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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 00:00
Amiens. Rue Laurendeau. 2016. © Jean-Louis Crimon.

Amiens. Rue Laurendeau. 2016. © Jean-Louis Crimon.

 

                                                                        361

Je me souviens de l'étonnement de Jean d'Ormesson quand je m'empare délicatement de son gobelet en plastique vide. A sa demande, juste avant de rejoindre le studio de Radio France Picardie, je lui ai offert un Perrier bien frais. 

– Mais qu'allez-vous en faire, s'inquiète l'Académicien ?

– Un talisman, cher Jean ! Boire dans le gobelet d'un Immortel, c'est pouvoir offrir à chaque instant de ma vie un goût d'éternité.

Ma réplique dessine alors un incroyable beau sourire sur un visage d'enfant incrédule.

Quatre mots de l'Immortel :  Vous êtes drôle, Monsieur !

 

                                                                        362

Je me souviens de Jean Nohain à Amiens, au Cirque Municipal, années cinquante, pour son émission Reine d'un jour, un jour où c'est une Amiénoise la Reine d'un jour. Surtout connu pour avoir été le parolier de Mireille et pour avoir, sous le surnom de Jaboune, organisé avant guerre des émissions radiophoniques pour la jeunesse.
L'émission « Reine d'un jour » permettait à une Française prise au hasard, ou sur la recommandation de ses voisines, de vivre comme une reine le temps d'une journée, en échange de ses impressions et de ses commentaires, sur la vie, la société.

 

                                                                        363

Je me souviens de "nords singuliers, nord pluriel", hiver 78-79, in'hui numéro 6. Page 101, ce poème pleine page blanche de Pierre Garnier, poète spatialiste, -poésie spatiale, poésie spéciale-, le "o" de nord tout en haut à droite de la page, le "o" parti, envolé, tout au nord. Ne reste que trois lettres en bas à gauche n rd, nrd qui ont l'air de s'emmerder. Trois lettres déboussolées. Lamartine, pardon, mais, variante : Une seule lettre vous manque et tout est dépeuplé.

 

                                                                        364

Je me souviens de Jacques Darras arpentant à grands pas le siècle finissant et s'indignant que nous ne soyons pas déjà dans le siècle débutant. A le suivre, nous avions du mal, nous n'étions que de grands débutants.

 

                                                                        365

Je me souviens de la finale de la Coupe du Monde de Football de 82 : Italie - Allemagne, et à la fin, c'est l'Italie qui gagne. Elle passe vite cette soirée dans le petit appartement de la rue Paul Sautai, chez les Ciafarone. Sandro, Jeanne, sa femme née à Mers-les-Bains, Ezio,  l'ami de toujours et les cinq enfants. Match superbe, ponctué de "Viva Italia" à la moindre action de la Squadra Azzurra. 3-1, score final. Schumacher en a pris trois ce soir. Sandro, pas peu fier, s'exclame : "nos amis français sont vengés." Siamo i più forti , chantent en chœur Christina, Tullio, Manuela, Katia et Alessandro.

 

                                                                        366

Je me souviens d'Amiens tout au bout de la route d'Abbeville, quand on s'en va vers la mer et que de la ville, on se libère.

 

                                                                        367

                                                                        

Je me souviens de Nasser Nafa et d'une conversation, commencée en juillet 1979 et jamais interrompue depuis, sur le sens de la vie.

                                                                       

                                                                        368

Je me souviens d'Amiens revisitée par Hervé Jovelin. "Amiens, une nuit", roman policier qui a pour personnage principal Mateo Ambiani, véritable antihéros, aussi à l'aise dans les bas-fonds de l'âme humaine que dans les bas-fonds de la vieille ville.

 

                                                                        369

Je me souviens d'Amiens-Renancourt, quand rue du Bout du Monde et rue d'Enfer font la paire, et que leurs habitants font la chaîne pour se passer les seaux d'eau de la fontaine. Fin des années 70, à Renancourt, c'était comme ça, dans ces deux rues là. On allait, à pied, à la fontaine, car on n'avait pas encore l'eau... courante.

