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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 14:37
Amiens. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Amiens. Déc. 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher amiénois démasqué,

 

Tu n'en reviens pas. Cette ville est un village. Un vrai village. Ce mini bus électrique, - dix sièges à peine, et encore si l'on compte les deux strapontins -, c'est une cuisine, un salon. Un havre de paix. Un endroit convivial. Familial. On s'y parle. On se salue. On se sourit. A peine as-tu composté ton billet qu'un homme à la barbe blanche, assis au premier rang, - siège du copilote carrément -, t'interpelle élégamment. Restitution du dialogue impromptu :

 

- Monsieur, vous êtes Journaliste au Courrier Picard ?

- Oui, Monsieur, enfin... j'étais. Il y a quelques années. J'ai dû quitter le journal il y a plus de... 30 ans, en 82 ou 83. En 1982 ou en 1983. Dans l'autre siècle.

- Vous n'avez pas changé !

- Si peu, Monsieur, si peu... Sans nous faire offense, suis devenu, moi aussi, presque... vieux.

- Vous aviez écrit un article sur le cordonnier de la Rue Saint-Maurice...

- Quelle mémoire, Monsieur !

- Ma femme et moi, nous avions beaucoup aimé votre article. Nous l'avions découpé et gardé.

- Un livret militaire vendu 1 franc, m'en souviens très bien, moi aussi. Je l'avais acheté. Je trouvais indécent que l'histoire de cet homme que je ne connaissais pas, finisse comme ça, sur un mètre ou deux de trottoir. Un soir de vide-greniers, dans l'indifférence générale...

- Nous habitions la rue Saint-Maurice et nous l'aimions bien ce cordonnier.

- Cet article doit remonter au début des années 80. Oui, Réderie d'Avril, je crois. 1980 ou 1981.

- C'était un bel article. On y apprenait des petites choses sur la vie de cet homme...

- J'ai surtout en mémoire la chute du papier, la dernière phrase : Qui racontera jamais l'histoire de Jules-Léopold Longchamp ?

- Oui, s'appelait Longchamp, Jules Longchamp, notre cordonnier. Paix à son âme. Doit être mort depuis longtemps.

 

L'homme a laissé passer la Rue Beauregard, la bien nommée, pour demander l'arrêt suivant. Il t'a gratifié d'un beau sourire avant de descendre. Un sourire lumineux. Toi, tu n'en es pas encore revenu. Trente-cinq ans dans la vue.

Le Bus s'appelle "Cœur de Ville". Touché plein cœur dans le "Cœur de Ville". Un homme se souvient d'un article que tu as écrit il y a... 35 ans.

Grandiose.

Les mots simples sont longtemps vivants dans le cœur des gens.

 

Preuve que dans ce quotidien faussement dérisoire, sur l'essentiel, le temps n'a pas prise.

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Published by crimonjournaldubouquiniste
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