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13 juin 2021 7 13 /06 /juin /2021 08:57
Amiens. Rédaction du Courrier Picard. Juillet 1979. © Gérard Crignier

Amiens. Rédaction du Courrier Picard. Juillet 1979. © Gérard Crignier

Avant la radio, avant de parler au micro, me fallait apprendre à écrire. A écrire comme un journaliste. Georges-Louis Collet, le rédacteur en chef historique du Courrier Picard, m'a donné cette chance. Celui qui, arme au poing, avec René Lamps, avait arraché Le Progrès de la Somme aux mains des collaborateurs, pour en faire Le Courrier Picard, Grand Quotidien issu de la Résistance.

A peine avais-je poussé la porte de son Bureau, Georges-Louis me lança : Parait que vous savez écrire, vous avez deux mois pour me montrer de quoi vous êtes capable. Trois mots, trois mots fantastiques, avaient conclu notre court entretien : sentez-vous libre ! Fallait pas me le dire deux fois. Libre, je l'étais dans ma tête depuis mes 10 ans, libre je le serai dans mon écriture. Tout le temps.

Dès ma première semaine au journal, les dernières lignes de mon reportage sur le départ, en gare d'Amiens, des pélerins Picards pour Lourdes, en furent la preuve éclatante. Je m'en souviens comme si c'était hier. 

" Dans les voitures des différents trains, la prière utilise les techniques du temps. Juste avant le départ, avec la complicité des haut-parleurs, la première prière du pélerinage est reprise par tous. Moment insolite en ce lieu quotidien et banal du bout du quai. Dis donc, Dieu, as-tu composté ton billet ? "

"Dis donc, Dieu, as-tu composté ton billet ?" Grandiose, grand dieu, la chute de mon papier sur ces 3300 pélerins picards en partance pour Lourdes. Diabolique pirouette. Fulgurence qui a failli me valoir une excommunication immédiate du monde des journalistes et pour laquelle j'ai dû faire pénitence. D'abord repentance. L'Evêque du diocèse avait, dès la première heure, appelé le rédacteur en chef pour exiger que le mécréant de journaliste qui avait osé "faire passer Dieu pour un passager clandestin", vienne s'agenouiller devant lui pour expier sa faute. Bien sûr, je n'obtempérai pas. Au téléphone, je tentais d'éviter les foudres du ciel en expliquant au représentant de Dieu, le sens sacré de mon humour païen. Je fus poli, courtois, mais convaincu de mon bon droit. Convaincant peut-êtere aussi. L'Evêque ne mit pas à exécution sa menace d'interrompre les abonnements au Courrier Picard de toutes les paroisses du diocèse. 

Face à un tel esprit d'ouverture et, de mon côté, dans un parfait œcuménisme, il fut convenu que l'année d'après, je ferai le pélerinage de Lourdes, au milieu des pélerins, pour voir de près, la réalité de la chose et de leur foi.

Non pas comme pélerin, mais comme journaliste.

 

© Jean-Louis Crimon

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