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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 00:07
Pékin. Place Tian' Anmen. Octobre 2014. © Jean-Louis Crimon

Pékin. Place Tian' Anmen. Octobre 2014. © Jean-Louis Crimon

Cher romancier... politique,

Tu te demandes pourquoi Nicolas Sarkozy n'a pas demandé la libération de Liu Xiaobo à Hu Jintao.

Tu te demandes pourquoi François Hollande n'a pas demandé la libération de Liu Xiaobo à Xi Jinpig.

Tu demandes pourquoi les grands défenseurs des droits de l'homme ont des indignations sélectives.

Tu te demandes pourquoi le 25 décembre 2009, le tribunal de Pékin a condamné Liu Xiaobo à 11 ans d'emprisonnement pour "Subversion du pouvoir de l'Etat".

Tu te demandes pourquoi la liberté d'expression pose toujours autant de problèmes en Chine.

Tu te demandes pourquoi Liu Xiaobo est condamné pour avoir simplement exprimé sur internet son désir de démocratie dans sa Charte 08.

Tu te demandes pourquoi plus personne ne parle de cette Charte 08, écrite sur le modèle de celle diffusée en 1977 par des dissidents tchécoslovaques et qui réclame la mise en place d’une véritable démocratie en Chine.

Tu te demandes pourquoi personne ne rappelle que cette Charte 08, lancée le 8 décembre 2008, veille du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, a été signée par plus de trois cents intellectuels et militants des droits de l’homme.

Tu te demandes pourquoi la situation de Liu Xiaobo semble ne préoccuper personne au pays des droits de l'homme et du citoyen.

Tu te dis que tu dois écrire à Monsieur Xi Jinping, président de la République populaire de Chine, pour lui demander la libération de Liu Xiaobo.

Tu dois lui dire que tu souhaites attirer son attention sur le cas de Liu Xiaobo, arrêté le 8 décembre 2008 et condamné le 25 décembre 2009 à onze ans de prison ferme.

Tu lui expliqueras aussi qu'à ta connaissance, Liu Xiaobo n’est coupable d’aucun acte illégal et que toutes ses actions ont été menées pour la défense des droits de l’homme et pour la liberté de la presse, conformément à la Constitution chinoise.

Tu lui rappelleras que Liu Xiaobo, Lauréat du prix Nobel de la paix 2010, est aujourd’hui toujours emprisonné.

Tu lui demandes donc d’intervenir rapidement afin d’obtenir sa libération, l’abandon de toutes les charges pesant contre Liu Xiaobo et ses proches, notamment contre son épouse Liu Xia, assignée à résidence à Pékin.

Tu lui demanderas aussi de tout mettre en œuvre pour que tous les prisonniers d’opinion chinois soient libérés et que la liberté d’expression de tous les citoyens soit garantie.

Tu lui diras qu'à ton humble avis, la Chine aurait tout à gagner à ne pas partager avec le monde entier que le commerce des produits manufacturés, mais aussi celui, ô combien plus important, des mots et des idées de liberté.

Tu lui diras enfin que tu sais écrire Liu Xiaobo en chinois: 刘哓波

Tu te demandes pourquoi Pékin cherche à museler par tous les moyens Liu Xiaobo.

Tu te demandes pourquoi les dirigeants chinois ne comprennent pas qu'il ne suffit pas de placer un individu en détention pour que son combat et ses idées soient oubliées de tous, bien au contraire.

Tu te demandes pourquoi le soutien international reçu par Liu Xiaobo depuis sa condamnation ne débouche pas sur sa libération.

Tu te demandes pourquoi les autorités ne s’acharnent pas seulement sur Liu Xiaobo, mais également sur sa femme, Liu Xia, placée désormais en résidence surveillée malgré l’absence de chef d’accusation.

Tu te demandes pourquoi nous sommes si peu nombreux à apporter notre soutien à Liu Xia et à l’encourager à tenir bon.

