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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 00:02
Amiens. Route de Saint-Fuscien. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Route de Saint-Fuscien. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher piéton d'un siècle beaucoup trop automobile,

Souvent, à la vitre du temps, tu fixes des images fugaces, en dépit des remarques de la conductrice que tu agaces. Tu cadres à travers le pare-brise. Peloton de peupliers en randonnée rang d'oignons sur le bas-côté de la route. Traîne-bitume perpétuels qui marchent toujours à contre-sens. Enfin, comme le croient les hommes qui n'ont pas encore compris que les arbres vont leur survivre. Ainsi va la vie et cet ultime rendez-vous qui signe notre définitive absence. Le plus tard possible, tu penses. Ça prend du temps pour trouver un sens à l'existence.

Dixit Souchon, Alain de son prénom:

" Pour faire la route dans l'autre sens.
On avance.
On avance, on avance, on avance.
Tu vois pas tout ce qu'on dépense. On avance.
Faut pas qu'on réfléchisse ni qu'on pense.
Il faut qu'on avance... "

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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 00:02
Amiens. 28 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 28 Mars 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher Européen convaincu, surtout convaincu qu'on aurait dû donner naissance à une autre Europe,

 

Tu te réveilles avec cette nouvelle annoncée, burinée, tambourinée, comme impensable ou impossible la veille. Les Britanniques ont voté le Brexit. Que toi, tu t'amuses à écrire, depuis le début, dans ta tête de joueur de mots, break sit. Brexit, mot-valise, de British, Britannique, et de exit, sortie. Sortie du pays de l'Union européenne. La petite Austin Cooper qui se gare parfois devant chez toi t'avait pourtant périodiquement subliminalement prévenu, mais tu n'as jamais été sensible au messages automobiles.

Au fond, tu t'en fous, tu n'as jamais aimé cette Europe des Technocrates, des Banquiers et des Financiers. Jamais cru que l'Europe de Monnet se réalisait vraiment dans l'Europe de la Monnaie.

Ton credo n'a rien à voir avec leurs convictions économiques et monétaires. Ton OUI à toi est d'une autre nature. Il eut fallu d'ailleurs commencer par là. Par la libre circulation des idées, non pas par celle des objets manufacturés. Le commerce des mots et des idées avant le commerce des objets manufacturés. Faute d'avoir su construire dans cet ordre-là, les Etats, quels qu'ils  soient, paient aujourd'hui la facture. A la Grande Maison, ils ont préféré le Grand Marché.

 

Toi, tu persistes et tu signes. Même si ce matin, tu es le seul Européen à l'affirmer de cette façon:

Oui à l'Europe des Poètes et des Philosophes ! Non à celle des Financiers et des Banquiers !

 

Qui se souvient aujourd'hui que, dans une prairie proche de Tübingen​, le jeune Hegel, avec ses potes Hölderlin et Schelling​, a un beau jour planté un arbre de la liberté, pour saluer les idéaux de la Révolution française ?

 

Cameron, Hollande et Merkel ne le savent sans doute même pas. Se peut même qu'ils ne l'aient jamais su, alors...

Alors... nous rêvions d'ÊTRE et nous nous sommes fait... AVOIR !

 

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. 23 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 23 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher chercheur,

 

Toi qui passes parfois pour un être par trop terre à terre, ce qui n'est pas juste, tu te surprends souvent à lever les yeux vers ce ciel auquel tu ne crois pas. Tu sais, faculté si rare désormais sous nos climats, lire le ciel, selon le moment de la journée.

La nuit, sans doute, la mer prend la place du ciel. Preuve: le ciel du matin garde mémoire des vagues de la nuit. Image mirage visible seulement de ceux qui se lèvent tôt.