 

                                                                        370

Je me souviens de la serveuse du café de la gare et de son joli regard.

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon  / Le Castor Astral. 2017.

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 00:01
Amiens. Boulevard Longueville, désormais Boulevard Jules Verne. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Boulevard Longueville, désormais Boulevard Jules Verne. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                        351

Je me souviens de cette grande maison, face à la voie ferrée, où Jules Verne vécut 14 ans et où il mourut le 24 Mars 1905, à l'âge de 77 ans. Elle se trouve au 44, Boulevard Longueville, désormais Boulevard Jules Verne.

 

                                                                        352

Je me souviens d'Amiens 1386, quand la ville s'étale très largement au sud de la Somme. De riches bourgeois s'y sont fait construire de belles demeures. Façon de prendre leurs distances avec les rues insalubres de la ville ancienne. Petites rues sales et rarement pavées où les porcs divaguent et côtoient les humains.

 

                                                                         353

Je me souviens de la Confrérie Notre-Dame du Puy d'Amiens, compagnie de mécènes qui, pendant trois siècles et demi, fut la source d'une importante production poétique et artistique. Fondée en 1388, cette Confrérie, société d'encouragement littéraire, organise chaque année un concours de poésie qui obéit à des règles très précises et surtout au calendrier liturgique des fêtes mariales. Fêtes et œuvres sont dédiées à la Vierge Marie, sainte patronne de la cathédrale d'Amiens.

 

                                                                         354

Je me souviens que le mouvement littéraire qui a donné naissance à la Confrérie Notre-Dame du Puy d'Amiens, s'est aussi développé dans de nombreuses villes, non seulement en Picardie, mais aussi en Artois, en Flandre et en Normandie. La Confrérie réunissait des hommes de tous les horizons et de toutes conditions sociales. Marchands, magistrats, nobles, ecclésiastiques, ayant tous en commun un goût pour la poésie et le respect du culte à la sainte Mère de Jésus.

 

                                                                         355

Je me souviens du petit Roland, 8 ou 9 ans, qui ne s'appelle pas encore Dorgelès, qui tire la barbe du vieux Jules Verne quand il le croise Boulevard Longueville ou rue Vascosan, en lui disant : "je veux connaître la fin du capitaine Nemo !" Mais Jules Verne n'avoue rien. Roland Lecavelé, lecteur passionné de Vingt mille lieues sous les mers, devra attendre la parution de L'Île mystérieuse pour avoir la réponse à sa demande et pour apprendre la mort de Nemo. 

 

                                                                         356

Je me souviens des "Médiévales au bord de l'eau" du premier week-end de septembre et des bateaux à cornet qui jouent sur la Somme des batailles navales faussement paisibles. Année 2015, je pense. Véritables combats nautiques et plongeons spectaculaires. Au bord de la Somme, c'est un peu de Méditerranée qui s'invite. Les joutes provençales de Cannes version Samarobrive.

 

                                                                          357

Je me souviens d'un passage de la page 150 des Guetteurs de Pierre Rappo, et je prends plaisir à le relire souvent : " Un jour, pensait-il, un jour, les gens travailleront deux heures par jour, pour le plaisir;  le reste du temps, ils feront l'amour, ils réinventeront le silence et la fête; ils sauront voir le givre sur les branches et entendre le hennissement des chevaux; et dans les rues pousseront des arbres et des rires continus plus frêles que des sonates; on décapera les plaques de bitume pour retrouver les vieux, les antiques pavés, avec les herbes folles."

 

                                                                          358

Je me souviens d'une conférence de Roger Agache au Musée de Picardie sur l'archéologie aérienne. En prenant un peu d'altitude, l'homme a su faire entendre raison aux Ronds de fées et autres Ronds de Sorcières et révéler le sens caché de ce que les paysans et les cultivateurs prenaient pour des manifestations surnaturelles et irrationnelles. La thèse de Roger Agache : les céréales, en poussant trop vite au-dessus des remblais de fossés protohistoriques, versent logiquement. D'où la croyance rurale aux fées qui viennent danser en piétinant les récoltes, à l'emplacement de sites enfouis.