Tu te demandes pourquoi les Chefs d'Etat et de gouvernement n'exigent pas des autorités chinoises de mettre fin à l'isolement de Liu Xia, intolérable et injustifié, et de lui permettre de communiquer avec son mari.

Tu te demandes pourquoi, arrêté en décembre 2008, Liu Xiaobo a d'abord passé près d’un an en prison avant d’être officiellement inculpé pour "subversion”, le 12 décembre 2009.

Tu te demandes pourquoi son procès, marqué par une très forte surveillance policière et une mise à l’écart des journalistes étrangers, des diplomates et de ses soutiens, s’est conclu par sa condamnation à 11 ans de prison.

Tu ne te demandes pas pourquoi, - tu sais pourquoi ! - ce 2 mars 2016, tu relis "Vivre dans la vérité", publié, en septembre 2012, par Bleu de Chine/Gallimard. Choix de textes de Liu Xiaobo, condamné à 11 ans de prison en 2009 et qui, aujourd'hui, se languit toujours derrière les barreaux.

Tu te demandes pourquoi et surtout... jusqu'à quand ?

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 00:02
Paris. Avenue Théophile Gautier. 12 Mars 2013. © Jean-Louis Crimon

Paris. Avenue Théophile Gautier. 12 Mars 2013. © Jean-Louis Crimon

Cher écrivain... muet,

 

Il y a des jours ou tu te dis qu'il n'y a rien à dire, juste à te relire, à essayer de comprendre pourquoi, parfois, tu es "à sec", et pourquoi, parfois, la magie opère. Tu te souviens de ce que tu écrivais, il y aura bientôt vingt ans ? Premières tentatives d'écriture. Premières ratures. Premier roman.

 

"Avant de m'endormir, j'ai encore joué aux mots, aux mots qu'on invente avec des lettres. Les lettres, on les écrit en gros caractères sur des morceaux de carton de boîtes à sucre Béghin ou de boîtes d'ampoules de fortifiant de la tante Laure. Après, on découpe les lettres au carré, de la grosseur d'une moitié de domino, et on les met dans la boîte aux lettres, une vieille boîte à chaussures rebaptisée boîte-alphabet, où l'on plonge la main pour pêcher des lettres et créer des mots. Des fois, on remélange les lettres d'un mot déjà trouvé pour essayer d'en faire un autre. J'ai trouvé comme ça le mot magie avec le mot image et le mot génie avec neige. Je me suis endormi en imaginant les lettres neiger à gros flocons sur le lit de l'écrivain. Mais le lendemain, tout était à recommencer : je me réveillais entre les deux pages blanches de mes draps blancs et il n'y avait aucun titre sur la couverture de mon lit qui était la couverture du livre que je n'avais pas écrit.

 

"Dehors, c'était toujours l'hiver. Il y avait encore de la glace aux vitres de la chambre, des feuilles de fougères blanches et des fleurs de glace, plus vraies, et plus belles que nature, comme si le froid, la nuit, pour se chasser la piquette au bout des doigts, jouait du pinceau et de la palette, aux fenêtres des gens."

 

Verlaine avant-centre. (pages 54/55). Le Castor Astral. Janvier 2001.

 

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Parfois, se relire, c'est une épreuve. Parfois, c'est une... preuve. Preuve que c'est possible. Que tu peux dire avec les mots. Que tu peux faire exister une réalité qui n'est plus. Qu'écrire ce n'est pas seulement des jeux de mots. Que la littérature, c'est souvent lis tes ratures. Que pour guérir les maux du Je, tu as pour toi les jeux de mots...

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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 00:01
Saint-Malo. Mai 2015. © Jean-Louis Crimon

Saint-Malo. Mai 2015. © Jean-Louis Crimon

Cher toi,

 

Depuis que tu  t'es remis à la photo, tu as le sentiment d'avoir manqué ta vie. Tu t'es, professionnellement parlant,  égaré dans l'univers des mots et des idées. Pendant 40 ans. Le comble, tu y as pris du plaisir. Beaucoup de plaisir. Les mots, écrits et publiés dans le journal, ou parlés à la radio, étaient ta raison d'être, ton pain quotidien et, soyons lucide, ton gagne-pain. Ton gagne-pain quotidien. C'est ta vie, as-tu concédé un beau jour. Tu as renoncé à la photo. Sans réaliser alors la gravité du renoncement. Tu as trahi ton premier amour. Tu t'es trompé de vie. La photo ne te faisait plus envie.

