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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. Rue de la République. Mai 2016. © Jean-Louis Crimon.

Amiens. Rue de la République. Mai 2016. © Jean-Louis Crimon.

Cher citoyen libéré du travail obligatoire et qui n'a pas une minute à lui...

 

Tu n'y comprends rien: tu n'arrêtes pas ! Tu as toujours quelque chose à faire. Un service à rendre. Une pelouse à tondre. Avec toutes ces pluies, ce n'est plus un gazon, c'est une pâture à herbe haute ! Mais encore, des chaises de jardin à repeindre. Une conférence à préparer. Une soirée lecture à caler. Un coup de main à donner pour le déménagement d'une amie. Un CD de voix d'élèves lisant des extraits de ton dernier roman, à finaliser. Pourtant tu te lèves tôt et tu te couches tard. Mais même avec des nuits de 5 ou 6 heures, les journées ne sont que de 24 heures. A trop privilégier les actions court terme, tu désespères devant la lente progression des ambitions long terme.

Ton beau projet Balayeurs de tous les Pays, toujours à l'état de projet, même si tu as déjà au moins 2.000 photos en boîte.

Sans oublier ce travail que tu diffères de semaine en semaine depuis le début de l'année: mettre la dernière touche et surtout un point final à ce recueil de nouvelles au titre singulier qui méritera bientôt un pluriel: Femme Fatale.

- Tu prendras bien le temps de mourir, me dit mon voisin que mon activité débordante semble agacer. Il reprend: fais donc une pause ! Il insiste: Prends le temps...

- Oui, LE TEMPS... d'UNE pAUSE.

 

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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 00:01
Amiens. 7 Avril 2014.  © Jean-Louis Crimon

Amiens. 7 Avril 2014. © Jean-Louis Crimon

Cher humain du signe du... Lion,

 

Il y a des jours où tu te demandes si, au fond, le vrai philosophe, le vrai "Sage", le véritable humain, sous des apparences de félin, ce ne serait pas lui, lui le chat, le greffier, le somnolent permanent, le somnolent indolent, le somnolent pas si somnolent... le somnolent apparent, le rêveur impénitent.

 

Lui seul sait prendre de l'altitude quand il faut, se mettre à l'écart, prendre du recul ou carrément prendre ses distances. Tu entrevois parfois dans son regard comme des pensées profondes. Ses yeux en point d'exclamation en disent long sur la façon dont il juge la moindre de tes actions. Observateur amusé - ou amusant - de ta manière d'être, tu te sais vulnérable à ses yeux. Tu ne dis pas comme la plupart de tes congénères "Dommage qu'il ne parle pas", mais tu penses en silence: me faut de toute urgence apprendre le "langage-chat".

 

Entendu l'autre jour à la radio deux humains qui parlaient chat et chien. L'un expliquait à l'autre la différence fondamentale entre le chien et le chat. Sa conclusion: le chien sait qui est... le Maître alors que le chat sait qu'il est.. le... Roi.

Tu en as touché deux mots à ton chat le soir même: ça ne l'a pas étonné du tout. Dans un demi sourire, il t'a dit: Tu sais très bien que je n'aurai jamais une mentalité de... Toutou !

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4 juin 2016 6 04 /06 /juin /2016 00:01
Paris. 16 Septembre 2012. © Jean-Louis Crimon

Paris. 16 Septembre 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher temporel,

 

Tu te dis que ce Carpe diem est providentiel. Tombe à pic. Te séduit assurément. Parfaitement.

Cueille le jour. Sans te soucier du lendemain. Cueille l'instant. Profite de l'instant présent. Sûr, le monsieur qui consulte ses sms se prénomme Horace. Le Carpe Diem te saute à la face. Incroyable face à face. Au coin de la rue. Rappel à l'ordre. Incitation à ne jamais oublier. Injonction. Injonction suprême. Injonction sublime. Pas dégueu l'impératif d'Horace ! Pas dégueulasse. Mais pas facile à vivre. Au quotidien.

 

"Cueille le jour". Carpe diem. Curieux conseil, tout de même, de la part d'un cafetier. Mais qui te va bien. Parfaitement bien. Carpe diem. Sauf que "Carpe diem", c'est juste les deux premiers mots du vers d'Horace. La citation, texto, du vers final de cette Ode à Leuconoé, c'est  Carpe diem quam minimum credula postero", ce qui se traduit, la plupart du temps, par Cueille le jour sans te soucier du lendemain.

