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5 février 2017 7 05 /02 /février /2017 00:01
Amiens. La Somme et le Quai Bélu, la nuit. Nov. 2015. © Jean-Louis Crimon

Amiens. La Somme et le Quai Bélu, la nuit. Nov. 2015. © Jean-Louis Crimon

 

      

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Je me souviens de la nuit de Saint-Leu quand elle passe pour être grise ou ennuyeuse, et soudain se métamorphose en ville lumières. Singulière cité lacustre plurielle. A cet instant précis,  la nuit, moi, je la trouve belle.

 

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Je me souviens du jour où j'ai eu l'idée d'inventer  "Crimage". Cri + Image = Crimage. Crimage, "Image cri" de Crimon. Ça n'a fait rire personne à la maison.

 

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Je me souviens d'un marché à réderies d'octobre où j'ai trouvé des monnaies de Napoléon III dites "satiriques". Monnaies au casque à pointe allemand gravé sur la tête de l'empereur, pour stigmatiser la défaite de Sedan, le 1er septembre 1870. Une bonne partie du peuple français estime alors que Napoléon III a trahi et s'est laissé volontairement fait faire prisonnier des Prussiens. D'où ce détournement de la monnaie. Surtout des dix centimes, les plus larges, pour mieux permettre au graveur satirique d'exprimer sa haine de l'empire et son talent. Un V majuscule devance parfois le mot EMPIRE. Pour faire "VEMPIRE FRANÇAIS". Orthographe approximative, mais rejet de l'Empire clair et définitif.

 

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Je me souviens de ce bistrot de la rue Alphonse Paillat où l'un des habitués jouait à merveille la réplique de René Génin à Jean Gabin, dans Le Quai des brumes de Marcel Carné :  Les grandes décisions doivent être prises devant des petits flacons. Selon les jours ou les semaines, il ajoutait : Peu importe le flacon, pourvu qu'on... soit pas trop con.

 

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Je me souviens que certains des "fous" de la fête des fous du quartier Saint-Leu, fête du Moyen-Âge, ont, -suprême honneur- leur figure en sculpture dans les stalles de la cathédrale.

 

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Je me souviens de la balade à l'ile Sainte Aragone, une bonne heure de marche pour six kilomètres. Départ du cimetière de la Madeleine, puis allée des acacias, chemin de halage jusqu'à l'écluse et retour par l'ancienne Somme.

 

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Je me souviens de ma première interview de Raymond Devos, à la Maison de la Culture, en mars 1980, et de sa dernière phrase : "Je ne suis qu'un homme de divertissement. C'est pas grand chose. Bon, vous en pensez ce que vous voulez. Les gens en pensent ce qu'ils veulent, mais je le sais bien, je ne suis qu'un amuseur. Mais c'est merveilleux de passer sa vie à amuser les gens !"

 

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Je me souviens du jour où j'ai pris le contre-pied de Perec, pour écrire, non pas des "Je me souviens", un peu trop nostalgiques ou passéistes à mon goût d'alors, mais plutôt, - engagement sublime - des "Je n'oublierai jamais". Recueil de promesses à moi-même, au temps de mes 10 ans. Instants de vie fixés avec des mots, à défaut d'appareil photo ou de magnéto.

 

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Je me souviens de quelques uns de mes "Je n'oublierai jamais" :  Je n'oublierai jamais la chanson du vent dans les feuilles des grands peupliers de la prairie d'en face. Je n'oublierai jamais les branches des saules pleureurs qui dessinent l'eau de la rivière. Je n'oublierai jamais ce moment bizarre du soir quand la lumière indique le retour des beaux jours. Je n'oublierai jamais la douceur de la pluie, les soirs d'été, quand mon père dit : la terre a soif. 

 

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Je me souviens avoir un jour écrit : "Bien sûr, il va pleuvoir, cette ville sans quelques averses, vaudrait-elle la peine qu'on la traverse ? "

 

 

 

 

 

 

© Jean-Louis Crimon / Le Castor Astral. 2017.

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