 

Ta boîte à images, ton boitier, ton 24x36, selon les années, Mamiya, Minolta, Praktica ou Leica, tu les as abondonnés très vite pour ton clavier AZERTY, d'abord, et pour ton micro Sennheiser, ensuite. Conséquence: tes négatifs, soigneusement développés et coupés par bandes de six vues, ont dormi, à l'abri de la lumière et de la poussière, pendant trois ou quatre fois dix ans. Aujourd'hui, ils sont intacts. Comme neufs. Comme développés, et séchés, il y a quelques heures à peine. Comme si les images argentiquement supportées, et transportées, à travers le temps, avaient été prises la veille ou l'avant-veille.

De fait, le destin de ces images est  assez extra-ordinaire. Littéralement "en dehors de l'ordinaire". Ce n'est pas aussi courant que des photos prises au début des années 70 ne soient "révélées", au sens photographique du terme, que quarante ans plus tard, dans les années 2010. Façon d'éprouver les instants dans la dure et longue durée du temps. Tes négatifs n'ont pas bougé. Certaines photos, mal fixées, deviennent sépia. Tu as, en n'effectuant aucun tirage sur papier, échappé au sépia. A la photo sépia. Mais tu n'as pas échappé à "la photo s'épia". Du Lacan dans le texte. Si Lacan avait été photographe. Le Leica de Lacan, joli titre, non, pour ton prochain roman ? Un photo-roman. Pas un roman-photos. Pas une histoire d'amour plus ou moins mièvre. Non, un photo-roman. Un livre où les photos ponctuent les chapitres. Cadrent le décor. Inventent une autre histoire. Une histoire dans l'histoire. Un photo-roman, tout entier fait d'instants. Instants essentiels et dérisoires à la fois.

 

Henri Cartier-Bresson, le premier, a dû dire: " De tous les moyens d'expression, la photographie est le seul qui fixe un instant précis". A partir de là, HCB a développé sa conception de "l'instant décisif".

Instant décisif ou instant dérisoire. Très vite, inconsciemment d'abord, puis consciemment, sciemment, tu t'es, au contraire, laissé séduire, par la beauté éphémère de l'instant dérisoire.

L'instant dérisoire, par opposition à l'instant décisif de HCB, c'est l'instant insignifiant. L'instant d'une beauté insignifiante. Mais qui, pour toi, en devient essentielle. C'est l'importance de l'accessoire. L'utile du futile. L'image de l'instant dérisoire n'est pas indispensable, et c'est pour cela qu'il n'est pas pensable qu'on puisse s'en passer.

Sans partager tout ce qu'il dit de "l'instant décisif", tu te sens proche d'un Cartier-Bresson quand il raconte sa quête photographique : "Je marchais toute la journée l'esprit tendu, cherchant dans les rues à prendre sur le vif des photos comme des flagrants délits". Tu ne fais rien d'autre dans tes déambulations urbaines. Quand à la situation absurde où tu t'es toi-même mis, tu as trouvé une façon très philosophique de la définir. Une définition exacte de ton état. Pas seulement de ton état d'esprit. Subjectivement objectif:

 

Tu es le seul photographe au monde à avoir passé la majeure partie de sa vie au stade du négatif.

 

Diagnostic en forme de check up psychologique. Jolie perspective. Intéressant développement futur. Tu entrevois déjà le divan d'un de tes amis, psychanalyste de renom, convaincu et convaincant.

Henri Cartier-Bresson disait encore: " Il faut être sensible au détail". HCB parle aussi d'une sorte de "pressentiment de la vie". D'une nécessité d'anticiper l'évènement. Nécessité d'avoir cette sorte d'intuition, ce sentiment aigu qu'il va se passer quelque chose. Intuition de l'instant. Entrevoir l'instant pour ne pas le manquer. L'entrevoir pour le voir, et le saisir, quand il va se présenter devant toi. Entrevision.

