prétentieuse inventée -c'est sûr- par des Bas de Plafond, pour péter plus haut qu'ils n'ont le... troufignon.

Bon, s'il te plaît, ne retombe pas dans le pamphlet. Reste calme même si cette histoire t'agace particulièrement. 

Heureusement, parmi les quatre invités en plateau, Jacques Darras rappelle quelques petites vérités:

Un nom facile à traduire en anglais ? Picardy !

Un nom qui a du sens, pas seulement pour les Picards ? Picardie !

Un nom qui a une Histoire, qui s'est construit dans l'Histoire ? Picardie !

Un nom qui a de l'avenir ? Picardie !

 

Un non sens ? Les Hauts-de-France !

 

La géographe de l'Université de Picardie et le Président de la Chambre de commerce de l'Oise peuvent aller se brosser, se rhabiller. Leurs arguments ne tiennent pas la route. Non, ce n'est pas vrai qu'il faille "gommer tout ce qui peut rappeler le passé quand on veut faire une grande Région" ! Se rendant compte de son erreur, le représentant du Commerce et de l'Industrie se corrige lui-même en nuançant: "il faut gommer le passé... des institutions". Trop tard, c'est dit, c'est dit.

Darras a mille fois raisons d'insister: Pour les Anglais, Picardie, ça a du sens. Pas Hauts de France. Et puis comment allons-nous appeler les habitants des Hauts ? Des Hautistes ? Phonétiquement maladroit ou malheureux. Des Hautains ? Pas dans la nature ni dans l'attitude des gens du Nord Pas de Calais Picardie.

Le poète de la Maye de dire et de prédire: "Hauts-de-France, ça ne prendra pas ! C'est une étiquette marketing qui se décollera très vite ! "

Pas de doute, Darras maintient le CAP.

Le CAP, Club Action Picardie. Créé avec Philippe Leleux, Libraire-Editeur à Saint-Leu, coeur historique d'Amiens.

Tu te dis que c'est pas si mal de jouer dans l'équipe, avec un tel Cap... tain

 
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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 00:01
Amiens. Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Janvier 2016. © Jean-Louis Crimon

 

 

Cher non... retraité,

 

 

Une lettre. Une lettre à ton nom. Une lettre à ton nom et à ton adresse. Un vendredi. Tu te dis: la semaine finit bien. Des lettres, on n'en reçoit plus guère. Des lettres, tu veux dire, de vraies lettres. Avec des mots, des idées, des sentiments. Des lettres humaines, quoi. Des lettres d'humains. De vrais humains. Pas des lettres d'ordinateur.

Les dernières missives reçues -il y a bien longtemps- provenaient de Bleu ciel, pseudo d'EDF, de SFR et du Syndic de l'immeuble. Autrement dit, des courriers pas très intéressants. Plutôt très intéressés. Quand ceux-là t'écrivent, c'est pour te taper. Y'a que l'argent qui les intéresse. Ton argent. Ton oseille. Ton blé. Ton pognon. Ton fric. On passe sa vie à payer.

 

Cette lettre là, sans savoir vraiment pourquoi, tu as pensé qu'elle ne serait pas comme les autres. EIle ne comportait pourtant aucun indice particulier. Adresse classique en caractères clavier. Enveloppe avec un sigle courant. Connu. Apparemment connu. Courrier banal. Très impersonnel.

Tu as pris ton temps avant d'ouvrir l'enveloppe. Tu t'es d'abord refait un café. Le café ponctue assez bien les heures du matin. Sans sucre, le café. Le sucre tue le goût du café. Dans ton fauteuil, près de la fenêtre qui donne sur la Place du marché, bien installé, la tasse de café à portée de main, tu t'es -enfin- décidé à ouvrir, très soigneusement, "la" lettre. "Ta" lettre.

Tu n'as pas fait attention aux trois mots à gauche: "Projet de vie" et au nom de l'organisme qui t'écrivait. Sans trop te méfier, tu t'es plongé dans la lecture de cette lettre qui allait changer le cours de ta journée, sinon le cours de ta vie.

 

Monsieur,

 

La retraite implique d'appréhender une gestion différente du temps et des activités, une éventuelle redéfinition de l'espace de vie, une reconstruction du réseau relationnel, voire affectif, une nouvelle identité.

