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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 00:01
Copenhague. Mars 2016. © Jean-Louis Crimon.

Copenhague. Mars 2016. © Jean-Louis Crimon.

 

Cher pigiste censuré,

 

Ton papier ne leur a pas plu. Trop audacieux pour L'audacieux. L'audacieux magazine. Magazine hors-sol qui publie des pages de pubs sonnantes et trébuchantes et quelques reportages sans résonnance aucune. Papiers insignifiants, insipides. Reportages sans idées. Sans saveurs. Fadeur extrême du contenu de ce support gratuit qui se targue d'être, - ben voyons ! - Déclencheur d'Effets Positifs. Carrément En Marche, quoi !

Connaissant ton parcours, le Directeur de la publication avait décidé de te "missionner" pour un retour aux sources Scandinaves. Le Danemark dans un numéro spécial Road Trip. En fait, ton Danemark. A la demande de Jean-Bernard Grubis, tu as donc retrouvé cette ville que tu connais bien. Quatre jours et quatre nuits pour voir, sentir, observer, sonder, analyser, peser, ce qui a changé et ce qui n'a pas changé. Tu as livré à ton retour une soixantaine de photos et un super grand reportage de 12.000 signes. C'était il y a un mois, jour pour jour.

Trop long, fut le seul commentaire du boss. T'intimant l'ordre de  tailler les trois quart de ton beau reportage. Tu t'es plié aux 3.000 signes exigés pour entrer dans le format. Mais très faux derche, le boss ne t'a pas dit que le fond posait aussi problème. C'est le fond, au fond, qui a dû déplaire. L'audace dont tu faisais preuve a fortement déplu au Patron de L'Audacieux.

Ton beau papier est passé à la trappe. Sans qu'on ait eu la franchise ou le courage de t'en informer. Belle mentalité ! Road trip. Tu parles ! Bad trip.

 

Compte-tenu d'une inattendue proximité de vue, - notamment pour la métaphore de cette Méditerranée devenue immense cimetière liquide - tu vas écrire au Pape François. Si ça tombe, ce que L'audacieux a refusé, L'Osservatore Romano  le publiera. Quand tu étais journaliste au Danemark, d'ailleurs, à plusieurs reprises, n'as-tu pas pigé pour Radio Vatican ? Salman Rushdie, de passage à Copenhague, avait été l'un de tes plus beaux scoops.

Pronto !

 

 

Relecture...

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COPENHAGUE SANS VAGUE A L'ÂME

 

Jean-Louis Crimon a vécu au Danemark entre 1992 et 1995. Pour L'audacieux magazine, il a remis ses pas dans ses pas d'il y a vingt ans.

 

 

Te revoilà Copenhaguois. Tu remontes Amaliegade, la rue qui conduit au Château. Là où habitent Margrethe II et le Prince Henrik. En France, on dit: Le Roi n'est pas mon cousin. Au Danemark, toi, tu disais: La Reine est ma voisine. Tu jettes un regard attendri en direction de cet appartement sous les toits qui a été le tien. Tu salues Søren Kierkegaard qui marche à grands pas, légèrement voûté, sur la place Kongens Nytorv. Tu te diriges vers Bredgade, là où chez une Antiquaire, tu as failli acheter, en avril 1995, cette paire de gants en cuir blanc. Devenus couleur sépia avec le temps. Gants portés par Hans-Christian Andersen. Gants qui te vont parfaitement et qui doivent te permettre de réécrire, en argot contemporain, les Contes du célèbre Danois. Tu imagines déjà La gamine au briquet, La Meuf et le Chauffagiste et Le nouveau Costard du Président. "Sacrilège", s'emporte ce jour-là l'Antiquaire en t'indiquant la... porte. Mémorable dispute.

 

Aujourd'hui, ce qui divise les 5 millions et demi de Danois, ce sont les "réfugiés", appelés ici aussi "migrants". Une romancière, Lisbeth Zornig, a eu maille à partir avec la Justice de son pays. Son seul tort: avoir pris, à bord de sa voiture, à Rødby, à la sortie du bateau, une famille Syrienne pour l'emmener à Copenhague. Un Tribunal danois l'a condamnée, début mars, à une amende de 22.500 couronnes danoises, 3.000 euros. 300 procédures de ce genre ont été engagées depuis septembre 2015. Shakespeare te pardonne: "Il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark".

