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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 00:23
Amiens. La Marie Sans Chemise. Octobre 2012. © Jean-Louis Crimon

Amiens. La Marie Sans Chemise. Octobre 2012. © Jean-Louis Crimon

Cher grand romantique,

 

C'est souvent comme ça que ça se passe. Une voix intérieure te dit: arrête cet instant fugace, avant que la nuit ne l'efface. Tournant le dos aux autos et à la Marie Sans Chemise, dans la lumière grise, un jeune homme texto/ise, toi, tu te remémores une chanson ancienne quand tu la croyais tienne, la trop jolie Marie. 

Ce soir encore, tu persistes à croire que sur votre histoire le temps n'a pas prise.  Elle a toujours, la Marie Sans Chemise, son sourire des beaux jours. Elle ne sourit que pour toi, ta belle promise, aux amours marines. Lointaine cousine, c'est sûr, de la petite Sirène de Hans Cristian Andersen.

Des heures entières, tu rêverais bien au pied de son socle de pierre, et, sûr, tu trouverais la mer, là-bas, près du grand paquebot gothique. Tu lui parlerais, du bout des lèvres, du bout des yeux, du bout des doigts... Ce soir, tu rêves de la convaincre de descendre de son socle de pierre, pour avec elle, t'en aller boire un verre ou deux, au comptoir des amoureux. Tiens, vous iriez Chez Pierre ou au Cappuccino. Tu ferais une dernière photo. Photo du soir, espoir.

Au dos à dos, tu as toujours une nette préférence pour le face à face.

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 08:50
Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher piéton du matin,

 

Longtemps que tu te demandes comment ca s'appelle. Enfant, dans l'autre siècle et dans les années cinquante, tu as dû savoir le nom de ces petits bonshommes, ou petites bonnes femmes, qui servent à bloquer les volets, une fois ouverts. Arrêts de volets n'est pas très glamour. Butées pas davantage. Comment donc nommer ces petites têtes qui font toujours la tête et sont pourtant si aimables ?
Tête levée, dans la journée. Tête baissée le soir, quand on ferme les volets pour la nuit. Tu penses te souvenir de l'expression "Tête de bergère", mais tu n'en es plus très sûr. Des gens disent "bitoniau", mais ce n'est pas assez précis pour toi. Un bitoniau peut désigner n'importe quoi pourvu que, - dixit le Robert d'Alain Rey - ce soit un petit quelque chose, une protubérance, permettant d'actionner un mécanisme.

Va pour Tête de bergère, jusqu'à preuve du contraire. Un commentaire. Un complément d'info. Un mot du berger, en quelque sorte  la réponse du berger à la... bergère.



 

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 23:25
Amiens. Rue Latour. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue Latour. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher petit piéton perdu,

 

C'est une ville qui marche sur la tête. C'est désormais un fait établi. Une vérité du bitume. Les deux-roues déroulent à fond la caisse sur l'asphalte des piétons. L'absence de pistes cyclables a dans cette ville des conséquences ailleurs incroyables. Les cyclistes s'annexent le trottoir et, que tu t'étonnes ou que tu t'indignes, c'est à toi d'aller te faire voir. C'est désormais comme un acquis. Un nouveau droit qu'ils s'octroient. Pour eux, c'est, bien sûr, moins dangereux que sur la route et, en plus, ou en prime, le trottoir est parfaitement roulant. Problème: c'est toi le piéton qui risque gros. Toi qui t'effaces quand ils arrivent vers toi. C'est comme ça. Eux trouvent ça normal que tu te colles au mur pour les laisser passer. A peine s'ils te gratifient d'un sourire ou d'un merci. Toi, en tout cas, tu es vraiment à leur merci.

Avec ou sans malice, toi, tu t'exclames: mais que fait la police ?

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 16:26
Amiens. 7 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 7 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher Amiénois des Croix de bois,

 

Tu ne sais pas ce que signifie cette installation, comme on dit aujourd'hui. Toi, dans l'instant, tu penses que c'est un hommage aux Croix de bois de Dorgelès. Aux morts de toutes les guerres. Aux morts d'aujourd'hui, aux morts d'hier. Aux morts de Syrie. Aux morts d'Alep. Il n'en est rien. Mais, peu importe, dans ta tête et dans ton coeur, toi tu penses aux morts de toutes les guerres et aux pacifistes de tous les Pays. Même s'il n'y en a plus guère.

 

Le long des chemins du front, on trouvait souvent une ligne à perte de vue de croix de bois, faites à la va-vite, et posées au-dessus des cadavres de soldats allemands ou français. Soldats inconnus, jeunes soldats, c’est en leur hommage que Roland Dorgelès, né à Amiens, a écrit son roman. Pour leur souvenir et pour leur mémoire.