 

Au fond, la leçon que tu retiens de Cartier-Bresson, c'est  exactement ça: la photo, il faut la voir, avant de la prendre. La voir, avant de ... l'avoir ! La pressentir pour ne pas la manquer.

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 00:01
Amiens. Rue Delpech. 25 Février 2016.  © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue Delpech. 25 Février 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher toi... Amiénois,

Tu le sais, la Maison de la Culture d'Amiens fête cette année ses 50 ans. Le 19 mars 1966, André Malraux, le ministre de la Culture du Général de Gaulle, l'homme qui voulait bâtir les cathédrales de l'esprit, se serait fendu dans son discours d'Amiens d'une formule souvent mal comprise et mal interprétée. Malraux aurait dit, en substance ou texto: Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas. On a longtemps traduit: Le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas. Ce qui n'est pas du tout la même chose.

Que penserait Malraux aujourd'hui de ce début de 21ème siècle ? Penserait-il qu'on avait bien fait de le mal comprendre ? Mériterait réflexion. La nouvelle ministre de la Culture a-t-elle pensé à cela en prononçant son discours d'Amiens à elle, cinquante ans plus tard ? Tu n'en sais rien. Tu n'étais pas parmi les invités. On ne t'avait pas invité. On t'avait invité à Moulonguet pour le match de football Amiens-Orléans, Moulonguet parce que la structure métallique du Stade de la Licorne est devenue dangereuse, la rouille, en moins de 20 ans, l'ayant sérieusement endommagée. Quand tu penses au Parthénon, au Colisée ou à la Grande Muraille de Chine, tu te demandes pourquoi vraiment des hommes sans moyens autres que... humains, ont largement construit pour 20 siècles, alors qu'aujourd'hui, avec tous leurs moyens techniques et technologiques, les hommes construisent à peine pour... 20 ans. Le Stade de la Licorne sinistré, les rencontres de football, pour éviter tout risque d'accident avec les joueurs ou les spectateurs, auront lieu désormais dans le vieux Stade Moulonguet. Retour qui n'est pas pour te déplaire: le Stade, au cœur de la ville, c'est tout de même autre chose. Les tribunes et les gradins de football, pour toi, comme pour Camus, sont aussi lieux de Culture.

A propos de la naissance, il y a donc tout juste 50 ans, de cette toute neuve Maison de la Culture, tu te souviens d'une superbe anecdote. Quelques jours après l'inauguration officielle, un homme de la campagne avait poussé jusqu'à la ville pour aller voir ce qu'il pouvait bien trouver en rapport avec son métier dans cette Maison. Pour voir ce qui pouvait bien l'intéresser.

En bleu de travail, casquette sur la tête, il a timidement poussé la porte vitrée du bâtiment tout en béton tout neuf. Comme on savait le faire à cette époque, il a, d'un geste à la fois précieux et gracieux, salué l'hôtesse en retirant d'une main leste sa casquette et après un court instant, le temps d'embrasser le nouvel espace d'un beau regard circulaire, il a osé poser la question, sa question, la seule qui lui importait : Où sont les tracteurs ?

La dame de l'accueil, un peu gênée, a souri et a très vite expliqué qu'il n'y avait pas de tracteurs exposés dans la Maison et qu'à son avis il n'y en aurait jamais. L'homme a semblé déçu. Il a fait deux pas en arrière, a bredouillé quelques mots d'excuses, pour le dérangement, avant de tourner les talons. Définitivement.