Une traduction plus proche de la phrase initiale, presque "mot à mot", donnerait d'ailleurs quelque chose comme Cueille le jour et sois la moins curieuse possible de l'avenir. Horace cherche à persuader Leuconoé de la nécessité de savoir profiter du moment présent. Vraiment, à plein, sans s'inquiéter ni du jour, ni de l'heure de sa mort.

Epicurien. Stoïçien. Au sens plein. Horace. Certes. Mais pas seulement.

En rester au seul Carpe diem, - le Sens Interdit le dit à sa façon- ce serait oublier en chemin la philosophie de vie voulue aussi par Horace. Mettre l'accent sur le Carpe diem pour n'en retenir que l'exhortation à profiter de l'instant présent et se borner à rechercher activement les plaisirs tant qu'il est encore temps, ce serait oublier toute la force et toute la portée philosophique d'Horace: savourer, certes, le présent, l'avenir étant, par essence, incertain, mais sans oublier, pour autant, toute discipline de vie.

Autrement dit, Carpe diem, certes, mais fuir tout autant le lieu commun du jouisseur épicurien contemporain. Le mot d'ordre Profite du jour présent  n'est pas suffisant. Très vite insatisfaisant.

 

Même si, à sa façon, dès la fin du XVIe siècle, Ronsard, dans son célèbre sonnet pour Hélène, Hélène de Surgères, incitera, lui aussi, à jouir de l'instant.

 

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,

Assise auprès du feu, dévidant et filant,

Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :

Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle.

...

Vous serez au foyer une vieille accroupie,

...

Regrettant mon amour et votre fier dédain,

Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain,

Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

 

Joliment dit, sauf que la rose n'est que d'épines, et la belle Hélène, merde, pas la meilleure de tes copines. Alors, de toi à moi, tu vois, si m'en crois, l'amour n'est que chemin de croix. Qu'importe l'instant qui passe, c'est toujours l'amour qui trépasse. Et quand bien même Carpe diem, un beau jour, s'en vont mourir tous ces je t'aime.

 

Comme fleurs de toutes les saisons, l'amour qui fane a ses raisons.

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3 juin 2016 5 03 /06 /juin /2016 00:01
Une salamandre. Illustration du XIVe siècle.

Une salamandre. Illustration du XIVe siècle.

 

Tu ne sais plus quand

Précisément

Vient le temps

Où l'on descend

A la cave...

 

Là, dans un coin,

Le plus sombre,

Tu le sais, tu le sens,

Il y a des êtres étranges,

Qui te font peur depuis longtemps...

 

Une armée de Lilliputiens

Prêts pour l'attaque

Des enfants de géants,

Sans que tu saches vraiment

Depuis combien de temps dure cette guerre souterraine...

 

Des tiges aux pointes bleues et vertes,

Parfois violettes,

Qui te caressent et te menacent

Le bas des jambes,

Si tu passes trop près... 

 

Tiges si curieuses au toucher,

Comme des herbes à la fois liquides et rigides

D'un talus imaginaire qui descendrait vers la rivière,

Mais en contrebas, pas d'eau, pas de rivière,

Juste un radeau de pommes de terre...

 

Un bateau naufragé

Echoué

Sur le sable de la cave,

Et toi, tu dois organiser tes troupes,

Tout mettre en ordre avant de livrer le combat...

 

Tu as peur de ces êtres venus d'ailleurs

Qui entourent de leurs multiples bras tentacules

Chacun de vos tubercules,

Êtres minuscules

Qui grandissent dans le noir

Tournent leurs têtes incrédules

Vers le trou d'air et de lumière du soupirail...

 

Tante Laure pointe alors de sa canne l'immense tas,

Le tas de pommes de terre tout emberlificotées

Dans leurs tiges qui font de la haute voltige,

Elle dit, chaque année sur le même ton tonitruant:

"Allez, au travail, c'est le moment, il faut... DéGERMER ! "

 

Tu n'aimes pas le temps du dégermage,

Sauf pour une raison, une seule, mais c'est un secret.

A chaque fois, ta petite soeur et toi, on vous asseoit

A même le sol, de terre et de sable,

Et commence, comme en cadence

Le temps qui compense l'absence de vacances...

 

C'est jeudi et la Tante dit:

Il n'y a pas d'âge pour le dégermage.

Toi, tu rêves d'un grand voyage,

Mais ton radeau de tubercules, c'est bête,

N'aime pas ce qui germe dans ta tête...