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. 21 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 21 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher rêveur à la fenêtre,

 

Tu adores ce genre de soir quand le soleil met de l'or sur l'immeuble d'en face. C'est bref. C'est rapide. Immédiat. Instantané. C'est souvent après une journée de pluies grises et froides. D'un coup, d'un seul, le vent balaie les nuages et nettoie la palette céleste. En quelques secondes, le miracle se produit. Tu ne dois pas te laisser surprendre. Tu ne voudrais manquer pour rien au monde cet instant magique. Sa durée de vie est si brève. Le mur s'illumine comme dans un rêve. Ephémère éternité.

Ce soir, vraiment, mais ce soir seulement, tu acceptes le compliment: tu as de l'or dans les yeux.

 

 

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 00:01
Cité Scolaire d'Amiens. Première Inspection. Rapport signé Georges Laforest. 15 Mars 1978.

Cité Scolaire d'Amiens. Première Inspection. Rapport signé Georges Laforest. 15 Mars 1978.

Cher Maître Auxiliaire,

 

Ce matin, tu te souviens de la fin des années 70. Prof de Philo. Tu es Professeur de Philosophie à Amiens. La Philo, de tous les enseignements, le plus beau. Terminale D, Terminale C, Terminale A. Des Scientifiques et des Littéraires. Des classes de plus de 30 élèves. De bons élèves, mais aussi de sacrés dilettantes. Des fugueurs. Des élèves qu'il te faut parfois aller rechercher à "La Bonne Brise", le troquet le plus près de la Cité Scolaire. Tu n'hésites jamais à le faire. Quand il te voit entrer dans son établissement, le Patron se marre: il sait que tu vas d'abord lui régler les consommations, te mettre debout sur une chaise ou sur une table et commencer ton cours pour ceux qui voulaient "sécher". Ensuite, tel le joueur de flûte du conte des frères Grimm, les élèves vont succomber à la musique de tes mots et de tes phrases et tu vas les ramener au bercail. Dans le Hall du Bâtiment B, le Proviseur te complimentera avec humour, pour ton sérieux et ton originalité pédagogique, en s'exclamant devant tes élèves médusés: quel talent !

Tu mets un point d'honneur à ne jamais sanctionner les délinquants et à régler toi-même les problèmes d'absentéisme ou d'indiscipline. Sans avoir recours au Surveillant Général, devenu CPE. Conseiller Principal d'Education.

A la fin de chaque cours, tu leur annonces le thème, la notion, la question, le sujet du prochain cours. Tu demandes à la classe de préparer par des lectures la notion qui sera à l'étude. Tu les salues de ce rituel, inventé très tôt, juste après la rentrée de septembre:

Surtout n'oubliez jamais, entre ÊTRE et AVOIR, ne vous trompez jamais d'auxiliaire, et vous pouvez me croire, moi qui suis... Maître Auxiliaire !

 

Vingt ou trente, ou même quarante ans plus tard, il n'est pas rare que, croisant par hasard l'un de tes anciens élèves, celui-ci te déclare d'emblée, avant même les salutations d'usage et dans grand éclat de rire: Entre ÊTRE et AVOIR...

Accolade et congratulations de circonstance, forcément, cafés ou boissons pétillantes au bistrot d'en face, et très vite tu avoues au détenteur d'une si bonne mémoire qu'il a sans aucun doute retenu l'essentiel du cours de philosophie, mais que dans la vie, parfois, on se perd, que toi-même tu t'es un peu... perdu, que tu as dû, souvent, parier sur l'AVOIR, en négligeant l'ÊTRE. Que l'essentiel était de toujours en avoir une claire conscience.

Avoir un métier, avoir une voiture, avoir une femme - ou un mari-, avoir des enfants, avoir un appartement, avoir une maison, avoir un jardin, avoir un bon salaire, avoir du temps libre, avoir des vacances... Toutes formes d'avoir imposées par notre existence sociale et qui - jamais - ne résoudront la question de l'ÊTRE... la nécessité d'ÊTRE, l'obligation morale ou simplement humaine d'ÊTRE, d'ÊTRE un ÊTRE HUMAIN, simplement, totalement HUMAIN.