 

Publié en 1919, aux éditions Albin Michel, inspiré de l'expérience vécue par son auteur durant la Première Guerre mondiale, pressenti pour l'obtention du prix Goncourt de 1919, le roman est finalement devancé par A l'ombre des jeunes filles en fleur de Marcel Proust, qui remporte le prix par six voix contre quatre. L'éditeur des Croix de bois fera paraître le volume avec le bandeau « Prix Goncourt - 4 voix sur 10 » et il sera condamné pour cette action devant un tribunal à 2 000 francs de dommages et intérêts.. Roland Dorgelès obtiendra toutefois le Prix Femina.

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 10:30
Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher piéton photographe,

 

Il y a des matins où tu vois ta ville comme une ville inconnue. Tu redessines les espaces. Tu réinventes les façades, les frontons. Tu t'arrêtes ou tu t'attardes. Plongée ou contre-plongée accentuent des pans déjà déroutants. Pans de murs dont tu pressens les murmures.

Dans ta mathématique du regard, géomètre plus qu'algébriste, tu joues l'équilibriste. Les murs sont les pages d'un livre en dur où tu imprimes des silences et des absences. Le vide n'est qu'apparent. Le sens arrive à la fin. Tu ne maîtrises pas encore parfaitement la typographie, mais tu te sais déjà en harmonie avec les mots et les phrases. Tu le tiens ton livre de briques et de béton.

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 19:40
Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher chercheur d'idées neuves,

 

Une question te traverse soudain l'esprit comme on traverse la rue: quel balayeur philosophe balaiera un jour les idées mortes ?

Nations, Patries, Drapeaux, vous ne nous faites plus envie... Aux orties, les vieux oripeaux !

Toi, tu t'en vas rêvant d'un gouvernement où LE BALAYEUR aurait autant de pouvoir que le PRIME MINISTER. Aurait de la gueule un Pays comme ça, non ?  

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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 20:18
Amiens. 4 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 4 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher citoyen désarmé,

 

Vision matinale surréaliste. Métaphore militaro-pacifiste. Mirage dans le virage. Tu te frottes les yeux. Tu les écarquilles. Le dérèglement climatique a de ces conséquences... N'y a plus de saisons. C'est le 11 Novembre début Octobre. Incroyable surgissement du poilu de 14-18 sur sa remorque du siècle 21. Poilu qui exhorte une ville endormie. Poilu qui remonte au front après deux ou trois nuits à l'arrière, sans doute dans les bras d'une Madelon qui vient nous servir à boire. Poilu qui entonne La Marseillaise et appelle au combat. Mais la guerre est finie depuis bientôt 100 ans. C'est un peu tard pour repartir au front. Enfin finie ici, la guerre, mais pas là-bas. Pour conduire à la mort, la guerre ne manque jamais de soldats.

Soldat de la grand guerre qui s'en va rejoindre son Monument aux morts. Normal en ces temps où l'on commémore. Gigantesque boucherie. Trente mille morts en une heure rien que pour le début de cette Bataille de la Somme. Jeunes hommes qu'on envoie à la mort en marchant: pas le droit de courir, encore moins de se coucher. Ordre du boucher. Il y a cent ans. Il y a un siècle. Cent ans plus tard, ici, on voudrait nous faire croire que l'Europe, la grande Europe, a évité la guerre. Tu parles ! et ce qui se passe en Syrie depuis cinq ans, c'est une fiction ? c'est de la téléréalité ? Plus de 300.000 morts en cinq ans, ce sont des dégâts collatéraux ?

Tu n'en peux plus de cette fausse impuissance des Nations-Unies. Tu n'en peux plus de vivre en direct le massacre des habitants d'Alep orchestré par Bachar Al-Assad et Vladimir Poutine, Tu n'en peux plus de cette France qui s'accommode de la destruction d'Alep au nom de la lutte anti-terroriste. Résignation Ponce-Pilate.

Tu n'acceptes pas qu'on te fasse croire que le bombardement des hôpitaux syriens est nécessaire et que c'est normal que ce soit les civils et les humanitaires qui paient de leur vie cette guerre où l'on ne sait plus pourquoi ou pour qui l'on se bat. Myopie terrible du monde prétendu libre devant l'aveuglement de l'Ophtalmo de Damas.

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La voix de la radio raconte sans même que ça te fasse honte: des combats de rue opposent les rebelles aux forces de régime, l'impasse diplomatique semble totale entre Washington et Moscou.

Les forces du régime syrien poursuivent mardi leur progression à Alep au détriment des rebelles, au moment où l'impasse diplomatique semblait totale entre Washington et Moscou qui a déployé des batteries de défense aérienne dans l'ouest du pays.

Rue après rue, les combattants progouvernementaux avancent depuis plusieurs jours dans Alep-Est, la partie de la grande ville du nord contrôlée par les insurgés.

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Explications plus développées dans les journaux papier:

Cette vaste offensive sur Alep a été lancée le 22 septembre dernier, avec des bombardements massifs du régime et de son allié russe qui suscitent l'indignation de nombreux pays.

