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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 18:46

 

"On les décrie, on s'en méfie. Leurs sujets et leur indépendance sont discutables et discutés. Ils sont journalistes." Première phrase de la préface du Félix Fénéon, paru en 1998, au Mercure de France. Au petit Mercure. Préface signée Régine Detambel. Félix Fénéon et ses nouvelles en trois lignes. Faits divers sans chichis, sans frous-frous. Faits divers bruts. Brèves brutes. Brutes de brèves. Avec de vraies brutes souvent dans les brèves. Nouvelles en trois lignes, c'est vraiment le titre de la rubrique que Fénéon créa au Matin. Exemples :

 

Le serrurier Bonnaut, de Montreuil, causait devant sa porte, quand l'apache "Gueule d'empeigne" le frappa de deux coups de couteau.

 

Le curé de la Compôte (Savoie) allait par les monts, et seul. Il se coucha, tout nu, sous un hêtre, et y mourut, de son anévrisme. (Dép. part.)

 

Douze ans de bagne à Portebotte: il avait tué au Havre cette folâtre Nini la Chèvre, sur qui il se croyait des droits. ( Par tél.)

 

Le domestique Launois a, par inattention, tué son maître, M. Paul Lebrun, de Grauves (Marne), dont il nettoyait le fusil. (Havas.)

 

Un pendu, depuis deux mois là, a été trouvé dans l'Estérel. De féroces oiseaux l'avaient, à coups de bec, absolument défiguré. (Havas.)

 

Modèles de brèves vraiment brèves. Brèves brèves qui m'ont toujours fasciné, moi qui ne serait jamais le roi de la brève. D'autres perles dans la préface de Régine Detambel.  Comme cette citation de Mark Twain: "Le journalisme consiste à apprendre que M. Johnson est mort à des milliers de personnes qui ne savaient pas qu'il vivait."

Comme ce précieux rappel historique de la consigne que donnait Clémenceau aux journalistes de L'Aurore: "Faites des phrases courtes. Un sujet, un verbe, un complément. Quand vous voudrez ajouter un adjectif, vous viendrez me voir." Et ce superbe clin d'oeil de la préfacière au célèbre J'accuse: Zola se passa de complément.

Comme ces trois citations qui feraient aujourd'hui encore un bon credo de journaliste débutant:

"Un chien mord un homme, c'est un fait divers. Un homme mord un chien, c'est un scoop." Beaverbrook.

"D'abord il lèche, puis il lâche et il lynche." Jean-François Kahn.

"En cette fin de siècle, le journalisme est illisible et la littérature n'est pas lue." Oscar Wilde.

 

De ces trois citations, sans aucune hésitation, je signe la dernière. Avec Oscar Wilde, selon la formule, je persiste et je signe. Plus iconoclaste que jamais. J'actualise juste un peu et j'affirme:  En ce début de siècle, le journalisme est illisible et la littérature n'est pas lue. Au risque de me fâcher avec nombre de mes confrères et la plupart de mes amis.

 

 

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