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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 00:01
Saint-Souplet-sur-Py. Marne. © Juliette Crimon

Saint-Souplet-sur-Py. Marne. © Juliette Crimon

Cher éternellement fils,

15 ans déjà que tu ne peux plus lui souhaiter de vive voix: "Bonne fête des pères". Il est mort en 2001, ton père. En Mai 2001. Depuis, ce jour de la Fête des pères, c'est le jour où, même devenu père à ton tour, avec le bonheur et les joies du statut ou du rôle, tu te sens vraiment orphelin. Il n'y a pas d'âge limite pour se sentir orphelin.

Bien sûr, tu penses à lui souvent et tu lui parles de temps en temps. Tu lui demandes ce qu'il pense de tel ou tel sujet. Il adorait le foot, tu lui racontes la manière de jouer d'aujourd'hui. La folle dérive financière. Le star-système. Les hooligans. Le 4-3-2-1. Si loin du WM de ton enfance et de ce sourire incroyable qu'il avait quand Reims, le grand Stade de Reims, et son génial trio Kopa-Piantoni-Fontaine enchantait l'attaque de l'équipe au maillot rouge et blanc.

Tu la trouves belle et terrible à la fois la photo du cimetière. Le cadrage. L'angle. La composition. L'accent mis sur les prénoms et les noms. Adrien, Georges, Juliette. Cette photo, elle t'a toujours fasciné. Elle est l'œuvre de ta mère. Prise sans doute dans les années 80. Une fin d'été. Ou en automne. Peu avant la Toussaint. Chrysanthèmes en pot obligent.

L'attitude de ton père semble tout dire sans rien laisser transparaître, tête légèrement inclinée vers la tombe, empreinte d'une certaine douceur paisible de celui qui sait comment tout cela va finir, mais que la mort n'effraie pas. Il s'agit d'un jour où tes parents sont allés désherber tout autour de la tombe du grand-père, mort en 1922, des suites du gaz ypérite, le gaz moutarde. Une petite rentrée d'argent inattendue a permis à tes parents de faire graver leurs noms et leurs dates de naissance à côté du nom de ton grand-père. Ils en éprouvent une certaine fierté. C'est pour ça que la photo a été prise. Sûrement pour ça. Pour ça qu'ils ont pensé bien faire en te l'envoyant par la poste. Tu ne te souviens plus des mots qui accompagnaient la photo. Peu importe, la force de la photo, la force de cette photo, c'est de dire tout cela, et même davantage, sans avoir le besoin de passer par les mots.

La photo est à la fois le message et le messager.

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