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11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 07:05
Lettre de mon père. Janvier 1961. © Jean-Louis Crimon

Lettre de mon père. Janvier 1961. © Jean-Louis Crimon

Cette lettre est la seule lettre jamais reçue de mon père. Mon père n'était pas un homme de l'écrit. C'était un homme de paroles. Plutôt de parole. Au singulier. C'était un homme qui tenait parole. Parole donnée, parole tenue. 

Le travail était sa seule valeur, le travail bien fait, le travail mené à bien. Le travail effectué comme un "pro". Cette façon de me dire, en douceur, mais avec fermeté, que je devais élever le niveau, c'est tout à fait lui : "Je vois que tu as flanché, mais j'espère que cette semaine, tu feras mieux."

Ensuite, il enchaîne sur le football. Notre passion commune. "Pour le championnat, rien de changé, Reims a battu Lens 1 à 0 et Reims amateurs a été battu 6-3. "

"Couvre-toi bien, car il fait froid " est la dernière recommandation paternelle de cette lettre qui commençait par une belle phrase d'attaque : "Je viens te dire deux mots." Sur le ton d'une conversation qui commence, entre un père et son fils. Pas sur le ton de la réprimande, style : "J'ai deux mots à te dire."

Mon père avait dû être malade, car il dit d'emblée : "Je vais un peu mieux." Sans s'appesantir inutilement. Chez nous, on n'en a jamais fait des tonnes. Trois petites phrases sans ponctuation, trois petites phrases qui n'en font qu'une, et qui disent parfaitement l'homme qui était mon père : "Aujourd'hui j'ai travaillé à Warloy On fait du gazon J'ai bêché une heure dans le jardin."

 

Trois petites phrases en une seule. 

Trois petites phrases qui disent toute une vie. 

 

© Jean-Louis Crimon

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