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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 18:58

 

Premier dimanche de juillet. Immanquable. Une jolie tradition urbaine. Pour certains, une aubaine. Ce n'est pas toujours le 1er juillet. Cette fois, ça tombe bien. C'est à la fois le premier jour du mois et le premier dimanche du mois. Dimanche 1er juillet. Ce premier dimanche de juillet, c'est donc dans mon quartier. Pas loin du centre. Place du Cirque municipal. Inauguré par Jules Verne, le Cirque. Place Longueville. J'aime la musique du mot Longueville. Les autres dimanches, ça se passe dans d'autres quartiers de la ville. L'évènement porte un beau nom. Un nom ancien. Un mot du dialecte qui se parlait autrefois dans cette partie du nord de la France. Réderie. Le marché à réderies. Une fois par an, ce jour-là, tout le monde vend, tout le monde a le droit de vendre. Enfin, seulement ceux qui veulent vendre. Cette fois, je vends. Je rends. Je restitue. Je remets en ciruculation. Trop de livres, trop d'objets, trop de choses. C'est comme ça. C'est ainsi. Il y a dans la vie, des temps où l'on achète, où l'on accumule, où l'on posséde, où l'on a cette frénésie d'achat et de possession. D'accumulation. Puis arrive un temps, un âge, où c'est le temps du délestage. Cette année, j'ai le sentiment que ce temps-là est venu pour moi. Cette année, je vends. Les dix tomes de l'Histoire de la France et de Napoléon Bonaparte, de 1799 à 1815. Par A.C. Thibaudeau. Edition de 1834. Paris, Jules Renouard, Libraire, rue de Tournon, n° 6. Imprimé chez Paul Renouard, rue Garancière. Cette année, je vends. Je vends ce beau sac de voyage et son cuir patiné par la marque des années. Sur une photo, Verlaine avait le même. C'est ce qui m'avait séduit quand je l'ai acheté. Je le vends aujourd'hui. Je vends ces deux fauteuils, style sièges de cinéma. Je vends, je vends. Une multittude de petites choses, utiles ou futiles, désormais perçues comme inutiles. Je vends, je vends. Enfin, j'espère vendre. A vendre, nous sommes peu nombreux. Une petite centaine. Les plus nombreux ne vendent pas. Ils viennent pour acheter. Ils bullent et déambulent. Ils se baladent. La réderie est pour beaucoup, la plupart d'entre nous, prétexte à promenade. Seul ou en famille. Brocante étonnante. Attachante. Parfois agaçante. Tout s'achète et tout se vend. Mais tout dépend du prix. Un bon prix, ici, ça n'a pas de prix.

Ma voisine me l'avait dit tôt matin, découragée par le peu d'enthousiasme des rédeux. On appelle ainsi les gens qui font les réderies. Ma voisine m'avait dit : Les chineurs du matin, ils veulent tout... pour rien. J'ai bien aimé la formule. Très explicite. Très parlante. Quand la bourse de celui qui achète reste muette. J'ai vite réalisé son réalisme. Sa vérité. Les gens marchandent à un point où ça devient indécent. Pas seulement insultant pour le vendeur. Indécent pour l'objet. Qui ne respecte pas la valeur de l'objet est, pour moi, un triste sujet. Ce n'est pas une question d'argent. C'est juste le jugement qui est indigent. Un livre à un euro, pour eux, c'est déjà beaucoup trop. Ils vous en proposent dix centimes. Mais, le midi, ils n'hésitent pas à s'empiffrer chez Quick ou Mac Do. Pour huit ou dix euros. Par tête de pipe. Sans piper mot. Vont même flamber allégrement 6 euros, c'est bête, pour un paquet de cigaretttes. Sans parler de la bière ou du vin. Boissons qui passent pour festives le jour du marché à réderies. Ce jour-là, j'ai une préférence pour le cidre. Moins lourd. Plus champêtre. Plus aéré. Plus aérien. 

J'aime le mot "réderies". Je l'ai très tôt lu "rêveries". Marché à rêveries. Tu rêves et tu ris. Tu ris, tu souris et tu pars à la chasses aux choses. Sans une idée trop précise en tête. La quête est pleine d'imprévus. De rencontres imprévues surtout. Les objets ne sont souvent que prétexte à conversations insolites. Dialogues curieux. Paroles simples à faire des envieux. Commerce des mots davantage que commerce des euros. Commerce des mots, celui qui rend le plus heureux. Le plus riche, au fond, sans aucun doute.

Jolies cafetières en émail bleu, cabas d'autrefois, sacs de voyage anciens, vieux réveils et vieilles radios, cartes postales anciennes, gravures, photos, vieux journaux... peuplent les étalages, le jour du grand déballage. Mais malgré la diversité de tout ce qui s'expose à la vente, le refrain de l'après-midi ressemble parfaitement à celui du matin. Juste une toute petite variante: 

Les chineurs de l'après-midi, ils veulent tout, pour... "presque" rien.

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