 

Tu te fendrais bien d'une petite bafouille irrévérencieuse à la Reine de ces Danois qui se frontnationalisent. Style: "Ma chère voisine d'il y a vingt ans, ne laissez pas faire ça, dites à votre Premier Ministre de leur donner un travail si vous souhaitez qu'ils participent aux frais qu'ils occasionnent. De grâce, ne leur prenez pas le peu qu'ils ont pu préserver des mains avides des passeurs. Leur confisquer objets de valeur et espèces au-delà de 10.000 couronnes danoises, c'est indécent.

Le texte voté en janvier dernier par les députés du Folketing est déshonorant. Vous ne pouvez pas ignorer que le Whashington Post a d'ailleurs comparé cette disposition à la spoliation des biens des Juifs pendant la seconde guerre mondiale."

 

Avant de prendre ton dernier taxi pour Kastrup, l'aéroport de Copenhague, joli cri du coeur d'une jeune Danoise croisée dans la rue, une militante anti UE, son paquet de tracts à la main: "Nous sommes riches, vous savez, nous devons les accueillir !"

Même s'ils vont coûter cher, en aides sociales et en assistances diverses, les Syriens qui ont fui la guerre ont droit à des jours meilleurs. Pour la seule année 2015, le Danemark a accueilli 20.000 réfugiés. Toutes proportions gardées, en France, ça ferait... 200.000.

 

Si Andersen s'en revient ces jours-ci au Royaume de Danemark, sûr, il compose un conte où la petite Sirène sauve les migrants qui se noient. Qu'ils soient Prince ou pas. Pour que la Méditerranée cesse d'être à jamais ce grand cimetière liquide. Mais c'est une autre histoire...

 

Jean-Louis Crimon

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 00:01
Contay. Peupliers de Mars. 2009. © Jean-Louis Crimon

Contay. Peupliers de Mars. 2009. © Jean-Louis Crimon

Cher incorrigible rêveur,

 

Tu relis I remember de Joe Brainard. Brainard est l'inspirateur de Perec. C'est Joe Brainard, le premier, qui invente cette conjugaison de souvenirs insolites ou insolents. Joe Brainard, plasticien Américain, né en 1941, dans l'Arkansas, s'installe à New-York, au début des années soixante. Il publie ses premiers I Remember en 1970. Il récidive deux ans plus tard avec I Remember More. Pour publier, en 1973, un troisième recueil, au titre sans ambiguité, More I Remember More.

Quand, en 1978, parait le Je me souviens de Georges Perec, sont peu nombreux à souligner que Perec n'est pas le premier à avoir recours à ce procédé littéraire particulier. Cette façon inattendue de convoquer et de conjuguer des souvenirs, façon basée sur la répétition fascinante et lancinante, du I remember. Pourtant Perec a, d'entrée, cité ses sources et acquitté les droits d'auteur :"Le titre, la forme, et dans une certaine mesure, l'esprit de ces textes s'inspirent des I remember de Joe Brainard." Clair et précis. C'est dit.

 

Prenant, un jour des années quatre-vingts, le contre-pied de Perec, tu te mets à écrire, non pas des "Je me souviens", trop nostalgiques ou passéistes à ton goût, mais plutôt, - engagement sublime d'un enfant qui tutoie sa vie devant, sa vie à venir, son a/venir - des "Je n'oublierai jamais". Recueil de promesses à toi-même, au temps de tes 9 ou 10 ans. Instants de vie fixés avec des mots, à défaut d'appareil photo. Très tôt, tu fais des photos avec tes yeux. Sans appareil. Sans boîtier. Tu t'inventes L'oeil photographe. Ton écriture est née à ce moment-là.

 

Te reviennent souvent en mémoire quelques uns de tes préférés :

 

Je n'oublierai jamais la chanson du vent dans les feuilles des grands peupliers de la prairie d'en face.

Je n'oublierai jamais les branches des saules pleureurs qui dessinent l'eau de la rivière.

Je n'oublierai jamais ce moment bizarre du soir quand la lumière indique le retour des beaux jours.

Je n'oublierai jamais la douceur de la pluie, les soirs d'été, quand mon père dit : la terre a soif. 

 

Aujourd'hui encore, tu trouves ça très beau. Les mots. Le principe. Le rythme. La musique. Sont vraiment beaux tes Je n'oublierai jamais. Un jour, c'est sûr, tu te mettras à en écrire de nouveaux.

