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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 21:56

 

Elles sont arrivées sans crier gare. Se sont scotchées devant mes vieux journaux. Mes vieux journaux étendus avec des pinces à linge sur un fil, dans le haut de mes boîtes, sous les auvents. Un  fil à linge où sèche la presse du temps passé. Pélerin des années 30, Journal du Dimanche de l'année 1863, exemplaires du Voleur des années 80. 1880. Elles semblaient fascinées. Je les ai laissées de longues minutes savourer leur passion. Puis, n'y pouvant plus, j'ai risqué une question: pourquoi cet intérêt manifeste ? La première a dit: je suis étudiante  à la Sorbonne. En Lettres Médias Com' . J'aimerais un jour être journaliste. Voir, en vrai, ces vieux journaux, dont on nous parle en cours, c'est fascinant.

La seconde a ajouté: moi, non, je n'envisage pas ce métier. Je veux être kiné, mais j'adore l'odeur et la texture du vieux papier. Elle fait mine de respirer l'odeur avec le nez. Touche un livre imaginaire avec le bout des doigts. Puis ajoute: Chez mes parents, quand j'ouvrais un livre ancien, c'était d'abord pour le sentir, le respirer, avant de le lire.

Filles merveilleuses, toutes deux originaires de Charleville. La ville de Jean-Arthur. Forcément, on a parlé de Rimbaud. De sa maison. Sa maison devenue Musée. De sa tombe, au cimetière. De ce célèbre On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans et de ce poème où Arthur raille les notaires ou les banquiers. C'était drôle. Les deux amies riaient à gorge déployée. Puis vint l'aveu. En forme d'incroyable regret. Nous, au Collège ou au Lycée, ce n'est pas Rimbaud que les profs nous faisaient étudier, c'est Baudelaire.

Les Fleurs du Mal, c'est vrai, ce n'est pas mal non plus, mais passer à côté de la maison de la famille Rimbe et d'une balade dans cette Charleville où ont dû déambuler, certains soirs de désespoir, Jean-Arthur et sa gloire future, c'est dommage. C'est à pied que parfois se redécouvre la littérature.

Mettre ses pas dans les pas de celui qui un jour a écrit La Lettre du Voyant, moi, je ne m'en priverai pas...

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commentaires

Philippe Houbart 05/02/2013 18:01

Eh bien moi, j'ai mis mes pas dans les siens. J'ai voulu voir sa tombe, où J.A. est à côté de sa mère ou sa soeur, je ne sais plus, puis suivre à pied l'itinéraire à travers bois qu'il a emprunté
pour fuir les gendarmes avec Verlaine, vers la Belgique, après je ne sais plus quelle connerie, ils en ont fait tellement. J'ai (ou plutôt nous, avec ma compagne et ma nièce) franchi la frontière
exactement au même endroit, car c'est le seul gué praticable sur le ruisseau qui sépare les deux pays, en sautant sur les pierres. Ma nièce a glissé et est tombée dans l'eau là même où sont passés
Verlaine et Rimbaud, je ne pense pas qu'elle ait compris cet honneur. Juste au dessus, c'est le village de Corbion et la maison Verlaine, appartenant jadis à la famille, but de l'expédition. Je
signale à côté une excellente charcuterie spécialisée dans la cochonnaille de sanglier, c'est fameux.
Il y a aussi dans le même secteur de l'Ardenne belge un village qui devrait t'intéresser, il s'appelle Redu et tous ses commerçants sont des bouquinistes. Le coin (région de Bouillon, vallée de la
Semois) m'a tellement plu que j'y suis revenu en vacances dans un village perdu dans un site adorable, Frahan : va voir
http://philippehoubart.centerblog.net/4121-mes-montagnes-vallee-de-la-semois

Esther 04/07/2011 19:19


Merci à vous d'avoir partagé ce moment avec nous .. Après avoir cherché dans mes affaires, j'ai retrouvé le poème dans lequel il parle des "gros bureaux bouffis", il s'agit du poème "à la
musique..." , mon préféré je crois.. J'ai également après avoir fouillé dans mes pensées, retrouvé la citation sur Charleville, en réalité il s'agit d'un extrait d'une lettre qu'il avait adressé à
Georges Izambard : "Vous êtes heureux, vous, de ne plus habiter Charleville ! Ma ville natale est supérieurement idiote entre les petites villes de province. Sur cela, voyez-vous, je n'ai plus
d'illusions."
Le poème tout comme l'extrait de la lettre, malgré les années passées sont plus que jamais encore d'actualité malheureusement ..

Encore merci pour cette belle rencontre et pour cet article ..


crimonjournaldubouquiniste 05/07/2011 15:41



Merci à vous, Esther, et à votre amie ! Vraiment heureux d'avoir partagé ce beau moment avec vous ! Hier, j'ai vendu trois exemplaires du "Voleur" à un passionné d'Histoire et de journaux anciens
!


JL



israel 04/07/2011 17:41


Arthur................ Grâce à lui j'ai eu une bonne note à l'oral du bac!!!!!!!!!!!!et à 52 ans........ Arthur je l'aime toujours autant!


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