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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 17:09

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Chengdu. République Populaire de Chine. Octobre 2011. 

 

 

La lettre de la Mairie de Paris, donnée en lecture sur mon blog, mardi dernier, a ému, et même indigné, nombre de mes nombreux lecteurs, qui ont cru que le bouquiniste que j'étais devenu avait perdu son emploi. Pour que l'information soit complète, et le dossier clos, -momentanément, peut-être, voici ma lettre, ma réponse à moi, écrite en Chine. Lettre d'un bouquiniste qui refuse de plier l'échine. Qui refuse tout autant les administratives chinoiseries de la ville de Paris.

 

 

 

Chengdu, 4 novembre 2011

 

Monsieur le Directeur,

 

On ne se connaît pas. Je n'ai pas l'honneur de vous connaître. Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Vous m'annoncez donc, par lettre recommandée, ma mise à mort prochaine.

Raffinement suprême, perversité inouïe, vous demandez au "condamné à la machine à Guillotin administrative" d'actionner lui-même la lame. Vous rêvez ?

 

A moi Voltaire, à moi Hugo, à moi Jaurès ! Mais dans quel pays sommes-nous ? Dans quelle tyrannie vivons-nous ? Quel est ce système, bien volontiers donneur de leçons de droits de l'Homme au monde entier, qui traite avec autant de mépris et de désinvolture les plus fragiles de ses administrés ?

J'avoue que je ne comprends pas. Avant mon départ pour la Chine -vous le reconnaissez d'ailleurs- je vous ai informé, par courriel, de la raison et de la durée de mon absence. Je vous ai communiqué le nom et les coordonnées de mon "ouvre-boîte" qui s'est engagé à assurer l'intérim.

 

Du 18 septembre 2011 au 18 janvier 2012, que vous le vouliez ou non, je suis professeur de français à l'Université du Sichuan, à Chengdu, République Populaire de Chine. Une mission d'enseignement ne se refuse pas. Limitée dans le temps, elle ne remet pas foncièrement en cause mon choix d'être bouquiniste et ma volonté de le demeurer.
Je vous confirme donc ma ferme intention de reprendre mon activité de bouquiniste, quai de la Tournelle, dès le 20 janvier 2012. Vos menaces d'enlèvement de mes boîtes, en mon absence, par des moyens qui signifient tout simplement la destruction de mon outil de travail, n'entament en rien ma détermination.

 

Je transmets dès aujourd'hui à mon Avocat l'ensemble de nos échanges de courriels et de courriers depuis décembre 2010, les persécutions administratives dont je suis l'objet ne datant pas d'hier ou d'avant-hier, pas davantage du 18 septembre dernier, date de mon départ pour la Chine.

 

Compte-tenu de l'impasse où vous voulez me conduire, je vous informe que je serai à Paris les 14 et 15 novembre prochains. Je vous demande un rendez-vous pour clarifier ma situation. L'entretien préalable avant "remerciement", pour ne pas dire "licenciement", étant, je l'espère, toujours un droit du travailleur, auto-entrepreneur ou pas.

 

Pour mûrir votre réflexion, sinon votre décision, je me permets de vous conseiller, Monsieur le Directeur, la lecture de quelques unes des 130 et quelques chroniques écrites, au fil des jours, du 41, quai de la Tournelle, sur mon blog "crimonjournaldubouquiniste". Vous comprendrez peut-être alors à quelle espèce d'être humain j'appartiens et vous aurez la possibilité de vous interroger sur les véritables raisons de cet acharnement à vouloir me faire quitter le quai.

 

Je vous salue, Monsieur le Directeur, et vous souhaite une bonne journée. 13 heures ici, à Chengdu, République Populaire de Chine, et 6 heures du matin à Paris, France, patrie des droits de l'Homme et du Citoyen.

 

                                                                                                                 Jean-Louis Crimon

 

PS/ La violence de la méthode et des moyens envisagés, pour me contraindre à renoncer à mon emplacement de bouquiniste, m'incite à porter moi-même, lors de mon séjour parisien, copie de cette lettre à M. Bertrand Delanoë, Maire de Paris, rencontré à plusieurs reprises, lorsque j'étais journaliste à France Culture ou à France Inter. Mes malheurs de bouquiniste débutant l'intéresseront, je pense, au plus haut point.

 

...

 

Ma lettre numérique a bien été receptionnée et lue, mais je n'ai reçu en retour aucun mail pour me proposer, conformément à ma demande, un rendez-vous avec le Directeur concerné. Ma lettre au maire de Paris n'a pas eu plus de succès. Elle est restée également sans réponse. Peu importe.  Depuis le 15 janvier, je suis de retour sur le quai. J'ai repris l'écriture quotidienne de mon blog. Je suis toujours bouquiniste. Coïncidence ou pas, le Directeur du sous-service, qui avait signé la lettre "assassine" a été muté dans une autre Direction. Au service... Propreté.

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commentaires

bouquinisteparisien 02/03/2012 07:10

La Ville de Paris a semble-t-il décidé de "serrer la vis" aux bouquinistes, après avoir constaté que lorsqu'on leur demandait poliment de faire ceci ou de ne pas faire cela, ils n'obtempéraient
jamais... D'où le recours à la menace - d'où cette impression, quand on se retrouve dans le viseur de façon peu ou pas assez justifiée, d'être à la place de la mouche quand le marteau-piqueur
arrive.

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