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2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 15:29

 

Aujourd'hui, ma mère a 83 ans. Je lui ai souhaité de bon matin un "bon anniversaire" par téléphone. Samedi, c'était la Ste Juliette. Ma mère se prénomme Juliette. Je lui avais posté de Paris, jeudi midi, une jolie carte pour la Ste Juliette. Une vue des quais de Seine, avec gros plan sur les boîtes des bouquinistes. Jeudi midi, pour samedi midi, ça me semblait raisonnable. Mais en été, la poste est tellement capricieuse, ou imprévisible, ou pas sérieuse, enfin laborieuse, que la carte de "bonne fête Juliette" est arrivée aujourd'hui, mardi 2 août, juste pour l'anniversaire. Avec trois jours de retard pour la fête.

Du coup, ce matin, ce fut ma fête à moi ! Ma mère m'a dit: " merci, mon fils, pour la jolie carte, mais pourquoi tu me souhaites une bonne fête et pas un bon anniversaire ? Tu as oublié mon anniversaire ! "  Forcément ! Fils indigne ! Logique maternelle implacable.

 

 Bien sûr, j'ai dit " non, maman ! "  et j'ai tenté d'expliquer :

- Une jolie carte pour ta fête, avec un livre de ton auteur préféré, et un coup de fil en direct pour ton anniversaire ! d'ailleurs je t'appelle justement pour te souhaiter un "bon et heureux anniversaire" !

- C'est bien ce que je pense, tu as oublié de me l'écrire sur la carte, donc tu me téléphones pour te rattraper !

 

Pas la peine de discuter plus avant. A 83 ans, ma mère maîtrise toujours parfaitement la dialectique. Si ses articulations la font parfois souffrir, l'articulation des mécanismes de la pensée fait toujours des merveilles et la vivacité d'esprit est intacte. Le sens de la répartie aussi. Simple, avec ma mère, le vieux fils que je suis est toujours un enfant. Un enfant qu'elle adore prendre en faute. Surtout quand il n'y a pas faute. En l'occurence, c'est le retard de la Poste à délivrer une carte de bonne fête à la Maison de Retraite où ma mère réside depuis plus d'un an, qui me vaut de passer pour un fils négligeant. Oublieux de la date d'anniversaire de sa maman.

L' an prochain, sûr, je grouperai les souhaits et les pensées affectueuses dans une seule enveloppe. A défaut de grouper les envois. Ma mère ne pourra piper mot, j'enverrai ça en Colissimo !

 

Ma matinée, que je pensais joyeuse, a viré maussade. Du coup, j'ai  repensé aux années d'enfance. Aux dimanches de la fête des mères. Dans notre famille " modeste", pour ne pas dire "pauvre", je m'en souviens très bien, nous les trois enfants, on se lève tôt ce dimanche de la fin mai. Sans faire de bruit, avec ma soeur et mon frère, on se faufile dans la cuisine. Là, chacun a une tâche bien particulière à exécuter, un rôle écrit sur mesures. Mon petit frère, lui, a la mission d'étaler en douceur le vrai beurre, acheté la veille à la ferme Ternisien, sur de grandes tartines de pain que ma sooeur a découpées avec le grand couteau scie. Ma soeur est aussi chargée de faire chauffer le lait, et de bien le surveiller pour ne pas qu'il se sauve. Moi, comme je suis l'aîné, j'ai la responsabilité de faire le café.

D'abord, il faut moudre les grains avec le vieux moulin à manivelle qui fait toujours trop de bruit. Bien sûr, ça réveille mon père qui ne tarde pas à pousser la porte de la cuisine. A nous voir tous les trois ainsi affairés, il sourit, mon père, et d'un geste très théâtral, se barre la bouche de l'index, en signe de totale complicité: "Chut  ! " Sûr, il ne dira rien.

L'odeur du beurre frais (au diable  la margarine ce jour-là ! ) sur de larges tartines de pain rassis, l'odeur du lait chaud et l'odeur du café tout "neuf" sont, pour toujours, nos trois odeurs préférées à nous les trois enfants.

Quand tout est prêt, l'un de nous donne le signal. En file indienne, du plus petit au plus grand, on prend la direction de la chambre des parents. Le pavé frais du grand couloir fait à nos pieds nus une bizarre sensation de froid. Quand on arrive devant la porte de la chambre, c'est mon petit frère qui frappe les trois coups. Mon père tarde un peu avant de lancer le sésame espéré: "Entrez !"

Bien sûr, maman fait semblant de dormir. On se place alors tous les trois le long de son côté de lit et, en choeur, on, crie d'un bon coeur : Bonne fête maman !

Aussi loin que je m'en souvienne, et pour toujours, la fête des mères à ma mère, c'est trois tartines de pain beurrées et ce grand bol de café au lait... au lit.

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commentaires

Stephane Iglesis 06/08/2011 12:20


Cher Jean-Louis c'est toujours aussi bien écrit. Quand publies-tu un nouveau livre?Bien amicalement:Stéphane
Es-tu un peu à Paris au mois d'août. Si oui nous pourrions nous voir, du moins si tu en as le temps. Bises à toi:
Stéphane


crimonjournaldubouquiniste 06/08/2011 22:20



Merci Stéphane, ça fait toujours plaisir de t'entendre, et mieux de t'écouter ! je suis à Paris en Août ! N'hésite pas !


Jean-Louis.



colette brogniart 04/08/2011 17:54


Ma mère dont c'était l'anniversaire le 24 juillet (elle est plus âgée) tiendrait absolument le même raisonnement ! Les mères sont terribles... Je regrette de ne pas lui avoir souhaiter la fête des
mères avec un petit déjeuner au lit, j'ai trouvé l'idée touchante.


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