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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 22:12

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© Jean-Louis Crimon                              Chengdu. Chenglong. Nouveau Campus. Dernier cours. 

 

 

 

 

C'est début janvier. Le jour du dernier cours. Chenglong, nouveau campus. Etudiants de troisième et quatrième année. Je ne voulais pas les quitter d'une façon banale. D'une manière trop classique. Style : Je vous salue. Je vous tire ma révérence. C'était mon dernier cours. Bonne chance dans vos études. Bonne route dans la vie ! Je voulais leur faire une surprise. Leur offrir un cadeau. Je voulais les surprendre. Les étonner vraiment. La règle était qu'en cours nous ne parlions que français. Pas de mandarin. Pas de sichuanais. Pas d'anglais.

Cette fois, je tenais à déroger à la règle. Pas de doute, je voulais parler chinois. Cette fois, -la seule sans doute-  Laosheu s'exprimerait en chinois. Je m'étais entraîné. Dans le plus grand secret. En décembre, à plusieurs reprises, prétextant quelques cours particuliers, Shuang, mon étudiante de 1ère année, m'avait fait travailler un poème. Mon poème. Un texte très court. Un poème de Li Baï. Li Baï, poète du huitième siècle. Je m'étais inventé une phonétique rudimentaire, mais assez efficace. Shuang ne trouvait pas ça très académique. Moi, je trouvais ça très bien. J'avais appris mon Li Baï par coeur. Le résultat était étonnant. Je l'avais même testé, un soir, dans un restaurant, en ville. Un soir où je dînais seul. Un vrai triomphe. En salle, comme en cuisine, on avait goûté le moment. C'était concluant.

A la prononciation, Shuang me l'assurait, ça rendait très bien. J'avais juste à bien rythmer le texte. A surtout prendre le temps de respirer les mots. Les vers. A penser à ce que je disais. Même si je ne comprenais pas vraiment le mot à mot de mon texte. Fallait juste bien ressentir l'âme de Li Baï. Bien exprimer l'esprit du poème. 

 

T'chuan t'siène ming yuhé gouan'

I sheu di shan' shuang,

D'ju' tao wan' ming yuhé,

Di tao sseu kou shiang.

 

C'était en janvier. En janvier de cette année. C'est juillet désormais. Janvier a disparu à tout jamais dans le fleuve du temps. Pourquoi je repense à Li Baï ? A mes étudiants Chinois de Chengdu ? A la veille du mois d'août ? Janvier, je sais, ça fait un bail. Peut-être parce que je n'ai pas de nouvelles d'eux. Je n'en ai pas donné non plus. Li Baï, le poète que tous les enfants découvrent dès l'école primaire. Au-delà des siècles, Li Baï, mon frère. De mémoire, je refais la traduction. Sans être bien sûr du mot à mot du rythme des vers:    

 

Lumière blafarde près de mon lit,

Le parquet a couleur de gelée blanche, 

Je lève la tête, contemple la lune,

Je baisse la tête, pense à mon village natal

 

C'était beau de les voir, mes étudiants, recevoir mes mots chinois. Ce n'était pas parfait. Mais leurs sourires, leurs rires, et leurs applaudissements, c'était beau à voir. Si beau à voir. Beau à vivre. Tellement beau à vivre. De cet instant-là, j'aurais aimé... faire un livre. Un roman. Un roman dont le titre pourrait être... Du côté de chez Shuang.

 

© Jean-Louis Crimon

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