Dehors, il a revissé sa casquette sur sa tête et a réalisé sa bévue. Pour lui, la Culture, depuis toujours, c'était l'AGRI Culture, la culture de la terre. Une Maison de la Culture, ça devait forcément exposer des tracteurs. Au village, tout le monde ou presque travaillait "dans la culture". Avec Malraux, une véritable révolution culturelle allait s'écrire. Une révolution qui allait d'abord s'écrire dans le vocabulaire. Du monde de l'Agri/culture, on passait dans le monde de la Culture. De la culture de la terre à une Terre de Culture. Pour effacer, à tout jamais, - Malraux dixit -, le mot hideux de province. Formule, au fond, légèrement maladroite.

Tous ceux qui n'avaient alors, à la campagne, pour seul diplôme, que leur BSP, leur Bon Sens Paysan, se sont bien rendus compte qu'on allait changer d'époque. De façon de vivre et de penser. L'histoire ne dit pas si l'homme qui voulait voir les tracteurs est revenu à la Maison de la Culture. Pour y voir des Spectacles, des Expositions, du Théâtre... Pour y écouter de la musique, des concerts, de la musique... classique, mais aussi des chanteurs dits de... variétés.

 

Toi, tu te prends à rêver que... oui !

 

© Jean-Louis Crimon

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 00:08
Paris. Saint-Michel. 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. Saint-Michel. 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher voleur d'instants,

 

Il y a une dizaine de jours, un de tes amis t'a posé la question la plus radicale qui soit: est-ce que tu leur demandes l'autorisation, aux gens que tu photographies, avant de les prendre en photo ? Sous entendu tu devrais ou mieux, tu dois, leur demander l'autorisation. Très vite, l'argumentation suit: droit de la personne à son image, tu ne peux pas ignorer ça !

 

Autrement dit, tu ne peux plus photographier sans au préalable demander l'autorisation. Impensable et impossible pour toi. Ce serait un non sens. Une absurdité. Où serait la liberté de création de l'artiste ? Où est la liberté du photographe ? Demande à Doisneau, demande à Cartier-Bresson, demande à Guy Le Querrec... Ton style de prises de vue, - la photo de rue -, ne survivrait pas à la demande d'autorisation. Tu es forcément du côté des voleurs d'instants. D'instinct, tu es voleur d'instants. Avant d'être photographe. Le respect des personnes dont tu saisis un instant de vie, une attitude, un geste, bien sûr, est primordial. Tu ne portes pas atteinte à leur image, tu leur dérobes simplement une image. Une image dont souvent ils ne sont même pas conscients. Dont très souvent aussi, ils te... remercient. Heureux que tu aies vu, pour eux, ce qu'ils n'avaient pas vu eux-mêmes.

 

Ne pas confondre société policée et société policière. Mais foin de la demande d'autorisation de photographier ! Photographe, sens-toi libre !

Pour la simple et bonne raison que si jamais tu demandes l'autorisation, à peine le temps de la réponse  et l'instant que tu voulais arrêter s'est évanoui, évaporé et se trouve réduit à néant.

Toi, quoi qu'on en pense ou quoi qu'on en dise, tu sauves ces instants que le temps... anéantise.

 

 

 

 

 

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 00:01
Le Courrier Picard. 21 Décembre 2015. © Jean-Louis Crimon

Le Courrier Picard. 21 Décembre 2015. © Jean-Louis Crimon

 

Cher citoyen de pique hardie !

 

Contrairement à ce que pourraient laisser penser certaines de tes lettres, tu t'intéresses aussi aux questions d'actualité. Dans ce domaine, d'ailleurs, tu n'as pas ta langue dans ta poche. Tu as même plus souvent qu'à ton tour le sens de la formule. 

Parfois, pas très souvent, parce qu'ils te "taillent" et te "coupent" pas toujours à propos, tu leur envoies, au journal régional, tes coups de coeur ou coups de gueule. Une petite lettre au courrier des lecteurs, pour ne pas garder ça sur le coeur. 

 

Lundi dernier, dévorant ton Quotidien préféré , une brève, en bas, à gauche de la page 3, t'apprend que le président de la nouvelle grande Région et ses conseillers vont devoir, d'ici Juillet prochain, se pencher sur le nom de la nouvelle collectivité territoriale.

