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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 13:52

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                                                                                                          © Jean-Louis Crimon                                               

 

" Boxe, boxe ! " Face aux toiles de Blandine, dans ce matin qui mutine, s'impose soudain le rythme Nougaresque. " Boxe, boxe ! " On y est presque ! La peinture aussi est un match. Un combat. Vrai match. La boxe n'est pas du catch. Blandine sait pourquoi elle se bat. Discrète et pudique. Déterminée tout autant. Nougaro, lui, boxait les mots de sa chanson swing, Blandine de Carné, elle, a d'instinct le punch des couleurs et des formes. Elle donne du relief. Travaille les musculatures comme d'autres les tablatures. Dessinant, lancinant, l'air en sourdine, comme en silence, ombres et transparences, entre jazz et blues, et la chanson n'en est pas jalouse. La musique fait ses gammes sur la palette de cette jeune femme. Qui trouve sa voie et sa voix dans des tableaux qui ont de la voix, c'est à dire, d'abord et avant tout, du souffle ! La peinture chante, le tableau murmure ou proteste. C'est un test. Ne fuyez pas ! N'esquivez pas ! Match de boxe. Go ! Oceano nox. Hugo ! Avec Blandine de Carné, le ring vous tend les bras. Le swing du ring. En dix ou douze reprises. Sens de l'esquive sans qui rien n'arrive. Justesse du toucher. Finesse de l'attaque. Le pinceau fait mouche. Touche. Touche juste. Juste une touche. Puis une autre. Une autre encore. Nouvelle touche. Mais pas de retouche. Beauté du geste, parfait, d'emblée. En un comme en cent. Geste rustique et récent. Tableaux et boxeurs saisis dans l'instant d'une modernité rare qui confine à l'antique. C'est moderne. Incroyablement. Et pourtant d'un classicisme affirmé. Gladiateurs radieux, beaux comme des Dieux, pinceau qui irradie, toiles étoiles, boxeurs au firmament, avec cette fugace étincelle de fragilité sans laquelle les géants du ring ne seraient que géants de pierre, de marbre ou de fer. Froids, insensibles, figés dans leur éternité mortuaire. D'un ennui mortel.


Ici au contraire, le corps est fort et joyeux tout autant. Resplendissant. Vivant. Vraiment vivant. Magie blanche du boxeur noir. Homme de couleur, le bien nommé. Douceur violente des ocres, des siennes, des pourpres et des violines, et cette couleur noire -talent particulier de Blandine- qui n'avoue sa lumineuse lumière que dans les ombres. Homme de fer. Inoxydable, non pas. Fort et fragile à la fois. Juste un match de boxe. Le fer et le feu ne sont pas en inox. Sur les parois de la grotte, au Cirque d'Hiver ou au Palais des Sports, tableaux paisibles et gants de guerre, boules de cuir des durs à cuire, peintures rupestres et sommets alpestres. Ici, pas question de s'en faire une montagne. Sur le ring, dans les cordes, dans la danse ou dans la contre danse des petits pas fouettés, chassés, d'approche, de garde haute ou de garde basse, des monstres de muscles et de souplesse, dessinent d'étranges arabesques, tandis que d'autres fresques s'attardent sur le banc des instants d'après combat, où renaissent des monstres... de tendresse. Les boxeurs de Blandine de Carné sont vivants. Je les ai vus danser, bouger, hurler... de douleur ou de plaisir, et qui sait, de désir... pour une Déesse qui, n'en déplaise à Nougaro, n'est pas de pierre. Celle qui leur a donné vie leur doit bien un peu d'amour.

Même le Roi Mohammed Ali en serait bouche bée: son profil de toile a cette incroyable noblesse et la fierté qui toise et tutoie déjà l'adversaire, le combattant, pour mieux le combattre et le battre. Fierté non feinte où s'imprime pourtant, comme en transparence, le bluff de la fausse arrogance. Humour en filigrane, pour en prendre de la graine.
Parfois, au bord du doute, assis sans doute sur le banc du perdant, la tête baissée du recueillement du temps de l'après match, ou dans le silence de la défaite, le boxeur de Blandine de Carné semble se perdre dans une infinie détresse. Des cordes et du bord du ring, on devine l'homme groggy, sonné, celui pour qui le K-O n'est pas passé loin, K-O qui a failli s'écrire chaos. Très vite, il faut se ressaisir et savoir effacer la peur et les doutes du knock-out.

Plus tard, très tard le soir, assis au comptoir de ce bistrot bizarre où les boxeurs s'invitent sur les murs, des hommes noirs s'amusent de leurs frères en boules de cuir. Clin d'oeil saisissant. Sourire ironique de Jean-Marc Mormeck. Du moins de son portrait. Détail amusant, la nuit venue : on voit descendre de leurs encadrements ces torses de muscles, en shorts improbables. Ils prennent place autour des tables, commandent à boire et à manger, et l'on voit de belles et longues mains noires se défaire de leurs gaines de cuir rouge.

© Jean-Louis Crimon

 

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© Jean-Louis Crimon

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commentaires

dominique moisan 05/09/2011 10:07


Bien vu, jean-Louis. Pas facile de donner envie "d'aller voir" . Pari gagné avec cette chronique qui donne envie "d'aller lire" jusqu'au bout.Pas facile de jouer ainsi de plusieurs registres, de
plusieurs "chants" sémantiques.Personnellement, j'ai connu un musicien maudit qui ne supportait pas les parfumeurs qui parlaient de "composition" parce qu'il n'était nulle part en odeur de
sainteté.


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