Elle est l'une des raisons avancées par les Etats-Unis, qui soutiennent l'opposition syrienne, pour justifier leur décision annoncée lundi soir de suspendre les pourparlers engagés avec la Russie sur la Syrie.

Moscou a déclaré regretter la décision de Washington, disant espérer que "la sagesse politique" prévaudra à Washington.

La décision américaine "ne veut pas dire que la partie russe va renoncer à ses projets (...) d'assistance aux forces aériennes syriennes dans la lutte contre le terrorisme", a indiqué en outre le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le secrétaire d'Etat John Kerry accuse Damas et Moscou d'avoir "rejeté la diplomatie pour la poursuite d'une victoire militaire en passant sur des corps brisés, des hôpitaux bombardés et les enfants traumatisés".

Il a toutefois assuré que les Etats-Unis n'avaient pas abandonné" la Syrie et pas renoncé à rechercher un plan de paix.

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Ailleurs, on t'explique de façon calme et posée les enjeux cachés dans les enjeux apparents, mais tu as a du mal à comprendre.

Les ONG et l'ONU s'alarment chaque jour davantage du sort des quelque 250.000 habitants d'Alep-Est, dont 100.000 enfants, confrontés aux pénuries, aux coupures d'eau et à la forte dégradation des conditions sanitaires.

C'est une guerre qui indigne le monde. La violente offensive militaire sur Alep, au nord de la Syrie, a fait près de 300 morts chez les civils en quelques jours. La ville est bombardée quotidiennement depuis plusieurs mois par l'armée de Bachar Al-Assad, épaulée par les avions russes. Même les hôpitaux sont détruits.

Les auteurs des attaques sur les travailleurs humanitaires "doivent rendre des comptes, il s'agit aussi d'attaques contre des enfants malades et des familles vulnérables", a déclaré Sonia Khush, de Save the Children.

La guerre en Syrie, où combattent de nombreuses forces régionales et internationales sur un territoire complètement morcelé, a fait plus de 300.000 morts en cinq ans.

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Ce poilu de 14-18 qui monte au front, c'est pour nous mettre la honte au front et nous redire que s'ils l'ont faite, cette foutue guerre, jeunes et beaux, la fleur au fusil, pour être fauchés dans la fleur de l'âge, dans le grand carnage de cette boucherie mondiale, - vingt millions de morts, militaires et civils confondus - ce n'était que pour qu'elle soit... la der des der !

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Toi, tu ne comprends pas pourquoi leur cri "Guerre à la guerre" n'a jamais été entendu.

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 16:55
Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher fêlé des jeux de mots,

Bien sûr, comme à chaque fois, ça ne fera rire que toi, mais avant de prendre la photo, tu avais déjà trouvé le titre. Un titre comme tu les aimes. Un titre sans complexe. Un titre sonore. Ce dont l'auteur du titre s'honore. Un titre joke, si le franglais est autorisé. En la circonstance, c'est permis. Ton titre c'est : Escargots home !

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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 19:59
Amiens. 2 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 2 Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher rédeux rêveux,

 

"Réderie d'Octobre, sur l'achat, sois sobre." Pas mécontent de ton faux proverbe aux allures de vrai slogan, tu te glisses entre les gouttes, entre les gens, entre les passantes et les passants, et tu t'en vas te fondre dans ce grand moment de la vie amiénoise. Gigantesque marché aux choses où les greniers des uns vont remplir les greniers des autres. Ou bien les caves, si l'on n'a pas de grenier.

Réderie, vieux mot picard qui signifie tout à la fois vieillerie, objet inutile ou futile, et moment où tout s'achète et tout se vend.Tout à la fois la chose, l'objet du passé, et le lieu où ces objets inanimés reprennent vie, le temps de la réderie..

Rédeux furieux qui court les étals ou les étalages, souvent à même le trottoir ou à même le pavé, à la recherche de sa réderie. Rédeux heureux quand il trouve ce qu'il... ne cherchait pas forcément. Quand la chance lui sourit. Le rédeux a souvent des accents de collectionneur. Boîtes à sel, plumes, plumiers, encriers, écritoires, cartes postales d'autrefois, photos sépia, sont, selon les années, les saisons, les réderies les plus convoitées. Réderie rêverie. Le rêve rit à la réderie. Réderie déri déra, réderie toujours te déridera.

 

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1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 23:39
Amiens. 1er Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 1er Octobre 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher piéton voyageur,

 

Sensible toujours à ces façades de maisons du nord, surtout quand, persiennes closes, elles se donnent des airs de maisons du sud. Un peu de bleu aquarellise les nuages et tu te trouves presque heureux dans le paysage. Une ville, l'identité d'une ville, ça tient à peu de choses. Manque juste la mer. Une mer du nord qui viendrait jusqu'au bord de la ville. Caresser les abords des faubourgs. Histoire d'y boire une bonne bière. Même si déjà tu divagues, tu l'entends le bruit des vagues...

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