 

                                                                           359

Je me souviens qu'au Nord d'Amiens, il y a un lieu-dit Le Champ de la Danse où il y a tout un groupe de grands cercles protohistoriques.

 

                                                                           360

Je me souviens que l'éclairage des voies publiques, à Amiens comme ailleurs, est une création récente. Samarobrive n'avait pas d'éclairage à poste fixe. Amiens du Moyen-Âge, pas davantage. C'est en 1720 que la ville sera dotée d'un éclairage régulier. L'allumage est confié à vingt-huit commissaires de quartier chargés en même temps de la police, et portant le titre de commissaires aux boues et aux lanternes. Les chandelles sont alors progressivement remplacées par des lanternes à huile, à un, deux, trois ou quatre becs.

 

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon  / Le Castor Astral. 2017.

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 00:01
Amiens. Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

                                                                      

 

                                                                         341

Je me souviens de ces petits bonshommes, ou petites bonnes femmes, qui servent à bloquer les volets, une fois ouverts. Problème : leur nom. Arrêts de volets n'est pas très glamour. Butées, pas davantage. Comment donc nommer ces petites têtes qui font toujours la tête et sont pourtant si aimables ?
Têtes levées, dans la journée. Têtes baissées, le soir, quand on ferme les volets. Pour la nuit. Quand on se prépare à compter les moutons. Têtes de bergère, voilà le nom.

 

                                                                         342

Je me souviens de 150 salariés sous la pluie d'un samedi après-midi qui essore leur désespoir face à la fermeture de leur usine de sèche-linge. Il n'y a pas foule pour défendre Whirlpool. L'usine part pour la Pologne. Quand un patron délocalise, c'est l'emploi qui fait sa valise.

 

                                                                         343

Je me souviens de " I remember " de Joe Brainard, l'inspirateur de Perec. C'est Joe Brainard, le premier, qui invente cette conjugaison de souvenirs insolites ou insolents. Joe Brainard, plasticien Américain, né en 1941, dans l'Arkansas, s'installe à New-York, au début des années soixante. Publie ses premiers " I remember" en 1970.

 

                                                                          344

Je me souviens du beau regard de Renaud, le jour où je lui ai dit, que mon premier livre, mon livre vraiment à moi, cadeau de ma mère pour mes 11 ans, c'était La Cachette au fond des bois. Par Olivier Séchan. Librairie Hachette. 1960. Par son père, je devenais son frère.

 

                                                                         

                                                                          345

Je me souviens du Pavillon Bleu où, parait-il, dans le temps, on s'encanaillait gentiment.

                                                                          

                                                                          346

Je me souviens de la date de la construction de la Bibliothèque Municipale. Juste avant d'entrer, rue de la République, tout en bas à gauche du petit muret, sur une pierre rectangulaire sont sculptés en relief, quatre chiffres : 1826. Entre "18" et "26", il y a un arbre, symbole de la Connaissance et du Savoir. Sans doute la première pierre de la Bibliothèque, construite à l'emplacement de l'ancienne abbaye de Moreaucourt, à partir de plans dessinés par l'architecte Auguste Cheussey.                                      

 

                                                                          347

Je me souviens de Jean-Michel Palmier, Professeur de Sociologie à la Faculté de Sciences Humaines, et de notre enquête publiée, grâce à lui, dans Politique-Hebdo. Titre de notre enquête sur 5 pages : Avoir 20 ans à Amiens. PH du 29 mars 1973.

 

                                                                          348

Je me souviens de Jean-Paul Neveu et des Editions « Le Nyctalope », rue Jules Barni. Celui qui voit la nuit est au grand jour un amoureux des "vrais écrivains". Une cinquantaine de livres publiés au fil des ans, témoins d'un authentique parcours d'amitié avec les écrivains édités. Littérature :  Mandelstam, immense poète russe, Leiris, Bettencourt, Henein, Bhattacharya, Bernard Noël, Luc Grand-Didier, Michaux, Munier, Martine Vallette-Hémery, une des plus grandes traductrices de la littérature chinoise en France, Véra Linhartovà.

