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14 janvier 2019 1 14 /01 /janvier /2019 09:07
Le Petit Journal Illustré. Hebdomadaire. N° 2108. 17 Mai 1931. © A. Fauchère.
Le Petit Journal Illustré. Hebdomadaire. N° 2108. 17 Mai 1931. © A. Fauchère.

Le Petit Journal Illustré. Hebdomadaire. N° 2108. 17 Mai 1931. © A. Fauchère.

Mai 1931. 17 Mai 1931. Bel article à nouveau. Une page entière du Petit Journal Illustré consacrée aux Hortillonnages. Quatre photos prises par l'auteur de l'article, A. Fauchère. Angles et cadrages très différents des habituelles cartes postales. En prime : des légendes informatives. Des légendes qui apportent une information complémentaire. Un regret, un seul, toujours cette habitude de ne pas écrire les prénoms des auteurs en entier. A. Fauchère, ce n'est pas suffisant. C'est agaçant. A pour André ? A pour Arthur ? A pour Anatole ? A pour Armand ? Prénoms masculins essentiellement. Pourquoi pas Adeline ? Ou Anatolie ? La raison n'est pas misogyne. Elle correspond à la réalité de  ce temps-là. Au début des années trente, sont encore sans doute trop rares les femmes journalistes. 

A noter aussi le recours à l'impératif incitatif : "Prenez le chemin de halage, tournez le dos à la ville, dirigez-vous vers le bourg..." Belle exhortation à la découverte, sinon à l'aventure.

 

Extraits de ce beau reportage :

 

" Lorsque venant de Paris par le chemin de fer, on approche d'Amiens, la voie domine, à droite et à gauche, des marécages qui, à première vue, semblent assez peu hospitaliers.

" Après avoir quitté la gare, si vous vous acheminez vers les bords de la Somme, vous constatez que les marécages qui avaient attiré votre attention du train, existent jusque dans les faubourgs de la ville et sont aménagés en jardins maraîchers dans lesquels croissent les légumes les plus divers.

"Prenez alors le chemin de halage qui se trouve sur la rive droite de la Somme, tournez le dos à la ville et dirigez-vous vers le bourg de Camon : vous ferez une promenade ravissante sous des arbres touffus, dans un paysage calme et reposant. 

" Ces marais qu'on appelle "hortillonnages", sont entrecoupés de petits canaux, ou rieux, et divisés en parcelles, de quelques ares, nommées carrés ou aires. 

" Les rieux communiquent avec la Somme et permettent la circulation dans ces singuliers jardins où tous les transports se font par eau à l'aide des barques qui remontent lentement le cours de la rivière. "

 

Ce qui est très agréable dans la lecture de ce genre d'écriture, c'est que, passées les considérations "hexagonales", au tout début du papier, en introduction, on observe très vite un "cadrage" qui se resserre, exactement comme un cadrage cinématographique, comme lorsque l'opérateur resserre après un plan large, pour mieux s'approcher du sujet. 

C'est une écriture qui donne à voir, qui permet au lecteur, à la lectrice, de visualiser, de se faire une idée précise, et mieux qu'une idée, une image du domaine des hortillonnages. Les photos qui viennent en appui pour illustrer le reportage écrit, sont aussi choisies dans cette optique. Elles ajoutent, elles complètent, elles affinent. En aucun cas, elles ne doublonnent. 

 

A la fin du reportage, sens du social et déjà du respect des produits cultivés autant que du travail des hortillons, A. Fauchère met l'accent sur le gâchis et les pertes financières que cela peut représenter :

 

" J'ai été surpris de voir jeter des quantités de légumes dont le marché n'avait pas momentanément l'utilisation et je pensais que les maraîchers de cette région auraient intérêt à s'organiser pour créer une usine de conserves, afin d'utiliser leurs produits dans les périodes de mévente.

" Il suffirait, pour donner une vie nouvelle aux hortillonnages d'Amiens, d'installer à proximité une de ces grandes usines de conserves, comme il en existe, par exemple, en Bretagne, dans la région de Plougastel, ou bien d'organiser les transports, d'une façon plus rapide et plus satisfaisante. 

" Il ne serait même pas impossible aux hortillons de s'organiser en coopératives et de constituer eux-mêmes ces usines. Il y a là un problème qui mérite de retenir leur attention.

"Il est curieux que ces hommes qui ont su si parfaitement aménager les terres très difficiles à mettre en culture n'aient pas encore pensé à s'organiser pour tirer le parti maximum de leurs grands efforts."

 

Lucidité incontestable et pertinence du propos. Sans doute plus que jamais d'actualité. 88 ans plus tard. C'est à dire pratiquement un siècle plus tard. 

 

© Jean-Louis Crimon

 

 

Le Petit Journal Illustré. N° 2108. 17 Mai 1931. © A. Fauchère.

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