 

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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 00:01
Chengdu. Sichuan. Chine. Octobre 2011. © Jean-Louis Crimon

Chengdu. Sichuan. Chine. Octobre 2011. © Jean-Louis Crimon

 

Cher mélomane mélancolique,

 

Souvent, le soir, sans dire un mot, il s'en va chercher son instrument préféré. Il en a terminé avec ses tenailles, marteaux, ciseaux à bois et autres balais. Il en a fini avec son boulot d'homme d'entretien. D'homme toutes mains. De factotum, comme on dit sous d'autres climats.

Il s'installe dans le hall de la Résidence des étudiants étrangers dont il est le gardien. S'asseoit, se cale le dos bien droit, clope au bec, ou pas, et fait glisser alors tout doucement l'archet. Histoire de réveiller l'instrument. De le mettre en confiance. La magie opère. Le miracle se produit. Le violon à deux cordes se met à pleurer toutes les larmes trop longtemps retenues. Corps accord. Corps raccord. Son infinie tristesse est raccord.

Parfois, il chante. Un chant très mélancolique. Qui semble venir de très loin. Pourquoi penses-tu à lui aujourd'hui ? Parce qu'il pleut. Une pluie fine, douce et triste, comme la pluie qui tombe les soirs où il se met à jouer. Oui, c'est sûr, c'est à cause de la pluie que tu penses à lui.

Lui, tu te demandes s'il pense encore à toi.

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 00:01
Paris. Janvier 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. Janvier 2012. © Jean-Louis Crimon

 

Cher promeneur solidaire,

 

Tu relis ta chanson amère et tu te dis qu'aujourd'hui il n'y a rien d'autre à faire. Dans le regard de celui qui tend la main, c'est aussi ton regard qui te regarde. "Qui mérite quoi ?", disait déjà le vieil Aristote. Alors, d'abord le geste. Pas la parlotte.

 

 

Jour de semaine ou dimanche,

Pas facile de faire la manche,

Tu tends ta tasse à c'ui qui passe,

Mais c'est du vent que ça ramasse...

 

C'est cruel, parfois, les passants,

Surtout quand ils ne sont "pas sans",

ça joue l'absent ou l'air hagard,

A peine si ça te donne... un regard,

 

Toi, t'es là, propre et modeste,

T'attends juste un petit geste,

T'aimerais qu' ça vienne sans demande,

C'est pas une vie la quémande...

 

L'autre passe, les yeux droit devant,

Des fois qu'il craquerait en te voyant,

Par terre, et que, sans mentir,

Sans te donner, pourrait pas... partir

 

C'est drôle la vie, ça tient à rien,

Y'a pas longtemps, tu t'en souviens,

T'étais passant, et pas sans rien,

La vie, tu vois, ça va, ça vient...

 

Si tu donnes, t'es pas moins riche. Si tu donnes, c'est pas de la triche, celui à qui tu donnes, même s'il a le coeur en friche, est, lui, sûr, un peu moins pauvre.

                         

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16 avril 2016 6 16 /04 /avril /2016 00:02
Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011.  © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

Cher heureux hasard,

 

Tu le sais, c'est bien sûr une histoire de chance. S'agit d'abord d'être là au bon moment. Mais tu le sais aussi: ce n'est pas seulement une histoire de chance. Faut être disponible. Être en éveil. En permanence. A l'écoute de ce qui se passe. Ou plutôt de ce qui va se passer. On n'a pas deux fois ce genre de cadeau. Les yeux ouverts. Le regard disponible. Les sens en éveil. Il faut devancer. Anticiper. Imaginer l'image avant que l'image n'existe. Pressentir. Sentir et pressentir. 

La Limousine blanche arrive par la gauche. Elle remonte le quai de la Tournelle. Forcément, c'est inattendu. Pas prévu. Quelque chose se passe. Mais ce n'est pas suffisant. Une jeune femme arrive par la droite. C'est le jeu entre les deux qui devient intéressant. L'une sans l'autre, c'est banal. La Limousine sans la jeune femme, la jeune femme sans la Limousine, ce n'est rien. Une anecdote. La juxtaposition des deux, c'est cela l'image. La rencontre des deux. Le rythme des pas de la jeune femme est essentiel aussi. La photo doit être en rythme. A contre pas serait à contretemps. Il faut savoir attendre. Le bon moment. L'instant parfait. Il faut devancer et attendre. Savoir devancer et savoir attendre. Le secret de " la " photo est là. Dans cette anticipation fulgurante et dans cette patiente attente. Comme à chaque fois, ça se joue en un instant. En un dixième de seconde. Pas le droit à l'erreur. Il faut "prendre" au bon moment. Un peu de chance et un regard, un vrai regard, c'est cela une photo. 

