Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 16:49
Amiens. 31 Oct. 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 31 Oct. 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher vieux journaliste radieux,

 

Curieux, vraiment, ce vieux camarade que tu croises centre ville. Tu ne l'as pas vu depuis des lustres, pour ne pas dire depuis dix ou quinze ans et tu pensais justement à lui ce matin. Un homme charmant, cultivé, élégant, qui a toujours le sens de la formule et qui adore stigmatiser ton talent d'intervieweur: Toi, au moins, tu n'as pas besoin de faire l'âne pour avoir du son.

Faire l'imbécile pour obtenir quelque chose, sûr, ça n'a jamais été ta méthode. Ta raison d'être. Même pour découvrir le pot aux roses.

Le pot aux roses, expression qui remonte au siècle de Rutebeuf. "Car je tantost descouvreroi le pot aux roses", autrement dit en "françois" d'aujourd'hui : « Parce que je découvrirai bientôt le pot aux roses ». Au XIIIe siècle, « découvrir » c'est littéralement « soulever un couvercle ». Au Moyen Âge, le « pot aux roses », c'est la petite boîte dans laquelle les jeunes femmes fortunées rangent leurs parfums, et surtout le rose précieux dont elles aiment à se farder. Elles y cachent aussi des mots doux ou secrets.

Retour au son, au son de l'âne. Voilà donc un animal qui, - tu te demandes bien pourquoi ? - symbolise depuis toujours la stupidité et l'entêtement.
Donc, faire l'âne c'est bien faire l'imbécile, mais le son de la radio n'a rien à voir avec le son de l'âne. Pourtant, côté son, l'âne a de la voix pour pousser sa chanson.

Le son de l'âne en train de braire n'a rien à voir avec le son de sa pitance. Notre son ici,  n'est pas le bruit qu'il émet, mais la pitance qu'il attend. Ce son-là n'est autre, en effet, que l'écorce de céréales que l'âne avale avec gourmandise.

Cette expression était utilisée au XVIe siècle par Rabelais qui écrivait, en vieux français: «Gargantua faisait de l'âne pour avoir du bren». Le bren, premier nom du son. Bien reçue la leçon.

 

Journaliste radio, journaliste radieux. Pour être une bonne voix, il faut d'abord être une bonne oreille.

Partager cet article
Repost0
2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 00:28
Amiens. 31 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 31 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher passant du jour finissant,

 

Dans la lumière dorée du soir se produit soudain le miracle. Beau paradoxe. Hommes celluloïdes en vitrine quand sur le trottoir une femme trottine. Homme objet qui prend la pose et femme libre qui s'impose. Tout est dans le regard, aérienne, souveraine et un rien malicieuse. Tu penses même audacieuse.

La photo, c'est le court-métrage d'un instant. Un film arrêté dans son mouvement.

Partager cet article
Repost0
1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 06:30
Amiens. Rue Delpech. 31 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue Delpech. 31 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher enfant d'un siècle déjà si lointain,

 

Tu te souviens, - début des années soixante -, quand tu creuses et tu sculptes à l'opinel des betteraves pour y placer à l'intérieur une bougie. Tu te revois défiler dans les ruelles du village, avec d'autres gamins et gamines de ton âge qui ont dans leurs mains, eux aussi, le même trophée. Vous chantiez d'ailleurs, si ta mémoire est bonne, quelque chose comme guénel, guénel. Sans doute "joyeux Noël, joyeux Noël". Sans savoir qu'il s'agissait de survivances très anciennes d'une fête païenne rebaptisée chrétienne. Revenue à la mode, via american way of life.

Ce soir, dans ta ville et mieux dans ta rue, c'est Halloween, que tu croises. Deux petites, pas si petites, - une mère et sa fille - te quémandent des friandises et des euros. Sans savoir vraiment pourquoi. Pas le temps de leur expliquer ce dont elles se moquent éperdument. Sont déjà parties rançonner d'autres passants. Se moquent bien que tu leur expliques que la fête traditionnelle est originaire des Iles Anglos-Celtes et que son nom est une contraction de l'anglais All Hallow's Eve qui signifie "the eve of All Saints' Day" et que ça se traduit par "la veille de Tous les Saints" ou "la veille de la Toussaint". Cette fête païenne où l'on croise des zombies, des vampires et autres déguisements effrayants, est en fait un héritage celtique d'une fête très ancienne, la fête de Samhain.

La fête de Samhain, Samain ou Samonios, était une célébration païenne qui commémorait la fin des moissons, la fin de l'été et le début de la saison courte, appelée la saison sombre en opposition avec la saison claire. Elle existe depuis environ 2500 ans et elle était fêtée le dernier jour de l'année du calendrier celte. Notre 31 octobre actuel. Lors de cette célébration, les druides priaient les Dieux pour les remercier des récoltes de l'année écoulée et afin qu'ils assurent leur protection durant l'hiver.

