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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 14:21

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Monnaie romaine à l'effigie de Tetricus.

 

 

 

Il y a des livres que vous pouvez garder dans vos boîtes pendant des années. Bien en vue, bien visibles, accessibles, -suffit de tendre le bras -, et pourtant ces livres là ne trouvent pas facilement preneur. Ne trouvent pas lecteur. Un beau jour, vous décidez de ne plus les offrir à la vente. Le bouquiniste est aussi lecteur. Un lecteur qui aime les livres. Qui souffre quand un livre reste trop longtemps trop seul. Sans être désiré. Ce livre dont personne n'a voulu, le bouquiniste se dit qu'il est pour lui. Il le retire de l'étalage et, soigneusement, le glisse dans son sac. Le ramène chez lui. Lui fait une petite place dans sa bibliothèque. Ou sur sa table de nuit. Je me suis dit ça la semaine dernière et j'ai commencé, comme çan  à relire Tetricus et Victorina, Mémoires d'un empereur des Gaules. Ouvrage signé Joël Schmidt. Publié en 1987, chez Maren Sell. Un très beau texte. Curieusement arrivé jusqu'à nous.

Dans son avertissement, l'auteur, historien et romancier, nous apprend qu'au milieu des années quatre-vingt, 1980, on construit à Rome un grand immeuble sur le Mont Celius. Dans les travaux de terrassement, les Italiens mettent à jour les vestiges d'un petit palais que des archéologues datent aux alentours des années 276 de notre ère. Grâce à des monnaies d'Aurélien et de Probus. D'autres monnaies sont découvertes. En grand nombre. Elles sont à l'effigie des empereurs des Gaules. Elles ont été frappées sous le règne de Tetricus. Joël Schmidt nous explique : comme on sait, grâce à des chapitres de L'Histoire Auguste rédigés par Trebellius Pollion, que l'ancien empereur des Gaules Tetricus a résidé sur le Mont Celius, il n'y a pas de doute possible sur l'importance de la découverte. Une découverte qui revêt un caractère exceptionnel, lorsque les archéologues ont dans leurs mains, protégés dans des rouleaux de bronze, des papyrus en bon état. Une fois déroulés, selon des méthodes scientifiques éprouvées, les papyrus se révèlent être les Mémoires de l'empereur Tetricus. C'est au cours de son exil à Rome, après 273, et après sa défaite devant l'empereur Aurélien à Châlons-sur-Marne, que Tetricus écrit.

Joël Schmidt nous prévient que le terme de "république" apparaît souvent sous la plume de Tetricus et des historiens de L'Histoire Auguste qui se serviront des mêmes sources que lui. Ce qui prouve que sous l'Empire romain, il était encore d'usage de parler de république (res publica : la chose publique), c'est à dire de tout ce qui évoquait de près ou de loin le fonctionnement des institutions de Rome et de son empire.

Enfin l'auteur rappelle "La traduction en français que nous avons donnée des Mémoires de l'empereur Tetricus s'est voulu la plus proche de son original latin, même si pour mieux nous faire comprendre des lecteurs actuels nous n'avons pas craint d'utiliser des termes ou des expressions modernes, mais le plus rarement possible."

 

Tetricus raconte donc l'histoire de sa vie. Avec lui, on comprend ce qu' a pu être la civilisation gallo-romaine. La coexistence des "nations gauloises" dans la "paix romaine".  Les pages où il parle de Vercingétorix, de son "étrange tactique autour de Bourges quand César en fait le siège", des chrétiens, qu'il se refuse à pourchasser dans son domaine d'Aquitaine, ou de l'origine de sa famille, sont fascinantes.  

Anecdote amusante quand il évoque ses recherches généalogiques "à mes heures d'oisiveté",  à la Bibliothèque impériale de Rome. Le nom Tetricus vient de Tetrix, qui veut dire à la fois "crosse de bois" et "nature rusée". Les pages sur la nuit des Quinquennales, faite de libations, de joutes enflammées et d'excès en tout genre sont joyeuses et réjouisssantes.

 Celles où il parle de ses amours, Barbara, la belle esclave qui partage un temps sa couche, de Graecica, la tenancière du lupanar le plus élégant de Bordeaux, ou de Victorina, femme d'exception, l'amour de sa vie, sont sublimes de beauté sensuelle et de pudeur inattendue.

De Barbara, achetée au marché aux esclaves,  il écrit : " robuste, la lèvre gourmande, le teint clair, les cheveux blonds et les yeux en amande, elle assurait dans les trois pièces que j'occupais les travaux ménagers les plus divers. Elle partagea ma couche et fut ma première initiatrice aux travaux de Vénus. Plus loin, Tetricus avoue : Barbara fut ma joie pendant plusieurs années et je n'envisageais pas de trouver d'autres femmes, même si mon père et ma mère tentaient de m'arracher à cette volupté qu'ils jugeaient trop domestique et me présentaient des filles de sénateurs ou de riches négociants pour me pousser au mariage. A vingt-cinq ans, je dus m'acquitter de l'impôt sur les célibataires, mais je préférai verser au fisc quelques sesterces plutôt que de m'assagir dans les délices monotones de la vie conjugale." 

Mais Victorina lui fera oublier Barbara. De Victorina, il dit :"  j'ai souvenir de l'avoir regardée se rhabiller après nos joutes enflammées, au coeur de cette nuit des Quinquennales et d'avoir admiré à la lumière d'une torche la plénitude d'un corps admirable aux belles hanches, aux seins encore droits, aux cheveux toujours aussi blonds, et aux yeux immenses et bleus comme nos femmes gauloises de jadis; et je me suis dit, elle est l'envoyée des Dieux, la divinité de notre famille qu'un sculpteur aurait pu à cet instant immobiliser dans des contours de pierre et de marbre."

 

Tetricus, heureux homme. Si de ma vie, j'avais, en ton siècle ou dans le mien, croisé pareille femme, crois-moi bien, moi non plus, je ne serais pas resté ... de marbre.

 

 

 

 

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