C'est Henri Cartier-Bresson qui, le premier, a dit : "Photographier, c'est mettre sur la même ligne de mire la tête, l'œil et le cœur. C'est une façon de vivre. C'est retenir son souffle quand toutes nos facultés convergent pour capter la réalité fuyante; c'est alors que la saisie d'une image est une grande joie physique et intellectuelle." 

Comme tu aimerais rencontrer un tel homme aujourd'hui !

 

 

 

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 00:02
Paris. 41, Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

Paris. 41, Quai de la Tournelle. Avril 2011. © Jean-Louis Crimon

Cher nostalgique du temps qui passe,

 

Cet après-midi là, tu n'as guère travaillé. Les promeneurs étaient trop à la promenade. Certains se sont bien attardés à feuilleter sur ton étal, mais sans manifester un grand attrait pour un titre ou pour un auteur. Quelques mots échangés parfois, sans plus.

- Vous chercher un ouvrage en particulier ? Un auteur ? Un titre précis ?

Presque à chaque fois, la réponse est la même: non, rien de précis, je regarde.

Pour relancer, par jeu, tu provoques: "vous savez, c'est classique, quand on cherche,  on ne trouve pas", ajoutant, un rien de malice dans la lèvre qui plisse: " et curieusement, quand on ne cherche pas... on trouve !"

La formule amuse. Suscite même quelques commentaires enrichissants. Enrichissants, pour la formule. Mais rien à voir avec la formule de l'enrichissement. Sonnant et trébuchant, s'entend.


A la fin de la journée, juste avant de commencer le rituel de la fermeture et des cadenas qui cadenassent, deux par deux, chacune de tes quatre boîtes vertes, tu prends trois livres, de formats différents, avec des couleurs assez vives en couverture, et, assis sur le parapet, tu agites la main levée sur fond de Seine en contrebas, en chantonnnat, façon camelot qui veut brader sa camelotte: qui les veut, qui les veut... mes beaux bou, mes beaux bou... mes beaux bouquins

Sourire amusé des dernières passantes du soir. Mais sans espoir. Désintérêt évident assumé. Pas mieux pour leurs maris ou compagnons. Pas un lecteur qui vive dans cette heure tardive. Personne que ta chanson ne ravive.

Toi, le bouquiniste, tu restes seul sur ta rive, abandonné, désemparé. A la main, ton bouquet de bouquins.

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14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 09:56
Paris. France Inter. 3 Mai 2012. 09:21. © Jean-Louis Crimon

Paris. France Inter. 3 Mai 2012. 09:21. © Jean-Louis Crimon

Cher citoyen déçu, désabusé, désespéré,

 

Aujourd'hui, tu te souviens de l'anaphore, tu sais ce fameux grandiose moment de télévision politique. Cet instant où un candidat à la fonction suprême se prend soudain pour Rimbaud en campagne et se met à remonter des fleuves impassibles de télespectateurs médusés. Figure de style pour triompher d'un face à face stérile. Tu as encore dans l'oreille cette fausse impro sans pareille:

 

 

" Moi, Président de la République,

je ne serai pas le chef de la majorité,

je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l'Elysée,

 

" Moi, Président de la République,

je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur,

 

" Moi, Président le République,

je ne participerai pas à des collectes de fond pour mon propre parti dans un hôtel parisien,

 

" Moi, Président de la République,

je ferai fonctionner la justice de manière indépendante,

 

" Moi, Président de la République,

je n'aurai pas la prétention de nommer les présidents des chaînes publiques,

 

" Moi, Président de la République,

je ferai en sorte que mon comportement soit à chaque instant exemplaire,

 

" Moi, Président de la République,

je constituerai un gouvernement paritaire, autant de femmes que d'hommes,

 

" Moi, Président de la République,
je serai un Président qui ne veut pas être chef de tout et en définive chef de rien,

je respecterai les Français, la proximité avec les Français

 

" Moi, Président de la République,

j'essaierai d'avoir de la hauteur de vue. "

 

En face, ce jour-là, à ce moment-là, Sarko le vieux routier, n'en revient pas. Sa profession de foi, à lui, en devient plate. Elle tombe à plat. Sur ce coup là, c'est Hollande qui fait péter l'audimat. C'est Sarko qui est échec et mat. Hollande l'épate. Sarko se prend un sacré coup de latte.