 

Tu as relu trois fois, très vite, le premier paragraphe. Pour bien te l'entrer dans la tête. Bien écrit, mais chargé. Plutôt dense comme contenu. Chaque mot, chaque groupe de mots, méritait, incontestablement, "arrêt sur image".

Appréhender. Gestion différente. Du temps et des activités. Une éventuelle redéfinition. De l'espace de vie. Une reconstruction du réseau relationnel. Voire affectif. Une nouvelle identité. Tout ça en trois lignes. Balèzes, non, ceux qui savent écrire comme ça.

A la quatrième lecture, tu as commencé à te dire : mais qu'est-ce qu'ils veulent dire ? Qu'est-ce qu'ils sous-entendent ?

Reconstruction du réseau relationnel ? Ils croient que tu as perdu tous tes potes, tous tes copains, tous tes amis, depuis que tu ne vas plus chaque matin au turbin ! Bon, ok, c'est vrai que tu les vois moins. Même de moins en moins. Même qu'il y en a que tu ne vois plus. Tu ne sais pas pourquoi. Tu aimerais bien les voir, toi. Là, tu as comme un doute. Sont trop occupés, sans doute !

Voire affectif ? ça veut dire quoi ? Tu te demandes: ça veut dire quoi ? Comment ils savent ? Qu'est-ce qu'ils savent ? Ouais, tu vois ce que ça veut dire. Tu comprends. Pas faux, là non plus, mais par pudeur, tu n'en parles pas.

Reconstruction d'une nouvelle identité ? Là, non, c'est trop ! Faut pas pousser. Faut pas exagérer. Tu n'as pas perdu ton identité en cessant d'exercer ton métier. Dès ta Licence de Philo, tu t'es juré de ne jamais confondre "rôle social" et "identité propre". Ce n'est pas parce qu'on remet en cause son "rôle social" que la personne, l'identité, se trouvent remises en cause. Tu es ce que tu es, et tu seras ce que tu es, même si tu cesses d'exercer la fonction que tu exerces. Tu n'es plus Professeur de Philosophie. Tu n'es plus Journaliste. Tu n'es plus Bouquiniste. Tu es toujours toi-même. Enfin, tu le crois. Tu le penses. Jusqu'à preuve du contraire.

 

Deuxième paragraphe :

 

Peut-être souhaitez-vous mener une réflexion sur cette nouvelle période qui s'ouvre à vous, sur ce qu'il est nécessaire de mettre en oeuvre pour vous épanouir et vous réaliser dans une retraite heureuse ?

Là encore, c'est joliment dit. Mais envisager de "s'épanouir" et de se "réaliser" dans une "retraite heureuse", ça semble très flippant. En tout cas, dit comme ça, moi, ça me fait flipper. Enterrement de première classe !

 

La retraite : un projet de vie. Marrant leur intitulé. Gonflé, même. Toi, tu as le sentiment d'avoir plutôt eu "une vie de projets" ! Projets au pluriel, d'ailleurs. Tu n'as jamais été l'homme d'un projet unique. Dans la vie, pourtant, tu as croisé des gens dont le slogan était plutôt: "La vie: un  projet de Retrait !" Des gens en "retrait". Qui ont toujours vécu "en retrait". Qui ont même dû le plus souvent pratiquer le "retrait". Des gens qui ne prennent aucun risque. Qui n'ont pris aucun risque. Livret A et tout à plat, jusqu'à la fin, en parfaite ligne droite. Rien à en dire, si leur bonheur, ou leur tranquillité, était à ce prix là.

 

Dernier paragrahe :

 

Votre institution de retraite complémentaire vous invite à participer au séminaire "La retraite: un projet de vie", qui se déroule à l'adresse suivante, rue Chazelles, métro Courcelles.

Les journées commencent à 9 h 00 et se terminent à 17 h 00.

Les prochaines dates du séminaire sont indiquées sur le coupon joint. Il est intégralement gratuit et le repas de midi vous est offert.

 

Suivent deux lignes encore: demande polie de retour du coupon de présence et formule de politesse. C'est signé Carla. Carla B. Oui, Carla B. J'y cours ! Carla B. ! Oui, j'arrive ! Première session ? Oui, première session ! Carla B, c'est un signe, c'est sûr. Même si Carla B est devenue Carla... S. Peut-être que Carla S anime des séminaires sous son identié première de Carla B. Son titre m'impressionne. Au dessus de sa signature est écrit: "La responsable du service projets et nouveaux services de l'Action sociale".