 

                                                                          349

Je me souviens que « Le Nyctalope » publie aussi des livres consacrés à la peinture et aux grands peintres ou plasticiens : Munch, Wols, Fred Deux, Zao Wou-Ki, au collage, Bucaille, ou à la photographie, Henri Cartier-Bresson. Jean-Paul Neveu, le créateur du « Nyctalope », aime à rappeler qu'il publie des textes ou des auteurs qu'il souhaite "au-delà du temps et de l'espace".

 

                                                                          350                                                                   

Je me souviens du jour où Amiens m'a appris à vivre pleinement l'instant présent.

 

 

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 00:01
Amiens. La Somme et le Quai Bélu, la nuit. Nov. 2015. © Jean-Louis Crimon

Amiens. La Somme et le Quai Bélu, la nuit. Nov. 2015. © Jean-Louis Crimon

 

      

                                                                         331

Je me souviens de la nuit de Saint-Leu quand elle passe pour être grise ou ennuyeuse, et soudain se métamorphose en ville lumières. Singulière cité lacustre plurielle. A cet instant précis,  la nuit, moi, je la trouve belle.

 

                                                                         332

Je me souviens du jour où j'ai eu l'idée d'inventer  "Crimage". Cri + Image = Crimage. Crimage, "Image cri" de Crimon. Ça n'a fait rire personne à la maison.

 

                                                                         333

Je me souviens d'un marché à réderies d'octobre où j'ai trouvé des monnaies de Napoléon III dites "satiriques". Monnaies au casque à pointe allemand gravé sur la tête de l'empereur, pour stigmatiser la défaite de Sedan, le 1er septembre 1870. Une bonne partie du peuple français estime alors que Napoléon III a trahi et s'est laissé volontairement fait faire prisonnier des Prussiens. D'où ce détournement de la monnaie. Surtout des dix centimes, les plus larges, pour mieux permettre au graveur satirique d'exprimer sa haine de l'empire et son talent. Un V majuscule devance parfois le mot EMPIRE. Pour faire "VEMPIRE FRANÇAIS". Orthographe approximative, mais rejet de l'Empire clair et définitif.

 

                                                                          334

Je me souviens de ce bistrot de la rue Alphonse Paillat où l'un des habitués jouait à merveille la réplique de René Génin à Jean Gabin, dans Le Quai des brumes de Marcel Carné :  Les grandes décisions doivent être prises devant des petits flacons. Selon les jours ou les semaines, il ajoutait : Peu importe le flacon, pourvu qu'on... soit pas trop con.

 

                                                                          335

Je me souviens que certains des "fous" de la fête des fous du quartier Saint-Leu, fête du Moyen-Âge, ont, -suprême honneur- leur figure en sculpture dans les stalles de la cathédrale.

 

                                                                          336

Je me souviens de la balade à l'ile Sainte Aragone, une bonne heure de marche pour six kilomètres. Départ du cimetière de la Madeleine, puis allée des acacias, chemin de halage jusqu'à l'écluse et retour par l'ancienne Somme.

 

                                                                           337

Je me souviens de ma première interview de Raymond Devos, à la Maison de la Culture, en mars 1980, et de sa dernière phrase : "Je ne suis qu'un homme de divertissement. C'est pas grand chose. Bon, vous en pensez ce que vous voulez. Les gens en pensent ce qu'ils veulent, mais je le sais bien, je ne suis qu'un amuseur. Mais c'est merveilleux de passer sa vie à amuser les gens !"

 

                                                                           338

Je me souviens du jour où j'ai pris le contre-pied de Perec, pour écrire, non pas des "Je me souviens", un peu trop nostalgiques ou passéistes à mon goût d'alors, mais plutôt, - engagement sublime - des "Je n'oublierai jamais". Recueil de promesses à moi-même, au temps de mes 10 ans. Instants de vie fixés avec des mots, à défaut d'appareil photo ou de magnéto.

 

                                                                           339

Je me souviens de quelques uns de mes "Je n'oublierai jamais" :  Je n'oublierai jamais la chanson du vent dans les feuilles des grands peupliers de la prairie d'en face. Je n'oublierai jamais les branches des saules pleureurs qui dessinent l'eau de la rivière. Je n'oublierai jamais ce moment bizarre du soir quand la lumière indique le retour des beaux jours. Je n'oublierai jamais la douceur de la pluie, les soirs d'été, quand mon père dit : la terre a soif. 