La fête dure 7 jours, 3 jours avant la Samhain et 3 jours après. Elle est obligatoire. Elle a pour but d'accueillir la nouvelle année, mais aussi les défunts, autorisés à rendre visite aux vivants ce seul jour de l'année. Les disparus sont honorés par un grand repas et ont leur place à table.

Les druides allument des feux sacrés pour faire revenir le soleil et chasser les mauvais esprits. Chaque habitant emporte chez lui une part de ce feu sacré pour allumer un foyer nouveau dans sa maison. La citrouille utilisée aujourd'hui comme lanterne rappelle sans doute les réceptacles utilisés pour ramener le feu chez soi.

 

Comme tu aimerais revivre une journée de ce temps là !

 

Partager cet article
Repost0
30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 23:17
Thiérache. Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

Thiérache. Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher nuancier,

 

Il y a des jours où tu vois ta vie en noir et blanc. Scénario sans synopsis. Absence pour abscisse. Grisaille du matin qui ne passe pas son chemin. Bascule en film des années cinquante. Un rien, et c'est Gabin qui s'en revient. Peut-être en Inspecteur Valois. Toi, tu purges ta peine en conditionnel. Tu aimerais... tu serais... tu écrirais... Tu t'inventes des dialogues Prévert ou Audiard. Tu adores le flou fragile de la frontière temps / espace. Là où tout est possible et rien ne se passe. Mise à part cette illusoire fulgurance: le matin a l'air d'être déjà le soir.

Dans le noir et blanc, l'important, c'est le dégradé de gris. Là où le noir se fond. Comme dans la vie. La couleur est à l'intérieur.

 

 

Partager cet article
Repost0
27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 11:28
Thiérache. Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

Thiérache. Avril 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher passager,

 

A la vitre du temps, tu sens que la saison s'efface, peupliers bien en place sur la ligne d'horizon. Arbres en partance. Peu importe la façon. L'automne a toujours raison. Tu vas vers l'hiver. Octobre te rejoue la mi-mars. Parfois même, les mêmes averses éparses. Tu as le cœur à l'envers. Tu t'en vas vers Vervins. Tu t'en vas vers... vers vains.

Partager cet article
Repost0
25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 10:59
Paris. Quai de la Tournelle. 25 Octobre 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. Quai de la Tournelle. 25 Octobre 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher grand nostalgique,

 

Une photo, une simple photo et tout bascule. Tu te retrouves quatre ans plus tôt. Quatre ans pile. 25 Octobre 2012. Tu es sur le quai. Quai de la Tournelle. Bouquiniste parmi les bouquinistes. Chaque jour, tu rédiges ta chronique des nouvelles du bout du quai. Petits faits anodins pour ton voisin, grands moments de vie et de littérature -mais oui- pour toi. Tiens, relis-toi cette séquence pas dégueu. Qui prouve que dans le milieu, on n'est pas des gueux !

 

--------------------------------------------Journal du Bouquiniste------------------------------------------------------

 

Beau bleu de ciel. Beau bleu de ciel bleu. Beau bleu de ciel bleu dans les yeux. Bleus. Des feuilles d'or sur les branches des arbres. Belle journée d'automne. Demain, l'hiver frappe à la porte. Selon le prévisionniste météo, dix degrés de moins sur le paletot. Surtout pour ceux qui se lèvent tôt. De 14 degrés, on passerait à 4 petits degrés. Si c'est vraiment vrai, a dit mon voisin, de quatorze à quatre, pour aller sur le quai, on va pas se battre.

Une dernière fois, ou presque, jolie fresque, de belles passantes jouent les élégantes. Certaines offrent leurs épaules au soleil qui les frôle. Encore un peu d'été dans l'automne.

Deux gamins en skate squattent d'un coup le trottoir. Deux turbulents. A ne pas avoir la langue dans la poche. L'un des deux stoppe pile face à l'endroit des Poches.

- Liliane est au Lycée ? vous l'avez ? 

- Liliane est au lycée ?

- Oui, c'est écrit par un Grec !

- S'rait pas plutôt... L'Iliade et l'Odyssée ?

- Ah, ouais, c'est p't'êt' ça !

- Vérifie le titre, mon gars, et reviens me voir quand tu seras sûr de toi ! Je te le mets de côté jusqu'à lundi !

 

Le métier de bouquiniste est parfois homérique. Homérique. A la fois héroïque et comique.

 

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

Jolie chronique, non ? Dire que ton Editeur Le Castor Astral a renoncé à publier un recueil d'une centaine des meilleures. Sur 500, c'était jouable, non ?