 

Admettons que tu dises "oui". Admettons que tu y ailles. Qu'est-ce que tu vas leur dire ? Que ça ne te concerne pas. Que tu as réglé le problème depuis longtemps. Que dans ta tête, tu "n'es pas", tu "ne seras jamais" Retraité " !

Mais qu'est-ce que tu vas lui raconter, toi, à la belle Carla B. Que tu t'es déclaré comme auto-entrepreneur. Que tu es "Bouquiniste" devenu. Que tu as même depuis été faguo laoshi, oui, Professeur de français en Chine. Que tu tiens ton blog, chaque jour. Que tu t'es remis à la photographie. Que tu prépares une expo. Un livre. Un roman. Un recueil de nouvelles. Que tu as mille et une idées par jour. Et sans aucun doute... plus assez de jours devant toi, pour les mener toutes à bien.

"Nous vous remercions de confirmer votre participation en nous retournant le coupon." Bon, pas d'urgence. Tu te dis que tu verras ça demain. Gratuit le "séminaire". Repas de midi offert. Tout de même, ça ne se refuse pas. Doit même y avoir des gens sympas. Deux sessions. Une en mars. Une en mai. Bon, vraiment, ça urge pas. Si tu passes pas pour fin mars, y'a la session de rattrapage en mai.

En mai, c'est connu, ça se dit: fais... ce qu'il te plait.

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 00:01
Saint-Souplet. 2 Novembre 2014. © Jean-Louis Crimon

Saint-Souplet. 2 Novembre 2014. © Jean-Louis Crimon

Cher assuré manquant... d'assurance,

 

Tu te souviens de ce coup de téléphone plutôt étonnant d'un matin de fin d'hiver plutôt... mortel ? Au bout du fil, une jolie voix de jeune femme. Déterminée. Une jeune femme qui apparemment connait déjà tout de toi: ton nom, ton âge et ton adresse. Premiers mots plutôt surprenants :"Je vous appelle pour votre assurance obsèques !"

 

Toi, cachant mal ta surprise: Ah bon, vous êtes au courant ?

Elle: Parfaitement, monsieur !

Toi: Je suis mortel ! Vous aussi d'ailleurs...

Elle: nous sommes tous mortels !

Toi: et alors ?

Elle: et alors, il faut souscrire une assurance obsèques !

Toi: Je n'ai même pas d'assurance-vie !

Elle: Pourquoi donc ?

Toi: L'assurance-vie, c'est au cas où l'on meurt et je n'ai pas envie de mourir ...

Elle: Personne n'a envie de mourir, monsieur, mais tout le monde finit par mourir...

Toi: C'est une lapalissade !

Elle: Vous ne savez pas quand ça va vous arriver...

Toi: encore heureux ! si on savait, on ne pourrait plus vivre !

Elle: Si ça vous arrive l'année prochaine ou dans trois mois, vous n'en savez rien ...

Toi: Heureusement !

Elle: Si vous souscrivez à notre "assurance obsèques", vous aurez un plus ... un capital d'au moins 3000 euros !

Toi: Sans me montrer obséquieux, madame, je vous prierai de cesser de me parler de ma mort prochaine.

Elle: La mort n'arrive pas qu'aux personnes âgées...

Toi: Vous êtes charmante, madame, mais je n'ai pas envie de mourir aujourd'hui. Ni demain d'ailleurs, ni même après-demain...

Elle: La garantie obsèques, c'est pas pour les vivants, c'est pour vos descendants ... pour vos enfants. Vous avez des enfants ?

Toi: Oui, deux enfants, madame, mais si je meurs,  ils seront "inconsolables" ...

Elle: inconsolables, sans doute, mais 2000 ou 3000 euros, ça peut les aider ...

Toi: Comme si la  "garantie obsèques", ça pouvait les consoler de ma disparition ...

Elle: nous avons aussi un service d'assistance psychologique qui pourra les accompagner...

Toi: Vous ne reculez devant rien !

Elle: Nous avons aussi un service qui assure le rapatriement de votre corps si vous mourrez à l'étranger... vous voyagez beaucoup ?

Toi: Oui, je suis un vrai globe-trotter...