Aujourd'hui, quatre ans plus tard, tu te demandes qui sera celui qui jouera le coup de l'anaphore au Président sortant. Dans moins d'un an.

 

D'ici là, tu te dis que la solution, pour François Hollande, c'est sans aucun doute de relire La République. La République de Platon. Pour fuir les sirènes de... Macron.

Platon, oui, Platon. D'une autre envergure et d'une autre ambition que... Macron. Histoire de reprendre un peu de... hauteur de vue. C'est bien vous, Monsieur Hollande, qui disiez, il y a très précisément quatre ans: " Moi, Président de la République, j'essaierai d'avoir de la hauteur de vue. "

Le moment n'est-il pas venu ?

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 00:02
Paris. Quai de la Tournelle. 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher mortel,

 

Tu te souviens, tu t'en rappelles ? Ce jour-là, tu as cru que la faucheuse faisait ses emplettes. La dame en noir a surgi d'on ne sait où. Elle s'est mise à marcher droit vers toi. Tu l'as laissée venir sans montrer quoi que ce soit. Elle ne t'a pas vraiment fait peur. Tu as fait mine de regarder ailleurs. Tout en gardant un oeil sur elle. Méfiance légitime. On ne sait jamais sur qui va tomber la faux ou la faucille. Poursuivant sa route, elle est passée devant toi, comme si tu n'existais pas. Grand bien lui fasse. Tu as cédé la place. La chanson t'est venue en en clin d'oeil. De ta mort, sans effort, la Mort a fait son deuil.

 

 

 

              Never mort

 

Quand on la cherche, elle vous appelle,

Quand on la croise, elle vous toise,

Des mourants, y'en a à la pelle,

Tu n'fais pas la taille sous la toise...

 

Ton excuse n'en est pas une,

Pour être allongé à jamais,

La taille importe peu, chacune

Aura sa bonne boîte, mais...

 

Faut-il encore que Dame la mort

Arrive à te convaincre,

Que c'est le jour, pour ton corps,

De rendre l'âme et de vaincre...

 

La peur de ne plus jamais être,

La trouille de faire le grand saut,

La crainte absurde de disparaître,

De succomber au dernier assaut...

 

L'a pas très chaud dans son paletot,

Tu lui files une tape dans le dos,

Tu lui dis : l'est encore trop tôt,

La mort, t'as vu ma gueule d'ado...

 

C'est comme ça, la vie, faut faire face,

Si t'as vraiment envie d'être en vie,

La mort se barre, la mort s'efface,

De son chemin, forcée, elle dévie...

 

A grands pas, vite, elle se sauve,

Elle aime pas trop qu'on la dérange,

Mais elle te laisse la vie sauve,

Son métier est parfois bien étrange...

 

Si t'as très envie d'être en vie,

Si ta vie n'est pas assouvie,

Sûr, la mort s'en va voir ailleurs,

Si, pour elle, y'a des jours meilleurs...

 

Assis sur le banc des vivants,

Tu te réjouis d'avoir pris les d'vants,

C'est pas pour cette fois, Madame,

Que vous  me boufferez ma part de... macadam.

 

 

                                Jean-Louis Crimon    

                               (La Chanson amère)

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12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 00:03
Chengdu. Chenlong. Sichuan. Octobre 2011. © Jean-Louis Crimon

Chengdu. Chenlong. Sichuan. Octobre 2011. © Jean-Louis Crimon

 

Cher... Laoshi,

 

En ce temps-là, tu enseignes le français dans une université chinoise. A Chengdu. Sichuan. Le poivre du Sichuan, connu dans le monde entier. Tes cours sont très épicés. Un peu trop parfois. En sortant de l'amphi des 3èmes et 4èmes années, ton regard s'arrête sur cette partie pavée du campus. Campus appelé "nouveau campus", par opposition à l'ancien, celui où tu enseignes en première année et où tu habites. On croirait un échiquier. Tu ne sauras jamais si c'est juste un choix esthétique ou vraiment pour jouer avec des pièces vivantes. Deux étudiants traversent cette partie damée. Se tiennent-ils la main ou marchent-ils côte à côte ? Peu importe, ton angle de prise de vue les rend proches.