 

                                                                           340

Je me souviens avoir un jour écrit : "Bien sûr, il va pleuvoir, cette ville sans quelques averses, vaudrait-elle la peine qu'on la traverse ? "

 

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 00:00
Amiens. Pierre l'Ermite. Place Saint-Michel. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Pierre l'Ermite. Place Saint-Michel. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                      321

Je me souviens des arbres de la rue Saint-Honoré après le passage des élagueurs et de la façon dont j'ai noté la chose dans mon journal : Ce soir, les arbres ont d'étranges airs de crucifiés, à n'en pas finir de tendre leurs maigres bras vers ce ciel bâtard que la nuit tarde à clouer d'étoiles.

 

                                                                      322

Je me souviens du jardin de l'évêché, an de grâce 1625, théâtre d'ébats amoureux entre la reine Anne d'Autriche et le duc de Buckingham. Louis XIII en Ménélas. Le duc de Buckingham dans le rôle de Pâris, fils de Priam, roi de Troie, et Anne d'Autriche dans la peau d'Hélène. Pâris, de passage à Sparte, séduisit Hélène et l'enleva. L'emportant vers Troie. Apparemment, le duc de Buckingham laissa la reine au roi. 

 

                                                                       323

Je me souviens que Marguerite Yourcenar ressemblait étrangement à ma Tante Laure. Dommage, vraiment, qu'elles ne se soient jamais rencontrées, la Dame du Mont-Noir et l'alerte centenaire de Contay.

 

                                                                       324

Je me souviens de la Méridienne Verte de juillet 2000. Randonnée cyclotouriste sur les traces du mètre et dans les pas de Delambre et Méchain. Randonnée commémorative à réaliser en six jours ou en six ans. Six ans, le temps que Delambre et Méchain ont mis pour mesurer le méridien de Paris.

 

                                                                       325

Je me souviens de ce professeur d'Histoire pour qui le mètre et le système métrique décimal sont sans doute, avec la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, un des plus importants héritages de la Révolution Française.

 

                                                                        326

Je me souviens du temps où je vais à l'usine à pied et où je compose mes poèmes au rythme de mes pas. Il pleut, il neige, m'est venu comme ça, en plein été, à la fin du mois d'août. Il pleut, il neige, Les flocons font la pluie beige, Flocons fondants, flocons fondus, A la pluie confondus, Pour un hiver qui hésite, A déjà prendre la fuite...

 

                                                                         327

Je me souviens de : Matin blême, café crème, deux qui s'aiment, mais quand même...

 

                                                                         328

Je me souviens de :Tu sais très bien qu't'as beau traîner de bar en bar, il encore trop tôt pour être en retard.

 

                                                                         329

Je me souviens du tandem Darras-Foujols. Un poète, un photographe, pour un recueil au titre volontairement provoquant : Vous êtes en Picardie. Géomètres-arpenteurs des cadastres intérieurs, leurs relevés dessinent une Picardie qui n'existe pas, comme un pays à venir. Amiens moteur d'une Somme sommation.

 

                                                                         330

Je me souviens de mon Art poétique : Un poing au cœur de chaque phrase, et le brandir bien haut. Oui, un poing. Un poing, c'est tout.

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

 

 

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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 00:00
Amiens. 1978. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 1978. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                         311

Je me souviens de l'inauguration du Bois Codevelle, rue Saint-Fuscien, dans le cadre de la journée nationale de l'Arbre.

 

                                                                         312

Je me souviens de Paul Watson au Gaumont et de son SOS : "Si l'océan meurt, nous mourrons". Watson, le marin, le poète, le héros de la bataille contre les baleiniers, invité de Jean-Bernard Grubis et de L'audacieux Magazine.

