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11 octobre 2021 1 11 /10 /octobre /2021 08:57
Amiens. Le Courrier Picard. 27/28 Sept. 1980. Page 13. © Jean-Louis Crimon
Amiens. Le Courrier Picard. 27/28 Sept. 1980. Page 13. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Le Courrier Picard. 27/28 Sept. 1980. Page 13. © Jean-Louis Crimon

L'article écrit, je le transmets moi-même au secrétaire de rédaction, le journaliste chargé de la mise en page. Mon premier lecteur. Depuis mon arrivée au journal, selon les jours de la semaine, la période l'année, les congés, vacances ou maladie, j'ai eu à travailler avec six ou sept secrétaires de rédaction différents. A chaque fois, sans problème. Plutôt intéressés par les sujets que je traite et l'originalité du traitement, la qualité de l'écriture. Première lecture rapide, le titre, l'accroche, la chute, le nombre de lignes, les photos, transmises par le photographes. Simple formalité la plupart du temps. Confiance réciproque. Je quitte la salle des sec de red', comme on les appelle et je retourne au bureau des localiers. 

Cette fois, coup de fil du secrétaire de rédaction, visiblement agacé. "Il y a un problème avec ton papier, un passage qui est carrément une incitation à la violence, tu peux venir le modifier... "

Je repars dans la salle où se font les mises en page. Le sec du réd' pointe du doigt le passage en question. Une citation d'un des gars rencontrés :" Si ça continue, on va prendre le Préfet en otage ! " Phrase vraiment prononcée, telle quelle, texto, traduite in extenso. Je n'accepte pas de la retirer. Ce serait trahir la sincérité de l'échange avec le groupe de personnes rencontrées autour du prospecteur-placier de l'A.N.P.E., l'Agence Nationale Pour l'Emploi. Devant mon refus, le problème doit se régler dans le Bureau du rédacteur en chef, en fait déjà au courant par le secrétaire de rédaction. 

 Tu ne peux pas écrire ça, on ne peut pas publier ça, le Journal risquerait un procès pour "incitation à la violence" !

– Sauf que cette phrase, ils l'ont vraiment dite, et ce serait bien que du côté de la préfecture et du côté des pouvoirs qu'on dit publics, ils soient au courant de la lassitude et de l'agacement de ces jeunes gens...  vraiment au bord du désespoir...

– Tu as cinq minutes pour modifier ton texte, reviens me voir avec le papier modifié !

– Trente secondes me suffiront... je fais ça tout de suite devant vous, monsieur le rédacteur en chef et monsieur le secrétaire de rédaction... 

– C'est bon, tu deviens raisonnable...

 

Je barre la citation contestée :"Si ça continue, on va prendre le Préfet en otage !" et je la remplace par : " On ne va tout de même pas prendre le Préfet en otage !"

Regards interloqués de mes deux confrères, sidérés devant ma façon de sortir de l'impasse où ils pensaient sans doute m'avoir acculé.
Mon article, légérement modifé, est paru dans le journal du lendemain. Il a reçu un bon écho du côté du quartier et a été apprécié par le prospecteur-placier de l'Agence Nationale Pour l'Emploi. Comme quoi...

Problème : 41 ans plus tard, mon reportage est on ne peut plus d'actualité. Me faut seulement modifier légèrement le titre : "Les petits-fils de harkis en ont marre".

A moins qu'il ne me faille titrer  honte absolue sur ceux qui ont gouverné pendant 40 ans et qui n'ont rien fait : "Les arrière-petits-fils de harkis en ont marre".

 

 

© Jean-Louis Crimon

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