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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 08:57
Cagny, Bibliothèque Jean Giono. Sept 2017. Cagny, Bibliothèque Jean Giono. Sept 2019. © Jean-Louis Crimon
Cagny, Bibliothèque Jean Giono. Sept 2017. Cagny, Bibliothèque Jean Giono. Sept 2019. © Jean-Louis Crimon

Cagny, Bibliothèque Jean Giono. Sept 2017. Cagny, Bibliothèque Jean Giono. Sept 2019. © Jean-Louis Crimon

Chapitre 1

 

 

  Tout commence sur le quai. 41, quai de la Tournelle. Le quai des bouquinistes. Rive gauche. Forcément. Un quai où je suis depuis peu propriétaire de quatre boîtes vertes. Pénichettes amarrées sagement au parapet pour mieux tutoyer le grand fleuve. Petits bateaux verts propices à tous les embarquements. Huit mètres d’envergure. Jamais mesuré autant. Jamais été aussi grand. Capitaine au long cours. Pour des traversées en solitaire. Cette fois, je tire un trait définitif sur ma vie passée. Révolu le temps où je ne m’embarque qu’en rêve. J’ai rompu les amarres. Je plonge dans ma nouvelle vie. Trente années de travaux forcés d’écriture professionnelle m’ont asséché le cœur. Je dois me laver l’âme. Me refaire une beauté. Intérieure, la beauté. La laideur du Monde ne supporterait pas une âme trop belle. Une âme qui se pointerait soudain, comme ça, dans la rue. Toute nue.


Bouquiniste. Libraire de plein air. L’un des derniers métiers de rue. Métier passion. Métier d’artiste. Saltimbanque. Colporteur. Passeur. Métier qui réconcilie être et avoir. Avoir et savoir. Savoir-faire et savoir être. Savoir et saveur. Sur fond de Seine. Superbe mise en Seine. Rêve d’ado attardé qui a tant tardé à mettre en accord son rêve et sa vie. Expérience fabuleuse. Lumineuse. Radieuse. Révélation ultime. Les mots des livres prennent l’air à l’air libre. Les livres sortent de leur long sommeil de rayons sages de bibliothèques grises. Les livres redeviennent des êtres vivants. Avec le temps, leurs couvertures ont des visages sépia. Sourires d’un autre temps. Se moquent des siècles et des ans.

 
La Barque sur le Rieu m’avait donné rendez-vous dans la boîte verte d’un de mes confrères. Je ne le savais pas. Mais comme disait souvent mon père, c’était  écrit. Le titre, d’emblée, fait tilt. Clin d’œil incroyable. Touché plein cœur. Coup de phares fraternel. Reconnaissance sublime. À deux pas de l’Île Saint-Louis. Dans l’ombre de Notre-Dame. Le livre n’était là que pour moi. Publié dans les années vingt. Mille neuf cent vingt. Mais le livre est sans date. Une simple indication du nom de l’imprimerie et du nom de la ville. Imprimerie Moderne. Amiens. En surtitre, une précision annonciatrice de romans à venir : Collection des Romans Picards. Je me dis qu’en Picardie, ma Barque sur le Rieu ferait des envieux. Je n’ai pas marchandé le prix, même si, sur le quai, la coutume est bien ancrée. J’ai donné de bon cœur mes vingt euros. Paris. Mai 2009. Dans la poche de mon vieux blouson, sous l’apparence d’un livre ancien, un bonheur tout neuf. 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Les Soleils Bleus Editions. Sept. 2019.

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