 

                                                                         313

Je me souviens de Jules Verne et de sa lecture faite à l'Académie d'Amiens, en ouverture de la Séance publique annuelle du 12 Décembre 1875. Lassé des discours classiques, Jules Verne décide d'offrir à son auditoire le récit d'une aventure personnelle, une balade rêvée dans Une Ville idéale en l'an 2000. Bien sûr, même si cette ville n'existe pas, pas encore, c'est d'Amiens qu' il s'agit.

 

                                                                         314

Je me souviens du jour où j'ai trouvé, dans les allées de gravier du parc de Saint-Acheul, mon premier morceau de bois pétrifié. Ce petit bout de bois devenu pierre, c'était fascinant pour mes 10 ans.

 

                                                                         315

Je me souviens de la Maison de l'Homme à trois têtes.

 

                                                                          316

Je me souviens de la Maison du Sagittaire, la plus belle du Vieil Amiens, avec ses quatre figures de femmes drapées qui caressent des oiseaux.

 

                                                                          317

Je me souviens des faubourgs qui entourent la ville ancienne, de ceux qui ont reçu le nom de la route qui les traverse - faubourg de Beauvais, faubourg de Noyon -, comme de ceux qui ont pris le nom des petites communes rurales qu'ils ont absorbées, La Neuville ou Montières.

 

                                                                           318

Je me souviens que dans les faubourgs habitaient les trois quarts de la population amiénoise, surtout les ouvriers et les ouvrières des grandes industries locales : industries textiles et leurs ateliers de teinture, bien sûr, mais aussi industries métallurgiques et chimiques.

 

                                                                           319

Je me souviens des six mille femmes qui sont, à domicile, culottières, giletières ou vestonnières. Elles vont, chaque matin, chercher à la maison qui les emploie, les pièces coupées, pour les assembler, et rapportent le soir les vêtements achevés.

 

                                                                            320

Je me souviens des charmes de Samarobrive, la Petite Venise, tendrement enlacée par les onze bras de la Somme.

 

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

 

 

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 00:01
Amiens. Rue Delpech. Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Rue Delpech. Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

                    

                                                                       

                                                                         301
Je me souviens de nos marelles sur le bitume du trottoir, craie dérisoire, entre Terre et Ciel, à rêver d'essentiel. Même sans trop y croire.

 

                                                                         302
Je me souviens de la céramique de Montières, et d'une renommée défendue par un commerçant en vins, Désiré Borck, qui avait racheté une petite fabrique de poteries de ménage. Sa fille Renée, fascinée par l'exposition d'Art Nouveau organisée à Amiens, en 1912, y est pour beaucoup. Surtout dans le style des céramiques de l'atelier de Montières, aujourd'hui très recherchées.

 

                                                                         303

Je me souviens de la lecture de Rase campagne de Francis Demarcy. Editions Vague Verte. Un roman où l'on se dit que l'écriture, c'est vraiment ce qu'il y de mieux à faire dans une vie.

 

                                                                         304

Je me souviens de ma balade préférée dans le vieux quartier Saint-Leu, entre le port d'Aval et le port d'Amont. Saint-Leu, cœur historique de la cité, et avant tout, pour toujours, Pont-sur-la-Somme, autrement dit, en celte ou en gaulois, Samarobriva.

 

                                                                         305

Je me souviens de Saint-Germain Cou-cou, fête ed'chès fous. Les jeunes gens du quartier Saint-Germain portaient des primevères à la boutonnière, des coucous.

 

                                                                          306

Je me souviens de la chanson qu'ils chantaient : "Ch'est demain nou fête, El' fête éd' Saint-Germain, Saint-Germain coucous, Paroisse ed' chès fous..."

                                                                

                                                                          307

Je me souviens de l'élection, au Moyen-Âge, chaque 1er janvier, du "Prince des Sots", aussi appelé le "Pape des fous". Maître des jeux et des fêtes, il était reçu par le mayeur, le maire, qui participait au Banquet offert par le Pape des fous, en apportant du vin.

 

                                                                          308

Je me souviens que les fous -fantastique époque- avaient le droit de pratiquer à volonté la moquerie et le quolibet. Les fous pouvaient très bien dénoncer les mariages qui leur semblaient mal assortis, par exemple, un vieillard avec une jeune fille, et les adultères.