"Grand Nord", "Ch'ti cardie", j'en passe et des meilleures, sont très sérieusement envisagés. Vraiment du grand n'importe quoi. Au point que ça t'énerve et que tu te dis: folie douce ! Pourquoi pas "Tachycardie" ou "Bradyycardie", compte-tenu des irrégularités cardiaques attendues dans ce nouveau grand corps constitué ? 

Au fond, fausse question et débats à venir tout à fait inutiles. En effet, le nom de cette nouvelle grande Région, toi, tu le connais déjà. Depuis toujours. Tu le connais et tu le revendiques. Tout simple et d'une évidence sans outrecuidance. D'une évidence à ne pas avoir besoin de mobiliser l'intelligence ou le temps des nouveaux élus ! Juste à jeter un coup d'oeil sur le nouveau territoire: EXACTEMENT LE TERRITOIRE DE LA LANGUE PICARDE ! De fait, n'en déplaise à certains, et surtout aux Flamands, le picard est le dialecte qui se parle dans le Nord, dans le Pas-de-Calais, dans l'Aisne, dans l'Oise et dans la Somme. Comment appeler cette Région où l'on parle majoritairement la langue picarde ? Tout simplement la... Picardie.

De tout temps, c'est la langue qui définit la Région, non ?

 

Moralité, dans ce redécoupage inattendu, la Picardie retrouve sa géographie première: celle de la langue. Le Dimanche 13 Décembre 2015, sur sa carte d'identité, ta Région a peut-être perdu son Prénom: Amiens, mais elle a surtout gagné son Nom: Picardie !

Le Ch'timi, popularisé par Dany Boon et son trop célèbre "Bienvenue chez les Ch'tis" ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. Le Ch'timi n'est qu'une variété de picard. Un picard dégradé. Le Ch'timi est un patois, le picard est le dialecte, le vrai dialecte. La vraie langue de cette partie de pays d'oïl, c'est la langue picarde.

Alors, remettons les choses en place et redonnons à ce nouveau territoire administratif sa véritable identité: PICARDIE !

 

Pas mal du tout, non ? Bien envoyé. Picardie, j'écris ton nom ! Tiens, allez, en prime, à la manière de qui vous savez...

 

 

Sur mon cahier d'écolier,

Sur mon bras tatoué,

Sur mon vélo... silex,

Pour mon amour, pour mon ex...

 

Sous la pluie, sous la neige,

Sous le ciel gris ou beige,

Sur mon chemin de traverse,

Même sous l'averse...

 

Pour Lille, la bégueule,

Pour Amiens, la modeste,

Pour la beauté du geste,

Sur ma tronche, sur ma gueule...

 

 

Pour leur clouer le bec,

Pour dire qui est LE mec,

J'écris ton nom, sans déc...

 

PICARDIE !

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 00:01
Paris. Marie. Sept. 2009. © Jean-Louis Crimon

Paris. Marie. Sept. 2009. © Jean-Louis Crimon

Cher poète à deux rimes,

 

Quand tu déprimes et que tu penses que tu n'arriveras jamais à écrire le dixième de ce que tu voudrais dire, quand tu te rappelles que ta première idée de roman, c'était Le livre impossible, et qu'au fond, ton livre est plus impossible que jamais, quand tu te dis que les mots du silence feraient bien de cesser de faire abstinence, tu relis tes cahiers de poèmes jamais publiés, de paroles de chansons jamais mises en musique, et tu essaies de te redonner le moral comme ça, en fredonnnant...  

Mots glanés si près du Pont Mirabeau que tu crois dur comme fer qu' ils t'ont été soufflés par Apollinaire...

Alors ta Chanson pour Marie, tu en es presque fier et tu la trouves jolie...

 

 

Marie a les yeux clairs

Si clairs, si bleus,

Que l'on s'y perd

Un peu...

 

Marie a les yeux clairs

Si clairs, si bleus,

Que ça éclaire

Au fond des yeux...

 

Marie plisse des paupières,

Morbleu

Ce que le soleil lui fait faire

Trop mal aux yeux...