 

A la fin, quand tout prend fin, sous le tas, à l'endroit du tas,

Bousculé, dérangé, déplacé, et reconstitué, juste à côté,

Soudain, tu t'écries: elle est là !

Superbe, gracieuse, étonnante, elle-même étonnée,

Dans sa belle robe noire marbrée de jaune

Avec la peau si douce et si fine de son ventre orange...

 

La Tante s'énerve:

" Ne la touchez pas, c'est la créature du diable,

Laissez là s'enfouir dans le sable ! "

Tu n'en crois rien. Tu la trouves belle, si belle. Trop belle.

En cachette, tu la gardes longtemps au creux de ta main,

Tu caresses longtemps, doucement, la peau de son ventre orange...

 

A tout  jamais, les séances de dégermage, dans la cave de la Tante Laure,

C'est l'or da la peau dorée de ta salamandre adorée,

Salamandre au ventre orange que l'on dérange

Dans son sommeil diurne, sous l'oeil taciturne

De la Tante qui claque d'un coup sec la porte de la cave...

 

Son tas de pommes de terre bien en ordre,

La voilà qui intime l'ordre

De déguerpir, sans même un sourire:

Allez, les chenapans, le dégermage, pour cette année,

C'est terminé, rentrez chez vous !

 

Bien sûr, avant d'obtempérer, sans te faire prendre,

Dernière petite caresse à la petite salamandre,

Avant de la rendre,

A la terre sableuse de la cave,

Tout près du nouveau tas de pommes de terre.

 

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 00:03
Amiens. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Juin 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher retraité solidaire,

 

Vraiment, ça commence à t'agacer sérieusement tout ce qui se dit sur ceux qui ont le courage de dire NON et de relever la tête face à ceux qui rêvent toujours de mettre le bas peuple à genoux.

Ce matin, sur ces réseaux qu'on dit sociaux, tu t'arrêtes sur un texte que tu trouves très percutant.

Une manière de refus formulé au départ par des Travailleurs Belges qui auraient pu tout aussi bien, parodiant Magritte, s'exclamer: Ceci n'est pas une loi !

 

Tu ne résites pas au plaisir de relayer ce formulaire qui a trouvé la formule. Comprenne qui pourra. Comprenne qui voudra.

 

Le reste n'est que gattazeries inutiles. Tu aimerais tant entendre le Président de la République lui dire: Tu es Pierre et sur cette pierre, je ne bâtirai pas la France du futur. Mais le gouvernement joue le Medef à donf. Patronat fossoyeur. Gouvernementerrement.

 

La marche arrière, tu le maintiens, n'est pas le meilleur chemin pour aller de l'avant.

 

 

 

 

Photo de Les Indignés.

 

Formulaire à faire remplir par ceux qui n'auraient pas compris le sens des grèves actuelles.

Les Belges, eux aussi,  font face à l'une des lois les plus antisociales de leur Histoire.

​Question impertinente: est-ce que l'Europe n'y serait pas pour quelque chose ?

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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 00:09
Amiens. Mai 2016. © Jean-Louis Crimon.

Amiens. Mai 2016. © Jean-Louis Crimon.

Cher... toi,

Parfois, la ville te livre un visage que tu ne lui connais pas. Difficile à déchiffrer. A reconnaître. Une vraie toile de Maître. Architecte archi doué. Dessin limpide. D'une belle évidence. Pur impressionnisme de béton. Abstraction incarnée.

Le regard comme sous hypnose, tu te poses une seule question: comment c'est, la vie, à l'intérieur ?

Sans réponse, tu reformules: toi, tu pourrais y vivre ?

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 00:38
Amiens. Tour Perret. © Mai 2016. Jean-Louis Crimon

Amiens. Tour Perret. © Mai 2016. Jean-Louis Crimon

Cher citadin frigorifié,

 

C'est Novembre en Mai. Le grand retour des pluies d'automne. Aux arrêts de bus, le temps qu'il fait redevient le premier sujet de conversation. La UNE de l'actu.

Ces gens qui maugréent, qui pestent, qui protestent, ça t'amuse autant que ça t'étonne. Toi, à tout jamais fils de la campagne, tu sais bien qu'il en faut de l'eau pour les champs et de l'eau pour les jardins. Il faut être crétin comme un citadin pour oublier cette vérité première. Bête comme une citadine pour sortir sans pélerine.