Elle: Votre cotisation mensuelle sera de 18 euros 30 ...

Toi: Mais, Madame, puisque je vous dis que je ne vous ai rien demandé ...

Elle: Vous percevrez, enfin,  vos héritiers percevront, des capitaux qui peuvent aller de 2000 à 10000 euros.

Toi: ce genre de conversation, ça ...  me tue !

Elle: non, pas tout de suite, monsieur, souscrivez d'abord !

Toi: vous êtes une bonne commerciale !

Elle: monsieur, la mort, c'est sérieux...

Toi: C'est "mortel" comme conversation !

Elle: alors, je vous envoie notre offre ! Si vous ne répondez pas d'ici un mois, je considère que vous êtes d'accord sur le montant des prélèvements !

Toi: Non, et non, et trois fois "non" ! C'est de la vente forcée ! Je vous interdis de m'envoyer quoi que ce soit !

Elle: Bon, alors, je vais raccrocher, ça ne vous intéresse vraiment pas ?

Toi: Je pense avoir été assez clair !

Elle: c'est dommage ! j'espère que vous ne le regretterez pas ...

Toi: dans l'au-delà ?

Elle: monsieur, on ne plaisante pas avec la "garantie obsèques" !

Toi: souhaitez-moi plutôt une belle et longue vie !

 

La jolie voix s'est tue. La jeune femme a raté une vente. Tu aurais dû lui souhaiter "bon courage". Ce n'est pas très drôle comme métier d'appeler chez les gens, pour leur demander de l'argent, parce qu'ils vont mourir un jour.

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 00:01
Copenhague. 19 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Copenhague. 19 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

 

Cher skämtare,

 

Tu le sais, on te l'a souvent dit: tu vois des choses que les autres ne voient pas. Tu es sensible à des détails. Des fulgurances. Des apparences. Des coïncidences. Paradoxes. Rencontres. Croisements. De sons ou de sens. Inattendus ou absurdes. Réalistes ou surréalistes. Juxtapositions. Clins d'oeil. Instant unique, à chaque fois. Inouï. Instant fugitif et sensation forte.

Le secret ? L'oeil en éveil. En permanence. Et, bien sûr, un peu de... chance.

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skämtare
joker
 
skämtare
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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 00:00
Rivery.  Picardie. 20 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Rivery. Picardie. 20 mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher Hortillon des mots,

 

Tu aimerais glisser, paisible, dans tes parcelles de pensées ou d'idées, rêver à l'infini d'une vie qui ne serait que d'eau. Prendre la barque du destin de bon matin. Mais au soir de ton parcours terrestre, tu te dis que tu ferais mieux de préparer ton obole à Charon, pour payer ton passage.

Charon, ou Caron, fils des Ténèbres et de la Nuit, celui qui, moyennant péage, te fait passer sur le Styx, avec les ombres errantes des défunts. Caron, l'acariâtre. On dit le vieillard qui vous prend à bord de son embarcation peu conciliant. Plus l'heure de discuter le prix du dernier voyage vers le séjour des morts.

 

Ton bateau à cornet échoué volontairement sur la parcelle de terre, tu ramasses tes mots et tes idées. Le métier est à l'eau. Le métier s'en va à vau-l'eau. Pour éviter que la mémoire ne se perde, tu rassembles les outils et tu te dis qu'il faut faire un musée, le musée des Hortillonnages. Avant qu'il ne soit trop tard.

On raconte que la Cathédrale d'Amiens aurait été construite, au début du XIIIe siècle, sur un champ d'artichauts donné par les maraîchers des hortillonnages. L'histoire est belle, mais ce n'est qu'une légende.

Ces jardins entourés de canaux ne sont pas des jardins comme les autres jardins, avec leurs allées de graviers ou de cendre, que l'on ratisse pour faire beau, le dimanche matin, avant la messe. Ce sont des jardins où les allées sont des allées d'eau où l'on glisse en bateau. Si tu cultives aussi l'étymologie, sache que le mot Hortillonnages vient d'une jolie lignée. Du nom hortillon, terme picard usité dès le XVe siècle et issu du bas latin hortellus, "petit jardin", diminutif du latin hortus, jardin.

N'oublie jamais qu'à Rivery, la rive... rit.

Preuve ?  

Les canaux s'appellent des... rieux.

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