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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 13:24

 

En 1954 - il y a 57 ans - une bachelière de 19 ans , Françoise Quoirez, publie chez Julliard un petit roman dont le titre est tiré d'un poème de Paul Eluard:

 

"Adieu tristesse

Bonjour tristesse

Tu es inscrite dans les lignes du plafond

Tu es inscrite dans les yeus que j'aime

Tu n'es pas tout à fait la misère

Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent

Par un sourire

Bonjour tristesse

Amour des corps aimables

Puissance de l'amour

Dont l'amabilité surgit

Comme un monstre sans corps

Tête désappointée

Tristesse beau visage."

 

Ce "Bonjour tristesse", emprunté à l'auteur de "La vie immédiate", va immédiatement séduire le petit monde littéraire de l'époque. On salue d'emblée la liberté de ton et la maîtrise du style de cette jeune femme qui a décidé de s'appeler Sagan. Tout en gardant son vrai prénom, Françoise. Cent mille, deux cents mille, deux cents cinquante mille lecteurs découvrent très vite la petite musique typique de Sagan. D'autres livres suivront l'incroyable succès de 1954, Un certain sourire (1956), Dans un mois, dans un an (1957), Aimez-vous Brahms ? (1959), Les merveilleux nuages (1960), avec toujours, en moins de deux cents pages, cette musique douce amère des amours désenchantés, et la jolie ronde superficielle des mêmes personnages: le quadra séduisant, l'étudiant touchant mais maladroit, la jeune fille hardie, qui a sensiblement l'âge de la narratrice, le tout sur fond de voiture de sports, d'étés au soleil du sud, de whisky et de boîtes de nuit, et d'un certain ennui. L'enfant prodige des lettres transpose à peine une vie qui est aussi un peu, beaucoup, passionnément, la sienne. Une aussi belle insouciance appelle forcément un insolent succès. Très vite, c'est fait.

L'envers du décor tutoiera parfois la page des faits divers. L'accident en voiture de sport. L'alcool. La drogue. L'argent gagné une nuit au casino et réinvesti le lendemain matin dans l'achat de cette maison de vacances qu'on a la flemme de quitter. Celle qui met sa vie dans ses romans  se choisit, normal, une vie de roman. Dans  la vraie vie, elle est l'héroïne qui traverse ses livres, d'une ivresse qui n'est pas que poétique ou romantique, mais d'alcool bien réel. Boire la vie à pleine bouche. Mordre la vie à pleine dents. Et en rire, très fort, tant qu'il est temps.

 

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commentaires

Mériem 04/07/2011 23:17


À mon âge? aimer Sagan ! ! !
"je suis jeune il est vrai, mais aux âmes bien nées..."

j'ai commencé à explorer tout à l'heure mes trouvailles d'hier : je garde la couleur pour la mêler au bleu de l'ame-r de mes vacances, et "la laisse" pour me sentir libre à Paris.


Je repasserai en discuter une fois que je les aurais lus !
ou même avant,
si je passe le long des boîtes vert wagon, ou vert jardin, je m'arrêterai.




Maria, Miryam, Marie, Meera, Macha


crimonjournaldubouquiniste 05/07/2011 15:38



Merci de ce clin d'oeil et bonne lecture de vos deux Sagan ! JL



Philippe Houbart 19/06/2011 20:59


Il va falloir que je me paye ses oeuvres complètes dans les "Bouquins" de Laffont : j'ai perdu tous ses romans que j'ai aimé il y a fort longtemps, amoureux de sa petite fêlure et de l'authenticité
de ses personnages. Peut-être à cause de son insolence timide, ses valses-hésitations entre convenances et jem'enfoutisme, désinvolture face à l'argent et les institutions littéraires ?
J'ai été scotché, comme on dit (je déteste les néologismes dans le vent, je préfère être scotché au Glennfidish) par le film de Diane Kurys ou plus exactement par la prestation de Sylvie Testud. Je
suis fasciné par cette fille, pas belle mais séduisante à damner un cadavre congelé. Elle écrit aussi. Je n'ai rien lu mais je l'ai vue démolie par Zemmour et Naulleau, ce qui peut être un gage de
qualité. Je préfère peut-être garder l'image de sa Sagan, ou du personnage de "Karnaval", ou celle qu'elle donnait il y a longtemps dans des films allemands complètement cons qu'on ne voyait que
sur Arte, et où elle crevait l'écran.
Je me demande si je ne suis pas amoureux.
Je vais créer un blog que j'intitulerai "C'est grave, docteur ?" J'ai la matière.


crimonjournaldubouquiniste 27/06/2011 14:56



Fais-le, Philippe, tu as la matière -c'est toi qui le dit !, mais surtout, tu as le talent pour -c'est moi qui le dit ! Je serai ton 1er lecteur ! Bienvenue sur OVERBLOG !


JLC.



Philippe Houbart 14/06/2011 16:49


Oui, Monsieur le juge, j'avoue : je suis fan de Sagan. J'ai adoré ses romans pour l'exactitude psychologique de ses personnages et pour la limpidité de son écriture.
Et en plus, crime abominable, je suis amoureux de Sylvie Testud qui a incarné Sagan d'une façon magistrale pour la télé. J'implore la clémence du tribunal.


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