Tu souris, tu compatis, tu t'effaces et tu rentres chez toi. Le doux bruit de la pluie sur la vérenda, tu trouves ça beau et bon. Tu relis ce poème écrit il y a bien 45 ans, au temps où tu étais étudiant, vivant dans ta chambre universitaire de 9 m2. Bailly. Bâtiment B. Chambre 377. Déjà le gris envahissait la ville...

 

 

Par ma fenêtre je ne vois que du gris

Du gris de ciel

Que cache par endroits du gris de murs

Du gris de murs

Où se profile parfois du gris de grues

Du gris de grues

Pour peindre encore du gris de murs

 

Et tout en bas

Du gris de gens qui passent

Et taches grises sur gris de rues s'effacent

 

Par ma fenêtre je ne vois que du gris

Du gris de ciel

Du gris de murs

Du gris de gens

Du gris de rues

Du gris de grues

Du gris de gris

 

Du gris de gris dans le gris du brouillard

Et le matin a l'air d'être déjà le soir.

 

" Et le matin a l'air d'être déjà le soir ", tu n'étais pas peu fier de cette trouvaille. Aujourd'hui encore, tu la trouves bien belle cette manière de dire la grisaille du matin. On ne naît pas poète, on le devient.

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30 mai 2016 1 30 /05 /mai /2016 00:02
Amiens. Cimetière Saint-Pierre. Début des années 80. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Cimetière Saint-Pierre. Début des années 80. © Jean-Louis Crimon

Cher objecteur de conscience,

Hier, tu as décidé de faire la grève de ta boîte à images, de ton Télécran permanent, de ta machine à réécrire l'Histoire du passé aux seules fins de justifier l'Histoire du présent. Tu en as marre de ces grands messes païennes, à te faire croire à la patrie. Aux frères ennemis à jamais réunis dans une seule et même Patrie Européenne. Toi, ta patrie, c'est la Terre entière, c'est tout l'Univers, petit grain de poussière qui se sent frère des milliards de milliards d'autres grains de poussière. Le reste, tu n'en as que faire. Ces idées en permanence accolées aux idéaux, pour toi, ça sonne faux.

Tu te dis: toutes ces guerres du passé qu'on commémore, au Japon, en France, à Hiroshima, à Verdun, se souvenir, d'accord, c'est très bien... Avoir aujourd'hui, bien sûr, une pensée pour les 300.000 morts de Verdun, mais aussi pour les 20 millions de morts de la première guerre mondiale, pour les 140.000 morts d'Hiroshima/Nagasaki, et encore pour les 60 millions de morts de la seconde guerre mondiale. Mais alors, pour les guerres du présent, on fait quoi, on dit quoi ? Pour les 150.000 morts de Syrie... pour les morts des guerres du Proche Orient, pour les morts des guerres qui ne disent pas leur nom, pour les morts actuels de la guerre du Yémen, et pour les morts de toutes les guerres oubliées, les guerres invisibles... les guerres pas nommées...

Marchands d'armes, marchands de canons, vous nous prenez pour des... cons. Marchands d'armes, marchand de Kalaches, vous n'êtes que des lâches. Les guerres, aux autres, vous les faites toujours faire...

Gaffe si un jour, un beau jour, on se fâche. Guerre à la guerre, le slogan ne date pas d'hier. Il est d'avant... avant... avant-hier.

Bien avant la bombe... nucléaire !

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 00:04
Amiens. Avril 2009. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Avril 2009. © Jean-Louis Crimon

Cher orphelin à tout jamais,

 

Aujourd'hui, de bon matin, tu as souhaité une "Bonne fête des mères" à ta mère. Elle ne t'a pas répondu mais tu te plais à penser qu'elle a entendu.  Deux ans déjà que ta mère est morte, mais dans ton coeur, dans ta tête, c'est bête, elle est toujours là. Il n'est pas rare que tu t'adresses à elle, dans la journée. Pour lui demander son avis. Pour savoir ce qu'elle pense. Ou bien pour lui demander de prier Saint-Antoine de Padoue, - méthode infaillible, selon elle- quand tu n'arrives pas à remettre rapidement la main sur un document ou sur un bouquin, et ça marche !

 

Ta matinée que tu pensais, à cause de la couleur du ciel et de la pluie, un peu trop mélancolique, a été presque joyeuse. Tu as repensé aux années d'enfance. Aux dimanches de la fête des mères. Dans cette famille "modeste", pour ne pas dire "pauvre", qui a été la tienne. Tu t'en souviens très bien, et tu te repasses le film sépia des trois enfants qui se lèvent tôt ce dimanche de fin mai.

