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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 00:21
Fluminimaggiore. Mairie. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

Fluminimaggiore. Mairie. Avril 2017. © Jean-Louis Crimon

 

 

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Obtenir ton extrait d'acte de naissance n'a pas été très compliqué. Le secrétaire de Mairie a été charmant. Sensible à la démarche d'un petit-fils à la recherche de son grand-père perdu. Perdu depuis si longtemps. Pour ton certificat de décès, c'est une autre histoire. En fait, pour la Sardaigne, Francesco Zanda, tu n'es pas mort. Pour une bonne et simple raison : tu n'es pas mort en Sardaigne. Pas de tombe à ton nom dans le cimetière de Fluminimaggiore. Problème : pas davantage de traces de ta mort en France. Me suis dit que -beau clin d'œil post mortem- c'était la preuve que tu n'étais pas mort. Pas vraiment mort. Pas complétement mort. Que tu n'es jamais mort. Que tu es toujours vivant. Même si, compte tenu de ta date de naissance, tu aurais aujourd'hui plus de 120 ans. Très improbable, même en étant très résistant. 

Les cimetières ne sont silence qu'en apparence. Il faut savoir lire les tombes, écouter les tombes. Faire parler les tombes. D'abord faire parler les vivants. Les survivants. Même si certains sont parfois muets comme des tombes.

Dans ton village habite toujours l'une des filles de ton petit frère Vincenzo. Vous aviez neuf ans de différence. Cette dernière descendante Sarde de la famille se prénomme Giuliana. Mon ami Franco Melas a essayé pour moi d'entrer en contact avec elle. Pas facile. Même si, de fait, on est de la même génération et si on a presque le même âge. Refus poli au téléphone. Pas de rendez-vous. La dame a dit non. Trois fois non.

Tout ce qu'elle a concédé, dixit Franco, a l'allure d'une fausse confidence très convenue : "Les seuls souvenirs que son père, Vincenzo, avait de son grand frère Francesco, ce sont des souvenirs qui remontent à son enfance, quand il avait 10 ou 12 ans. "

Mais quand Vincenzo avait 12 ans, Francesco, qui avait 9 ans de plus que son cadet, avait 21 ans. Devait travailler à la mine depuis longtemps déjà. Pas possible qu'ils n'aient pas parlé de la mine ensemble. Du travail d'esclave du mineur, au fond de la mine. Quatorze heures par jour. Des revendications des mineurs. De leurs luttes. Des premières grèves. Des manifestations. Des trois morts de Buggerro. En 1904.

C'est cette histoire là que je veux connaître. Cette histoire là que je veux entendre. Cette histoire là que je dois écrire. En mémoire de mon grand-père inconnu. A la gloire de mon grand-père inconnu.

 

© Jean-Louis Crimon

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