Être journaliste, être mobile, grâce à l'automobile, être marié, être père, être parent, être soi-même à travers toutes ces existences plurielles et singulières à la fois, simultanées ou successives, ÊTRE, sans jamais oublier d'ÊTRE, dans tout ce qui, dans la vie, nous arrive. ÊTRE, oui, enfin... peut-être.

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. Léo Ferré. Première interview. 19 Juin 1979. © DR

Amiens. Léo Ferré. Première interview. 19 Juin 1979. © DR

Cher intervieweur débutant,

Tu t'en souviens comme si c'était hier. La veille, dans la loge du Cirque Municipal, à la fin du concert, Marie avait soufflé à l'oreille de Léo: Tu sais, lui, c'est le monsieur d'Amiens, il est bien, tu peux accepter de le recevoir. En te regardant, Léo avait murmuré: Ah, si Marie vous apprécie...

Tu n'en avais pas dormi de la nuit. Une interview de Léo Ferré. Le grand Ferré. Léo, l'anar. Léo, le poète. Léo, le chanteur. Celui qui a su si bien mettre musique Verlaine et Rimbaud. Aragon aussi.

Le rendez-vous avait été fixé par Léo lui-même: "Viens demain à l'Hôtel vers 9 heures et demie ! "

Incroyable rendez-vous. Ce jour-là, ta vie a pris un tournant. Ponctuel, Léo a descendu l'escalier, dès le coup de fil de l'hôtesse, jeans, blouson de cuir, chemise ouverte. Allure décontractée comme la tenue vestimentaire. Aucun signe extérieur de richesse pour celui dont la richesse est intérieure. Caractéristique des vrais grands hommes.

L'entretien a été cordial, au début, fraternel, très vite, et amical, vraiment, sur la fin. Tu te souviens de tes premiers mots, en guise de première question: Hier soir, juste après le dernier rappel, et les derniers applauds, un jeune homme est venu vers vous, au pied de la scène, vous vous êtes penché vers lui, et il vous a dit cette phrase incroyable: vous êtes plus grand que sur les affiches !

Avant de te répondre, Léo t'a observé, avec ce sourire qui en disait long, ce sourire des yeux qui va si bien aux gens heureux. Puis Léo a déroulé: Oui, c'est vrai, je n'ai pas compris tout de suite ce que ce jeune homme voulait dire, mais après j'ai compris...

L'interview était partie. Lancée. Tu ne voulais pas démarrer trop brutalement, pas courir le risque d'agacer l'artiste au saut du lit. Pas le décevoir par une question banale, basique, maladroite. Ton entrée en matière était une belle entrée en scène. Réussie.

19 Juin 1979 - 20 Juin 2016. C'était il y a... 37 ans. Léo allait vers ses 63 ans, et toi, tu n'avais pas encore... 30 ans.

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 00:01
Saint-Souplet-sur-Py. Marne. © Juliette Crimon

Saint-Souplet-sur-Py. Marne. © Juliette Crimon

Cher éternellement fils,

15 ans déjà que tu ne peux plus lui souhaiter de vive voix: "Bonne fête des pères". Il est mort en 2001, ton père. En Mai 2001. Depuis, ce jour de la Fête des pères, c'est le jour où, même devenu père à ton tour, avec le bonheur et les joies du statut ou du rôle, tu te sens vraiment orphelin. Il n'y a pas d'âge limite pour se sentir orphelin.

Bien sûr, tu penses à lui souvent et tu lui parles de temps en temps. Tu lui demandes ce qu'il pense de tel ou tel sujet. Il adorait le foot, tu lui racontes la manière de jouer d'aujourd'hui. La folle dérive financière. Le star-système. Les hooligans. Le 4-3-2-1. Si loin du WM de ton enfance et de ce sourire incroyable qu'il avait quand Reims, le grand Stade de Reims, et son génial trio Kopa-Piantoni-Fontaine enchantait l'attaque de l'équipe au maillot rouge et blanc.