Tu relis Rue du Pré aux Chevaux, Castor Astral, 2003) pages 96, 97 et 98:

 

Dans notre famille, pauvre, mais riche de coeur, nous les enfants, on se lève tôt ce dimanche de fin mai. Sans faire de bruit, avec ma soeur et mon frère, on se faufile dans la cuisine. Là, chacun a une tâche bien particulière à exécuter, un rôle écrit sur mesures. Mon petit frère, lui, a la mission d'étaler en douceur le vrai beurre, acheté la veille à la ferme Ternisien, sur de grandes tartines de pain que ma soeur a découpées avec le grand couteau scie. Ma soeur est aussi chargée de faire chauffer le lait, et de bien le surveiller pour ne pas qu'il se sauve. Moi, comme je suis l'aîné, j'ai la responsabilité de faire le café.

D'abord, il faut moudre les grains avec le vieux moulin à manivelle qui fait toujours trop de bruit. Bien sûr, ça réveille mon père qui ne tarde pas à pousser la porte de la cuisine. A nous voir tous les trois ainsi affairés, il sourit, mon père, et d'un geste très théâtral, se barre la bouche de l'index, en signe de totale complicité: "Chut  ! " Sûr, il ne dira rien.

L'odeur du beurre frais (au diable  la margarine ce jour-là ! ) sur de larges tartines de pain rassis, l'odeur du lait chaud et l'odeur du café tout "neuf" sont, pour toujours, nos trois odeurs préférées à nous les trois enfants.

Quand tout est prêt, l'un de nous donne le signal. En file indienne, du plus petit au plus grand, on prend la direction de la chambre des parents. Le pavé frais du grand couloir fait à nos pieds nus une bizarre sensation de froid. Quand on arrive devant la porte de la chambre, c'est mon petit frère qui frappe les trois coups. Mon père tarde un peu avant de lancer le sésame espéré: "Entrez !"

Bien sûr, maman fait semblant de dormir. On se place alors tous les trois le long de son côté de lit et, en choeur, on, crie d'un bon coeur : Bonne fête maman !

Aussi loin que je m'en souvienne, et pour toujours, la fête des mères à ma mère, c'est trois tartines de pain beurrées et ce grand bol de café au lait... au lit.

 

Tu t'étonnes d'avoir pu écrire de cette façon là ce moment si particulier. Tu te demandes si ta petite soeur et ton petit frère en ont gardé la même mémoire. Tu te dis que, vraiment, l'écriture, c'est plus fort que la mémoire absolue, c'est la mémoire essentielle, la mémoire du coeur.

 

© Jean-Louis Crimon 

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 00:01
Amiens. Mai 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Mai 2016. © Jean-Louis Crimon

Ah ! insensé qui crois que...

 

Préface des Contemplations. Hugo, prénom: Victor.

« Est-ce donc la vie d’un homme ? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n’a l’honneur d’avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis : la destinée est une. Prenez-donc ce miroir, et regardez-vous y. On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! »

 

Il y a des jours où tu te dis que tu n'as rien à dire. Que ton projet n'est pas seulement fou, il est surtout... vain. Tu relis tes notes et poèmes en vrac, ratures qui ne deviendront sans doute jamais littérature. Tu t'arrêtes parfois sur une ligne, une forme, une formule. Tu te dis qu'il y a quelque chose à creuser. A reprendre. Comme ce texte en fausse prose. Paroles de chanson. Musique en allée. Oubliée. Perdue.

 

 

Midi. Matinée sans histoire. Temps gris sans espoir. Pourtant soleil s'éveille. Mais soleil blafard. A mon côté, une forme étrange. Qui me tend la main. Qui me dit :  

 

- Quel jour de ta vie voudrais-tu être ?

- Aujourd'hui !

 

La forme sourit. Tristement. Je me lève. Un peu surpris. Salue mon banc. La forme me suit. Ensemble on traîne un peu. Quelques pas dans la ville. D'une allure tranquille. Un court instant, un nuage semble troubler notre ménage. A croire que c'est à nouveau la guigne. Mais de nous deux, aucun ne s'indigne, ni ne s'étonne. Très vite on se retrouve. Comme un soir d'automne. Deux amants en balade. D'être deux on se sent moins seul. Elle me sourit quand je fais la gueule. Je lui invente un poème quand elle semble trop sombre. Nous deux, c'est pour la vie. Que ce soit dimanche ou semaine, elle et moi, on se promène. Moi et mon OMBRE  !

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