 

Dans les yeux de Marie

Pardon, Pardi,

On voit des lumières

Qui vont par deux...

 

Les yeux dans la bière,

Je bois le bleu

Des yeux clairs

De Marie...

 

Marie plutôt fière

Du bleu

De ses yeux clairs,

Si clairs, si bleus...

 

Marie qui aurait pu,

Mais oui, mais non, 

Porter pour prénom

Marie-Claire...

 

Sans en avoir l'air,

Le jour se fait soir,

Changement de lumière,

Le ciel s'en va s'asseoir...

 

Une dernière bière

Marie ne dit pas non

C'est sans manière

C'est sans façon...

 

Lorsque le bleu nuit

Soudain s'ennuie,

Le regard de Marie

Soudain s'éclaire...

 

Et l'on voit, parbleu,

Tout Paris et ses lumières,

Dans les yeux de Marie,

Et sa bière à l'envers...

 

Jolie frimousse,

Porcelaine de Sèvres,

Ses lèvres dans la mousse

D'un verre de bière...

 

Et moi, je bois,

De mes yeux verts, 

Le bleu des yeux

De Marie...

 

Je lui offre ces vers,

Qui sont aussi,

Vers

A... demi.

 

 

Jean-Louis Crimon. La chanson amère. 2006-2010.

 

 

 

 

 

 

 

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 00:01
Paris. L'œil de l'arbre. 22 juin 2014. © Jean-Louis Crimon

Paris. L'œil de l'arbre. 22 juin 2014. © Jean-Louis Crimon

Cher plumitif qui te crois romancier,

 

- Trois ans que tu n'as rien écrit !

La remarque dépasse l'ordre du constat. Le ton surtout souligne une certaine déception. Avec, à l'intérieur, comme un soupçon de reproche. Tu as dû répondre : Trois ans que je n'ai rien... publié ! En décomposant bien les trois syllabes du dernier mot : pu...bli...ié.

Ton éditeur a souri. De ce sourire qu'il a quand il ne te croit pas. Tu as aligné les titres et les genres: Femme fatale, nouvelles, Journal du Bouquiniste, Chroniques, Voix en impasse, poèmes, et Crimages, livre de photographies. Cris + Images = Crimages. Tes photos sont des cris. Cris d'amour. Cris d'humour. Cris de joie. Cris de peur. Cris de détresse. Cris de tendresse...

 

- Tu me montres ça quand ?

- Dès demain, si tu veux !

 

Ton éditeur s'est fait silencieux. A fait tourner longuement sa cuillère dans la tasse. Rituel matinal du café en terrasse. 

Ensuite vous avez parlé "photo". Le fait que, ces dernières années, tu te sois remis à la photographie, l'intrigue. Ton éditeur pense que les photos ne sont pas compatibles avec les mots.

Il a peut-être raison, mais tu n'es pas d'accord avec lui. Du reste, vous êtes rarement d'accord. En fait, vous êtes d'accord sur l'essentiel, mais vous vous accrochez souvent sur des questions de détails. Enfin, détails, pour lui. Pour toi, ce sont des choses fondamentales. Des questions de sons, de musique. Toi, tu écris avec la voix. Flaubert avait bien son "gueuloir". Dans la phrase, dans "ta" phrase, c'est la voix qui crée le rythme, la petite musique de l'auteur. Ecrire, pour toi, dès le départ, c'est d'abord une mise en voix.

 

Dans ton troisième roman, Oublie pas 36, publié en 2006, ton éditeur avait pris la liberté de modifier une de tes phrases. Sans même t'en informer. Tu ne t'en es rendu compte qu'une fois le livre imprimé. Tu ne lui en as jamais parlé, mais ça t'a fortement déplu. La phrase était devenue: Au loin, la Suède dans une brume bleutée.

Ta phrase à toi, c'était: Au loin, la Suède, dans une belle brume bleue.

 

Tu n'aimes pas la sonorité en "tée" du mot "bleutée", ça ponctue bizzarement. Surtout, ça tue la mélodie de la chanson de ta douce et belle allitération "belle brume bleue". Casse aussi la rime avec la phrase qui suit : Je suis à la fois triste et heureux.

