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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 06:24

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Notre-Dame d'Amiens. Lundi 24 décembre 2012.                                           © Jean-Louis Crimon

 

 

Chaque soir, à 19 heures, la cathédrale d'Amiens retrouve ses couleurs. On le sait vraiment depuis peu. Vingt ans à peine. Au Moyen-Âge, qu'on a cru trop lontemps uniformément gris et désespérant, les cathédrales étaient multicolores. Preuve, s'il en fallait une, que la Trinité, devait pas s'emmerder. Dieu dessinateur de BD. Hergé battu par le clergé. Le Beau Dieu et tous ses Saints, un fabuleux dessin. Dessin de pierre. En ce temps-là, le papier le moins cher, c'était la pierre. Dieu n'est qu'un dessinateur de BD. Gainsbourg en avait bien fait un fumeur de Havanes.

Les ocres, les siennes, à travers les persiennes, les ors, les bleus, les verts, les rouges, pas si loin des bouges, reviennent se coller sur la pierre. Epousailles flamboyantes. Pour déchirer le manteau sombre de la nuit. Le grand parvis s'anime. Du Moyen-Âge, retrouve la geste. Pour ne pas être en reste, le petit parvis le suit. Voir, ce soir, ce qu'ont pu voir les yeux des humains d'il y a six ou sept siècles, est le plus impressionnant des voyages dans le temps. Dans la ville de Jules Verne, la chose n'est pas banale et, pardon pour l'offense, Dieu mis à part, la prouesse liturgique est remarquable.

Amiens doit cette féérie nocturne à la trouvaille d'un ouvrier astucieux : "Chef, on dirait qu'il y a de la couleur." Découverte accidentelle d'un ravalement miraculeux. Début des années quatre-vingt-dix. Grand nettoyage de la pierre du grand paquebot gothique. Sous la crasse grise et noire de la pollution automobile, l'ouvrier et le chef de chantier s'accordent pour identifier des traces de polychromie. Un repérage scientifique des couleurs, de leur emplacement, permet de reconstituer, d'abord mentalement, l'aspect originel des deux petits et du grand portail. Le faire, en vrai, ce sera pour plus tard. Les ouvriers et les techniciens sauront, avant l'office de tourisme et les rois de la com', que la cathédrale, en couleurs, ça avait de la gueule.

A côté de cette beauté première, le village des petits chalets en bois de la rue des trois cailloux semble bien artificiel. Dérisoires sont les constructions contemporaines et souvent affligeants les faux cadeaux qu'on y vend. Bijoux en toc, singulières pacotilles pour acheteurs pressés, en mal d'idées ou d'imagination.

La température printanière, -plus de 12 degrés en début d'après-midi, accentue le côté peu crédible de ce faux Noël, beaucoup trop mercantile. Les tiroirs-caisse encaissent. Sonnez hautbois, résonnez musettes... Très païennes sont les emplettes...

On déambule, sans raison, de la gare à la Maison de la Culture, à la recherche de ce dernier petit cadeau qui serait beaucoup mieux, et beaucoup plus beau, que tous les cadeaux déjà prêts à être déposés au pied du sapin.

Elle est là la fable : en tout point, semblable à la cathédrale, la vie, a perdu ses couleurs. Puisse, en ce temps de Noël, avec ou sans Dieu, lui redessiner quelques unes de ses couleurs premières.

 

Vers la gare, le chalet du dernier marionnettiste d'Amiens, Jean-Pierre Facquier. Sculpteur parfaitement médiéval. Le vrai cadeau est là. Un cadeau qui n'est pas que du bois. Des Lafleur et des Sandrine en pagaille dans le chalet-vitrine. Son franc-parler, émaillé de picard, vaut son pesant de vérités premières : "On m'a dit "Jésus revient ! Ben oui, je le sais, si y revient, y viendra d'abord manger chez moi, à midi, à l'maison ! Parce que, depuis l'temps, y m'connait !"

Le Jean-Pierre s'embarque dans son envolée mystique : "parce que dans les champs, à 14 ans, moi, je l'appelais, y me répondait jamais, j''ai hurlé son nom bien des fois, j'étais en colère contre lui, parle-moi, dis-moi quelque chose ! jamais entendu le son de sa voix !"

Ce soir, me revient en mémoire la si belle sempiternelle ritournelle paternelle :"Un Noël sans neige, ce n'est pas vraiment Noël". Plus jolie à l'oreille et plus belle que le dicton repris en boucle par tous les cons : Noël au balcon, Pâques aux tisons.

Un Noël sans neige, ce n'est pas vraiment Noël. Facquier, le seul être humain de cette ville d'Amiens à être capable de faire neiger sur l'âme des hommes. Comme mon père savait le faire...

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

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Notre-Dame d'Amiens. Lundi 24 décembre 2012. 19h10.                               © Jean-Louis Crimon

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commentaires

G
parce que la rue des trois cailloux existe vraiment ! j'ai un ami un picard, qui habite un truc des Trois cailloux à Epinay sous Sénart, il faut que je regarde si c'est le nom de la rue (ce serait
un hasard) ou celui qu'il a donné à son pavillon, pompeusement nommé (il est ironique et anti-con) Villa des Trois cailloux.
Sur Amiens aurai des questions ... la prochaine fois, bises

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