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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 14:25
Buggerru. Sardaigne. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

Buggerru. Sardaigne. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

 

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Où étais-tu, Francesco Zanda, ce 4 septembre de l'an 4 ? Sur les épaules de ton père Antioco, qui avait voulu, pas vraiment de loin, mais de pas trop près non plus, suivre la manifestation des mineurs grévistes de Buggerru ? Ou bien étais-tu resté dans la petite maison, près de l'église, avec Rosa, ta maman, ton frère Mario, et tes deux petites sœurs qui portent le même prénom : Maria. 

 

Buggerru, une quinzaine de kilomètres de ton village de Fluminimaggiore, commune minière depuis 1864. Développement rapide, lié à la découverte de minerai de plomb et de zinc, dans les montagnes des environs. Une société anonyme pour exploiter cette ressource, la Società Anonima delle Miniere di Malfidano, société créée au cours de cette même année 1864. Buggerru, un temps appelée "Le petit Paris". Les toits de Paris, les toits en zinc de Paris, - sont peu nombreux à le savoir -, le zinc des toits de Paris, c'est du zinc de Sardaigne !

En 1877, la Société des Minerais en Sardaigne  décide de construire un lavoir à minerai, sur la falaise elle-même face à la mer. L'exploitation industrielle peut commencer. Le développement de l'industrie minière dans le sud de la Sardaigne est facilité par la présence conjointe de minerais de métaux et de charbon, dans le bassin minier du Cagliaritano. Main d'œuvre oblige, la population va alors connaître très vite une très forte croissance.

 

Cette année là, Francesco Zanda, l'année quatrième du siècle débutant, l'année de tes 8 ans, sera marquée par ce que les Sardes appelleront la « tuerie de Buggerru ». 4 septembre 1904. Jour de la répression sanglante de la grève des mineurs de la mine Malfidano. Les mineurs disent non à la réduction de leur temps de pause. Décision imposée par le directeur de la mine, Achilles Giorgiades.


Une grève déclenchée par les mineurs, en tête leur leader Alcibiade Battelli, secrétaire de la Ligue de résistance de Buggerru. En cause, le changement d'horaire, conséquence de la réduction du temps de pause. Refus catégorique des mineurs. Pour mater les frondeurs, le directeur fait venir deux compagnies de  carabiniers armés de fusils et baïonnettes, qu'il avait obtenu de la préfecture pour contrôler et de maintenir l'ordre public. Suite à un vol de dynamite, selon les explications du ministre de l'intérieur, explications postérieures aux événements. Faut bien réécrire l'histoire pour justifier l'injustifiable.

 La manifestation qui devait être pacifique aurait rapidement dégénéré à la suite d'un jet de pierre en direction des fenêtres de l'atelier du charpentier de la mine. En réaction, l'ordre de feu sera donné et les militaires mettront en joue les grévistes. La mort pour toute réponse.

 

Ce 4 septembre 1904, trois des mineurs grévistes, Felice Littera, Salvatore Montisci et Giustino Pittau sont tués par les balles des soldats, et un quatrième, Giovanni Pilloni, va mourir un mois plus tard, de blessures non soignées. Cette répression n'est pas la première dans le sud de la Sardaigne, juste un énième exemple d'injustice patronale, qui va déclencher la première grève générale de toute l'Italie, le 16 septembre 1904.
La version officielle du gouvernement de l'époque, par la voix du ministre de l'intérieur Giolitti, aussi président du Conseil italien, est directe  : « Ce sont les grévistes qui ont attaqué les soldats envoyés pour maintenir l'ordre public, gravement menacé par un vol de dynamite. Attaqués, les soldats, sans ordres de leurs supérieurs ont fait spontanément usage de leurs armes pour se défendre ».

Le commandant des carabiniers placera en état d'arrestation les militaires coupables des coups de feu mortels, mais cela n'empêchera pas la grève générale.


En 2004, pour le centième anniversaire de la tuerie de Buggerru, un monument en mémoire de la vie volée de ces mineurs assassinés, a été comme posé dans l'herbe d'un jardin de la commune. Œuvre du sculpteur italien Giuseppe Dessi. Trois corps humains couchés pour l'éternité. Trois corps comme les trois corps des trois premiers morts de Buggerru.

 

© Jean-Louis Crimon

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