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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 13:47
Contay. Maison d'enfance. 11 Sept. 2016. © Jean-Louis Crimon

Contay. Maison d'enfance. 11 Sept. 2016. © Jean-Louis Crimon

Cher Contaysien,

 

Tu as 7 ans et tu l'aimes ta maison. Tendrement. Comme une personne. Tu la trouves belle. Sa forme. Sa structure. Ses fenêtres. Pourtant, il n'y a pas l'eau courante. Seulement une pompe dans la cour. Des murs en torchis et un grenier en terre battue. Un couloir étroit. La quitter, quitter le village, quitter la vallée de l'Hallue pour une autre vallée, la vallée de l'Ancre, fut un véritable arrachement. Mais tu n'as rien montré. Rien montré à ton père, rien montré à ta mère, rien montré à ta sœur et rien montré à ton petit frère. Tu  t'es seulement juré, l'année de tes 14 ans, l'année du déménagement, qu'un jour, tu écrirais. Tu écrirais pour que ta maison soit éternellement la vôtre. Qu'elle soit éternelle. De cette belle éternité éphémère des romans.

Septembre 2016. Tu es à nouveau devant chez toi, mais ce n'est plus chez toi. La maison n'est plus ta maison. Tu te retrouves face à tes 7 ans et, même si 60 ans de temps humain se sont écoulés, tu t'étonnes d'être dans la peau d'un vieux monsieur à qui l'on dit "vous". Tu n'oses pas dire pourquoi, dans ton coeur, tu habites toujours cette maison. Ses nouveaux habitants ne comprendraient pas. Te trouveraient bizarre. Elle n'est plus ta maison. Tu dois te faire une raison. Elle ne sera jamais plus ta maison.

Vraiment étrange, en partant, en tournant le regard, en tournant les talons, tu as eu la curieuse sensation que la maison te regardait t'éloigner. Qu'elle te chuchotait quelque chose comme... alors, tu m'abandonnes encore.

 

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Published by crimonjournaldubouquiniste
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Nathalie 13/09/2016 22:43

En lisant cette notule, j'ai presque eu le sentiment de rentrer dans un roman, pas n'importe quel roman, un de ceux dont on se dit dès l'incipit : "Voilà un écrivain, un vrai !"
Et puis j'aime bien cette nostalgie qui vous habite, elle est poétique, souvent tendre et toujours pleine d'humanité. Vous possédez la faculté de convoquer votre enfant intérieur, celui qui vous confère la créativité et garde intacte, en vous,cette belle capacité d'émerveillement qui enchante le lecteur. Et ça fait du bien aux autres, aux gens en général, à la lectrice que je suis en particulier lorsque, la tête farcie des soucis ordinaires mais bien "chiants", je passe ici faire le plein d'oxygène.

Je n'aime pas dire merci mais considérez que cela y ressemble.

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