 

                                                                          309

Je me souviens de Jean Moulin, secrétaire général de la préfecture d'Amiens, en Juillet 1934. Jean Moulin est amiénois jusqu'en 1936, année où il devient chef de cabinet de Pierre Cot, ministre de l'Air, dans le gouvernement de Léon Blum. Jean Moulin va vivre ses années amiénoises dans une pension de famille de la rue Cozette, au dessus du Cirque municipal..

 

                                                                           310

Je me souviens que lorsque je descends la rue Delpech vers le centre ville, il m'arrive de prendre la rue Latour, puis la rue Cozette jusqu'à la Préfecture et de penser que je mets mes pas dans les pas de Jean Moulin.

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 00:17
Amiens. Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                           291

Je me souviens du jour où je me suis dit que je devais arrêter de me sous-estimer et que j'avais autant de valeur qu'un autre, que tous les autres.

 

                                                                           292

Je me souviens de "Comme l'eau qui goutte à goutte tombe du toit ", premier vers de mon premier poème, en classe de troisième, avec cette "géniale allitération en t", -dixit ma prof de français, qui peinait à nous convaincre de l'intérêt des sifflantes du fameux "Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes". Le  jugement de ma professeur me parut excessif. Mon "gouttagouttetombedutoit" n'auraient jamais rien à voir avec la prouesse en "s" d'Andromaque, Acte V, scène 5.

 

                                                                            293

Je me souviens de mon ami Alain Cagnard me racontant, émerveillé comme l'enfant de 10 ans qu'il était alors, sa fascination pour le slogan publicitaire du Café Delaporte,14, quai de la Somme : "Autant boire ici qu'en face". Sûr, mieux vaut s'en jeter un, que de se jeter dedans.

 

                                                                            294

Je me souviens des Bâtiments Bleus et de la Cité Brossolette.

 

                                                                            295

Je me souviens des noms des photographes du Courrier Picard  du début des années quatre-vingts : Jacky Almeda, Pierre Chardon, Gérard Crignier, Henri Duchêne, Roland Lécuyer et Claude Rawbone, le Chef du Service Photo.

 

                                                                            296

Je me souviens, quai de la somme, de l'architecture surprenante de l'ESIEE. L' École supérieure d'ingénieurs en électronique et électrotechnique d'Amiens que tous les Amiénois appellent la "Soucoupe volante".

 
 

                                                                            297

Je me souviens du bibliothécaire de la Bibliothèque Municipale qui chuchotait en permanence ses conseils de lecture, avec une rare délectation. La délectation de celui qui sait toutes ces choses que vous, vous ne savez pas, et qui adore vous mettre sur la voie.

 

                                                                            298

Je me souviens de Bernard Douzenel, prof de lettres et d'arts plastiques, génial acteur du Carquois dans La Cruche cassée. Der zerbrochene Krug, comédie écrite en 1808 par l'auteur allemand Heinrich von Kleist.

 

                                                                             299

Je me souviens de L'Eclat de Verre, 73, Boulevard du Cange.

  

                                                                             300

Je me souviens de Théo Gosselin, étudiant photographe, et du conseil de son professeur de l'Esad, Ecole d'art et de design d'Amiens : fais ton sac et pars faire le tour du monde. Redoutable conseil. Suivi à la lettre. Désormais, ce sont les photos de Théo qui font le tour du monde.

 

 

 

 

 

 

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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 00:00
Amiens. Eglise Saint-Honoré. Janvier 2017. Les trois rois mages qui sont... quatre. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Eglise Saint-Honoré. Janvier 2017. Les trois rois mages qui sont... quatre. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                            281

Je me souviens d'un marché à réderies d'octobre où j'ai acheté un pied à coulisse et comment j'ai bluffé le vendeur en lui en expliquant le fonctionnement. Juillet, mon prof de Techno du Lycée Lamarck aurait été fier de moi.

 

                                                                             282

Je me souviens du "Bœuf sur le toit", Route d'Abbeville, et d'un dîner d'après spectacle, avec Véronique Sanson et ses musiciens.

