Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 16:40

 

Une ville de province que je connais bien. Un Café Brasserie près de la gare. La porte qu'on pousse par hasard. Le 11h50 manqué de peu. Mais manqué quand même. Le prochain, affiché à trente. Midi trente. Une demi-heure à perdre. Le temps d'un café. Ou deux. Bien m'en a pris. Le lieu en valait deux.

Je n'ai pas remarqué tout de suite la chose. De fait, je lui tournais le dos. Je me suis installé face à la vitre qui donne sur la place et sa verrière tubulaire. Verrière que les gens d'ici vivent davantage comme une verrue. Oui, davantage verrue que verrière, n'en déplaise à cet architecte italien dont on a déjà oublié le nom. C'est en me levant pour aller vers le comptoir commander un second café que j'ai aperçu la chose. Une mini bibliothèque installée, "comme à la maison", au dessus d'un radiateur. Des livres qui, assurément, témoignent d'une certaine culture. D'une vraie curiosité d'esprit. D'un vrai savoir-être. Au delà du paraître, très en vogue dans cette époque en toc.

Quelques auteurs et quelques titres, "chopés" au vol, comme un demi qu'on fait glisser sur le comptoir et qui s'arrête pile, net, devant celui qui l'a commandé : Trop loin, Updike. La fin d'un primitif, Chester Himes. La Cousine Bette, Balzac. Le mythe de l'Eternel retour, Mircea Eliade. Les confessions des Rousseau modernes, Marie-Laure de Shazer. Vers la paix perpétuelle. Que signifie s'orienter dans la pensée ? qu'est-ce que les lumières ? Kant

Modestie incroyable du patron des lieux, devant mon admiration étonnée ou mon étonnement admiratif : On dira que c'est des livres qui m'intéressent moi. Comme un petit bout de ma bibliothèque que je garde sous la main. Ou sous les yeux.

Le patron poursuit son explication : au début, je mettais quelques livres sur chaque table et des BD, mais c'était surtout les BD qui étaient lues. J'ai regroupé les livres, vraiment livres, à cet endroit. Biblio improvisée, juste au-dessus du radiateur.

Moi, pour causer :

- On ne vous en emprunte pas ? J'veux dire, "pour toujours" ! 

- Non, vous savez, les gens sont honnêtes...

- Oui, mais juste pour le plaisir d'emprunter, de "piquer"...

- Vous voulez dire : des qui pourraient payer, mais qui piquent pour le plaisir...

- Oui, des piqueurs, des chapardeurs, des voleurs, quoi !

- Mais eux, monsieur, ce ne sont pas des voleurs, ce sont des "cleptomanes"... Vous savez, même chez les voleurs, il y a des classes sociales... Des privilèges et des privilégiés... des qui s'inventent un vocabulaire pour faire passer ça pour une "maladie"...

Sourires amusés. Sourires partagés.

L'homme a de l'humour. Une réelle culture. Une infinie douceur dans la voix. Une vraie tendresse pour le genre humain. En fait, qualité rare sous nos climats : un vrai savoir-vivre. Je reviendrai souvent, je crois. Mieux : je vais souvent manquer mon train de onze heures cinquante.

Question : ça vous tente ?

Partager cet article
Repost0

commentaires

R
bonjour,

belle chronique et belle trouvaille. il est ainsi des lieux qu'on decouvre au hasard d'une balade ou d'un train à prendre. Au cours d'une rando à vélo, j'ai trouvé un café librairie chaleureux à
Penestin (56): la tentation de boire un verre et d'ouvrir un livre ne sont pas incompatibles, si le hasard et le lieu s'y prêtent, la preuve !