 

- Pour la photo, tu le sais, ton éditeur est très sceptique sur la valeur de tes images. Dommage. tu as reçu, il y a peu, de la part d'un grand photographe, le plus beau des compliments. Après avoir longuement regardé ton travail, il t'a dit : toi, tu écris avec les yeux.

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 00:01
« Saison d'octobre » ou « La récolte de pommes de terre », 1879.  © Jules Bastien-Lepage

« Saison d'octobre » ou « La récolte de pommes de terre », 1879. © Jules Bastien-Lepage

Cher petit paysan,

 

Tu ne sais pas si c'est l'âge, le fait de vieillir, ou si c'est le fait de grandir en âge, - pour ceux qui, comme toi, n'aiment pas le verbe vieillir-, mais ces temps-ci te reviennent souvent des images, des idées, des mots, des paroles et des phrases, des bruits et des sons de ton enfance. Des odeurs aussi. L'odeur des pommes de terre grillées dans la vieille cocotte en fonte. Un mets de prince pour toi. Pommes de terre coupées en petits dés et cuites en douceur avec des petits lardons. Plat unique pour famille pauvre. Non, modeste, rectifie ta mère qui a toujours le sens de la nuance. 

 

Tu te souviens de ces douze poèmes écrits à la gloire du camarade tubercule ? celui sans qui ton assiette serait restée perpétuellement muette ! Indispensable éloge de la pomme de terre ! 

Tu as égaré ton cahier de brouillon mais tu les connais par coeur ces petits poèmes en prose ou en rimes. Tiens, - va savoir pourquoi ? - le premier qui te vient à l'esprit, c'est celui-là:    

 

 " Cuites sous la cendre, elles ont une saveur particulière, un goût indéfinissable, inégalable, elles sont un cadeau plus qu'un repas. Proust ne m'en voudra pas, cette pomme de terre toute chaude que mon père me glisse dans la main, avec sa croûte brune pareille à une croûte de pain qui aurait cuit dans le centre du ventre de la Terre, cette pomme de terre-là, avec son croquant, sa chair tendre, son goût sucré-cendré, c'est ma petite madeleine à moi, c'est un petit bonheur tout chaud à n'avoir pas peur de l'hiver et notre jardin, le paradis sur Terre. " 

 

12 poèmes inédits. Pourtant pas sans titre. Le titre est beau. Beau titre vraiment. Superbe titre. S'est imposé dès le début. Titre lumineux. Titre limpide. Un titre à faire des envieux.

Le titre, c'est: Poèmes de terre.

 

 

 

 

 

 

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22 février 2016 1 22 /02 /février /2016 00:01
Pékin. Dimanche 14 Octobre 2013. © Jean-Louis Crimon

Pékin. Dimanche 14 Octobre 2013. © Jean-Louis Crimon

Cher toi Pékinois,

L'humour, toujours l'humour. Même si l'humour, en photographie, tu t'en méfies. Humour ne doit pas être moquerie. Plutôt défi. Défi à l'ordre établi, aux bonnes manières, aux habitudes ou autres coutumes. Aux clichés trop courus.

Un balayeur chinois fait sa sieste planqué dans le placard à balais.

Va durer longtemps la sieste du balayeur en question ?

Simple, la réponse est dans la photo.

Parfaitement.

Heure de fin de sieste dans la position des pieds du balayeur. 10 heures 10 tout à l'heure, et désormais 15 heures 15. Ce n'est plus une sieste, c'est une nuit. Mais qui va lui en vouloir ?

Le métier est épuisant. Faut toujours être debout, en marche, en mouvement. Marcher à longueur de journée. Des dizaines de kimomètres à parcourir.

Juste en sourire. Le sourire n'est pas forcément un sous rire. La sieste, pour le balayeur ? sans doute le meilleur moyen de balayer sa fatigue.

Tout de même pas toi qui va te mettre à... chinoiser !

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