 

                                                                             283

Je me souviens qu'en 1975, Madame France était une Amiénoise qui a fait la Une du Point.

 

                                                                             284

Je me souviens de Jacques Darras arpentant à grands pas le siècle finissant et s'indignant que nous ne soyons pas déjà dans le siècle débutant.

 

                                                                             285

Je me souviens  d'Amiens-Acheuléen et d'avoir prétendu, en bon Oulipien, que nos ancêtres préhistoriques se déplaçaient à vélo-silex.

 

                                                                             286

Je me souviens de la recommandation de Bernard Bocquillon dans sa Préface à "Chemins Verts et Pierres Grises au Pays de Somme " : Par pure convention, les sept circuits sont établis à partir d'Amiens et occupent chacun une demi-journée à une journée entière. Mais il est bien évident que ce ne sont là que suggestions. Le promeneur peut suivre tout ou partie de l'itinéraire en commençant au point qui lui convient.

 

                                                                              287

Je me souviens que Bernard Bocquillon signait souvent ses billets d'humeur et ses éditos BdB .

 

                                                                              288

Je me souviens - petit boulot d'étudiant proposé par le Crous-, avoir nuitamment agrafé aux feux rouges de toute la ville des affichettes du journal Détective sur le "Vampire vert d'Amiens".

 

                                                                              289

Je me souviens avoir passé deux heures en garde à vue à l'Hôtel de Police pour avoir photographié un agent en train de rédiger une contravention à une automobiliste mal garée. Une photo banale qui, pour moi, s'inscrivait parfaitement dans le cadre du stage que je suivais et dont le thème était "L'homme au travail". Le commissaire voulait me faire dire que j'étais un militant Maoïste de La Cause du Peuple.

 

                                                                              290

Je me souviens d'Amiens capitale régionale, quand la région avait une identité, un nom, un centre, un cœur et de vrais poumons.

 

 

 

 

 

 

 

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 01:01
Amiens. 25 Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 25 Janvier 2017. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                              271

Je me souviens d'Amiens 2028, Amiens Ville Olympique.

 

                                                                              272

Je me souviens des discussions philosophiques du 214, rue Saint-Honoré, avec mes deux colocataires, Philippe Demarcy et Richard Goldenberg. La dialectique du Sage face à la diagonale du Fou. Un philosophe face à un joueur d'échecs. Nuits blanches fabuleuses pour des petits matins incroyables.

 

                                                                               273

Je me souviens d'Achille Zavatta, clown à grimage humain, qui me reçoit dans sa caravane un samedi après-midi, juste avant le spectacle.

 

                                                                                274

Je me souviens d'un match Amiens-Lens, au Stade de La Licorne, et comment en trois minutes, une défaite 1-0 se transforme en victoire 2-1. Magie du foot où jusqu'à la dernière seconde, tout est toujours possible. Métaphore sublime de la vie, tout simplement. Tant que nous ne sommes pas morts, nous sommes... vivants.

 

                                                                                275

Je me souviens des pavés de la rue Delpech et de l'année où ils ont été bitumés.

 

                                                                                 276

Je me souviens de Jack Carlys et de sa troupe de musiciens et de comédiens d'un autre temps. Tellement attachants.

 

                                                                                 277

Je me souviens de Goodyear, de Valeo et de Whirlpool. Des Coopérateurs de Picardie, de La Ruche Picarde et de Jacques Dian.

 

                                                                                 278

Je me souviens de Maurice Gest, Chef du service des sports du Courrier Picard et créateur du Tour de Picardie, dont le départ et l'arrivée avaient lieu à Amiens, capitale régionale.

 

                                                                                 279

Je me souviens de l'assassinat du Président Kennedy, le 22 novembre 1963, et d'avoir eu, cette nuit-là, l'oreille collée au Transistor d'un camarade de l'internat.

 

                                                                                 280

Je me souviens, en mars 1961, avoir levé les yeux au ciel, avec les prêtres, -nos professeurs-, et tous mes camarades de sixième, pour y observer le passage d'un Spoutnik. Avec à son bord, la chienne Tchernouchka. C'était au Petit Séminaire, à Saint-Acheul.

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

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