Un jeune homme. Une jeune femme. Jeu de dames. Cases noires. Cases blanches. Damier. Dame y est. Jeu de Dame ou Dame de coeur. Dame de coeur et son Cavalier. Cavalier ou Chevalier. Chevalier servant. Dame de coeur servie. Amour en vie. Amour qui fait envie. Damier ou Echiquier. Jeu de dames ou jeu d'échecs. Souffler n'est pas jouer. Tel est pris qui n'a pas vu qu'il pouvait prendre. Apprendre à prendre. Pour ne pas se faire prendre. Faut savoir ou faut comprendre.

Aller à Dames. Perdre sa Tour. Coucher sa Reine. Echec au Roi. Alternance de cases grises et de cases blanches. Avec ou sans revanche.

Métaphore de l'existence.

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 00:04
Carte Postale de Serge Laget, L'Equipe Magazine. 2001. © Jean-Louis Crimon

Carte Postale de Serge Laget, L'Equipe Magazine. 2001. © Jean-Louis Crimon

Cher... Verlainien,

 

Incroyable bonheur aujourd'hui, avec la relecture de cette carte postale signée Serge Laget, à l'époque Journaliste à L'Equipe Magazine. Serge Laget a été le premier supporter - le mot s'impose pleinement ici-  de Verlaine avant-centre. (Le Castor Astral. Janvier 2001). Verlaine avant-centre, ton premier roman. Premier roman pour réunir tes deux passions: football et poésie. Un récit construit sur la personnalité et les prouesses de Just Fontaine, le célèbre buteur de l'Equipe de France de 1958. 13 buts en une seule Coupe du Monde. Record absolu. Record jamais battu. 13 chapitres en hommage aux 13 buts. Chaque chapitre prend fin avec les actions de jeu, les dribbles, les passes qui amènent au but de Fontaine. L'avant-centre parfait. En filigrane, en transparence, le poète parfait.

Verlaine s'infiltre dans le récit. Pourquoi Verlaine ? Parce qu'un poète, c'est un avant-centre qui marque des buts avec des mots ! C'est la réponse du jeune narrateur qui sait qu'au départ, au début des années cinquante, les footballeurs jouent en W-M. La position des joueurs évolue au cours de la rencontre et toutes les lettres de l'alphabet s'écrivent alors sur la pelouse. Avec les lettres, on fait des mots. Avec les mots, on fait des phrases. La magie opère: les joueurs, dans leurs placements, leurs déplacements, leurs dribbles, leurs passes, une-deux, une-deux-trois quand ils jouent en triangle, écrivent sans le savoir une histoire que seul le narrateur affirme savoir lire. Les phases de jeu sont, sans en avoir l'air, des phrases du livre. Enlevez la lettre " r " au mot "phrase", il devient "phase". Ajoutez la lettre " r " au mot "phase", il devient "phrase". CQFD.

Serge Laget avait été fasciné par le titre de ton roman. L'homme adorait autant Verlaine que Fontaine. Autant la poésie que le football. Même si l'homme plaçait le cyclisme au-dessus de tous les sports.

Relire les mots de Serge, à propos de la parenté Verlaine/Fontaine et surtout du rapport Verlaine/Football, est toujours quelque chose de vraiment extra-ordinaire. Ce que tu ne savais pas, ce que tu n'aurais jamais osé imaginer dans tes gamberges les plus folles, c'est que Verlaine, le poète des sanglots longs, le poète des Poèmes saturniens ait pu, vraiment, taper dans un ballon rond. Dans un ballon de football.

 

La preuve:

 

" Mais le plus important, je te confirme bien ma remarque initiale: Verlaine a tapé dans un ballon, joué au football ! ! !

" Cette​ expérience s'est passée en 1876-1877 quand il était professeur de français et de dessin à Stickney (Lancashire). Il bavarde beaucoup avec M. Andrew, directeur de l'école, le chanoine protestant Coltman et le colonel Grantham... Ce dernier avait deux enfants à qui Verlaine donnait des leçons particulières... Est-ce un des fils Grantham, toujours est-il qu'un de ses élèves offrit au poéte à jouer au football...

" C'est absolument sûr. Ton titre est en fait celui d'un visionnaire. Bravo. Je me fait tout petit. Ma vive considération. "

Signé: SERGE LAGET

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Forcément, après pareil hommage, on se fait tout petit en retour. Toi, après ça, tu t'es dit: aucun doute, le titre, ce sacré beau titre, ce superbe titre, c'est Verlaine lui-même qui te l'a... soufflé !

 

 

 © Jean-Louis Crimon

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