Tu la trouves belle et terrible à la fois la photo du cimetière. Le cadrage. L'angle. La composition. L'accent mis sur les prénoms et les noms. Adrien, Georges, Juliette. Cette photo, elle t'a toujours fasciné. Elle est l'œuvre de ta mère. Prise sans doute dans les années 80. Une fin d'été. Ou en automne. Peu avant la Toussaint. Chrysanthèmes en pot obligent.

L'attitude de ton père semble tout dire sans rien laisser transparaître, tête légèrement inclinée vers la tombe, empreinte d'une certaine douceur paisible de celui qui sait comment tout cela va finir, mais que la mort n'effraie pas. Il s'agit d'un jour où tes parents sont allés désherber tout autour de la tombe du grand-père, mort en 1922, des suites du gaz ypérite, le gaz moutarde. Une petite rentrée d'argent inattendue a permis à tes parents de faire graver leurs noms et leurs dates de naissance à côté du nom de ton grand-père. Ils en éprouvent une certaine fierté. C'est pour ça que la photo a été prise. Sûrement pour ça. Pour ça qu'ils ont pensé bien faire en te l'envoyant par la poste. Tu ne te souviens plus des mots qui accompagnaient la photo. Peu importe, la force de la photo, la force de cette photo, c'est de dire tout cela, et même davantage, sans avoir le besoin de passer par les mots.

La photo est à la fois le message et le messager.

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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 00:01
Arras. 14 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Arras. 14 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher amoureux des formes et des couleurs de la ville,

Tu t'étonnes d'un rien, un quai de gare, un morceau de trottoir, un matin qui tire une gueule de soir, un train sans doute en retard, un banc, une caisse, un appui, une chose inouïe. Mobilier urbain, comme disent si bien ceux qui dessinent les objets qui peuplent nos villes. Urbanistes ou architectes d'extérieur, designers, pour ne pas dire styliciens. Objets pas toujours très esthétiques, ni fonctionnels, mais qui dessinent désormais l'espace de la ville. Que tu traînes tes guêtres à Paris, Pékin, Oulan-Bator, Copenhague, Londres ou Berlin, tu as parfois l'impression qu'une internationale du design a pris le pouvoir pour uniformiser toutes les manières de ne pas pouvoir s'asseoir. Un jour, sûr, tu publieras les photos des bancs des villes où l'inconfortable absolu te dissuade de te "poser", ne serait-ce que quelques minutes. L'inconfortable absolu, nouvelle norme mondiale des bancs publics d'un siècle vain et d'un siècle vain et un !

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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 00:01
Les Douves d'Onzain. Acacia. 12 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon.

Les Douves d'Onzain. Acacia. 12 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon.

Cher bûcheron,

Tu sais lire l'âge de l'arbre au nombre de cercles qu'il avoue à la coupe. Une année par cercle. 18 cercles, 18 ans. Ne me dis pas que tu l'as coupé pour connaître son âge. Ce serait trop fou. Trop bête. L'arbre te faisait de l'ombre ? Cherche ailleurs le soleil. Te prenait tout l'espace ? Va planter ta tente ailleurs.

C'est Léo qui disait: quand j'entends la tronçonneuse, j'ai mal à la jambe.

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. 16 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon.

Amiens. 16 Juin 2016. © Jean-Louis Crimon.

Cher avaleur de trottoir,

Tu te passionnes parfois pour des œuvres qui n'en sont pas, des hasards de bordures, des fleurs de bitume, des bords de caniveau. Une courbe, une apparence de sens, un dessin. Tu juxtaposes des objets disparates, pour en faire un sujet. Tu réussis ou tu rates.

La ville grise te grise, tu déambules à cloche-pied, ou à cloche-cœur, tu sautes dans les flaques, tu cadres et tu fixes, tu immortalises d'improbables chefs d'œuvre, de bitume ou de béton, abstractions superbes, équations absurdes, tu trinques à l'illusoire et tu te soûles dans la foule.

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