Partager cet article
Repost0
24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 10:03
Amiens. 24 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 24 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher citadin matinal,

 

Toi, tu le sais, tu le tiens d'un balayeur, matinal comme toi. "La place du balai", c'est l'espace que doit laisser chaque automobiliste, entre sa voiture et la bordure de trottoir. La place du balai, pour que le balayeur puisse faire son travail. Puisse bien faire son travail. Que l'on se gare en épi ou pas.

Manifestement, ça ne s'enseigne pas dans les Ecoles de conduite automobile, pas davantage chez les élus municipaux. Pas de pot, mis à part les pots d'échappement. Le balayeur des rues en est pour sa quotidienne déconvenue.

Tous les usagers de la ville devraient recevoir une formation au balayage et aux contraintes du balayeur. Pourrait commencer par le nom et la composition de toutes les sortes et de tous les types de balais.

Le balai sert au nettoyage, ménager ou urbain. C'est un outil composé d'un long manche auquel est fixé un faisceau de brindilles, de feuilles ou plus généralement une brosse de crin, de soies, de nylon. Il y a ainsi une multitude balais qu'on peut définir par leur composition.

Balai de bouleau, de bruyère, de chiendent, de crin, de genêt, de jonc, de paille, de palmier; balai automatique, balai mécanique. Balai à laver ou balai-brosse, balai à vaisselle, à franges. Les récalcitrants feraient connaissance avec l'armoire ou le placard aux balais.
 
Drôle, non, ton idée ? Tu ne serais pas en train de candidater à une place de formateur ?
 
 
Partager cet article
Repost0
23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 22:31
Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher villageois à la ville,

 

Coup d'œil ou clin d'œil ? t'en fous, toi, tu vois, c'est tout. Tu vois ce que les autres ne voient pas et ça t'amuse. Tu vis la même vie, tu vis dans la même ville, et tu ne vois pas la même ville. Tu ne vois pas les mêmes choses. Tu trouves de la beauté là où les autres ne voient que de la banalité. Tu n'en tires aucune gloire particulière, mais tu écris à la manière d'un architecte du regard. A moins que ce ne soit l'architecte que tu n'as pas osé être qui s'exprime à travers tes yeux. L'archi/texture, ton vrai métier.

Tu aimes tellement ces jeux d'images qui se croisent dans une rue familière soudain inattendue.  

Partager cet article
Repost0
22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 23:35
Abbeville. Octobre 1978. © Jean-Louis Crimon

Abbeville. Octobre 1978. © Jean-Louis Crimon

Cher épistolier amoureux,

 

Cette fois, tu es battu. A plates coutures. Record absolu de pleins et déliés. Mille deux cent dix-huit lettres. 1218 lettres écrites entre octobre 1962 et septembre 1995. Tu imagines... 33 ans de lettres d'amour. 1218 lettres. Plus fort que les 110 propositions. Plus fort qu'un Programme commun de gouvernement.

Etrange et malicieuse postérité qui salue aujourd'hui l'œuvre littéraire cachée d'un homme politique qui, sur ses affiches, en public, avait repris le cri de Rimbaud: "Changer la vie".

Tu écrirais bien à cet homme là qui a été le Président de deux septennats et qui nous revient d'entre les morts pour être reconnu aujourd'hui comme l'auteur d'une véritable œuvre littéraire. Un juste retour des choses, au fond, pour celui qui ne cachait pas qu'il aurait aimé être... Ecrivain.

Mille deux cent dix-huit lettres, comme le superbe post-scriptum d'une vie qu'on croyait tout entière consacrée à la politique. Un post-scriptum, P.-S., qui vaut bien l'autre PS.

Oui, tu écrirais bien à cet homme qui affirmait croire, non pas forcément en Dieu, mais aux forces de l'esprit.

Partager cet article
Repost0
21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 14:47
Amiens. Soir de pluie. 14 Oct. 16. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Soir de pluie. 14 Oct. 16. © Jean-Louis Crimon

Cher nyctalope,

 

Tu adores ça. Peindre avec la lumière. Ecrire avec la lumière. Avec les yeux du hasard aussi. La chance parfois. Ecrire sans les mots. Calligraphier la lumière. Capter la lumière. Chasser les signes. Pourchasser les formes. Jeu de piste magique. Pêche malicieuse, minutieuse, miraculeuse. Deux ombres dans la nuit. Deux ombres qui se font face. La nuit n'en aura trace. Toi, oui. Photo de deux fantômes. Tu penses à Verlaine et aux deux premiers vers de son Colloque sentimental :

 

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.

 

Instant noctambule. Le temps sort de sa bulle. Nocturne conciliabule.

Le hasard est un être lumineux.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de crimonjournaldubouquiniste
  • : Journal d'un bouquiniste curieux de tout, spécialiste en rien, rêveur éternel et cracheur de mots, à la manière des cracheurs de feu !
  • Contact

Recherche

Liens