Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 11:49
Commentaires sur la Guerre des Gaules. Edition de 1783. © DR

Commentaires sur la Guerre des Gaules. Edition de 1783. © DR

Cher Samarobrivien,

 

Va savoir pourquoi, tu te replonges ce matin dans les Commentaires de César sur la Guerre des Gaules. Tu t'attardes Livre II. Quand Jules César parle des Rémois, des Belges, des Nerviens, des Bellovaques et des Ambiens.

Le passage consacré aux Ambiens, Livre II. IV. est vraiment très court, très synthétique. Il t'a toujours laissé perplexe, ou plutôt songeur, quant à la réaction de tes lointains ancêtres. Fasciné par leur lucidité et leur instinct de survie. Déçu par leur manque de combativité. En fait, ce passage tient en une phrase. Une seule petite phrase:

 

" Il passa de là chez les Ambiens, qui se rendirent aussitôt corps et biens.

 

C'est au début des années 80. Le tracé du Train à Grande Vitesse s'obstine à éviter ta ville. Samarobriva. Le pont sur la Somme. Le pays des Ambiens. Ambiens qui, une fois le "b" éludé, abandonné, donnera Amiens. Les Ambiens. Les Ambiani. Les Celtes de ton pays dont le premier TGV de l'histoire récente de l'humanité, le Romain Jules César, règle le destin en une petite phrase. Commentaires sur la Guerre des Gaules: "nous arrivâmes chez les Ambiens qui se rendirent corps et biens." En 54-53, - on compte à l'envers en ce temps-là ! - l'homme bivouaque tout un hiver avec ses milliers de légionnaires sur les bords de Samara, La Somme, avant de s'embarquer pour l'Ile des Grands-Bretons. Histoire sans doute de s'en aller se becqueter des fischs and chips en testant ses sesterces magnétiques.

 

Vingt siècles plus tard, très loin de leur rapide défaite des années 50, avant J-C (Jésus-Christ), contre J-C (Jules César), les gens de ton pays sont encore sinon défaits, du moins déconfits, face au tracé retenu par le gouvernement du Président J-C. (Jacques Chirac). Pour une médiocre poignée de secondes, en vrai, quelques minutes, les soit-disants spécialistes de la grande vitesse ferroviaire affirment que "Paris-Calais-Londres" ne passe pas par Amiens et que "Paris-Lille-Bruxelles" n'y passera pas davantage. Arguments de mauvaise foi et argent de mauvais aloi. Jules César, lui 1er TGV, avait choisi de passer par Amiens. Non pas par Ablincourt-Pressoir pour y vendanger des hectares de betteraves et y faire pousser une gare improbable.

 

Réunions, manifestations, pétitions, tergiversations, pendant des mois, Amiens fut en émoi. Elus et non élus, notables, et c'est notable, non notables, simples citoyens, anonymes des plus anonymes, construisent une incroyable mobilisation. Mais rien n'y fait. Une seconde fois, J-C pour J-C, l'Ambien sera défait. Amiens, ta ville, sera défaite. Pourtant, de guerre lasse, dans un ultime sursaut, et si tu peux dire, avant de plier tes gaules, ton goût des jeux de mots rebelles te fait soudain lancer, dans une espérance folle, -même si c'est en désespoir de cause-, une impensable provocation en forme de slogan. Slogan complétement délirant. Slogan à la hauteur de l'enjeu. Slogan aussi limpide qu'intrépide. Slogan dont le sens est tout entier dans le son. Slogan dont le sens s'imprime en toutes lettres. Slogan en lettres CAPITALES. Passer à côté de cette liaison à Très Grande Vitesse, c'est, objectivement, passer à côté d'un développement économique certain, c'est courir le risque de végéter. Les élus n'ont pas voulu de ton slogan. Les militants non plus. Le TGV ne passe toujours pas par Amiens. T'est avis qu'il n'y passera jamais.

 

Ah oui, tu oubliais, ton slogan, c'était : Sans TGV on va VGT.

Partager cet article

Repost 0
Published by crimonjournaldubouquiniste
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de crimonjournaldubouquiniste
  • Le blog de crimonjournaldubouquiniste
  • : Journal d'un bouquiniste curieux de tout, spécialiste en rien, rêveur éternel et cracheur de mots, à la manière des cracheurs de feu !
  • Contact

Recherche

Liens