Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 00:25
Amiens. 15 février 2017. © Jean-Louis Crimon

Amiens. 15 février 2017. © Jean-Louis Crimon

 

 

                                                                       451

Je me souviens des Picartophiles et de leur 20e Journée de la Carte Postale. 14 février 1999. Salons du Crédit Agricole, 500 rue Saint-Fuscien. Picards cartophiles, collectionneurs invétérés, fondus vraiment de cartes postales anciennes. De grands rêveurs. De grands passionnés. Qui ne comprennent pas toujours que le temps passé a mis longtemps avant de devenir le bon vieux temps

 

                                                                       452

Je me souviens d'un marché à réderies d'Avril où j'ai trouvé la réderie la plus incroyable qui soit. Sur une table débordant d'objets disparates. Bimbeloterie FacteurChevalesque. "Ma réderie", entendez "cette petite chose à petit prix qu'on ne cherche pas vraiment, mais qui était là pour vous, vous tendait les bras et vous va comme un gant". Rien d'extraordinaire pourtant. Un livre. Forcément. Un livre au titre pas très attractif. "Georges Mandel, le moine de la politique". Le titre m'a suffi. J'en connaissais l'auteur. J'en savais la valeur.  Document on ne peut plus intéressant. Je n'allais pas manquer pareille occasion. Surtout au prix de l'occasion.

- Combien, monsieur, cet ouvrage ?

- Le prix est indiqué à l'intérieur !

Le livre avait été protégé de la pluie de la matinée par une pochette plastifiée. L'homme sortit le livre de son emballage rudimentaire, l'ouvrit et, devant sa femme ébahie, déclama, comme au théâtre : trois euros, Monsieur.

-  Trois euros pour monsieur Sarkozy, je ne marchande même pas, monsieur, les voici.

- Ah bon, c'est le Président qu'a écrit ça ! Tiens, je ne le savais pas.

S'adressant en aparté à son épouse affairée à déballer des bibelots de leur papier journal, l'homme ajouta : tu te rends compte, chérie, fortiche l'Président, l'écrit même des livres.

 

                                                                        453

 

Je me souviens que beaucoup plus tard dans l'après-midi, je me décide à sortir enfin mon achat de sa pochette plastifiée. Je déguste d'abord la quatrième de couverture. Un régal. "La politique fut pour cet homme illustre et énigmatique une passion sans partage, dévorante, destructrice. Il y perdit sans doute son existence, mais il y gagna son destin."  Après le détour par la quatrième de couverture, j'ouvre enfin le livre par le début. Surprise. Incroyable surprise. Clin d'œil du destin. Page trois, une superbe dédicace pleine page. Superbe envoi d'une assez belle écriture. Pour Virginie M..., l'histoire de Georges Mandel, le moine de la politique, avec ma bien cordiale amitié, le 3 mars 1994, et c'est signé... mais oui... Nicolas Sarkozy.

Trois euros, un envoi de Sarko, elle est vraiment extraordinaire ma réderie d'avril 2012, non ?

 

                                                                         454

Je me souviens de Traversée des Jardins, un film de Jean-Jacques Dubois et de Pierre Bouteiller, avec Jean-Marie Pelt. Texte de Raymond Godefroy. Une coproduction Carmen/Jean-Jacques Dubois. Belle découverte des lieux clos qui témoignent des rapports entre l'homme, l'espace et le paysage. Combinaisons multiples du minéral et du végétal dans l'espace/temps du jardin. Valloires, la Madeleine, à Amiens, Chantilly, Compiègne, Ermenonville. Jardiniers, botanistes, historiens ou simples amoureux des jardins. Jean-Marie Pelt parle de la vie des plantes et des rapports entre l'homme et le végétal. Des textes de Gérard de Nerval, le Marquis de Girardin et Jean-Jacques Rousseau sont aussi du voyage.

 

                                                                          455

Je me souviens de François Ruffin me demandant cinq minutes à la reprise de mon cours "Reportage, enquête, investigation", pour présenter à l'ensemble des étudiants de Licence de Lettres Media/Com son projet de journal, dont il a déjà une idée très précise de la ligne éditoriale et surtout déjà le nom Fakir. Titre et personnalité qui vont faire leur chemin. L'un à l'autre se faisant une jolie renommée.

 

                                                                           456

Je me souviens d'un repas sympa avec Claude Le Roy, entraineur de l'ASC, et Marc Berdoll, avant-centre arrivé à Amiens en cours de saison. En 82, je crois. Il arrivait du SCO d'Angers où il ne jouait plus. Berdoll, 16 sélections en équipe de France et 5 buts chez les tricolores. De 1973 à 1979. Meilleur buteur de Division 2 en 1976 (25 buts) avec Angers. Discussion vraiment chouette. Le Roy aimait beaucoup les poètes, Verlaine et Rimbaud, mais Baudelaire avant tout. Berdoll avait un côté footballeur rocker. Un rien Mick Jagger des surfaces. Moi, je rêvais d'écrire Verlaine avant-centre, mais je ne savais pas encore comment m'y prendre.

 

                                                                           457

Je me souviens de Chutt le Hutteux de Paul Vimereu, né dans le Santerre. Roman des roseaux et du marais picard, paru pour la première fois en 1927. Vimereu a manqué le Goncourt d'une voix, avec son premier roman Le Rire du Vilain, publié en 1920.  

 

                                                                           458

Je me souviens de ma première expo photo chez Synapse, Rue Saint-Leu. Une cinquantaine d'agrandissements noir et blanc. Photos jamais développées, jamais montrées, jamais vues. Négatifs, soigneusement développés et coupés par bandes de six vues, qui dorment, à l'abri de la lumière et de la poussière, pendant trente ou quarante ans. Aujourd'hui, parfaitement intacts. Comme neufs. Comme développés, et séchés, il y a quelques heures à peine. Comme si les images argentiquement supportées et transportées à travers le temps, avaient été prises la veille ou l'avant-veille. Je suis sans aucun doute le seul photographe au monde à avoir passé la majeure partie de sa vie "au stade du négatif ".

 

                                                                           459

Je me souviens que c'est par manque d'argent que je ne développais que les négatifs, dans ma mini salle de bain transformée en Labo Photo. Manquer d'argent, au temps de l'argentique, le comble du photographe.

 

                                                                            460

Je me souviens du jour où, jeune prof de philo, étudiant la notion de Travail avec mes élèves de Terminale C, à commencer par cette origine étymologique commune avec le mot Torture, je décidai, devant leur indifférence crasse, de les emmener la semaine suivante visiter l'usine Dunlop, sur la Zone Industrielle. Pour qu'ils voient de leur yeux ce que c'est que le travail à la chaîne. Qu'ils comprennent une fois pour toutes le sens du mot "aliénation".

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by crimonjournaldubouquiniste
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de crimonjournaldubouquiniste
  • Le blog de crimonjournaldubouquiniste
  • : Journal d'un bouquiniste curieux de tout, spécialiste en rien, rêveur éternel et cracheur de mots, à la manière des cracheurs de feu !
  • Contact

Recherche

Liens